Pauline Zacharie, une figure emblématique dans le monde de l'armurerie française, incarne à la fois la tradition et la modernité. Seule femme diplômée en armurerie de France, elle a su s'imposer dans un milieu traditionnellement masculin, en reprenant les rênes de l'Armurerie James, une institution fondée en 1824 à Autun, en Saône-et-Loire. Son parcours, semé d'embûches, témoigne d'une détermination sans faille et d'une passion pour un métier d'art où la précision rencontre la créativité.
Un Parcours Semé d'Embûches, une Passion Inébranlable
Dès l'âge de 15 ans, Pauline Zacharie se passionne pour le tir sportif et aspire à devenir tireur d'élite. Cependant, un rendez-vous décourageant avec un colonel met un frein à ses ambitions, en raison de son genre. Cette déception la pousse à se tourner vers l'écriture, avant que son père, chasseur, ne l'emmène aux portes ouvertes du seul lycée de France formant aux métiers de l'armurerie, à Saint-Étienne.
C'est un véritable déclic. Elle y découvre l'arme non pas comme un instrument de violence, mais comme un objet d'art, où le fer et le bois se rencontrent pour donner naissance à des créations uniques. Elle intègre alors la formation des Métiers d’arts en armurerie, à Saint-Étienne. Là, elle obtient son brevet et finit major de promotion.
Malgré son diplôme et son excellence, Pauline Zacharie se heurte à la réalité du marché du travail. "La seule à ne pas trouver de travail" à sa sortie d'école, elle essuie les refus et les moqueries. Elle finit par trouver un premier poste dans un atelier de fabrication, près de Saint-Étienne. «Physiquement, c'était difficile, je dormais avec des attelles au poignet droit. J'ai tenu le coup deux ans», ajoute-t-elle. L'armurerie est un métier qui réclame «beaucoup de force pour serrer et manipuler» les pièces. Découragée, elle démissionne.
La Rencontre Décisive avec Jean-Claude James
C'est une rencontre avec Jean-Claude James, à la tête de l'une des plus grandes armureries de France à Autun, qui va relancer sa carrière. Il devient son "père spirituel", lui offre son soutien et lui laisse carte blanche pour exprimer sa créativité. Elle se lance alors dans la création d'une trilogie de fusils de collection sur le thème de la mythologie.
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La Trilogie Mythologique : Quand l'Arme Devient Bijou
Pour manipuler ces pièces d'exception, l'armurière enfile une paire de gants blancs. «Cassiopée» est incrusté de 102 pierres précieuses, diamants et saphirs; sur «Amazone», le pontet est orné d'un laçage d'un mètre vingt de fil d'or et «Calypso» est plaqué de nacre. Ces fusils, baptisés "Amazone", "Calypso" et "Cassiopée", sont de véritables œuvres d'art, où le savoir-faire de Pauline Zacharie s'allie à celui d'artisans bourguignons de renom.
«Quand j'ai créé la trilogie, je voulais donner une autre vision de l'arme pour que cela plaise comme un bijou», explique-t-elle. Sa féminité se traduit, selon elle, dans les «finitions» et le «soin (qu'elle met) dans les petits détails». Son instinct féminin l'aide aussi à «capter la sensibilité du client» pour les réglages.
L'arme portant le nom d’Amazone, un calibre 28, se distingue par ses motifs de dentelle ciselés en forme de corset et une pyramide de diamant servant de guidon. « Il aura fallu 1,20 m de fil d’or pour représenter le laçage présent sur le pontet », souligne l’armurière. Pour Calypso, on retrouve un décor de sirène. Pour ce fusil de calibre 410, l’armurière a employé de la nacre, une perle et un pontet en argent. Quant au calibre 20, nommé Cassiopée, il est serti de 102 pierres précieuses (diamants et saphirs) représentant à l’identique la constellation éponyme. Mais toutes ces armes ont deux points en commun : le « S » symbolisant le terme de mise en sécurité de l’arme a été remplacé par un diamant. De plus, les canons de ces armes ont reçu un vernis cuit au four, qui reste un procédé unique au monde.
Reprise de l'Armurerie James : Un Héritage à Préserver
En 2011, Pauline Zacharie fonde une famille et prend la co-gérance de l'armurerie familiale d'Autun, fondée en 1824. Elle devient ainsi la gardienne d'un savoir-faire ancestral, tout en apportant un souffle nouveau à l'entreprise.
La Maison James à Autun, en Saône-et-Loire, est une véritable institution. Ses spécialités ? L’armurerie mais aussi la coutellerie. Elle décide de remettre l’atelier coutellerie à sa place originelle, en vitrine de la boutique : « C’est là que tout a commencé. Je me suis dit qu’il était bien de montrer mon travail aux passants autant qu’aux clients. Que chacun puisse voir comment on aiguise les couteaux ou encore les tondeuses pour les animaux ! »
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Elle prend un vrai plaisir à aiguiser les lames avec le souci de la perfection, de les rendre aussi impeccables que tranchantes. Ses tarifs : 7,90 euros pour une tondeuse et de 3 à 7 euros pour un couteau. Des prix raisonnables appréciés des amoureux des beaux couteaux.
Un Impact sur la Profession et la Perception des Femmes
L'arrivée de Pauline Zacharie dans le monde de l'armurerie a eu un impact significatif sur la profession et sur la perception des femmes dans ce domaine. Aurélien Joassin, armurier, observe que « quelques filles commencent à s'intéresser à l'armurerie depuis que Pauline a montré l'exemple ».
Consciente des préjugés sexistes encore présents dans le milieu de la chasse, elle reconnaît que « ça a dû être difficile pour elle avec certains clients ». Elle relativise en affirmant qu'il n'y a que « 10% de récalcitrants » et qu'elle les taquine avec humour. Elle positive : « C'est gratifiant d'être reconnue quand un client qui ne me voulait pas me redemande ».
Ambassadrice de Blaser et Chevalier de l'Ordre National du Mérite
Depuis 2016, la marque allemande de fusils de prestige Blaser en a fait son ambassadrice à l’international. « Je reste à ce jour la seule armurière au monde à être l’ambassadrice de cette marque », avoue la cheffe d’entreprise.
En 2019, Pauline Zacharie est faite chevalière de l’ordre national du Mérite à seulement 34 ans. Une reconnaissance de son talent, de son engagement et de sa contribution au rayonnement de l'artisanat français.
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Un Engagement Fort dans le Territoire
Malgré des journées à rallonge, l’armurière est engagée dans diverses associations ou chambres consulaires. Ainsi, on la compte parmi les membres du Rotary club, de la Confédération des petites et moyennes entreprises, de la Chambre du commerce et de l’industrie, de l’association Femmes qui bougent. Elle est aussi administratrice de la caisse locale du Crédit agricole Centre-Est.
À 38 ans, Pauline Zacharie prouve, par sa réussite professionnelle, que l’on peut faire son chemin dans des domaines que l’on considère, à tort, réservés aux hommes.
L'Armurerie James et le SIA : Une Modernisation Nécessaire
Pauline Zacharie est également attentive aux évolutions de son métier et à la modernisation des outils. Elle se montre favorable à la mise en place du Système d'Information sur les Armes (SIA), qui permettra de dématérialiser les registres et de faciliter la traçabilité des armes.
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