Le lundi 23 septembre 2024, la chambre militaire du tribunal correctionnel de Rennes a rendu son verdict dans une affaire singulière : celle d'un ancien élève sous-officier jugé pour désertion et détention d’armes de guerre non autorisée. Les faits remontent au 1er mars 2022, lorsque le jeune homme a quitté son camp d’entraînement de la Courtine (Creuse) avec un fusil d'assaut Famas et une munition volée, motivé par un « voyage pathologique » vers l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire).
Les faits : une disparition inquiétante lors d'un entraînement aux tirs
Cinq mois après son engagement dans l'armée, alors qu’il participait depuis une semaine à « une campagne d’entraînement aux tirs » dans le cadre de la formation initiale destinée aux sous-officiers d’active, l'élève sous-officier a manqué à l’appel lors du rassemblement de sa section vers 16h30. Ses camarades ont expliqué à leur supérieur qu’il leur avait confié être parti à la recherche d’un chargeur de Famas prétendument « égaré » plus tôt dans l’après-midi.
Déclenchement d'importantes recherches
L'absence prolongée du jeune homme a rapidement suscité l'inquiétude. De « premières recherches » ont été lancées par les militaires en exercice dans le village. Face à l'absence de résultats, les gradés ont décidé d'alerter la gendarmerie vers 20h30. Un dispositif important a été déployé pour retrouver le disparu, comprenant un hélicoptère, deux équipes cynophiles, la Section de recherches (SR) et le Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie nationale (PSIG), mobilisés aux côtés des camarades du prévenu. Au total, ce sont « 350 hommes » qui ont été mobilisés pour ces recherches, selon les estimations du président du tribunal.
Un voyage initiatique aux motivations troubles
À ce stade de l'enquête, les autorités ignorent les intentions réelles de l'élève militaire. Il est parti en tenue, emportant avec lui son Famas et une munition de guerre de calibre 5,56 volée. Cette situation soulève de nombreuses interrogations quant à ses motivations et aux risques potentiels.
Lors de son interrogatoire, le jeune homme a expliqué avoir tracé un itinéraire pour se rendre à l’abbaye royale de Fontevraud, près de Saumur (Maine-et-Loire), située à environ 300 km de son camp d’entraînement. Il affirmait vouloir y « méditer », justifiant son acte par une foi profonde et une pratique religieuse assidue. Il avait déjà parcouru « 60 km » à pied lors d'un précédent voyage lorsqu'il était étudiant en 3e année d’économie.
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Une cavale et un défi à l'autorité
L'ancien élève sous-officier a reconnu s'être caché et avoir franchi des grillages pour échapper aux militaires lancés à sa poursuite. Il a même avoué avoir ressenti « le sentiment agréable d’être seul contre tous, de réussir à semer tout le monde ». Il a décrit sa situation comme une course-poursuite avec l'armée et la police, se vantant d'avoir réussi à leur échapper et à poursuivre son itinéraire. Il a reconnu avoir « nargué l’autorité » et « défié la hiérarchie ».
Le président du tribunal correctionnel de Rennes a exprimé son scepticisme face à cette version des faits, soulignant qu'il est « rare de voir des militaires armés prier ou méditer dans une chapelle ». Il a également interrogé le prévenu sur la destination prévue de la munition volée.
Un "voyage pathologique" inspiré par les saints
Le jeune homme a tenté de rassurer la cour en affirmant que ses « dispositions n’étaient point sanguinaires ». Il a expliqué que s'il avait eu l'intention d'attaquer une ou plusieurs personnes, il aurait emporté davantage de munitions.
La psychologue qui l’a examiné a qualifié ce périple de « voyage pathologique », soulignant l'absence de « raison rationnelle » derrière cet acte. Le prévenu a lui-même reconnu avoir été « pris d’une forme d’accès de folie ».
Le président du tribunal a noté que l'aventure recherchée par le jeune homme dans l’armée, et qu'il n'avait pas pu trouver, il se l'était offerte lui-même. L'ancien élève de classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) a confirmé avoir ressenti le besoin de « vivre quelque chose d’inordinaire », expliquant qu'il avait « le sentiment de n’avoir rien vécu ». Il a toutefois assuré que cette expérience l'avait « sevré de toute velléité particulière ».
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L’avocat du prévenu, Maître Quentin Blanchet-Magon, a décrit ce voyage comme un « voyage initiatique teint de religion, inspiré par les saints », soulignant l'intelligence de son client, rarement égalée dans le corps militaire.
Le verdict : une peine avec sursis et une obligation de suivi psychologique
Finalement, l'ancien élève sous-officier a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à une interdiction de porter une arme pendant trois ans, conformément aux réquisitions du parquet.
Le président du tribunal a encouragé le prévenu à s’engager dans une démarche psychologique afin de comprendre ce qui s’était passé en lui, s’interrogeant sur son « côté mystique » et son besoin d'une « grande aventure ».
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