L’entreprise stéphanoise Verney-Carron, plus ancien manufacturier d’armes de France, traverse une période critique. Fondée à Saint-Étienne il y a plus de deux siècles, elle a été placée en redressement judiciaire. Cette situation fait suite à des difficultés financières persistantes et à un contexte économique défavorable.
Déclaration de Cessation de Paiement et Redressement Judiciaire
Les craintes se sont confirmées pour le plus ancien manufacturier d’armes de France. Verney-Carron, qui compte 68 salariés, s’est déclarée en cessation de paiement. Son actionnaire majoritaire depuis 2022, Cybergun, a sollicité une procédure de redressement judiciaire. Le tribunal de commerce de Saint-Étienne a confirmé le placement en redressement judiciaire de Verney-Carron le 12 février.
Plombé par les pertes et un contrat de fourniture de fusils d'assaut pour l'Ukraine toujours pas concrétisé, l'armurier avait récemment demandé sa mise en redressement judiciaire dans l’espoir de pouvoir ensuite négocier avec ses créanciers l'apurement de sa dette.
Objectifs du Redressement Judiciaire
Selon un communiqué de Cybergun, ce nouveau cadre juridique doit permettre la poursuite de l’activité, la mise en place d’un protocole d’apurement du passif et la finalisation du projet d’adossement avec le futur partenaire industriel. Une première période d’observation de six mois a été accordée par le tribunal de commerce.
Cybergun souhaite conserver une participation minoritaire, mais significative, au sein de Verney-Carron. Hugo Brugière, PDG de Cybergun et actionnaire principal de Verney-Carron depuis 2022 aux côtés de la famille Verney-Carron, se montre optimiste quant à l’avenir de l'entreprise. "Le projet ne change pas de celui que nous avions, c’est-à-dire, soit une relocalisation à Saint Etienne sur un nouveau site, soit de restauration du site actuel et de redimensionnement.
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Recherche d'un Repreneur
La recherche d’un nouvel investisseur, initiée il y a plusieurs mois, se poursuit afin de doter l’entreprise des moyens industriels, en plus de ceux financiers, de soutenir une stratégie à long terme, dans le prolongement de son héritage séculaire et d’une expertise complémentaire. Des discussions se concentrent avec un acteur majeur de l’armement de petit calibre au niveau mondial. Cybergun explique être en négociation avec un acteur majeur de l’armement de petit calibre au niveau mondial.
Intérêts et Enjeux
L’État reste toujours réticent à l’idée de venir financièrement en aide à Verney-Carron, le plus ancien et dernier armurier français pour les armes légères, en redressement judiciaire depuis février. Pourtant, la somme nécessaire reste bien minime au vu des enjeux de souveraineté et de crédibilité pour la France.
Candidats à la Reprise
Deux offres de reprises étaient en lice et ont été examinées par le tribunal de commerce de Saint-Étienne. Le groupe belge FN Browning et l'entreprise Rivolier, basée à Saint-Just-Saint-Rambert, étaient candidats à la reprise de l'armurier Verney-Carron, et ont défendu leurs dossiers devant le tribunal de commerce de Saint-Etienne.
Le groupe Rivolier, basé à Saint-Just-Saint-Rambert compte près de 350 salariés. Il est importateur et distributeur, notamment de produits de Verney-Carron, d’armes de chasse, ainsi que d’armes et équipements pour les forces de l’ordre et l’armée. L’industriel belge FN Browning, qui compte 3000 salariés, envisageait de conserver 50 emplois. L'offre de FN Browning était soutenue par Cybergun, actuel propriétaire de Verney-Carron.
Décision du Tribunal de Commerce
Le tribunal de commerce de Saint-Étienne a tranché entre les deux offres en lice pour la reprise de Verney-Carron. Il a choisi celle de l'entreprise ligérienne Rivolier.
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Rivolier : Reprise et Perspectives
Rivolier s’engage à relancer l’activité dès cette semaine, maintenir 55 des 67 emplois, et assurer la continuité de la production dans les ateliers actuels. Rivolier est épaulé dans cette manœuvre par le fonds d’investissement tchèque RSBC, qui détiendra 35 % de la nouvelle structure. Cette alliance stratégique vise à renforcer la solidité financière du projet tout en offrant à Verney-Carron une ouverture à l’international maîtrisée.
FN Browning : Une Offre Solide Non Retenue
De son côté, FN Browning avait pourtant mis sur la table une proposition sérieuse : reprise de 50 salariés, investissement de plusieurs millions d’euros et continuité d’activité. Malgré une offre financièrement puissante et la promesse d’un investissement massif, FN Browning n’a pas été choisi.
Difficultés Financières et Ventes en Baisse
À l'origine des difficultés de Verney-Carron : un recul des ventes et un passif cumulé déclaré par la direction s'élevant à près de 20,4 millions d’euros. Les ventes de Verney-Carron ont continué à chuter l’an dernier, avec de lourdes pertes et un chiffre d’affaires passé sous la barre des 4 millions d’euros, contre 5,45 millions en 2023, selon une source proche du dossier. Le passif cumulé déclaré par la direction est de près de 20,4 millions d’euros. Le Progrès ajoute qu’un contrat majeur avec l’Ukraine ne s’était pas concrétisé, et n’avait pas permis de redresser la barre.
Diversification et Marché des Armes
Longtemps spécialisée dans les armes de chasse, la manufacture a inventé et commercialisé à partir de 1990 les « Flash-balls », des armes défensives notamment utilisées par la police nationale française pendant une vingtaine d’années. La récente orientation vers la fabrication d’armes de guerre de petit calibre n’a pas réussi à compenser la perte du marché avec le ministère de l’Intérieur, et le recul des ventes de fusils et de carabines de chasse et de tir.
Incident et Enquête Judiciaire
Ce dispositif a débouché à la suite d’une première découverte d’une grenade activée à la mise en retenue de la représentante légale et à une série de perquisitions, à l’interception d’un stock d’armes détenues de manière illégale (près de 300 armes) via notamment une cache aménagée au domicile du gestionnaire historique de l’armurerie. Des précurseurs nécessaires à la confection de munitions ont été également identifiés. Une enquête judiciaire sous l’autorité du parquet de Marseille est ouverte des chefs d’acquisition et détention sans autorisation d’armes et munitions de catégorie A et B, avec une co-saisine de la Section de Recherches de Marseille et de la DCT.
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Mobilisation et Soutien
À Saint-Étienne, une centaine de salariés de l’armurier Verney-Carron se sont rassemblés devant le tribunal de commerce. Une cinquantaine de salariés étaient rassemblés devant le tribunal de commerce où la décision s'est jouée le 23 avril . Depuis décembre, les 68 salariés sont au chômage partiel, et en attente du versement de leurs salaires de janvier.
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