L'histoire des armes à feu médiévales est une saga fascinante qui s'étend sur plusieurs siècles, témoignant de l'ingéniosité humaine et de l'évolution constante de la guerre. Des modestes débuts avec des canons rudimentaires aux armes à feu portatives plus sophistiquées, ces innovations ont transformé les champs de bataille et les stratégies militaires du Moyen Âge. Cet article explore l'histoire et l'évolution des armes à feu médiévales, en mettant en lumière leur impact sur la guerre et la société de l'époque.
L'armement franc : Un héritage germanique et romain
L'armement franc, souvent considéré comme l'une des clés des succès militaires de ce peuple au haut Moyen Âge, était en réalité assez similaire à celui de leurs voisins germaniques contemporains. Certains historiens suggèrent même qu'il était inférieur à celui des Wisigoths d'Alaric Ier. L'influence romaine, acquise lors des victoires sur Syagrius ou transmise aux auxiliaires francs du temps de Childéric, a apporté une discipline accrue dans leurs rangs. Cette influence se manifeste notamment lors de la revue des troupes effectuée par Clovis, illustrée par l'épisode du vase de Soissons. L'armement mérovingien, varié et peu changeant, comprenait la hache de combat, la lance, l'épée (spatha, semispatha ou sax) et, dans une moindre mesure, l'arc et les flèches.
L'évolution de l'armement sous les Carolingiens
Sous les Carolingiens, l'armement a évolué vers ce qu'il allait devenir à l'époque féodale. L'importance accrue de la cavalerie a entraîné une augmentation des coûts, conduisant à un système de compensations monétaires où seuls les plus riches partaient à la guerre. Cette évolution a marqué une professionnalisation des hommes d'armes, contrastant avec les troupes germaniques des périodes précédentes. L'épée carolingienne s'est allongée et son alliage s'est amélioré grâce aux progrès de la métallurgie. Cette épée, réputée la meilleure de son époque, était soumise à des lois strictes interdisant son commerce à l'étranger. L'arc s'est également amélioré, suite aux combats contre les Avars.
La chevalerie et l'impact de l'arc long
La bataille de Hastings en 1066 a vu l'émergence d'une nouvelle façon de tenir la lance pour les cavaliers, presque à l'horizontale, marquant les origines du tournoi médiéval. La chevalerie, issue des cavaliers français, s'est imposée dans les combats, poursuivant l'évolution amorcée sous les Carolingiens. Le code de la chevalerie chrétienne, défini progressivement à partir des tentatives de l'Église pour limiter les combats au XIe siècle, a influencé la manière dont la guerre était abordée en Occident. Cependant, au XIVe siècle, la chevalerie française a été confrontée aux arcs longs anglais à Crécy et à Azincourt. La puissance et la portée de ces arcs longs pouvaient percer les armures, et leur coût de formation et d'entretien était inférieur à celui d'un chevalier. L'irruption de l'arc long a annoncé la fin de la chevalerie, une transition accélérée par la multiplication des armes à feu.
Terminologie de l'armement médiéval
Voici une liste de termes utilisés pour désigner l'armement médiéval, classés par période et par type d'arme :
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Armes blanches
- Cataphracte : Cuirasse à écailles employée par la cavalerie lourde gothique puis byzantine.
- Épée : Arme blanche à double tranchant, d'origine celtique, copiée par les Romains et les Germains. L'épée longue mesure de 80 cm à 1 m.
- Glaive : Épée courte, arme blanche semi-longue à double tranchant.
- Lance : Arme offensive dotée d'un fer emmanché sur une hampe.
- Poignard : Arme blanche courte à double tranchant.
- Sabre : Arme blanche longue à un seul tranchant, populaire chez les peuples de la steppe.
- Spatha : Nom latin de l'épée longue, utilisée pour désigner l'épée longue romaine tardive, l'épée des grandes invasions et l'épée mérovingienne.
Armes d'hast
- Fauchart : Arme d'hast inspirée de la faux.
- Pique : Longue lance de fantassin (environ 6 m), utilisée pour briser la charge des cavaliers.
- Hallebarde : Arme d'hast avec une lame en forme de hache montée au bout d'un long manche.
Les premières armes à feu : Artillerie et armes portatives
Le développement des pièces d'artillerie a commencé en Europe au début du XIVe siècle. Ces armes, primitives et peu efficaces, étaient souvent utilisées dans la guerre de siège dès le milieu du XVIe siècle. L'évolution des techniques de production a amélioré ces bouches à feu, les rendant plus légères et plus faciles à manier. Cependant, elles engendraient une panique et une terreur intense, tant chez les servants de l'arme que chez l'adversaire.
Les Michelettes du Mont-Saint-Michel
Les Michelettes du Mont-Saint-Michel, deux canons en fer forgé de 3,50 mètres de long et pesant chacune 2,5 tonnes, symbolisent l'indépendance de la ville. Elles tirent leur nom d'un fait historique de la guerre de Cent Ans, où les défenseurs du Mont repoussèrent les troupes anglaises et récupérèrent deux bombardes abandonnées sur la grève.
L'artillerie : Une arme coûteuse et difficile à manœuvrer
La guerre au Moyen Âge était une affaire permanente, et cette société belliqueuse demandait de perpétuelles inventions et perfectionnements. La première annotation de la formule de la poudre à canon apparaît en 1044 dans un ouvrage chinois. Le mot artillerie découle de l'ancien français « artillier » (décorer avec soin), qui désigne le fabricant d'engin de guerre. La Guerre de Cent Ans a été une bonne occasion pour introduire ces engins de guerre, qui donnaient autant de frayeur chez les artilleurs que chez l'ennemi. Ces pièces colossales étaient assez rapidement abandonnées car difficiles à manœuvrer sur le champ de bataille. Elles étaient transportées sur des charriots, à quatre voire même huit roues. L'importance de cette arme a conduit le roi de France Charles V et ses successeurs à créer un important arsenal sur le site du château du Louvre, ainsi que plusieurs magasins à poudre et à boulets. Louis XI et les ducs de Bourgogne ont également contribué à la création de l'Arme de l'Artillerie.
Les débuts difficiles de l'artillerie
Au départ, les accidents étaient nombreux, dus à la mauvaise connaissance de ce nouveau produit, à l'amateurisme et à l'improvisation. Louis XI a décidé de la création d'une ferme du salpêtre, indispensable à la fabrication de la poudre noire. Lors de la bataille de Brustem en 1467, l'artillerie a fait preuve d'une grande vulnérabilité. La canonnade bourguignonne a été inefficace, car les arbres et les haies gênaient leurs trajectoires. De plus, les cadences de tir étaient peu nombreuses, avec une portée limitée. Il devenait impératif de protéger les bouches à feu derrière des « gros guets », fagots et monticules de terre. Pour les seigneurs médiévaux, le principal intérêt d'employer ces machines résidait essentiellement dans la guerre de siège, contre des places fortes.
L'évolution de l'artillerie : Calibres et fondeurs
En 1428, les Anglais ont envoyé contre les murailles de la ville d'Orléans 124 pierres de bombardes, dont quelques-unes pesaient plus de 60 kilos. Les « Calibres de France » étaient un système de normalisation des canons établi par François Ier à partir de 1525. Jean-Jacques Keller et son frère Jean-Balthazar Keller étaient des fondeurs suisses au service de la France. Jean-Florent de Vallière était un officier d'artillerie français du XVIIIème siècle, dont le système utilisait le carottage de l'alésage des canons fondés en une seule pièce de bronze, permettant une plus grande précision de tir. Jean Maritz était un mécanicien suisse appelé en France au poste de Commissaire des Fontes à Strasbourg.
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Termes associés à l'artillerie médiévale
- Veuglaire : Pièce d'artillerie des XIVème et XVème siècles qui se chargeait par la culasse.
- Couleuvrine : Petite pièce d'artillerie au tube long et effilé de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance qui tire des boulets.
Autres armes médiévales
Outre les armes à feu, le Moyen Âge a vu l'utilisation d'une variété d'autres armes, chacune ayant ses propres caractéristiques et utilisations :
- Baliste : Ancienne arme de siège utilisée pour lancer de lourds projectiles sur des cibles à distance.
- Fléau d'armes : Arme d'hast composée d'une tige en bois ou en métal à laquelle est attachée une chaîne avec une ou plusieurs masses contondantes.
- Trébuchet : Machine de siège médiévale utilisée pour lancer de lourds projectiles, tels que des rochers ou des projectiles enflammés, sur des cibles à distance.
- Masse d'arme : Arme contondante utilisée à des fins militaires et de combat depuis l'Antiquité jusqu'à la fin du Moyen Âge.
- Marteau d'armes : Arme contondante médiévale conçue pour être utilisée en combat rapproché, avec une tête munie de pointes ou de pics.
- Épée médiévale : Arme blanche emblématique du Moyen Âge européen, avec une lame doublement tranchante et une poignée dotée d'une garde en forme de croix.
- Lance médiévale : Arme à long manche avec une pointe métallique acérée, utilisée à cheval ou à pied.
Les origines de la poudre à canon et son introduction en Europe
Au tout début de notre ère, les Chinois ont découvert le salpêtre, un produit naturel qui possède la propriété d'entretenir et d'activer les combustions. Ils ont préparé un produit vivement combustible par mélange intime de charbon, de soufre et de salpêtre, qui est devenu la poudre noire. Au XIIIème siècle, la poudre à canon a été introduite en Europe par les Arabes, qui l'ont héritée des Mongols, qui eux-mêmes en tenaient le secret des Chinois. Les troupes de Gengis Khan utilisaient déjà des pots à feu aux environs de 1200, mais ce n'est que vers 1310 qu'apparurent en Europe occidentale les premières bouches à feu. La première apparition avérée de pièces d'artillerie remonte à la bataille de Crécy en 1346.
L'évolution de l'artillerie au XIVe et XVe siècles
Au cours de la seconde moitié du XIVéme siècle, on a vu apparaître des mortiers d'une longueur de 1,20 m pour un calibre de 50 cm. Aux environs de 1400, les bombardes à tourillons ont fait leur apparition, absorbant une partie du recul et facilitant le pointage vertical. Le mode de chargement s'est perfectionné avec le veuglaire, qui se chargeait par la culasse au moyen d'une chambre à feu amovible. Des pièces comportant plusieurs canons en orgue, les ribaudequins, ont fait leur apparition au milieu du XVème siècle. Très tôt, on a utilisé des pièces à main de petit calibre, les couleuvrines, dont certaines étaient utilisées à cheval. Vers 1430, ces armes de petit calibre pouvaient traverser deux ou trois hommes non cuirassés ou percer une armure à 20 mètres. Dès 1450, des bombardes de moyen calibre ont été installées sur des affûts mobiles. L'artillerie de Charles VII, réorganisée par les frères Bureau et Pierre Bessoneau, était la plus nombreuse et la plus performante de son temps. En 1453, l'artillerie de Mehmed II a triomphé des murailles de Constantinople. Au milieu du XVème siècle, les bombardes géantes sont apparues, avec des dimensions impressionnantes et des boulets pouvant peser jusqu'à 360 Kg.
L'impact de l'artillerie sur la guerre et la société
L'artillerie a remis en question la suprématie de la cavalerie et la vulnérabilité des fortifications des châteaux et donjons. La poliorcétique, l'art de conduire un siège, a évolué. En 1356, la dernière tour d'assaut roulante a été utilisée en France, devenue obsolète face à l'artillerie. Cependant, les engins balistiques classiques, tels que les trébuchets et les mangonneaux, ont été utilisés conjointement à la nouvelle artillerie jusqu'au milieu du XVIème siècle. Les premiers projectiles du XIV ème siècle étaient des flèches incendiaires, puis des boulets de fer, plus coûteux mais plus performants.
Les armes à feu portatives : Hacquebute, arquebuse et mousquet
Au XIVe siècle, les armes à feu portatives ont commencé à se développer. La hacquebute, littéralement « canon à croc », était destinée à tirer en crochetant un mur ou une palissade. Elle comportait un long fût de bois et un canon de fer de courte dimension. L'allumage se faisait au boutefeu à mèche ou par un ringard chauffé au rouge. Vers 1460 jusqu'à 1660, l'arquebuse, ancêtre des carabines, mousquets et fusils, a fait son apparition. La mise à feu était faite par un « serpentin » en fer tenant une mèche. Vers 1510-15, la platine à « rouet » a permis un allumage sans mèche. L'arquebuse est restée le plus souvent à allumage à mèche pour les usages militaires. Le mousquet, une version plus longue et plus puissante de l'arquebuse, a été développé pour le tir de guerre sur plusieurs rangs.
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Le pétard et le ribaudequin
Le « Pétard », décrit depuis le 13ème siècle dans le « Liber ignium » de Marcus Graecus, était une « bombe » remplie de poudre noire, utilisée pour faire sauter des portes ou des palissades. Le ribaudequin, ou orgue, consistait en l'alignement côte à côte de plusieurs petits canons montés sur un affût mobile.
L'arquebuse à canon rayé et l'origine de la carabine
En 1520, l'arquebuse à canon rayé a été inventée, apportant une précision nettement plus efficace de l'arme par stabilisation gyroscopique de la balle. Le nom « carabine » provient d'un corps de gardes à cheval du roi de France Henri III qui étaient équipés d'une arquebuse à canon rayé.
Le pistolet et la platine à silex
Vers 1520, le pistolet, une forme très réduite de l'arquebuse à rouet, est apparu. La platine à silex, inventée vers 1600 en Espagne, a permis un allumage plus fiable. Louis XIV a généralisé la platine à silex à la française sur les mousquets en 1703.
Les cartouches et l'évolution du fusil
En 1728-40, la cartouche de guerre en papier a été généralisée en France. En 1777, puis an IX, et enfin le dernier modèle de fusil de guerre à platine à silex, le 1822, a été mis en service. En 1808, Alexandre John Forsyth a conçu la première platine à percussion par chien, utilisant le fulminate de mercure.
L'intérêt des historiens pour l'artillerie médiévale
Dès le XIXe siècle, l'artillerie à poudre médiévale a suscité l'intérêt d'historiens militaires, tels que Louis-Napoléon Bonaparte et Ildephonse Favé en France. Philippe Contamine a redonné un nouveau souffle à ce sujet dès 1964. La dernière décennie du XXe siècle a vu de nouvelles études consacrées aux canonniers et aux implications socio-politiques du développement de l'arme.
Les sources pour l'étude de l'artillerie médiévale
La comptabilité, les sources littéraires et les traités d'art de canonnerie sont des sources précieuses pour l'étude de l'artillerie médiévale. L'histoire des représentations de l'artillerie a également suscité un intérêt croissant.
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