L'Armurerie Leboeuf de Pontoise Tire Sa Révérence Après Plus d'Un Siècle d'Histoire

Après plus d'un siècle et demi d'existence, l'armurerie Leboeuf de Pontoise a définitivement fermé ses portes, marquant la fin d'une époque. Ce commerce familial, ancré dans le paysage pontoisien depuis 1854, a vu défiler les générations et les évolutions de la société. La fermeture de cette institution locale suscite une vague de nostalgie et d'émotion chez les habitants de Pontoise et au-delà.

Une Histoire Familiale

Fondée en 1854 par Augustin Leboeuf, l'armurerie a traversé les époques en restant dans la même famille. Augustin a transmis son savoir-faire à son fils Auguste, puis Emile et enfin Pierre, qui a tenu les rênes du commerce jusqu'à sa fermeture. Pierre Leboeuf, né dans l'appartement situé au-dessus du magasin, incarnait la quatrième génération d'armuriers Leboeuf.

Sur une photo d'époque datant du début des années 1900, on peut voir Auguste Leboeuf, le grand-père de Pierre, posant fièrement devant sa boutique en compagnie de son apprenti. Cette image témoigne de l'attachement de la famille Leboeuf à son métier et à son commerce.

L'armurerie Leboeuf était réputée pour être la plus ancienne boutique de France tenue de père en fils, un titre honorifique qui souligne la longévité et la tradition familiale de l'établissement.

Une Décision Difficile

Après plus d'un demi-siècle passé derrière le comptoir, Pierre et Elisabeth Leboeuf ont pris la décision de prendre leur retraite. "Il faut savoir arrêter un jour, et à bientôt 79 ans je crois qu'il est temps", confie Pierre avec une pointe de nostalgie dans la voix.

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La succession de l'armurerie posait également problème. Pascal, le fils de Pierre, âgé de 51 ans, a choisi de ne pas reprendre le commerce familial. Il explique que l'emplacement du magasin, situé en centre-ville, rendait l'activité difficile. "Les clients achètent des paquets de cartouches de 10 kg, explique-t-il. En centre-ville, c'est compliqué s'ils ne peuvent pas stationner à proximité." Pascal a donc préféré se consacrer au ball-trap familial, ouvert en 1972, situé à cheval sur les communes de Théméricourt et d'Avernes. "Ça plus l'armurerie, ça faisait trop", précise-t-il.

Une Boutique Ancrée Dans L'Histoire Locale

L'armurerie Leboeuf était bien plus qu'un simple commerce. Elle était une institution à Pontoise, un lieu chargé d'histoire et de souvenirs. Ouverte sous Napoléon III, avec un décret signé du préfet de Seine-et-Oise au nom de l'empereur, elle a été témoin des transformations de la ville et de la société française.

Certaines anecdotes ont même marqué l'histoire du territoire. La plus célèbre d'entre elles est sans doute celle du revolver avec lequel Van Gogh se serait suicidé. "J'avais toujours entendu dire que mes ancêtres avaient vendu le revolver qui avait servi à Van Gogh pour se suicider, mais il n'y a aucun document pour le prouver", explique Pierre Leboeuf. Bien qu'il n'existe aucune preuve formelle, la rumeur persistait et contribuait à la légende de l'armurerie. Pierre Lebœuf en a la certitude. Le revolver Lefaucheux avec lequel Van Gogh aurait voulu se suicider a été acheté dans sa boutique, rue de l'hôtel de ville. L'information s'est transmise de génération en génération et n'a pas pu se perdre car le commerce fondé en 1854 par Augustin n'a jamais quitté le clan Lebœuf.

Le commerçant, aujourd'hui âgé de 78 ans, a cependant déjà reçu la visite de touristes japonais curieux. La plus vieille armurerie familiale de France est en effet évoquée dans le livre enquête d'Alain Rohan. « Vincent Van Gogh, aurait-on retrouvé l'arme du suicide ? » est aujourd'hui épuisé. Mais son auteur espère le faire éditer de nouveau.

Une Touche Féminine

Au fil des années, Elisabeth Leboeuf a apporté une touche féminine à la boutique. En plus des armes et des accessoires de chasse, elle proposait également des articles de maroquinerie et des foulards à la clientèle. Cette diversification a permis à l'armurerie de s'adapter aux évolutions du marché et de séduire une clientèle plus large.

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Sécurité et Anecdotes

Le couple Leboeuf était inséparable derrière le comptoir, toujours accompagné de leurs deux gros chiens. "On n'était jamais seul dans la boutique à cause des problèmes d'insécurité", souligne Elisabeth. Pierre se souvient également de quelques incidents : "Ça arrivait que des jeunes débarquent, casquette à l'envers, pour nous demander un gun. Mais on ne leur a jamais rien vendu, c'était marginal."

Une Vague de Soutien Émouvante

L'annonce de la fermeture définitive de l'armurerie a suscité une vague de visites et d'au revoir émouvants. "C'était le défilé incessant, on avait du mal à fermer, raconte Elisabeth. Les gens ont été très gentils, certains avaient les larmes aux yeux, d'autres nous demandaient des sacs plastiques Leboeuf en souvenir. Les commerçants nous ont fait un apéro surprise. Quand j'ai vu ça, j'ai dit à mon mari : tu vois, on a réussi."

Évolution de la Législation

Pierre Leboeuf témoigne des changements dans la législation sur les armes à feu au cours de sa carrière. "Ces dernières années, c'était plus difficile, témoigne le septuagénaire. Avant 1936, les armes de poing se vendaient comme ça, mais la législation s'est durcie, maintenant il y a une réglementation plus importante."

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