L'Évolution et la Signification de l'Emoji Pistolet sur iPhone et au-delà

Les emojis, ces petits pictogrammes expressifs, sont devenus un langage universel, permettant d’exprimer des émotions, des idées ou des situations en quelques symboles. Utilisés par plus de 92% des internautes chaque jour, ils enrichissent notre communication numérique, mais leur signification peut parfois prêter à confusion. Parmi eux, l'emoji pistolet suscite des interrogations quant à son interprétation et son utilisation.

Un geste symbolique contre la violence armée

Le 2 août, Apple a confirmé sa position contre les violences liées aux armes en opérant un changement significatif dans la gamme d’emojis proposés à ses utilisateurs. La marque à la pomme avait déjà fait parler d’elle sur le sujet en décidant de bloquer l’emoji fusil, comme l’a rapporté The Guardian fin juin. Cette démarche s'inscrit dans une tendance plus large où les plateformes technologiques prennent position sur des questions de société.

En 2016, Apple a été le premier acteur majeur à remplacer un revolver par un pistolet à eau vert. Ce qui veut dire que l’emoji qui représente un pistolet montrera un jouet plutôt qu’une véritable arme à feu sur Android aussi. C’est un changement important pour apporter de l’uniformité. Quand Apple remplace un revolver par un pistolet à eau vert, l’emoji associé n’a plus du tout le même sens sur iOS et macOS par rapport au reste de l’industrie, ce qui pouvait apporter des contresens dans les échanges multi-plateformes.

L'uniformisation des Emojis : un enjeu complexe

Les marques comme Apple, Google ou Microsoft ne sont pas entièrement maîtres des petits symboles qu’ils peuvent diffuser. C’est une organisation appelée Unicode Consortium qui définit les noms des emojis et leur dessin approximatif. Les marques partent ensuite de cette base pour créer un design qui leur est propre.

Apple ne fera pas passer un abricot pour une pêche. Les amateurs de l'emoji pêche vont faire les frais de la prochaine mise à jour prochaine d'iOS 10.2, actuellement disponible pour quelques testeurs. Les voluptueuses courbes et la magnétique symétrie du fruit désormais défendu disparaitront pour laisser place à ce qui ressemble davantage à un abricot. Pour les amateurs de pêche, la déception est à la hauteur de l'attachement porté à ce symbole fruitier, mais aussi sexuel. Tout comme son homologue aubergine, l'emoji pêche a acquis grâce à Apple un sens bien différent de celui auquel l'avait destiné le Consortium Unicode. Abolir la forme habituelle de l'emoji pêche est un peu l'équivalent d'une réforme orthographique suggérant d'écrire inssi au lieu d'ainsi. Inattendue et - pour l'instant- inexpliquée, la décision d'Apple va à l'encontre des usages de ses utilisateurs. L'emploi du pictogramme était initialement venu combler un manque: celui d'emojis à caractère sexuel, totalement absents du répertoire emoji alors qu'il s'agit d'une thématique centrale des échanges humains. Cet ancrage dans la pop-culture et les pratiques de «sexting» (contraction de sexe et texto) n'a pas échappé aux entreprises du Web. Instagram, qui interdit les contenus pornographiques, a exclu la pêche des possibilités de recherches par emoji. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles Apple, historiquement engagé contre la pornographie en ligne, a mis à jour le dessin de l'emoji. En juin dernier, l'entreprise s'était déjà vivement opposée à l'ajout de nouveaux emojis d'armes à feu. Aux côtés de Microsoft, Apple avait même voté contre la création d'un emoji fusil.

Lire aussi: Évolution de l'Émoji Pistolet à Eau

L'uniformisation des emojis pose des questions cruciales: faut-il interdire le changement des dessins une fois établis? Faut-il les mettre au goût du jour pour coller aux évolutions de la société?

L'interprétation et le contexte : des éléments clés

Les emojis sont néanmoins parfois difficiles à interpréter. Un émetteur et un destinataire d'émoji peuvent tout à fait voir des représentations très différentes du même symbole, et donc avoir des interprétations totalement différentes. Imaginons un instant qu’un utilisateur d’Apple envoie cet emoji pistolet à eau pour faire une plaisanterie. «Cela pourrait entraîner une confusion sur les différentes plateformes, écrit encore Business Insider. De plus, si l’initiative est louable, il ne s’agit qu’une goutte d’eau dans le débat sur les armes. Elles pointent les difficultés de compréhension de ces émojis, qui selon elles peuvent modifier le message. "Le contexte est (…) essentiel pour traduire les intentions de l'expéditeur. Indices ethniques, de genre et liés à la diversité dans la sélection des émojis, leur ordre par rapport aux autres icônes, leur nombre et leur répétition et la nature du texte ou des acronymes qui les accompagnent colorent le sens des messages." Elles recommandent la création d'un espace juridique distinct où des spécialistes du langage numérique pourraient assister les juges afin d'évaluer la pertinence de ces émojis en tant que preuve.

Les significations cachées et les implications juridiques

Derrière ces petits pictogrammes se cachent parfois des messages bien plus sombres ! Ils peuvent dissimuler des codes secrets, être utilisés par les jeunes pour parler de sujets sensibles, ou même servir d’armes de cyber-harcèlement. Des dealers sur le dark net aux adeptes de Daech, tous les groupes criminels font désormais appel aux emojis dans leurs communications.

Attention, vos textos pourraient vous envoyer derrière les barreaux. Plus particulièrement les émojis - ces petites icônes qui représentent personnages, émotions, animaux, légumes et à peu près tous les objets du quotidien - qui agrémentent SMS et publications sur les réseaux sociaux. Aux États-Unis, l'évocation des émojis dans les décisions de justice explose. C'est ce qu'a remarqué Eric Goldman, professeur de droit à l'université de Santa Clara, en Californie. "Comme pour n'importe quelle technologie émergente, notre système judiciaire aura besoin d'une période de transition.""Les émojis ne sont qu'un autre type de communications non verbales non textuelles que les tribunaux doivent interpréter", assure sur son blog ce spécialiste du discours sur internet.

En France, les émojis font encore assez peu pencher la balance dans les tribunaux. Selon cet avocat, un émoji pistolet, couteau ou bombe est bel et bien un élément incriminant, au même titre que des menaces écrites. Il va même plus loin. "C'est la même chose qu'une balle expédiée dans un petit cercueil en bois. L'envoi d'émojis n'est pas anodin et peut vous mener au tribunal." Mais il précise que ces derniers doivent s'inscrire dans un contexte. "Une icône de pistolet, toute seule, ne sera pas suffisante mais reliée à d'autres éléments menaçants, cela exprime clairement une intention malveillante."

Lire aussi: Tout savoir sur l'Emoji Fusil de Chasse

Exemples de jurisprudence

C'est ce qu'il s'est passé à Pierrelatte, dans la Drôme, en 2016. Un homme a été condamné pour des menaces de mort sur son ancienne compagne, à l'époque mineure, à six mois de prison dont trois ferme. Si le tribunal correctionnel de Pierrelatte a tranché en ce sens, il est parfois bien difficile d'y voir clair tant les émojis peuvent être sujet à diverses interprétations. The Wall Street Journal relatait une réunion au sein d'un grand cabinet d'avocats américains, à Atlanta, afin de déterminer ce que l'émoji "visage pas amusé" signifiait réellement. La réunion ne leur a pas permis de se mettre d'accord: chacun des participants avait sa propre explication.

Outre-Atlantique, en 2016, une adolescente de 12 ans a été poursuivie pour avoir menacé son collège dans un message contenant une suite d'emojis: un revolver, un couteau et une bombe. Ils ont été considérés comme des preuves suffisantes pour lancer la procédure judiciaire. En Israël, dans une affaire de location immobilière annulée, un couple a été condamné il y a deux ans à dédommager un propriétaire à hauteur de 2000 euros pour ce message: "Bonjour, nous voulons la maison. Nous avons juste besoin de discuter de quelques détails", accompagné des émojis visage souriant/rougissant, danseuse de flamenco, deux femmes déguisées en lapin, signe de la victoire, écureuil et bouteille de champagne. Le vendeur avait retiré l'annonce pensant que l'affaire était faite, mais les potentiels acheteurs s'étaient finalement rétractés. Le tribunal a estimé que cette succession d'émojis valait consentement.

Emojis et Cyber-harcèlement

Les emojis sont devenus un moyen populaire d'exprimer des émotions et des idées dans les communications numériques. Ce détournement d’émojis devient une tactique redoutable qui permet d’échapper aux modérateurs… et aux parents ! Si vous découvrez des émojis qui vous semblent suspects sur les comptes de vos enfants, ne paniquez pas mais ouvrez le dialogue pour comprendre ce qu’ils font et pourquoi !

Coordonnés, certains utilisateurs des réseaux sociaux réalisent des « raids numériques » sous des publications ciblées, avec lesquelles ils expriment un violent désaccord. Il n’est pas rare de voir des émojis plus verts que jaunes, car « en train de vomir ». Ou encore celui qui représente un tas d’excréments. Pas besoin de mots injurieux pour que ces messages d’émojis répétés soient interprétés par le droit français comme du cyber-harcèlement de meute.

La loi n°2018-7031 du Code pénal a été modifiée en août 2018, afin de lutter contre ces cas de « raids numériques ».

Lire aussi: Utilisation des émojis

Emojis à Double Sens

Sans compter que de nombreux émojis ont parfois un double sens, souvent à connotation sexuelle. C'est le cas de l'aubergine, devenu un symbole phallique, qui a même un temps été banni d'Instagram, ou de la pêche - qui ressemblerait à une paire de fesses - ce qui a poussé Apple à le modifier.

Une icône de pistolet, toute seule, ne sera pas suffisante mais reliée à d'autres éléments menaçants, cela exprime clairement une intention malveillante.

L'Histoire et l'Évolution des Émojis

Basorexie, ringxiety… Adorés par certains, critiqués par d'autres, les émojis font désormais partie intégrante de notre communication numérique. Ces petites icônes expressives, nées au Japon dans les années 1990, sont aujourd'hui utilisées par plus de 92% des internautes chaque jour et 75 % des salariés déclarent les utiliser dans leurs échanges professionnels. Du premier emoji - un simple cœur créé par Shigetaka Kurita - aux milliers de pictogrammes disponibles aujourd'hui, leur histoire est jalonnée d'anecdotes surprenantes.

Les premiers émojis, inspirés des mangas et des pictogrammes, ont été conçus en 1997 par Shigetaka Kurita, un informaticien japonais travaillant pour un opérateur de téléphonie mobile. Ils servaient alors à communiquer des informations sur la météo ou à partager ses émotions via les bipeurs.

La liste officielle des émojis est rigoureusement gérée par le consortium Unicode, une organisation internationale à but non lucratif qui réunit les plus grandes entreprises de la tech, d’Apple à IBM en passant par Microsoft. Elle reconnaît 1 600 émojis compatibles avec tous les systèmes. La raison de cette centralisation est simple. Chaque image étant associée à un code, il convient de les harmoniser afin qu’un utilisateur de Google, par exemple, puisse envoyer un émoji sur un téléphone Apple et que le visuel reçu soit similaire à celui de la plateforme.

Les controverses autour des Emojis

Quand Apple a souhaité rendre moins agressif son revolver, après une nouvelle attaque dans une école américaine en 2016, elle l’a remplacé par un pistolet en plastique. Mais pas les autres opérateurs. Un enfant pouvait donc adresser un symbole inoffensif à un camarade pour l’inviter à jouer, mais son destinataire, sur une autre marque de téléphone, recevoir une arme. Mais en juillet dernier, le réseau X, sous la houlette d’Elon Musk, a fait machine arrière et réintroduit le Colt M1911.

C’est l’émoji "visage avec des larmes de joie" qui a été élu mot de l’année par le dictionnaire Oxford en 2015. Estimant que ce nouveau type de langage témoignait de l’évolution des comportements, le célèbre ouvrage britannique a choisi ce smiley car il représentait 20 % de ceux utilisés en Grande-Bretagne durant l’année.

Au Japon, le unchi (tas de caca) est considéré comme attendrissant. On y recourt par exemple pour souhaiter le meilleur à un ami. Renoncer au unchi revenait à se débarrasser d’une lettre de l’alphabet.

En 2016, le tribunal correctionnel de Pierrelatte (Drôme) a jugé le danger réel et a condamné un homme de 22 ans à trois mois de prison ferme. De son côté, l’investisseur Ryan Cohen est accusé de manipulation boursière après avoir publié, en 2022, un émoji interprété comme un signal d’envolée d’actions. Le cours a grimpé, Cohen a encaissé 55 millions d’euros, puis l’entreprise a fait faillite.

tags: #emoji #pistolet #iphone #signification

Articles populaires: