Depuis l'avènement des civilisations, les êtres humains se sont toujours dotés d’armes à distance. L'histoire de l'armurerie est riche et complexe, marquée par des innovations constantes et des figures emblématiques qui ont façonné le domaine. Cet article explore l'histoire de célèbres armuriers et inventeurs de cartouches, en mettant en lumière leurs contributions significatives et leur héritage durable.
L'évolution des armes à feu et des munitions
Au VIIIe siècle, les Chinois intègrent dans leur inventaire un produit qui changera radicalement l'Histoire : la poudre noire. Il s’agit d’un mélange de Salpêtre (nitrate de potassium), soufre, et charbon de bois. Dès 1150, des armées étrangères (Moyen-Orient) intègrent les systèmes à poudre noire dans leurs armements. Elles prennent la forme d’un canon à main, propulsant une flèche. Cette arme (le Madfaa) est l'ancêtre des armes portatives occidentales (arrivée vers la fin des années 1200). En Août 1324, apparait une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde). Celle-ci est montée sur un fût en bois, et posée à même le sol.
Au fur et à mesure du Moyen-Âge, les bombardes, les canons ont eu des déclinaisons de plus en plus petites jusqu'à devenir des armes portables individuelles. Vers 1460 jusqu’à 1660, l’arquebuse, mot découlant d’hacquebute : C’est une arme à feu, à fût de bois, véritable ancêtre des carabines, mousquets et fusils, que l’on tient sous l’aisselle ou que l’on commence à épauler. En 1520, l’arquebuse à canon rayé (rainuré) hélicoïdalement : Il semble que le germanique Auguste Kotter, remarquant que les « viretons d’arbalète » avaient une plus grande précision que les « traits classiques » comme le « carreau . Il inventa le « rayage (rainurage) hélicoïdal » de l’intérieur des canons d’arquebuses. Le mousquet était né. Le nom « mousquet » provient de l’italien « moschetto , issu du latin « musca , la mouche, à cause de la balle (qui sifflait et qui était invisible en vol comme une mouche aux oreilles des soldats.
Les travaux sur les agents chimiques explosant suite à un choc, réalisés par le chimiste français Bertholet, comme le fulminate de mercure et le muriate de potassium, amenèrent le pasteur écossais Alexandre John Forsyth en 1808 à concevoir la première platine à percussion par chien (sans pierre) dite à « flacon de parfum , n’utilisant pas le silex, mais le fulminate de mercure, sur un fusil de chasse.
La famille Leboeuf : Une dynastie d'armuriers pontoisienne
En décembre 2019, l’armurerie Leboeuf, véritable institution pontoisienne située au 8 rue de l’Hôtel de Ville, a pour la dernière fois baissé le rideau de sa boutique ouverte il y a presque 200 ans par Louis Duvivé. Au plus loin que l’on puisse remonter, la famille est originaire de Blannay (Yonne, Bourgogne) à quelques kilomètres d’Arcy sur Cure. Si Philippe Leboeuf (1651-1729) en est le plus lointain membre connu, c’est trois générations plus tard, que son descendant, Jean Leboeuf, quitte l’Yonne pour s’installer à Maraye en Othe (Champagne Ardenne). En 1825, naît son fils Augustin Leboeuf qui deviendra le premier arquebusier de la lignée.
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Augustin Leboeuf : L'apprentissage auprès de Casimir Lefaucheux
Entre 1845 et 1854 Augustin exerce une période d’apprentissage de 4 ans auprès de Casimir Lefaucheux, armurier de renom. Il est probable que sa formation, au moins en partie, ait eu lieu en même temps que celle d’Eugène Lefaucheux. En 1854, Augustin Leboeuf reprend l’établissement d’arquebuserie de Louis Duvivé (originaire d’Aubigny et établit à Pontoise vers 1820) située au 6 rue Jean Jacques Rousseau qui est l’ancien nom de la rue de l’Hôtel de Ville. Copie de l’autorisation d’établissement d’Augustin Leboeuf avec, en marge, le serment auprès du tribunal, 1855, coll : Famille Leboeuf. En 1863 il épouse Eugénie Monmirel (1838-1908), ils ont deux fils, Auguste Leboeuf, qui nait en 1864, et Charles en 1875 ainsi qu’une fille prénommée Eugénie en 1870.
Auguste Leboeuf : De l'école des Arts et Métiers à la poésie
Né en juin 1864, Auguste est un très bon élève qui « a reçu l’enseignement primaire dans les écoles Communales de la ville ». Il est lauréat au Concours Cantonal de Pontoise et a obtenu, toujours par concours, une bourse créée par le Conseil Général. Il entre comme boursier à l’Ecole Bertrand de Versailles (École professionnelle industrielle et commerciale de Versailles), école catholique qui ne lui convient pas car il interrompt ses études et participe en 1879, à l’âge de 15 ans seulement, au concours d’entrée de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons où il est admis avec le numéro 27 sur 100. Certificat d’étude primaires d’Auguste Leboeuf qui a passé son examen en 1877 avec mention très bien. Coll. Après avoir repris l’armurerie, Auguste se marie en 1894 avec Eugénie Estruc (1863-1931) qui se trouve être la nièce du peintre Camille Pissarro.
C’est en 1884 qu’un magasin Félix Potin, ouvert par Julien André au 7 rue de l’Hôtel de Ville, vient perturber le fonctionnement et l’économie des épiceries pontoisiennes. Dès 1886, appuyée par la maison mère de Paris, l’enseigne bien achalandée offre des prix bas, un service de livraison à domicile et un accueil de qualité avec pas moins de six commis employés. La concurrence faite aux épiciers du quartier est forte et une campagne malveillante visant ce nouvel arrivant prend un essor important. Auguste Leboeuf décide alors de dénoncer cette situation en écrivant un poème qui se chante sur l’air de la Marseillaise et illustré par Lucien Pissarro avec lequel il est ami depuis l’enfance. La Marseillaise des Epiciers - Poésie d’Auguste Leboeuf, illustrations de Lucien Pissarro, octobre 1889. Collection / photographies : Ashmolean Museum, Oxford.
Émile Leboeuf : La guerre et la reprise de l'armurerie
Emile est comme son père un excellent élève qui fait ses études à l’Ecole des Arts et Métiers de Lille où il entre en 1920 avec une bourse entière appuyée par le Conseil Municipal de Pontoise. La carrière d’Emile sera écourtée par la Seconde Guerre Mondiale. En exode à Brive-La-Gaillarde durant un mois, la famille est informée que la boutique a été détruite par une bombe. Ils constatent à leur retour que ce n’est pas le cas mais l’armurerie a été pillée bien qu’une partie du stock ait été cachée avant leur départ.
Pierre et Elisabeth Leboeuf : La fermeture définitive
Pierre et Elisabeth Leboeuf dans leur boutique du 8 rue de l’Hôtel de Ville, quelques jours avant la fermeture définitive de l’établissement. Le monde de l’armurerie est secoué par de nombreuses évolutions de la législation des armes et la pratique de la chasse décline peu à peu. La boutique s’adapte et vend aussi des vêtements pour la chasse ou encore des produits d’auto défense. Le ball-trap connait aussi un certain engouement et la famille ouvre un centre en 1972 sur la commune de Théméricourt.
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John Moses Browning : Un génie de l'armement
John Moses Browning est né en 1855, année où de nombreux perfectionnements armuriers existaient déjà :
- Le revolver (Colt 1835)
- Le verrou à déplacement linéaire (Dreise 1837)
- La cartouche métallique (Flobert 1845)
- Le mécanisme à répétition des futures Winchester (Hunt 1846)
- Le bloc tombant (Sharp 1848)
En tant que fils d’armurier et armurier lui-même, situé à Ogden, un important carrefour de l’ouest Américain, il connaît, et a probablement entretenu ou réparé, l’ensemble des systèmes alors commercialisés… Son premier brevet (carabine Browning 1878) n’est pas réellement une invention mais une ingénieuse évolution des armes Sharp à bloc tombant. C’est en 1884 qu’il dépose le brevet de sa vraie première « invention ». Partant de deux mécanismes qu’il connaît bien (le verrou à bloc tombant Sharp et le système des Winchester 1873 &1876 ) il a l’idée géniale de les « hybrider » en quelque sorte et obtient le premier système à levier de sous garde compatible avec les cartouches les plus puissantes existantes (Winchester 1886 puis, avec des mécanismes dérivés, les modèles 1892, 1894 et 1895) dont la résistance est comparable aux meilleures armes militaires du moment (Mauser et Lebel) mais dont la capacité de feu et l’ergonomie sont incomparablement supérieures !
Il n’en restera pas là ; son obsession est, semble t’il, déjà la répétition…avant de devenir l’automatisme ce qui est d’ailleurs une suite logique ! En effet, il est aussi (ou avant tout ?) un chasseur de l’Ouest et l’idée d’un fusil à répétition le hante…qu’à cela ne tienne, il crée dès 1887 son premier fusil à répétition et à levier de sous garde, immédiatement commercialisé par Winchester ! Notre homme se remet à l’ouvrage…et met au point le second fusil à pompe du monde (Une fois encore après le Spencer en 1882) à savoir les modèles Winchester1893 et 1897 brevetés en 1890.
C’est vers cette période qu’il se tourne vers l’automatisme strictement parlant : En1889 et 90 il crée ses premiers prototypes de mitrailleuses qui intéressent immédiatement la Sté Colt ( dès 1890). Ses travaux sont confirmés par un brevet déposé en janvier 90 et accepté en 92 (avec deux autres concernant le même objet) et couronnés par la mise en fabrication (et l’adoption partielle par la Navy) de son modèle COLT 1895 surnommé « Potato digger »(« arrache patates ») , par allusion au mouvement de piochage dû au piston vertical sous le canon )
Après les mitrailleuses, JMB semble immédiatement s’intéresser aux pistolets dits « automatiques » : Ses premières demandes de brevet datent de1895 (sept.) et début 1896 (l’année du Mauser C96 !) Et quelles demandes ! Quatre grands principes en même temps, dont deux sont à ce jour parfaitement d’actualité, et vont être à la source de dizaines de millions d’armes fabriquées sous licence, ou plagiées, à travers le monde …. Les voici :
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- Canon fixe et culasse à déverrouillage par emprunt des gaz et piston perpendiculaire au canon (1895)
- Canon verrouillé lors du départ principe de déverrouillage par canon tournant
- Canon monté sur biellettes et portant la partie mâle du verrou
- Canon fixe, culasse immobilisée provisoirement par sa simple inertie.( « Blow back »)
Le « naturel revenant au galop » JM Browning revient vite vers les armes de chasse et l’automatisme et met au point dès1898 (brevet de février 1900) son révolutionnaire fusil de chasse automatique, l’ Auto 5…. Dans la foulée (juin 1900) et selon le même principe du long recul du canon, il crée la première carabine de grande chasse automatique du monde capable de fonctionner avec les cartouches les plus puissantes, à savoir la Remington N° 8 (puis N° 81) fabriquée à partir de 1906 (cette arme sera aussi fabriquée par la FN en Belgique)
Pour JMB, la période suivante (1900-1914) va surtout consister dans l’amélioration de ses systèmes d’armes :
- Carabine 22LR très simplifiée à la demande de la Sté Winchester : Modèle 1900
- Fusils à pompe : Stevens modèle 520.en 1903 Remington 17 (Produit à partir de1921 sur un brevet de 1913 initialement prévu pour la FN mais empêché par la guerre)
- PA « Blow back » : FN 1903,1906 & 1910 -Celui de l’attentat de Sarajevo en 14-Colt 1903,Colt 1908 en 25ACP). PA à court recul (Colt 1902, 1903 , 1905 et enfin « 45 »adopté en 1911 par les USA)….
1914 et 1915 vont voir la naissance de deux nouvelles armes de sport :
- La carabine 22LR FN type A automatique (et Remington mod.24)
- Le PA 22LR « Colt Woodsman »(dont les derniers avatars seront les FN « Challenger » et ultérieurement « Buck mark » mis au point par son petit fils, « Bruce.»
Mais c’est la première guerre mondiale qui va orienter de nouvelles recherches vers des armes « full-auto » susceptibles de redonner aux alliés la supériorité de feu sur les armes automatiques du Reich ! Il développe aussi un nouveau concept d’arme individuelle d’infanterie avec son révolutionnaire « fusil d’assaut » BAR (1917)….qui participera activement à la campagne de 1918 entre les mains des « Tommies » en France ! D’ailleurs beaucoup de « petites » armées se servent aujourd’hui encore de cette arme ! (Nicaragua, etc.…)
L’après guerre va nous offrir encore de nouvelles armes dues au génie de JMB toujours en verve : Dès les années1921 ( JMB a alors 66 ans !), premiers prototypes , suite à un « concours » lancé par l’armée Française, du futur GP (ou HP) 35 : 9 Parabellum, chargeur double pile, verrouillage du canon par une rampe à la place de la biellette arrière.(la mise au point du modèle définitif sera faite par Dieudonné Saive , son disciple,à la FN ) 1921 toujours, un canon automatique de 37 mm (modèle 9). 1922, carabine 22 « Trombone » (à pompe) commercialisée par la FN. Enfin 1925-26- : Le merveilleux superposé semi industriel B25 (le premier ; ses rares prédécesseurs - Boss et peut être Merkel- étant strictement artisanaux !) …. Il est toujours fabriqué à ce jour ! (les derniers « détails » seront mis au point par son fils « Val A.
Collaboration avec la Fabrique Nationale (FN)
Le 2 avril 1897, le Conseil d’Administration de la Fabrique Nationale (FN) décida d’envoyer son directeur commercial aux États-Unis. Hart O. Au cours de son voyage, Berg rencontra presque par hasard deux armuriers américains : il s’agissait des frères Browning. Heureuse coïncidence : John Moses, qui bénéficiait déjà d’une certaine notoriété dans son pays d'origine, venait justement de déposer un brevet pour un pistolet automatique 7,65mm de son cru… Hart O. Berg eut le nez creux, et fut d’emblée séduit par le concept. Ces qualités, associées à une intuition très juste des désirs des clients, présentaient des avantages considérables du point de vue professionnel. Parmi celles-ci, divers modèles de pistolets, dont un calibre 9 mm (acheté en quantité impor-tante par l'armée suédoise durant l’année 1907). En 1913, Browning créa une carabine semi-automatique de calibre 22, dont il commanda immédiatement 50 000 unités pour le marché américain. En 1907, John Moses Browning autorisa la FN à utiliser son patronyme comme marque déposée, ce qu’il n’avait jamais accordé aux grandes firmes américaines qui avaient, auparavant, commercialisé ses premières inventions. Les intérêts et les objectifs communs qui liaient sa propre famille à la société belge se trouvaient ainsi soulignés.
La popularité des armes développées par Browning et fabriquées par la FN allait continuer de croître au fil des ans, à la fois en Europe et en Amérique. De 1899 à 1906, le nombre de pistolets vendus atteignit les 250 000 unités. En 1908, ce chiffre fut multiplié par deux, tandis qu’en juillet 1912 le millionième pistolet était assemblé à Herstal. Cet évènement fut d’ailleurs célébré le 31 janvier 1914, lors d'une fête somptueuse à laquelle furent conviés quelque cinq cents invités du monde des affaires et de la politique, dont deux ministres d'Etat.
Plusieurs d’entre elles aboutirent : une carabine « trombone » de calibre 22, un pistolet automatique Haute Puissance (HP) et un fusil de chasse à canons superposés. Demeuré au stade de prototype, ce dernier avait été conçu quelques années auparavant par John Moses. En effet, Browning voulait à la fois améliorer le fonctionnement de son arme et l'adapter à une production mécanisée qui permettrait de la proposer à un prix très compétitif. Hélas, il travaillait encore sur ce fusil extraordinaire en tout point lorsque, dans son bureau de Herstal, il mourut le 26 novembre 1926. Il effectuait alors son soixante-et-unième séjour à la FN. Trois décennies de collaboration et d’amitié étaient brusquement endeuillées.
Heureusement, l’un des fils de John Moses, Val Allen Browning, prit soin d’achever le prototype du B25. Grâce aux efforts combinés du père et du fils, ainsi que de ceux des techniciens d'Herstal, le fusil superposé Browning B25 fut commercialisé : modèle incontesté dans le domaine de la chasse et du tir sportif, il fut produit en Belgique à 400 000 exemplaires en l’espace de 45 ans. Le B25 est entièrement fabriqué à la main en Belgique depuis 1931. Autant dire qu’il représente à lui seul le fleuron de la Collection John M. Les maîtres armuriers de la Fabrique Nationale d’Herstal sont capables de réaliser presque n’importe quel projet de personnalisation soumis par nos clients. Il va de soi que chaque arme est intégralement assemblée, réglée, gravées et parachevée dans le respect scrupuleux des spécificités et désirs suggérés par son futur acquéreur.
L'armurerie parisienne : Un aperçu historique
Parfois, nos pas nous mènent devant d’anciens lieux dont la mémoire s’est perdue. En marchant dans les rues de Paris, nous passons devant des devantures sans penser à ce qu’elles furent autrefois. Pourtant, Paris fut, indéniablement, une capitale armurière avec ses grands noms : Lepage, Lefaucheux, Vidier, Modé, Flobert, Devisme, Houllier-Blanchard, Léopold Bernard, Gastinne-Renette et tant d’autres… Sur place, il se fabriquait des bascules, des canons, des crosses, et l’on y inventait même de nouveaux mécanismes d’armes à feu. Les armuriers faisaient aussi venir des armes de Saint-Etienne et de Liège. De nos jours, plus aucune arme de fabrication récente ne porte le poinçon de Paris. Cet article ne donne qu’un aperçu des commerces d’armes qui existèrent à Paris, tellement ils furent nombreux. Vers 1900, il existait plus de 120 de commerces dans le secteur de l’armurerie dans Paris intra-muros 1.
Les armuriers emblématiques de Paris
- Fauré Le Page: Au 8 rue de Richelieu, dans le premier arrondissement, se tenait la boutique de Fauré Le Page, célèbre armurier parisien connu, notamment, pour avoir distribué des armes à la foule pendant la révolution de 1830. Cela révèle que certains armuriers, à l’époque, étaient capables d’avoir une action politique, au lieu de se laisser lentement dépouiller de leur métier par l’Etat. Le magasin a changé plusieurs fois d’adresse : d’abord rue Baillif (actuellement rue des Bons Enfants), ensuite rue de Richelieu et maintenant 21 rue Cambon. Pendant une période, il a porté l’enseigne Saillard. De nos jours, Fauré Le Page n’exerce plus dans l’armurerie, pour se consacrer exclusivement à la maroquinerie.
- Gastinne-Renette: Au 39 avenue Franklin Roosevelt, dans le 8e arrondissement, l’armurerie Gastinne-Renette était connue pour son club de tir, ses pistolets de duel et sa réputation de luxe. Fondée en 1812, reprise en 1989 par le maroquinier Guené, elle ferma ses portes en 2002. L’histoire de cette armurerie commence en réalité pendant la Révolution Française, sous la Terreur. En 1793, M. Renette avait contracté un prêt pour s’établir rue de Popincourt. M. Renette s’installera aux Champs-Elysées en 1812, lors de son association avec M. Gastinne, militaire réformé consécutivement à de nombreuses blessures de guerre lors des campagnes napoléoniennes. Cette maison traversera ensuite les décennies malgré les grandes crises de l’histoire : révolution de 1830, de 1848, guerre de 1870, la Commune en 1871, puis la première et la deuxième guerre mondiale et enfin mai 1968. Aussi, la nouvelle de sa fermeture en 2002 fut comme un coup de tonnerre.
- Callens & Modé: Au 5 avenue de la Grande Armée, dans le 16e arrondissement, le magasin de Callens & Modé était placé dans la contre-allée. Il avait ouvert ses portes en 1956 pour fermer au début des années 1990.
- Modé-Pirlet: Au 91 avenue de Richelieu, dans le 2e arrondissement, se situait la maison Modé-Pirlet. Cette armurerie était installée dans un hôtel construit par Cartault pour le financier Pierre Crozat. En 1913, Charles Modé avait racheté la société du célèbre fabricant Lefaucheux, puis Pirlet en 1924. C’était donc une maison très réputée. Cette armurerie s'est appelée Modé-Pirlet à partir de 1933.
- Pirlet: Au 24 rue du faubourg Saint-Honoré dans le 8e arrondissement, non loin du palais de l’Elysée, se situait l’armurerie Pirlet. Dans les années 1900, M. Pirlet employait, à cette adresse, une dizaine d’artisans pour réaliser la fabrication de fusils qui étaient alors très réputés.
- Devisme: Au 36 boulevard des Italiens dans le 9e arrondissement, Devisme, armurier et inventeur, proposait ses pistolets, carabines et fusils dans les années 1850. Fabricant réputé, il avait même proposé certains de ses modèles à l’armée.
- Flobert: Au 12 boulevard Saint-Michel dans le 6e arrondissement, l’armurerie Flobert avait ouvert ses portes en 1889. Auparavant, elle était installée au 3 rue Racine à partir de 1855, puis du 10-12 boulevard de Sébastopol à partir de 1861. Sa dernière adresse a été au 37 rue des Mathurins. Ce fut également Flobert qui déposa le brevet de la cartouche à percussion annulaire dès 1849, ouvrant ainsi la voie aux munitions de calibre 22.
- Léopold Bernard: Nicolas Bernard, ancien chef ouvrier de la Manufacture d’Armes de Versailles, s’établit à Paris en 1821. Son fils aîné Albert Bernard s’installera à son tour dans la capitale en 1823, et sera le premier canonnier parisien à s’intéresser à la fabrication de canons au moyen de machines.
- Houllier-Blanchard: Houllier-Blanchard, arquebusier, s’était installé à Paris au milieu du 19e siècle. Sa fabrique était installée au 36-38 rue de Cléry.
- Vidier: En 1902, le fabricant Vidier était installé au 1 bis, rue de Chaillot. Il proposait à sa clientèle le fusil Czar, qui comportait une nouveauté exceptionnelle pour l’époque : le canon monobloc.
- Lefaucheux: Pour la plupart des chasseurs, le nom de Lefaucheux évoque d’abord le fameux fusil de chasse basculant tirant des cartouches à broche. Casimir Lefaucheux avait déposé le brevet de la cartouche à broche en 1827. Eugène Lefaucheux suivra les traces de son père dans le monde de l’armurerie, avec un révolver dont il déposera le brevet en 1854, et qu’il produira ensuite pour l’armement de la Marine.
- Lepage Frères: L’armurerie Lepage Frères ouvrit ses portes à Paris en 1823, proposant à sa clientèle un grand choix, incluant des armes venues de Liège et de Saint-Etienne.
- Geerinckx: Dans les années 1860, Geerinckx, successeur de Gauvain arquebusier, tenait boutique au 93 boulevard de Montparnasse. « L’un des rares arquebusiers chez lesquels on fabrique encore des fusils et des pistolets de tir entièrement à Paris.
- Aux armes de Saint-Jean: Au 126 rue Lafayette dans le 10e arrondissement, à quelques pas de l’ancien siège du Parti Communiste, Aux armes de Saint-Jean existait depuis au moins 1936.
- Ateliers Saint-Eloi: Fondés en 1978, les Ateliers Saint-Eloi produisirent des armes fines et de luxe pendant un quart de siècle.
- Armes Gambetta: Armes Gambetta se trouvait 8 bis rue Belgrand dans le 20e arrondissement de Paris. Une image symbolique de l’armurerie parisienne ?
L'influence de la cartoucherie Gévelot
L’invention de la cartouche à fulminate remonte aux années 1820 avec Joseph Marin Gévelot. Depuis 1816, il s’était établi à Paris en qualité de « armurier, arquebusier, fourbisseur et ceinturonier » rue Saint Denis. Il produit des amorces en série à partir de 1820. En 1823, il pose le brevet de l’amorce au fulminate de mercure.
Manufrance : Un acteur majeur de l'armurerie française
Il serait difficile de parler de l’armurerie parisienne sans faire mention de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne, tant elle fut incontournable pendant près d’un siècle, à partir de 1885. En 1970, 65 % de la production d’armes de chasse en France était assurée par Manufrance. Les fusils Simplex, Robust, Idéal et Falcor marquent les années d’or de la manufacture stéphanoise.
Importateurs et grossistes en armes à Paris
Pour mémoire, voici une liste non-exhaustive d’importateurs et de grossistes en armes de chasse et de tir qui étaient à Paris. Manufacture franco-belge, J.A Carrat, maison fondée en 1900, 1 rue de Compiègne à côté de la Gare du Nord. René Cosson S.A, 16 rue des Tournelles, fondé en 1878 et fermé vers 1991. Franchi-France était installé dans la zone industrielle Silic à Rungis et a fermé en 1993. Browning-Winchester France, implanté dans la zone industrielle de la Cerisaie à Fresnes (94), a fermé en 1994. Flobert, rue des Mathurins à Paris, a fermé en 1997.
Le déclin de l'armurerie parisienne
Pour comprendre les raisons, il faut se replonger dans le contexte de l’époque : première guerre du Golfe en 1991 et nouvelles réglementations en préparation. Cela n’a pas été sans conséquences, car leur disparition a supprimé toute possibilité d’approvisionnement local pour les armuriers parisiens. De plus, dans le cadre de l’Union européenne, il faut ajouter « l’évolution » de la réglementation sur les armes, ce qui ajoute des incertitudes. En France, plus de la moitié des armuriers ont disparu depuis les années 1950, notamment à cause du cadre législatif qui s’est progressivement durci.
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