La région de Brescia, en Italie, est depuis longtemps un centre névralgique de la fabrication d'armes à feu. Cette tradition armurière, ancrée dans l'histoire locale depuis des siècles, a vu naître des entreprises de renommée mondiale, symboles d'excellence et d'innovation. Des noms tels que Beretta, Fabarm et Ivo Fabbri résonnent comme des références incontournables dans le monde de l'armement, illustrant le savoir-faire et la passion qui animent les artisans de cette région.
Beretta : Une tradition séculaire
La société Beretta, officiellement connue sous le nom de Fabbrica d’Armi Pietro Beretta S.p.A., est l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses fabricantes d’armes à feu au monde. Fondée en 1526, la marque Beretta est synonyme de qualité, d’innovation et de tradition depuis des générations. L’histoire de Beretta commence avec Bartolomeo Beretta, un maître armurier originaire de la ville de Brescia, en Italie. En 1526, Bartolomeo a ouvert son atelier d’armurerie à Gardone Val Trompia, une petite ville dans la région des Alpes italiennes. Au fil des décennies et des siècles, les armuriers Beretta se sont distingués par leur engagement envers la qualité, l’innovation et l’artisanat. La famille Beretta a suivi une tradition d’excellence qui a été transmise de génération en génération.
L’un des jalons importants dans l’histoire de Beretta a été l’invention du système à platine latérale, une innovation qui a grandement amélioré la fiabilité des armes à feu à percussion. Au XIXe siècle, Beretta a commencé à produire des armes pour les marchés internationaux, exportant ses produits vers l’Europe, les Amériques et d’autres régions du monde. Au XXe siècle, Beretta a joué un rôle clé pendant les deux guerres mondiales en fournissant des armes légères aux forces armées italiennes et alliées.
Après la Seconde Guerre mondiale, Beretta a traversé une période difficile, mais la famille Beretta a su mener une renaissance de la marque. Sous la direction de Ugo Gussalli Beretta, la société a modernisé ses installations de production, amélioré sa gestion et diversifié sa gamme de produits pour inclure des armes de poing, des fusils de chasse, des carabines de précision et des armes tactiques.
Aujourd’hui, Beretta est une marque de renommée mondiale, reconnue pour sa qualité, son design élégant et son engagement envers l’innovation. Les armes Beretta sont utilisées par les forces armées, les forces de l’ordre et les tireurs sportifs du monde entier. Beretta n’est pas seulement une entreprise d’armurerie, mais aussi une marque de style de vie qui englobe la chasse, le tir sportif et le plein air. L’histoire de la marque d’armes Beretta est une saga impressionnante de tradition, d’innovation et d’engagement envers la qualité. La longévité et la réputation de Beretta en tant que fabricant d’armes de premier plan sont le reflet d’une passion durable pour l’artisanat et l’excellence.
Lire aussi: Plongez dans l'histoire armurière avec Durand Rivières
Beretta travaille notamment pour la gendarmerie française. Chasseur émérite, amoureux de la France où il se rend très souvent, le PDG reçoit dans le bureau de ses ancêtres, au premier étage de la villa familiale au style gothico-médiévalo romain. Construite dans les années folles, elle est à la fois lieu d'histoire, musée et siège social du leader mondial des armes de chasse, de compétition et des fusils pour les armées et les forces de l'ordre. À 1 h 30 en voiture de Milan, l'usine est nichée à Gardone Val Trompia, petite ville d'une vallée encaissée de la province de la Brescia. Dominées par les montagnes, entourées par les bois, alimentées par trois grands lacs, une centaine d'entreprises s'alignent les unes à côté des autres. Ici, on est dans l'armement de père en fils. Depuis toujours. C'est sous l'impulsion des Doges de Venise que s'est créé le «Saint-Étienne italien». Les installations industrielles se sont déployées de part et d'autre de la vallée, traversant la rivière Mella, se rehaussant pour échapper aux inondations et s'engouffrant dans la montagne où des tunnels ont été creusés au début de la Seconde Guerre mondiale pour installer des ateliers de fabrication de munitions et mitrailleuses pour les troupes de Mussolini. Aujourd'hui, ces tunnels ont été aménagés pour tester des armes. La société italienne espère gagner la compétition avec l'ARX 160, un fusil d'assaut de nouvelle génération, léger (3 kg) et modulable. «C'est une arme intelligente qui s'adapte aux différentes missions, infanterie, forces spéciales, combat rapproché et qui peut passer du calibre 5,56 normes Otan au 7,62 qui est celui de la kalachnikov», explique Carlo Ferlito.
Beretta pendant la Seconde Guerre mondiale
Au cours des deux guerres mondiales, les soldats italiens furent souvent équipés d’armes bien fabriquées mais certaines étaient cependant peu pratiques et parfois peu fiables. À ce titre, il représente sans doute l’une des armes le plus réussies de l’arsenal italien jusqu’en 1945. L’incertitude qui persistait au sein des états-majors sur l’emploi tactique du pistolet-mitrailleur conduisit Tullio Marengoni à proposer un nouveau type d’arme : le mousqueton automatique ou « Moschetto automatico » en italien. L’armée italienne l’adopta en 1938 sous l’appellation de « Moschetto Automatico Beretta Modelo 38 » (en abrégé MAB Mod.38). La satisfaction de cette demande est confiée une fois de plus à Tullio Marengoni, qui créa le « Modèle 1» : une arme qui conservait le mécanisme de base du MAB 38 mais était dotée d’une crosse repliable inspirée de celle de la MP 38 allemande, d’une poignée-pistolet en aluminium et dont le fût s’arrêtait à hauteur du logement de chargeur.
À cette époque, l’effort de guerre allemand commence à s’enliser en Russie : 1942 est l’année de Stalingrad et la campagne d’Afrique commence à prendre des airs de défaite. Fin 1942, le ministre de l’armement, Albert Speer, incorpore purement et simplement l’industrie d’armement italienne aux sources d’approvisionnement normal de l‘armée allemande. Le troisième Reich ayant décidé fin 1943 d’abandonner la fabrication des MP 40 au profit de celle des MP 43 et 44, décide que les besoins en pistolets-mitrailleurs des troupes du Reich seront désormais satisfaits par des PM Beretta, qui prennent dans la nomenclature allemande l’appellation de « MP 739 (i) ».
En 1942, Tullio Marengoni, propose à l’armée italienne une arme plus compacte qui reprend le mécanisme du Modèle 1 avec une monture en bois à crosse fixe. Fin 1943, le principe du ressort récupérateur dit « télescopique », si caractéristique du modèle 38 est abandonné au profit d’une culasse de type STEN composée d’une simple masse percutante à percuteur fixe prenant appui sur un ressort récupérateur de fort diamètre. La Libération du Nord de l’Italie, pas plus que le bombardement qu’elle subit le 3 avril 1945, n’interrompent les activités la firme Beretta qui poursuit ses fabrications pour armer les forces de l’ordre du nouveau gouvernement italien et qui ne tardera pas à rencontrer de très beaux succès à l’exportation vers le Moyen-Orient et l’Amérique du Sud où les PM Beretta seront abondamment employés. Les Beretta resteront en service très longtemps dans l’armée et la police italienne où ils ne seront détrônés que très progressivement à partir de la fin des années 70 par des PM de troisième génération comme le Franchi LF-57 et le Beretta Modèle 12.
Dans les années cinquante, le retour d’expérience des accidents survenus avec des PM entraînera chez tous les constructeurs l’adoption de dispositifs automatiques empêchant le recul accidentel de la culasse suivi de son retour en avant avec chambrage d‘une cartouche et du départ intempestif d’un ou plusieurs coups de feu.
Lire aussi: Chokes et Armes : L'Armurerie du Moulin à la Loupe
Le Beretta 92 : Une icône du cinéma et des forces de l'ordre
Le Beretta 92 est devenu une icône à la fois dans le monde du cinéma et au sein des forces de l'ordre pour plusieurs raisons. D'abord, sa conception robuste et sa fiabilité sont des qualités essentielles pour les utilisateurs professionnels. Le mécanisme de verrouillage de la culasse et le système de recul du Beretta 92 garantissent des performances fluides et une précision constante, même dans des conditions difficiles. Ces caractéristiques en ont fait une arme de choix pour de nombreuses forces de l'ordre et militaires à travers le monde, notamment pour l'armée américaine qui l'a adopté sous le nom de M9.
Dans le monde du cinéma, le Beretta 92 s'est imposé comme l'arme emblématique grâce à son design élégant et reconnaissable. Il est souvent utilisé dans des scènes d'action intenses, apparaissant dans des films cultes tels que Die Hard, où il est manié par John McClane, ou encore dans L'Arme fatale avec le personnage de Martin Riggs. Le réalisme de ces scènes et la popularité de ces films ont fortement contribué à la renommée du Beretta 92 dans la culture populaire. De plus, les réalisateurs comme John Woo ont souvent utilisé le Beretta 92 dans ses films d'action tels que Chasse à l'homme, exploitant sa silhouette iconique pour accentuer les chorégraphies de tir et renforcer l'intensité des scènes.
L'association du Beretta 92 à des personnages emblématiques et à des films légendaires a créé une image durable de cette arme comme étant non seulement un outil fiable et précis, mais aussi un symbole de puissance et de style. Cette visibilité dans des blockbusters tels que Matrix et d'autres films d'action lui a permis de gagner une place spéciale dans l'imaginaire collectif, en faisant l'une des armes les plus reconnaissables et les plus admirées, aussi bien par les amateurs d'armes que par les fans de cinéma.
Ces qualités pratiques, combinées à sa présence cinématographique impressionnante, expliquent pourquoi le Beretta 92 reste l'un des pistolets les plus populaires et respectés, à la fois dans les forces de l'ordre et dans l'industrie cinématographique.
Le Beretta 76 : Une légende du tir sportif italien
Le Beretta 76, pistolet semi-automatique en calibre .22 LR, est une légende du tir sportif italien.
Lire aussi: Armurerie près de Dijon : Le Suzon
Fabarm : Innovation et modernité
Fondée vers 1900 et descend d’une grande dynastie de Brescia, la famille Galesi. Durant les premières décennies du 20ème siècle, la production était uniquement composée de fusils juxtaposés et de pistolets. C’est après la fin de la deuxième Guerre mondiale, que les fusils superposés font leur apparition. Puis au milieu des années 50, Fabarm lance la production des carabines à air comprimé et d’armes en Cal. Le nouveau millénaire correspond à un 3ème souffle, Fabarm dépose des brevets importants pour le futur de la marque (canon TRIBORE ; piston PULSE ; chokes HP ; fusil AXIS etc..).
L’activité commerciale de l’entreprise est réalisée en partenariat avec plus de 700 armuriers sur tout le territoire dont une centaine de points EXPERT FABARM. L’extension de garantie se décline sur l’ensemble de la gamme FABARM, y compris les armes de sport.
Voici quelques exemples de fusils Fabarm :
- Fusil superposé ELOS A2 Classic Field Gold Cal.
- Fusil à pompe SDASS 2 Chasse Composite Cal.
- Fusil de chasse semi-automatique XLR AB Cal.
- Carabine express ASPER 2 Classic Gold Light Cal.
La ligne ELOS N2 sort des sentiers battus avec un style innovant. La finition noire mat met en avant la gravure moderne et minimaliste. Armes éprouvées à 1630 BAR. La gamme AXIS S&H possède un canon allégé et une crosse étudiée pour le parcours de chasse mais aussi pour la chasse aux gibiers d'eau. Les fusils à pompe Martial possède un canon rayé. Les fusils à pompe STF/12 repose sur un fusil entièrement modulaire dont la plateforme centrale autorise la modification de la longueur de l'arme, crosse etc.
Ivo Fabbri : L'artisanat d'exception
Ivo Fabbri est aux armes de chasse ou de ball-trap ce que Stradivarius est à la musique , a écrit American Hunter , la bible américaine de la chasse. Steven Spielberg, Eric Clapton, Tom Siebel ou Francis Ford Coppola ne font parler la poudre qu'avec des Ivo Fabbri. Un privilège réservé à quelques happy few car, tels les créateurs de haute couture, Ivo Fabbri ne produit qu'une trentaine de fusils - uniquement des superposés réalisés sur mesure - par an. La liste d'attente est de quatre ans et chaque pièce coûte de… 130 000 à 200 000 euros.
Equerres, pied à coulisse, croquis au crayon sur du papier millimétré, vis et éléments de mécanisme éparpillés partout sur sa table de travail : la pièce où Ivo Fabbri reçoit tient davantage de l'atelier que du bureau de PDG. A 82 ans, le chapeau vissé sur la tête, un gros chandail sous la veste, le fondateur de l'entreprise continue de jouer au Géo Trouvetou. Il nous invente sans arrêt quelque chose , raconte son petit-fils, Ivo junior. Notre bureau d'études n'arrive pas à suivre le rythme de ses intuitions. Et c'est comme ça depuis cinquante ans.
Ainsi, lorsque dans les années 60 Ivo Fabbri, alors ouvrier chez Fiat, veut un fusil, il ne se rend pas chez l'armurier du coin mais chez un forgeron. Mon premier fusil, je l'ai fait pour moi. Le second, il a gagné les Jeux olympiques , confie avec fierté le patriarche. Car, en 1963, Ivo Fabbri s'associe à Daniele Perazzi. Et, dès 1964, aux Jeux olympiques de Tokyo, c'est avec un Fabbri-Perazzi MX8, une arme devenue légendaire depuis, qu'Ennio Mattarelli gagne la médaille d'or de ball-trap.
Ivo Fabbri, lui, se lance dans la quête… du fusil parfait. Mon père s'est donné comme objectif la qualité, sans fixer de limites aux coûts, explique Tullio Fabbri. De nombreux armuriers artisans ne sont en fait que des assembleurs. Nous, nous fabriquons entièrement et une à une chacune des 256 pièces qui composent un fusil. Et, pour les façonner, nous avons besoin d'une culture industrielle de pointe.
Ainsi, pour le canon, qui est au fusil ce que le moteur est à la voiture, Fabbri fut le premier à utiliser l'acier inox, puis le titane ou encore la soudure au laser. Autant d'innovations qui ont permis de gagner 500 grammes sur le poids d'un fusil. Toutefois, chaque canon est encore " redressé " à la main. Un fusil fin est un mélange de technologie et de détails intuitifs , confie l'armurier de Nave. Il doit y avoir entre l'arme et son propriétaire quelque chose qui est du domaine du feeling et ne peut être résumé par des équations de balistique.
Tullio Fabbri vole aux quatre coins du monde pour " confesser " chacun de ses clients avant de commencer la fabrication de l'arme de leurs rêves. Chacune des pièces, jusqu'à la plus microscopique vis, est alors conçue et réalisée en fonction de l'arme et 1 500 opérations sont nécessaires pour faire naître un Ivo Fabbri. Il n'existe pas deux Ivo Fabbri semblables, mais tous sont capables de tirer plusieurs centaines de milliers de cartouches sans révision. L'esthétique n'échappe pas à ce soin. Des milliers de pièces de noyer sont conservées dans une chambre réfrigérée pour assortir teinte et veinure de la crosse et du fût. Un casse-tête lorsqu'il faut décliner exactement le même aspect pour une paire ou une triplette. Comme pour des vêtements de haute couture, les clients sont invités à des séances d'essayage de leurs armes pour en peaufiner réglages et finitions.
Rizzini : L'équilibre entre tradition et modernité
Au coeur de la vallée de Brescia, région emblématique de l'armurerie italienne, Rizzini incarne l'équilibre parfait entre tradition et modernité. Fondée par le père de la famille, l'entreprise est aujourd'hui dirigée par Battista et ses trois enfants : Moira, l'aînée, Pamela et Guiseppe, le cadet. Ensemble, ils portent l'héritage de la maison Rizzini et veillent à ce que chaque fusil qui sort de l'atelier soit le fruit d'une attention minutieuse et rigoureuse.
L'une des forces de Rizzini réside dans sa capacité à produire l'ensemble des composants de ses fusils en interne. De l'usinage des pièces mécaniques à l'assemblage, rien n'est laissé au hasard. Rizzini possède un atout rare : son propre département dédié au bois. L'entreprise se rend directement en Turquie pour sélectionner les plus beaux noyers destinés aux crosses. Ces bois sont ensuite séchés sur place avant d'être façonnés grâce à des machines CNC* de haute précision. Avant de quitter l'usine, chaque fusil passe par un tunnel de tir intégré à la manufacture. Ce banc d'essai permet de tester les armes en conditions réelles et d'effectuer les ajustements nécessaires sur place.
Chez Rizzini, le respect de l'artisanat ne s'oppose pas à l'innovation. Les machines CNC assurent des tolérances de fabrication irréprochables, tandis que les finitions manuelles viennent sublimer l'arme. Grâce à cette combinaison unique de savoir-faire familial, de maîtrise technologique et de passion pour les détails, Rizzini s'est imposée comme une référence internationale dans le monde du fusil superposé.
CNC (Computer Numerical Control) : Il s'agit de machines-outils pilotées par ordinateur, capables d'usiner des pièces avec une précision extrême.
Rigarmi : Une histoire complexe et méconnue
L'histoire de la fabrique d'armes RIGARMI n'est pas simple à reconstituer et les différentes sources sont souvent partielles, voire contradictoires. La documentation en français sur le sujet est quasi nulle, et en dehors d'un numéro de novembre 2010 de la Gazette des Armes sur un sujet connexe (les pistolets Galesi), il faut recourir à l'anglais (Gun Digest, Pistols of the World) ou à l'internet italien pour découvrir des bribes d'informations sur cette société.
Tout commence en 1910, avant même la première guerre mondiale, par la création de la fabrique d'armes Industria Armi Galesi (IAG) dans la petite commune de Collebeato, dans les faubourgs nord de la cité industrielle de Brescia. Déjà, le nom de la commune est à l'origine d'une première confusion qu'on retrouve chez plusieurs sources francophones (sans doute à cause d'un problème de transcription du nom de la société : Industria Armi Galesi, Collebeato, Brescia - les deux derniers termes indiquant la localisation) où le nom de la commune a été confondu avec un hypothétique associé du fondateur de la fabrique.
Certaines sources évoquent un fondateur nommé Nicola Galesi, mais des sources italiennes comme l'Enciclopedia Bresciana nous mentionnent le seul Giuseppe Galesi (fils du même Nicola Galesi et d'une certaine Maria Pedersoli) comme fondateur de la Industria Armi Galesi. Le Gun Digest mentionne la Rino Galesi Armi comme premier nom de cette fabrique d'armes en 1910, mais il s'agit d'une nouvelle confusion avec la future entreprise Rigarmi (contraction de Rino Galesi Armi), comme l'attestent les sources italiennes, et comme le montre cette boîte de pistolet IAG Armi Galesi qui mentionne en toute lettre : Fondata 1910.
A partir des années vingt, la société IAG va se spécialiser dans les pistolets semi-automatiques de calibre 6,35mm et 7,65mm. Ces armes dites « de défense » sont encore en vente libre aux USA et vont permettre à IAG de prospérer à l'international sur ce marché pendant vingt ans. Un catalogue de 1952 nous montre que l'entreprise propose alors aussi une gamme étendue de fusils de chasse, mais cette production semble surtout réservée au marché italien.
Les années 1950 marquent l'apogée de l'Industria Armi Galesi : l'usine compte alors jusqu'à cinquante employés et près de 300 000 pistolets ont été vendus à la fin de la décennie depuis la fondation de la petite manufacture d'armes de Collebeato.
Alors que la plupart des sources s'accordent jusqu'ici pour dire que la raison sociale de la IAG va alors évoluer en Rigarmi (RG) au cours des années 1960, à la reprise de l'activité par le fils de Giuseppe Galesi (un certain Guerino Galesi, dit « Rino »), les recherches que nous avons mené montrent qu'il s'agit là encore d'une erreur d'interprétation et d'une confusion.
En effet, le catalogue Rigarmi (Rino Galesi Armi) ci-dessous est sans appel : dès 1958, il existe déjà une autre manufacture d'armes liée à la famille Galesi, mais celle-ci est situé en centre-ville de Brescia et occupe plusieurs numéros de la Via Vitalis :
On voit que la production de Guerino Galesi est identique à celle de son père, et propose aussi bien une gamme de fusils de chasse que des modèles de pistolets semi-automatiques de poche, mais marqués eux Rino Galesi - Rigarmi (RG). Nous n'avons pas trouvé de date officielle de création de la société Rigarmi, mais le catalogue le plus ancien que nous ayons trouvé date de 1954.
Côté IAG, le terme Industria tombe en désuétude au cours de la décennie et n'apparaît plus sur les plaquettes ou les pistolets, désormais siglés AG. Sans doute à cause de la notoriété du nom Galesi aux USA, comme le montre la publicité ci-dessous :
Pour rajouter à la confusion, et sans doute à cause de la modestie de la commune de Collebeato, notamment à l'international, on voit que les pistolets AG sont aussi marqués Brescia, et non Collebeato. La fin des années 50 et le début des années 60 vont donc voir la cohabitation de deux manufactures d'armes : l'Armi Galesi (AG) et la Rino Galesi Armi - Rigarmi (RG), la première étant situé à Collebeato, la seconde à Brescia. Les deux proposent les mêmes produits.
Au tournant des années 1960, Giuseppe Galesi cède la main. Contrairement aux idées reçues, la manufacture Armi Galesi de Collebeato ne fusionne pas avec la Rigarmi, mais devient F.lli Galesi. Ce n'est pas illogique, les parts de l'Armi Galesi ont sans doute été distribués par Giuseppe à l'ensemble de ses enfants. Nous ne savons pas si Guerino Galesi assure désormais la direction des deux entreprises, mais c'est probable.
Nous ne savons pas de quand date la première apparition du sigle RAG pour la société Rigarmi. Une chose est sûre : l'extrait de catalogue ci-dessous montre que ce sigle est déjà d'actualité pour les productions de pistolets et ne concerne pas seulement la ligne de répliques à poudre noire qui va suivre.
Si les années 1960 voient une diffusion sans précédent des pistolets Galesi père & fils, elles constituent déjà le chant du cygne pour ce type de fabrication. Aux USA, principal marché de ces petites armes, le vent tourne. Après l'assassinat du président Kennedy, où la facilité d'acquisition d'une arme par correspondance par Lee Harvey Oswald a été décriée, le pays est en proie à l'activisme politique de certains groupes radicaux et la jeunesse se rebelle contre la guerre du Viet-Nam. Les pistolets de poche sont affublés d'un surnom péjoratif (Saturday Night Specials) et assimilés à la criminalité prolétaire. Un changement majeur de loi fédérale intervient lorsque le Gun Control Act est ratifié, puis signé par le président le 22 octobre 1968. Désormais, les pistolets de poche de fabrication étrangère sont bannis.
Giuseppe Galesi, décédé le 30 mars 1968, n'assistera pas au déclin inexorable que ce changement va provoquer pour ses chers pistolets Galesi. La société F.lli Galesi ne survivra pas à ce tournant majeur. Le 22 janvier 1969, Rigarmi procède à 40 licenciements après une période de chômage technique. Sans doute l'essentiel du personnel consacré à la fabrication des pistolets de poche. Les tentatives maladroites de Guerino Galesi pour trouver d'autres débouchés moins légaux à son stock de pistolets le mèneront même devant la justice italienne :
Pour tenter de sauver son entreprise (nous ne savons pas si à cet instant de l'histoire il a fusionné l'ancienne société de son père avec la sienne, avec l'accord de sa fratrie, ou si la F.lli Galesi a d'ores et déjà disparu), Guerino Galesi va tenter d'orienter ce qui reste de sa manufacture vers les répliques à poudre noire. A-t-il anticipé le Gun Control Act, avait-il déjà prévu de s'orienter sur ce marché suite au boom des répliques à la suite du centenaire de la guerre de sécession et au succès des westerns spaghettis, ou agit-il dans l'urgence ? Nous ne le savons pas mais les premiers modèles semblent être mis à le vente en 1969.
La production Rigarmi de répliques PN que nous avons pu identifier jusqu'ici est composée de nombreux modèles Colt, et de deux modèle de 1858 Remington. Les exemplaires identifiés ont été fabriqués entre 1969 et 1976.
Malheureusement, Guerino Galesi a déjà dix ans de retard sur ses principaux concurrents italiens. Bien qu'intéressante, cette gamme de répliques à poudre noire ne suffira pas à sauver la manufacture Rigarmi, qui semble cesser son activité au début années 80. Là encore, les informations sur l'arrêt définitif de l'activité sont inexistantes. Sans doute Guerino Galesi espérait-il trouver un repreneur car dans un article sur le patrimoine industriel de Brescia, on nous indique que Galesi continuait d'assurer au début des années 80 la maintenance de ses machines de fabrication afin qu'elles tournent parfaitement (ou peut-être pour maintenir l'activité liée aux fusils de chasse ?) tandis qu'un acte parlementaire du 25 mars 1981 nous apprend que le transfert des activité de la société Rigarmi de Brescia est alors envisagé vers Porto Empedocle en Sicile, dans le cadre de la réorganisation du groude industriel Montedison. S'agit-il de la même société Rigarmi ?
tags: #armurerie #Brescia #Italie #histoire
