Les Huitièmes de Finale de la Coupe du Monde : Entre Suspense Historique et Tirs au But Cruciaux

C'est lors des matchs à élimination directe que la Coupe du Monde prend toute son ampleur : un vainqueur et un perdant. Les huitièmes de finale, en particulier, sont souvent synonymes de suspense, de prolongations et de séances de tirs au but haletantes. Ces matchs couperet marquent un tournant dans la compétition, où la pression monte d'un cran.

L'Évolution des Phases Éliminatoires

Il est important de noter que le nombre de matchs à élimination directe a considérablement varié depuis 1930. En 1934 et 1938, il n'y avait que des matchs à élimination directe, sans phase de poules. En 1950, il n'y en avait aucun, la finale étant remplacée par un tour à quatre. En 1974 et 1978, il n'y avait que deux matchs à élimination directe : la finale et le match de classement.

Les Bleus en Phase Éliminatoire : Un Parcours Historique

Sur les 16 Coupes du Monde auxquelles ils ont participé, c’est la dixième fois que les Bleus accèdent à cette catégorie en sortant du premier tour. Analysons les différents scénarios possibles en fonction du déroulement de la partie.

Quand les Bleus ouvrent le score

Les Bleus ont marqué les premiers 19 fois et ont été menés au score en premier 10 fois. Le point remarquable est que lorsqu’ils marquent les premiers et l’emportent, les Bleus encaissent rarement des buts (six fois, contre dix clean-sheets).

  • Contre la Belgique en 1938, la France mène déjà 2-0 quand Isemborghs réduit le score.
  • En Suède, pour le France-RFA de la troisième place, Cieslarczyk égalise juste après l’ouverture du score de Fontaine, à la 17ème. Les buts de Rahn et de Schafer n’arrivent qu’alors que les Bleus mènent 4-1 et 5-2.
  • En 2018, après le but de Griezmann, les Argentins mènent 2-1 avant de se prendre la vague. Les Croates égalisent en première mi-temps, puis clôturent le score, mais ont pris trois buts entre temps.

Ce dernier cas est plus rare. En 1934, contre la Wunderteam autrichienne, l’équipe de France débute parfaitement par un but de Jean Nicolas à la 18ème. En 1982, deux jours après la folle soirée de Séville, les joueurs de Michel Hidalgo prennent l’avantage contre la Pologne grâce à René Girard (18ème). En 2006, tout avait trop bien commencé à Berlin contre l’Italie, avec le penalty transformé par Zinédine Zidane à la 7e.

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Quand les Bleus encaissent un but en premier

Si les Bleus encaissent un but en premier, qu’ils se rassurent : à quatre reprises depuis 1986, ils ont su renverser la tendance et l’emporter. Passons rapidement sur le match de classement contre la Belgique au Mexique, anecdotique (Jan Ceulemans ouvre le score à la 11e, score final 4-2 après prolongations).

En 1998, la Croatie a mené pendant une minute suite au but de Davor Suker, le temps pour Lilian Thuram d’égaliser puis de donner la victoire aux Bleus 2-1.

Quand les deux équipes marquent en même temps

C’est le scénario a priori le plus logique. Les trois premières fois de cette série, les Bleus ont pourtant bien réagi en égalisant très vite après l’ouverture du score adverse :

  • En 1938, Oscar Heisserer (8e) répond à Gino Colaussi (7e).
  • En 1958, Just Fontaine (9e) réplique à Vava (2e).
  • En 1982, Michel Platini transforme un pénalty (27e) peu de temps après le but de Pierre Littbarski (18e).

Les deux cas suivants sont plus classiques : l’Allemagne ouvre le score tôt dans la partie (Andreas Brehme à la 9e en 1986, Mats Hummels à la 12e en 2014) et s’assure de la victoire en ne lâchant plus rien. Le dernier est atypique, puisque quand l’Argentine mène 2-0 à la 36e minute de la finale 2022, on ne donne pas cher de la peau des Bleus.

Les Tirs au But : Une Loterie Cruelle ou un Moment Palpitant ?

La séance de tirs au but est souvent décrite comme une loterie cruelle qui peut réduire un match de 120 minutes à une séquence où les nerfs l'emportent sur la tactique. Ses détracteurs affirment qu'il s'agit d'une façon injuste de régler les matches, en particulier dans les compétitions à fort enjeu. Pourtant, pour le spectateur neutre, la séance de tirs au but offre certains des moments les plus palpitants et les plus inoubliables du sport.

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L'Histoire des Tirs au But

Les tirs au but n'ont pas existé dans le football avant 1970. L'une des principales impulsions pour leur introduction s'est produite le 5 juin 1968. Avant l'invention des tirs au but, le football disposait d'un ensemble de solutions pour résoudre les matches nuls, dont aucune n'était entièrement satisfaisante.

Dans les compétitions à élimination directe, les matches qui se terminaient par un match nul après les prolongations devaient souvent être rejoués un autre jour. Ce système était compliqué d'un point de vue logistique et, dans les tournois à calendrier serré, tout simplement impraticable.

Dans certaines compétitions, en particulier les tournois internationaux dont le calendrier est limité, d'autres méthodes ont été utilisées. Si le temps supplémentaire ne permettait pas de départager les équipes, le tirage au sort ou le tirage à pile ou face étaient utilisés en dernier recours.

L'exemple le plus célèbre s'est produit lors du Championnat d'Europe de 1968, lorsque l'Italie et l'Union soviétique ont terminé leur match en demi-finale sur un score de 0-0 après 120 minutes. Aucun but n'ayant été marqué et les images n'étant pas disponibles, c'est un tirage au sort qui a déterminé la qualification pour la finale.

La finale elle-même n'a pas non plus donné lieu à une victoire dans le temps réglementaire. L'Italie affronte la Yougoslavie à Rome et le match s'achève sur un score de 1 à 1 après les prolongations. Le règlement exige que la finale soit entièrement rejouée. Deux jours plus tard, les équipes s'affrontent à nouveau. L'idée a rapidement fait son chemin dans les compétitions nationales et a rapidement été testée lors de matches internationaux.

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L'UEFA a introduit la séance de tirs au but dans les compétitions européennes à partir de la saison 1970-1971. Le premier match officiel de haut niveau à être décidé par une séance de tirs au but a été le match entre Honved et Aberdeen en Coupe des vainqueurs de coupe en septembre 1970.

La FIFA a suivi l'introduction de la séance de tirs au but peu de temps après. Le premier grand tournoi international à comporter une séance de tirs au but a été le Championnat d'Europe de 1976. La finale entre la Tchécoslovaquie et l'Allemagne de l'Ouest s'est déroulée aux tirs au but et s'est achevée sur le but emblématique d'Antonin Panenka. Le fait qu'il s'agisse de l'une des premières grandes séances de tirs au but rend le but de Panenka d'autant plus admirable.

Les Séances de Tirs au But Célèbres

Depuis leur introduction, les séances de tirs au but ont donné lieu à certains des moments les plus inoubliables et les plus chargés d'émotion de l'histoire du football.

  • Finale de la Coupe du Monde 1994 : Brésil contre Italie

    L'une des premières séances de tirs au but les plus emblématiques a eu lieu lors de la Coupe du monde de 1994. La finale de Pasadena a été la première finale de Coupe du monde à être décidée par une séance de tirs au but. Après un match nul et vierge, le Brésil s'est imposé 3-2 aux tirs au but. L'image la plus marquante fut celle de Roberto Baggio, le joueur vedette de l'Italie, qui envoya le dernier tir au but au-dessus de la barre.

  • Finale de la Ligue des Champions 2005 : Liverpool contre l'AC Milan

    Après avoir remonté un retard de 3-0 dans ce qui est devenu le "Miracle d'Istanbul", Liverpool a forcé la prolongation et a finalement battu l'AC Milan 3-2 lors d'une séance de tirs au but dramatique. Cette fin d'histoire a élevé la légende du club et consolidé le statut de la séance de tirs au but en tant qu'étape de la mythologie du football.

Controverses et Avenir des Tirs au But

Malgré ces moments mémorables, la séance de tirs au but reste controversée. Ses détracteurs affirment qu'elle réduit un sport d'équipe à une série de duels individuels qui ne reflètent pas la performance globale.

Les Huitièmes de Finale de la Coupe du Monde 2014 : Un Tournant Plein de Suspense

Comme l'expliquait Didier Deschamps, "On commence une autre compétition". Les huitièmes de finale du Mondial 2014 au Brésil ont été particulièrement riches en suspense.

Des Favoris Accrochés mais Présents

Tous les premiers de poule ont réussi à se qualifier, une première dans l'histoire de la Coupe du monde. Si tous les gros ont été accrochés, hormis la Colombie, la logique a finalement été respectée. Le Brésil a tremblé, mais les poteaux étaient de son côté. La Grèce s'ajoute au tableau des victimes du Costa Rica. Ochoa et Howard n'ont pas réussi à stopper les Pays-Bas et la Belgique. L'Algérie arrête de rêver face à l'Allemagne enfin. Face à l'Argentine la Suisse n'a laissé un peu d'espace à Messi qu'une seule fois, la fois de trop.

Prolongations et Suspense Accrus

Cette Coupe du monde au Brésil fait partie de celles qui offrent le plus de suspense. Si les matches n'ont pas été d'un niveau exceptionnel, la tension a été au rendez-vous comme en témoignent les cinq prolongations qui ont eu lieu en huit matches. Là encore, un record à ce stade de la compétition depuis que les huitièmes ont été instaurés en 1986.

Nombre de Buts Inscrits : Une Baisse Significative

Après le festival des matches de poule avec une moyenne de 2,83 buts de moyenne par match, l'euphorie est retombée. Avec 18 petits buts pendant les huitièmes, le cru 2014 est le deuxième plus mauvais de l'histoire, derrière le Mondial 2006 et ses cinq buts. Pour autant, la qualité de jeu était là, à l'image des matches Allemagne - Algérie et Belgique - Etats-Unis.

Absence des Stars

Pour expliquer le faible nombre de buts inscrits, on peut mettre en cause les attaquants vedettes du début de la compétition, qui sont restés muets lors du premier match couperet. Pas de Müller, Messi, Neymar, Robben, Van Persie ou Benzema sur les tableaux d'affichage des huitièmes de finale. Parmi eux, seul Messi et Robben se sont montrés décisifs avec respectivement une dernière passe et un pénalty obtenu. Moins attendu mais seul à tenir les promesses du premier tour, James Rodriguez a continué à faire trembler les filets et s'est offert un doublé face à l'Uruguay.

Equilibre Européen Retrouvé

Après l'hécatombe des phases de poules où sept sélections du Vieux Continent sont rentrées chez elles, le tableau des quarts de finale s'est rééquilibré.

Les Tirs au But : Un Traumatisme Français ?

Les tirs au but, une loterie ? La formule fait grincer de plus en plus de dents au sein du football français, quelque peu lassé d’empiler les désillusions dans cet exercice. Entre ceux qui y voient un exercice purement mental et ceux qui estiment qu’il en résulte une grande partie de hasard, l’approche fait jaser. Surtout quand dans le même temps, des clubs comme Liverpool tentent d’améliorer leur rendement aux penalties à grand renfort de neuroscientifiques.

Si le sujet est aujourd’hui sur la table, c’est aussi et surtout parce que la France, ses clubs et ses sélections, ont surtout collectionné les revers aux tirs au but à travers l’Histoire.

Quelques Séances de Tirs au But Marquantes Ayant Déchiré le Cœur des Supporters Français

  • APOEL-OL (2012, 8e de finale de Ligue des champions)

    C’est peut-être ce soir de mars 2012 que s’est définitivement amorcé le déclin de l’OL sur la scène européenne. Battu 0-1 au retour et poussé jusqu’à la séance de tirs au but, l’OL s'incline suite aux échecs de Lacazette et Michel Bastos.

  • Auxerre-Dortmund (1993, demi-finale de Coupe de l’UEFA)

    Battus 0-2 à l’aller, les Auxerrois avaient refait leur retard à l’Abbé-Deschamps (2-0), avant de s’incliner aux tirs au but (5-6) sur un échec du regretté Stéphane Mahé.

  • France - République tchèque (1996, demi-finale de l’Euro)

    Après une qualification, déjà aux tirs au but face aux redoutables Néerlandais, les Bleus butent sur la République tchèque, à nouveau aux tirs au but (0-0, 5-6 t.a.b), en demie. Le jeune Reynald Pedros est le seul tireur à ne pas marquer sa tentative.

  • Australie-France (2023, quart de finale de la Coupe du monde)

    Quelques mois après avoir vu les Bleus perdre la finale du Mondial contre l’Argentine, les filles d’Hervé Renard voient elles aussi leur Coupe du monde s’arrêter au terme d’une séance perdue, en quart de finale contre le pays organisateur, l’Australie (0-0, 6-7 t.a.b).

  • France-Suisse (2021, 8e de finale de l’Euro)

    Les Bleus de Deschamps avaient déjà montré leur fébrilité dans cet exercice en prenant la porte dès les 8es de finale de l’Euro 2020 face à la Suisse. Kylian Mbappé, 5e frappeur français, est le seul à ne pas convertir son tir au but (4-5).

  • PSV Eindhoven - OL (2005, quart de finale de Ligue des champions)

    L’OL et le PSV ont joué une place en demi-finale contre le Milan lors d’une séance de tirs au but. Encore une fois, l’épilogue est fatal aux Français, avec deux échecs d’Abidal et d’Essien qui ouvrent la voie aux Néerlandais.

  • Étoile rouge Belgrade - OM (1991, finale de Ligue des champions)

    Au terme d’un match fermé (0-0), les Olympiens finissent par céder aux tirs au but (3-5) après l’échec initial de Manuel Amoros.

  • France-Argentine (2022, finale de la Coupe du monde)

    L’épilogue de ce France-Argentine figure à coup sûr en bonne position des traumatismes du football français en matière de tirs au but. Autant il peut subsister quelques regrets de ne pas avoir braqué le trophée sur l’action finale de Randal Kolo Muani, autant la séance est largement dominée par l’Albiceleste et par son gardien, Emiliano « Dibu » Martínez.

  • Italie-France (2006, finale de la Coupe du monde)

    La séance perdue par les Bleus, déjà en finale de Coupe du monde en 2006 face à l’Italie, laisse un goût plus amer encore. Quelques centimètres, c’est ce qu’il a manqué à David Trezeguet pour tromper Gigi Buffon.

  • France-RFA (1982, demi-finale de la Coupe du monde)

    Plus de 40 ans plus tard, le dénouement de ce France-RFA demeure le traumatisme originel d’une équipe française aux tirs au but et le cauchemar de toute une génération de fans français de foot.

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