Biarritz-Bayonne : Un derby basque historique se conclut par une séance de tirs au but inédite

L'accession au Top 14 s'est jouée de manière absolument incroyable : aux tirs au but ! Un événement rarissime dans le monde du rugby, qui a ajouté une dimension dramatique supplémentaire à la rivalité déjà intense entre les deux frères ennemis du Pays basque, Biarritz et Bayonne. Ce samedi, au stade Aguiléra, le Biarritz Olympique a triomphé au terme d'un suspense insoutenable, grâce à un coup de pied décisif de son capitaine et troisième ligne, Steffon Armitage.

« C’est tout un peuple qui remonte en Top 14, et on est heureux pour ça. Ils vont vivre de belles journées l’année prochaine », a déclaré l’entraîneur de Biarritz, Nicolas Nadau, au micro de Canal +. L'ambiance était électrique, digne du monde d'avant, avec plus de 5000 spectateurs passionnés dans les tribunes d'Aguiléra. Le terrain a été envahi par une marée rouge et blanche, célébrant une journée historique pour le BO, qui retrouve le Top 14 après sept années de purgatoire, tout comme Perpignan. L’Aviron bayonnais, quant à lui, retourne en Pro D2.

« Je suis un peu sous le choc, a réagi Yannick Bru, l’entraîneur bayonnais. Aucune équipe n’a réellement pris l’ascendant, donc c’est devenu un match cadenassé. La dimension psychologique a étouffé ensuite le jeu. J’ai des regrets sur cette fin de match. Le résultat est sec, froid et dur pour le projet Aviron bayonnais ».

Un match âpre et ultra-intense

Avant ce dénouement exceptionnel, le match a été serré, tendu et avare en envolées lyriques. Le combat annoncé a été à la hauteur des attentes, avec des plaquages dévastateurs, un engagement féroce dans les rucks et une contestation acharnée sur chaque ballon, en touche comme en mêlée. Le derby explosif entre Biarritz et Bayonne a tenu ses promesses, avec en jeu une place en Top 14 pour le vainqueur et une relégation en Pro D2 pour le vaincu.

Les Biarrots ont impressionné par leur détermination. Jouant crânement leur chance sur chaque ballon, à l'image de leur talonneur Peyresblanques, révélation de la saison, les pensionnaires de Pro D2 n'avaient rien à perdre. Cet engagement supplémentaire a été récompensé par les premiers points du match, les seuls de la première période : une pénalité de l'ouvreur Gilles Bosch (32e), entré en jeu dès la 16e minute pour remplacer Ilian Perraux, blessé. Les blessures ont d'ailleurs été nombreuses dans ce combat acharné entre les deux clubs basques.

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Côté Bayonnais, la priorité était de tenir le choc en défense, conscient des lourdes conséquences d'une descente, tant sur le plan de l'humiliation locale que sur celui de la crise économique. La domination physique attendue des pensionnaires du Top 14, qui avaient disputé cinq matchs de moins cette saison que Biarritz, tardait à se manifester.

À l'ultime minute, Bayonne semblait en mesure de faire enfin le break. L'Aviron a pilonné la ligne, mais s'est entêté à vouloir la franchir au lieu de tenter un drop en face des poteaux. Finalement, Armitage a réussi à gratter la balle, envoyant les deux équipes en prolongation. Après une pénalité de chaque côté, c'est finalement face aux poteaux que s'est jouée la place en Top 14. Un moment historique.

La feuille de match

Biarritz-Bayonne 6-5 aux t.a.b. (3-0, 3-3, 6-3, 6-6 a.p.)

  • Arbitre : Alexandre Ruiz.
  • Biarritz : 2 pénalités (Bosch 32e, Hart 83e).
  • Bayonne : 2 pénalités (Lafage 52e, Germain 94e).
  • Biarritz : Lonca (Barry 16e) - Stark, Vergnaud, Saili, Speight - (o) Perraux (Bosch 16e), (m) Couilloud (Hart 60e) - Jalagonia (Dyer 72e), S. Armitage (cap.), O’Callaghan - Dyer (Gimeno 57e, Aliouat 75e), Aliouat (Olmstead 57e) - Millar, Peyresblanques (Da Ros 48e), Watremez (Tcheishvili 44e).
  • Bayonne : Germain (Costossèque 41e) - Ravouvou, Muscarditz (cap.), Hingano, Luc - (o) Lafage, (m) Rouet (Zabalza 67e) - F.

Un derby chargé d'histoire

Ce 112e derby basque, disputé ce samedi, restera gravé dans les mémoires. Vingt-six mois de sevrage avaient précédé cette confrontation, et l'enjeu était de taille : la montée (pour Biarritz) ou le maintien (pour Bayonne) dans l'élite. Ce millésime 2021 s'inscrit parmi les confrontations les plus marquantes de l'histoire de cette rivalité.

France Bleu Pays Basque a sélectionné 10 moments clés qui jalonnent la légende de ce monument du rugby, du premier derby, gagné sur tapis vert, au 100e, entré dans l'Histoire ovale, en passant par une finale, un combat de boxe et l'affaire du Y…

  • 5 janvier 1908 : à jamais le premier

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    L'Aviron Bayonnais, créé seulement deux ans plus tôt, affrontait pour la première fois le Biarritz Stade (qui deviendra Biarritz Olympique en 1913). Ce premier derby, en quart de finale du championnat Guyenne et Gascogne, s'est déroulé à Aguiléra. Les deux clubs, alignant des joueurs aux licences douteuses, avaient conclu un pacte de non-agression. Cependant, les Biarrots, qui ne se sont présentés qu'à 14 au coup d'envoi, se sont inclinés 9 à 3 et ont porté réclamation. Les dirigeants bayonnais, furieux, ont fait de même. Le comité a donné match perdant aux deux équipes, avant de finalement déclarer Biarritz vainqueur… sur tapis vert. Le ton était donné.

  • 9 janvier 1910 : le derby des polémiques

    Le derby s'est joué à Anglet, sur le terrain d'Hardoy. Plus de 4.000 spectateurs étaient présents. Le match, arbitré par un ancien joueur bayonnais, a été contesté par les Biarrots, qui ont quitté le terrain après un essai de l'Aviron qu'ils jugeaient non valable. Le public mécontent a envahi le terrain. Après discussion, la rencontre a repris avec un nouvel arbitre. Les Bayonnais se sont imposés 11-0, mais ont été vivement critiqués par un chroniqueur biarrot.

  • 13 mai 1934 : le derby du titre

    Biarritz et Bayonne se sont retrouvés en finale du Championnat de France, à Toulouse. L'Aviron de Maurice Celhay s'est imposé 13 à 8. Les Biarrots d'Henri Haget ont félicité les vainqueurs, et ont été acclamés par les Bayonnais.

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  • 14 avril 1946 : le combat de boxe

    Après des années d'entente cordiale, la situation s'est tendue entre les deux clubs. L'ambiance précédant ce derby en quart de finale du championnat de France à Bordeaux était électrique. Des rumeurs prêtaient à René Arotça, le capitaine bayonnais, des propos acerbes sur son vis-à-vis biarrot Jacques Arrizabalaga. Sur le terrain, les deux hommes se sont invectivés et accrochés. Le BO s'est imposé 16 à 8. L'histoire s'est poursuivie dans les vestiaires, où Arotça et Arrizabalaga ont décidé de régler leur différend sur un ring. Le combat, de piètre qualité, a viré à la farce, mais a donné naissance à une solide amitié entre les deux hommes.

  • 16 mai 1992 : le drop du bout du monde

    Ce derby était le plus important pour les deux clubs depuis la finale de 1934. Biarrots et Bayonnais se sont retrouvés en quart de finale du championnat de France à Tarbes. Franck Corrrihons, jeune ailier du BO, a inscrit l'essai de l'espoir en début de deuxième mi-temps (10-12). À 12 minutes de la fin de la rencontre, il a hérité d'un ballon quasiment sur le bord de touche, à 50 mètres des perches, et a réussi un drop incroyable, offrant la victoire à Biarritz (16-15).

  • 16 avril 1995 : Lamaison envoie le BO en 2e division

    Les deux clubs se sont retrouvés pour le dernier match de la Coupe Moga. Le vainqueur de la rencontre gagnait sa place dans le nouveau championnat élite, tandis que le vaincu était relégué dans le Groupe A2. Mené et réduit à 14, l'Aviron a obtenu une pénalité à sept minutes du terme de la rencontre. Le pied de Titou Lamaison, l'ouvreur de l'Aviron et bientôt du XV de France, n'a pas tremblé. Bayonne a envoyé Biarritz au purgatoire (9-8).

  • 18 septembre 2004 : David terrasse Goliath

    Enfin promus, les Bayonnais ont retrouvé leurs voisins en Top 16 dans la peau du petit face à l'ogre dans son antre d'Aguiléra. Décomplexés et survoltés par le derby, les Bayonnais ont tenu la dragée haute aux Biarrots et se sont imposés (22-27) à la surprise générale.

  • 29 avril 2006 : le mystère du Y volé

    Des supporters de l'Aviron ont décroché le Y géant du mot « Pays » ornant la façade extérieure de l'une des tribunes d'Aguiléra. À leur arrivée, les spectateurs pouvaient donc lire : « Biarritz Olympique Pa s Basque ». Malgré sa taille imposante, la lettre manquante n'a jamais été retrouvée.

  • 4 avril 2009 : le BO ferme la route européenne à l'Aviron

    Pour la première fois depuis longtemps, Biarritz et Bayonne se battaient directement pour une place en phase finale. Biarritz s'est imposé (15-19), privant Bayonne d'une qualification pour les phases finales et la Coupe d'Europe.

  • 29 novembre 2011 : le plus fou

    Le 100e derby a été reporté en raison d'une épidémie d'oreillons à Lyon, qui avait affronté Biarritz quelques jours plus tôt. L'événement s'est finalement joué un mardi soir à Aguiléra. Dès le début de la rencontre, une bagarre a éclaté entre Imanol Harinordoquy et les Bayonnais Jean-Jo Marmouyet et Renaud Boyoud. L'Aviron a déposé plainte contre le BOPB et Lucien Harinordoquy en dénonçant « le climat de violence et d’agressivité dans lequel s’est déroulé le 100e derby basque ».

Six victoires de l'Aviron et un match nul ont suivi, jusqu'au 14 octobre 2017, jour où Biarritz a mis fin à la série noire en s'imposant sur le terrain adverse (24-30), entamant une suite de 4 succès toujours en cours.

Un match d'accession totalement fou

Le match d'accession entre Biarritz et Bayonne a été d'une intensité et d'un suspense rares. Au terme d'un match tendu, ultra-cadenassé et sans grandes envolées, le Biarritz Olympique s'est imposé contre l'Aviron Bayonnais aux tirs au but (6-6, 6 tab à 5), lors du match de barrage d'accession/relégation. Après une égalité au bout du temps réglementaire (3-3) puis de la prolongation (6-6), les deux formations basques ont dû se départager aux tirs au but.

C'est finalement Luc qui a manqué la 6e tentative de l'Aviron, offrant la victoire au BO sur un coup de pied de son capitaine Steffon Armitage. Avec cette victoire au forceps dans le derby, le BO retrouve le Top 14 après l'avoir quitté en 2014.

Le déroulement de la séance de tirs au but

  • Un tirage au sort a déterminé quelle équipe commencerait et de quel côté du terrain se déroulerait la séance.
  • Cinq tireurs de chaque côté se sont placés sur la ligne des 22 mètres et ont tiré chacun leur tour.
  • Si, au bout des cinq tireurs, il n'y avait toujours pas de vainqueur, la séance s'est poursuivie en mort subite.

Dans ce contexte irrespirable, le pied de Steffon Armitage n'a pas tremblé, envoyant Biarritz en Top 14.

Les réactions

L'entraîneur de Biarritz, Nicolas Nadau, a exprimé sa joie : « C’est tout un peuple qui remonte en Top 14, et on est heureux pour ça. Ils vont vivre de belles journées l’année prochaine ».

Yannick Bru, l'entraîneur bayonnais, était sous le choc : « Je suis un peu sous le choc. Aucune équipe n’a réellement pris l’ascendant, donc c’est devenu un match cadenassé. La dimension psychologique a étouffé ensuite le jeu. J’ai des regrets sur cette fin de match. Le résultat est sec, froid et dur pour le projet Aviron bayonnais ».

Jean-Baptiste Aldigé, président controversé du BO, a souligné : « Il faut considérer le chemin parcouru depuis trois ans ».

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