L'arbalète à répétition chinoise, une arme qui suscite fascination et interrogation, tant par son fonctionnement ingénieux que par son histoire riche et complexe. Cet article se propose d'explorer en profondeur cette invention remarquable, en retraçant son origine, son évolution, son utilisation et son impact, tout en démystifiant certaines idées reçues.
Origines et Histoire de l'Arbalète
L'histoire de l'arbalète remonte à des temps anciens, et son invention est généralement attribuée à la Chine. L'arbalète nous vient de Chine, vers 1500 av. J.C. La dynastie des Shang l’utilisait (1500-1027 av. J.C.), puis le peuple Zou, peuple des steppes. C'est sous la dynastie des Han (206 à 220 av. J.C.) qu'elle va devenir d'un usage courant en Chine. Bien que certains historiens revendiquent une origine sud-est asiatique, sous sa forme primitive, encore plus ancienne que la dynastie Shang et toujours en usage chez les Moïs, les Khmer-Leu, au Viêt-Nam, en Thaïlande, au Cambodge et en Birmanie.
Malgré la connaissance du fer dans ces régions dès le VIIème siècle av. J.C., l’arc était constitué de plusieurs lames de bambou (3, 5 ou au maximum 7), liées et collées et recouvertes de soie laquée.
L'Arbalète à Répétition de Zhuge Liang : Une Innovation Majeure
Avant de s'intéresser à l'arbalète en occident, il ne faut pas passer à côté de l’invention unique, car aucun pays n’a jamais su reproduire cette arme redoutable qu’est la fameuse arbalète à répétitions que l’on doit à Zhuge Liang au IIIème siècle après J.C. Ce type d'arbalète à répétition se nomme chu ko nu en Chine. Il s’agit d’une petite arbalète à levier dont on peut traduire le nom par « arbalète de Zhuge ». Elle s’inspire de l’arbalète mise au point par Zhuge Lians (181-234), célèbre chef militaire et Ministre du royaume de Shu (221-263).
Cette arbalète exceptionnelle se caractérise par sa capacité à tirer 10 traits en quinze secondes, prouesse qui hisse l’arbalète au rang de l’arc, en matière de cadence de tir et même le dépasse. Ce système à répétition intégrait un mécanisme d’armement qui ne permettait pas un tir de plus de 80 mètres. Ce décroissement de la puissance diminuait évidemment le pouvoir de pénétration du carreau. Pour remédier à cet handicap, l’embout des carreaux était alors enduit de poison.
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La contenance du chargeur est d’une dizaine de carreaux. Une fois le précédent tiré, le carreau suivant venait automatiquement remplacer le premier. Le trait, appelé jian était court, mince et sans empennage. La pointe était en fer, de section carrée, avec un faible pouvoir de pénétration compensé par l’ajout de poison. La portée efficace était d’environ 70 mètres et la portée maximale de 200 mètres. Les anciens traités chinois mentionnent l’existence d’un modèle pouvant tirer deux carreaux en même temps. Le magasin plus large aurait alors était cloisonné longitudinalement de manière à avoir deux piles de traits qui descendaient simultanément.
L'Arbalète en Occident : Adoption et Évolution
On a longtemps pensé que l’arbalète avait fait sa première apparition en Occident à partir du Xème siècle. C’était sans compter l’historien grec Flavius Arrien (vers 95-175) qui déjà la cite ainsi qu’en témoigne une pierre tombale romaine contemporaine de l’historien, représentant très nettement une arbalète et son carquois. Par ailleurs, le traité d’art militaire de l’écrivain latin Végèce (fin du IVème siècle) mentionne bel et bien une «forme de scorpio» (scorpion) arme lançant des traits, appelée également «manubalistaes» (baliste de main). Toujours d’après Végèce, des légions gauloises auraient eu des corps d’arbalétriers, dits arcuballistae. Plus tard, il sera aussi question de «scorpio manualis».
C’est approximativement à la fin de l’empire romain qu’on en perd la trace, sans doute par volonté du christianisme d’effacer toute empreinte romaine. C’est au Xème siècle qu’elle resurgit dans un document extrait de la bible du moine français Haïmo, où un arbalétrier est représenté. Plus tardivement, Guy d’Amiens, pour commémorer le premier anniversaire de la bataille d’Hasting, écrit un poème en 1067 dans lequel il est question de «balistantes». Une ordonnance de Guillaume le Conquérant, en 1085, stipule que les impôts seront perçus dans le Yorkshire avec l’aide persuasive de plusieurs arcuballistarii, capitaines d’arbalétriers.
L’arbalète se distingue comme arme de guerre lors de la première croisade, au XIème siècle, comme l’évoque Guillaume de Tyr, historien des premières croisades. Une arbalète découverte à Colletière (38) dans le lac de Charavines a été datée du XIème. De même, des archéologues ont fait part de leur dernière trouvaille sur une motte féodale près de Poitiers : une arbalète aussi datée du XIème, mais en bien meilleur état.
Une des premières références sérieuses en Occident sur le sujet permet de citer Anne Comnène (byzantine) (1083-1148) qui, dans ses Chroniques l’Alexiade, fait une description redoutable qui ne fait aucun doute sur «cette arme jusque là inconnue des grecs». Anne Comnène finit son article avec «les traits (…) traversent un bouclier, perforent une cuirasse de fer épais et poursuivent leur vol de l’autre côté (…). Cette arme est si meurtrière qu’elle est interdite, ainsi que l’arc, en 1097-1099 entre armées chrétiennes, par le Pape Urbain II.
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Cette interdiction fut plus ou moins respectée. On relate qu’en 1138, Louis VII s’entourait d’archers et d’arbalétriers. Le second concile de Latran en 1139 renouvela l’interdiction sous forme d’anathème, l’arbalète est dite «art mortel et haï de Dieu». Toutefois, Richard Coeur de Lion, malgré le bref d’Innocent III, réhabilite l’arme pour ses troupes à pied. Philippe Auguste suivra l’exemple. L’arbalète redore son blason à partir des dernières décennies du XIème, mais sa consécration se fait à la fin du XIIème siècle. On la trouve sur terre comme sur mer et même les cavaliers s’en servent. Jean sans Terre, Philippe Auguste, Frédéric II de Hongrie compteront dans leurs armées des «balistarii equites» (arbalétriers montés).
Il est à noter que deux pays revendiquent l’invention de l’arbalète : la Chine et la Grèce. La Grèce aurait commencé par la construction des catapultes, vers 400 av. J.C., puis réduit la taille des catapultes à celle de l’arbalète.
Évolutions Techniques au Moyen Âge
L’arbalète du XIIIème gagne en puissance. Afin de faciliter son armement, l’étrier fait son apparition en bout d’arbrier. Puis afin de parachever ce balbutiement de mécanisme d’armement, le système à croc est développé. Ce système est attaché à la ceinture de l’utilisateur par une chaînette ou un cordon court. Lors de l’armement, la corde de l’arbalète est prise par le crochet et se tend par la poussée du pied posé dans l’étrier. Cependant, ce système n’étant muni que d’un seul croc, l’arbalétrier se voit alors obligé de le positionner sur la corde d’un côté ou de l’autre de l’arbrier, déséquilibrant systématiquement l’arc lors de sa tension.
L’utilisation de l’arbalète dans les armées est telle que sa forme est réduite à sa plus simple expression afin de suppléer à la demande et de minimiser son coût de construction qui, comparé à l’arc, restait fort dispendieux. Il existe aussi, en parallèle, une arbalète dite de «meutrière». Elle a pour particularité sa poignée de déclenchement sur le côté droit de l’arbrier (et non en dessous).
Du XIIème au XIVème, on retrouve systématiquement la dite «fausse corde» d’arbalète (citée dans la règle de l’Ordre du Temple), fixée sur les deux départs de branches de l’arc, passant au dessus de l’arbrier et pressant le carreau dans la gorge. Elle est le prémice de la languette d’acier qui, elle, sera en fonction dès le XIVème. Placée au-dessus de la noix, elle permettra de mieux maintenir, d’une part, le carreau en le pressant sur l’arbrier lors de tirs plongeants, comme du haut d’une tour, d’autre part, le contact carreau-corde le temps du décochement afin d’éviter et une perte de puissance et une déviation flagrante du trait.
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Un changement radical dès 1400 va considérablement amplifier la puissance des arbalètes : son arc jusqu’alors composite (le coeur : corne et bois entouré de tendon (nerf) et parcheminé) va être remplacé par un arc en acier. Ces arcs n’étaient pas d’une seule pièce compte tenu de l’impossibilité de produire des lingots d’acier assez grands. Cependant, la mise en place de ces arcs en acier décuple tant la tension de l’arbalète qu’il faut inventer un nouveau mécanisme d’armement appelé moufle ou tour, passot, coursel, girelle ou bien encore rouet. Mais la précision et la longue portée de ses carreaux compensaient largement cet inconvénient. Un carreau pointeau pouvait percer une armure à 90 mètres.
L’arbalète à moufle s’est imposée dans la défense ou l’attaque des fortifications lors de la seconde moitié de la Guerre de Cent ans (1337-1453). La seconde moitié du XVème oeuvre à la construction d’arbalètes, plus trapues et fortement mécanisées par le cric, autrement nommé crénekin (de l’allemand kraenchen qui veut dire petite grue).
Déclin Militaire et Persistance
Mais c’est surtout sous Charles IX (petit-fils de François 1er) que le règne de l’arbalète comme arme de guerre s’achève, par l’avènement des armes à poudre qu’il revendique. L’arbalète tire donc sa révérence au XVIème en France pour se tailler un nouvel avenir en Afrique équatoriale. En effet, des explorateurs européens l’introduiront et elle s’y maintiendra pour la chasse jusqu’au début du XXème siècle.
L'Arbalète à Répétition Moderne : Évolution et Diversité
Aujourd'hui, l'arbalète à répétition a trouvé sa place principalement dans les loisirs et les sports de tir. Les passionnés apprécient la rapidité et la précision offertes par ces anciennes technologies réinventées avec des matériaux modernes.
Types d'Arbalètes à Répétition Modernes
Il existe principalement deux types d'arbalètes à répétition modernes :
Arbalètes à poulies : Elles sont connues pour leur mécanisme complexe composé de câbles et de poulies. Ce système permet une plus grande puissance et vitesse de tir tout en réduisant la force nécessaire pour bander l’arme. Elles offrent souvent une meilleure précision grâce à la réduction des vibrations et au moindre recul lors du tir.
Arbalètes recurve : Contrairement aux arbalètes à poulies, les arbalètes recurve ont un design plus simple sans systèmes de câbles ou poulies. Cela les rend plus faciles à entretenir et généralement plus légères. Elles tendent à être moins puissantes que leurs homologues à poulies, mais elles sont souvent préférées pour leur simplicité et fiabilité.
Choisir une Arbalète à Répétition : Facteurs Clés
Choisir une arbalète à répétition qui correspond parfaitement à vos besoins peut sembler être une tâche ardue. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte :
Puissance : La force nécessaire pour tirer une flèche, exprimée en livres (lbs), affecte directement la vitesse et la pénétration de la flèche. Pour des usages comme la chasse, une arbalète avec une puissance de 150 lbs et plus est recommandée afin d’assurer une efficacité optimale.
Vitesse de la flèche : Liée à la puissance, la vitesse de la flèche est une autre métrique cruciale à évaluer. Elle est mesurée en pieds par seconde (fps). Une vitesse élevée assure une trajectoire plus plate, augmentant ainsi la précision du tir sur de longues distances.
Poids : Le poids influe sur la maniabilité et la fatigue du tireur lors de sessions prolongées.
Dimensions : Les dimensions de l’arbalète peuvent affecter sa maniabilité dans des environnements variés.
Sécurité : La sécurité ne doit jamais être négligée. Recherchez des modèles équipés de dispositifs de sécurité.
Accessoires : Lors de l’achat, vérifiez les accessoires inclus dans le kit.
Matériaux : La qualité des matériaux affecte sa durabilité et sa longévité.
Innovations et Modèles Modernes
L’arbalète automatique (en fait c'est plutôt "à répétition"), c’est l’innovation ultime pour un tir rapide et fluide ! Inspirée des armes à feu, elle permet d’enchaîner plusieurs tirs sans recharger manuellement. Des modèles comme la célèbre Cobra RX Adder ou la Steambow M10 offrent une puissance jusqu'à 150 et 180 lbs, offrant ainsi l'opportunité de tirer jusqu'à 50 mètres avec une mini arbalète. Les récents modèles EK Archery REVO7 et la MEY Interceptor offrent des chargeurs amovibles allant jusqu'à 12 et 18 traits ! Faciles à armer vous allez pouvoir enchainer les tirs avec une vitesse de près d'une seconde par trait suivant les modèles.
Mey Interceptor
Découvrez la Mey Interceptor, une innovation majeure dans le domaine des arbalètes avec son chargeur par le bas, une première mondiale. Cette caractéristique offre des avantages tactiques significatifs par rapport aux modèles classiques. Dotée d'un chargeur amovible de 18 coups, cela permet un rechargement rapide et intuitif, semblable à celui d'un fusil d'assaut, rendant ainsi la Mey Interceptor parfaite pour des scénarios de tir dynamiques. Ce design innovant autorise l'utilisation de traits pour pistolet arbalète compacts de 6,3 pouces de plusieurs types tels que Bodkins, Hunting, Warbolts et Training.
Autres Modèles Notables
Wicked Ridge Rampage XS : Conçue pour une performance sans compromis.
Wicked Ridge Invader 400 ACUdraw Pro-View Scope Peak Camo : Appréciée pour sa rapidité, sa puissance et sa facilité d’utilisation.
EK Archery Cobra 80 LBS : Une arbalète ludique pour les activités de loisir.
Conseils pour l'Utilisation et l'Entretien
Après avoir acquis votre arbalète, l’une des premières étapes consiste à régler correctement la lunette de visée. Un calibrage adéquat assurera une précision accrue lors de vos tirs. Certains tireurs préfèrent personnaliser davantage leur arbalète, en modifiant par exemple la longueur de la crosse ou en ajoutant des contrepoids pour un meilleur équilibrage. Cette personnalisation peut améliorer le confort d’utilisation et adapter l’outil à votre style de tir personnel. Un entretien régulier est obligatoire pour conserver votre arbalète en parfait état de fonctionnement.
Sécurité et Législation
A mi-chemin entre la carabine et l’arc, l’arbalète est une arme de trait qui peut s’avérer très puissante, il est donc très important de se renseigner avant de s’adonner à des séances de tir. Les arbalètes sont classées dans la catégorie D des armes, leur vente est donc réservée aux personnes majeures.
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