La question de la possession d'armes en France, et son lien avec les mouvements d'extrême droite, a été ravivée par la figure d'Éric Zemmour, candidat à l'élection présidentielle et polémiste de droite. Cet article se propose d'analyser les différents aspects de cette polémique, en explorant la législation française sur les armes, les déclarations d'Éric Zemmour à ce sujet, ainsi que les incidents qui ont jalonné sa campagne.
La Législation Française sur les Armes et l'Ultradroite
En France, la législation sur les armes est divisée en plusieurs catégories, allant des armes interdites (catégorie A) aux armes en vente libre (catégorie D). Parmi ces dernières, on trouve notamment les armes à poudre noire, des répliques d'armes du XIXe siècle accessibles aux personnes majeures sans autorisation particulière. Vendues pour quelques centaines d'euros, elles séduisent des militants d'ultradroite et survivalistes radicaux souhaitant s'armer, sans être recensés par l'État. On peut entrer dans une armurerie, présenter sa carte d'identité, et en ressortir propriétaire d'une arme à feu moyennant 200 à 300 euros, le tout sans permis de chasse ni licence de tir. L'acquisition peut aussi tout simplement s'effectuer sur internet. Il suffit d'acheter une arme à poudre noire, classée en catégorie D. Unique condition : l'acheteur doit être majeur.
Ces armes, bien que primitives comparées aux armes modernes, restent dangereuses. Elles nécessitent un certain savoir-faire pour être utilisées correctement, notamment pour la fabrication des munitions. Cette facilité d'acquisition et le manque de traçabilité de ces armes suscitent des inquiétudes, notamment en ce qui concerne leur utilisation par des groupuscules d'extrême droite.
Plusieurs affaires ont mis en lumière ce lien entre l'ultradroite et les armes à poudre noire. Des militants radicaux soutenant Éric Zemmour, regroupés sous le nom de "Famille Gallicane", ont été filmés en train de s'exercer au tir avec des revolvers à poudre noire, visant des caricatures racistes. Des armes à poudre noire ont également été découvertes au domicile d'un proche de l'homme qui avait giflé Emmanuel Macron, ainsi que dans l'arsenal de Logan Nisin, chef du groupuscule d'ultradroite OAS. Ce qui peut motiver des membres de l'ultradroite, c'est que ces armes de catégorie D ne sont "pas tracées comme les armes de catégorie A, interdites, celles de catégorie B pour lesquelles il faut une autorisation avant l'acquisition ou encore les armes de catégorie C qui sont essentiellement les armes de chasse que l'on doit déclarer.
Les survivalistes ne cachent pas leur intérêt pour les revolvers à poudre noire et d'autres armes de catégorie D, comme les arbalètes modernes. Il y a dans la culture survivaliste une fascination pour tout l'univers militaire.
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La Proposition de "Défense Excusable" d'Éric Zemmour
Éric Zemmour a proposé de créer un "droit de défense excusable" pour permettre aux personnes agressées de riposter. Il a lancé, lors de son meeting à Cannes, samedi 22 janvier : "J'introduirai dans notre droit la notion de défense excusable". "Avec cette protection juridique, les commerçants, les braqués, les citoyens cambriolés et les policiers en danger, auront enfin le droit de riposter aux voyous".
Cette proposition a suscité des craintes quant à une possible augmentation des tueries de masse, comme aux États-Unis. Zemmour s'en est défendu en affirmant que sa proposition était inspirée du droit suisse, et que le juge serait chargé d'apprécier la proportionnalité de la riposte.
Lors d'un échange sur la sécurité, Eric Zemmour a été interrogé sur sa position concernant la possession d'armes et la légitime défense. Tarek Gareh : Vous souhaitiez réformer la légitime défense avec le principe de défense excusable permettant à chacun de se défendre et donc d’utiliser des armes. Ne craignez-vous pas des tueries de masses comme aux États-Unis ? Eric Zemmour : C’est une crainte légitime et fréquemment posée. D’abord, ça n’est pas une mesure inspirée du droit américain, mais inspirée du droit suisse. Je ne crois pas que la Suisse soit un exemple de western à ciel ouvert. Ensuite, ça date de 1937, on a eu le temps d’évaluer si c’était positif ou négatif. Le principe de la légitime défense, c’est une proportionnalité entre l’attaque et la défense. C’est le juge qui analysera, interprétera pour savoir si, en gros si on vous attaque avec un couteau, vous sortez un pistolet, vous sortez de la proportionnalité. Le juge dira, si cette défense qui n’est pas proportionnelle est excusable par les circonstances de l’attaque. C’est ça le western en permanence. Et ce sont les victimes qui se font écharper, agresser, brutaliser, voler, massacrer, etc. Il faut que la peur change de camp. Il faut que l’agresseur ne sente pas impuni, qu’il prenne un risque. Mais son risque sera apprécié par le juge. Tarek Gareh : ça veut dire qu’on a un pistolet tout de même, donc on aurait le droit d’avoir des armes ? Eric Zemmour : Il n’y a aucune raison que chacun ait des armes. Je ne modifie pas la législation sur la possession d’armes en France. Ceux qui veulent une arme l’ont déjà. Je ne change pas cette législation. Je n’en peux plus de voir les voyous impunis et les victimes terrorisées, et même, punies quand elles se défendent. Je ne veux plus que les policiers aient peur de se défendre. Pour eux, j’ai un régime spécial : j’ai non seulement la défense excusable, mais j’ai en plus la présomption de légitime défense. C’est-à-dire qu’on estime qu’ils ont toujours, à la base, la légitime défense. Et donc s’ils se sont défendus, le juge ne les met pas en garde à vue. Ce n’est qu’après qu’on évalue s’ils ont eu raison ou pas. Mais en tout cas, ils ne sont pas d’abord incriminés. Moi je vais vous dire ce qui me choque : des policiers qui sont agressés tous les jours par des racailles qui n’ont peur de rien, qui veulent les tuer, et des policiers qui ne se défendent pas.
Il a également précisé qu'il ne souhaitait pas modifier la législation sur la possession d'armes en France.
Incidents et Polémiques
Plusieurs incidents ont alimenté la polémique autour d'Éric Zemmour et des armes.
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Incident au Salon Milipol
Lors de sa visite au salon Milipol de la sécurité intérieure, Éric Zemmour s'est amusé à prendre pour cible des journalistes avec un fusil de précision. Cet incident a suscité de vives réactions de la classe politique, Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la Citoyenneté, dénonçant un acte "horrifiant". "C'est horrifiant. Surtout après avoir dit sérieusement vouloir 'réduire le pouvoir des médias'.
Vidéos de Sympathisants Simulant des Attaques
Des vidéos choquantes ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant des individus se présentant comme des sympathisants d'Éric Zemmour en train de s'entraîner au tir et d'imaginer prendre pour cible des personnalités politiques et des personnes d'origine étrangère.
Dans ces vidéos, ils imaginent prendre pour cible Emmanuel Macron et des élus de La France Insoumise, Raquel Garrido et Alexis Corbière. «Ben voyons les amis, on va éclater qui là ? Du jeune gaucho, du jeune communiste, du jeune bougnoule mental», s’esclaffe le jeune homme, avant de tirer avec un gros calibre sur sa cible. Dans une autre vidéo tournée au même endroit, un autre jeune homme prend pour cible l’ex-porte-parole de la France Insoumise Raquel Garrido. Fusil en main, il explique « s’entraîner à chasser du Garrido sauvage » avant de faire feu, puis de tirer une seconde fois en évoquant son mari, le député LFI Alexis Corbière. Dans la même séquence, l’homme s’imagine ouvertement tirer sur « des antifas et des gauchistes », ainsi que sur des personnes d’origine maghrébine.
Éric Zemmour a condamné ces vidéos, affirmant que les auteurs ne faisaient pas partie de ses sympathisants. Une enquête a été ouverte suite à ces signalements.
L'Extrême Droite et la Culture des Armes
La polémique autour d'Éric Zemmour et des armes s'inscrit dans un contexte plus large de fascination pour les armes au sein de l'extrême droite. Plusieurs affaires ont révélé la possession d'armes de guerre par des militants d'extrême droite, ainsi que leur implication dans des trafics d'armes.
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L’extrême-droite ne tarit jamais sa passion pour les armes. Après le vidéaste Papacito qui « testait la résistance des gauchistes » avec un poignard, Eric Zemmour qui pointait les journalistes avec un fusil longue portée lors du salon Milipol, nous apprenons aujourd’hui la saisie de plusieurs armes de guerre chez plusieurs militants survivalistes d’extrême droite. Ce sont plusieurs armes de guerre comprenant entre autre un pistolet-mitrailleur, un fusil d’assaut, deux fusils à pompe et des grenades qu’ont trouvé la police aux domiciles de trois individus. Il n’est pas rare dans les mouvances néo-fascistes de retrouver des affaires de possession et de trafic d’armes. À l’heure où le fascisme rampant et la violence ne font que s’accroitre, on trouve peu de réponses politiques à la lutte contre l’extrême droite et contre le trafic d’armes. Cette lutte est essentielle pour le combat contre le terrorisme, car les armes de l’extrême droite se trouvent dans les mains des terroristes. Une commission d’enquête sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite à vu le jour à l’initiative du groupe parlementaire La France Insoumise en 2019. Plus que jamais, nous devons mener le travail de riposte antifasciste.
Cette culture des armes est souvent liée à une idéologie de la violence et de la guerre civile, qui prône la nécessité de s'armer pour se défendre contre une menace perçue comme imminente.
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