Introduction
Les fresques carabines, ces peintures murales souvent érotiques et grivoises que l'on trouve dans les salles de garde des hôpitaux, représentent une tradition particulière du milieu médical français. Initiées au début du XIXe siècle, elles ont évolué au fil du temps, reflétant les mœurs et les préoccupations des étudiants en médecine. Cependant, leur caractère sexiste et parfois pornographique suscite de plus en plus de controverses, conduisant à des débats passionnés et à des actions en justice.
Origines et Évolution des Fresques Carabines
Au début du XIXe siècle, les fresques carabines avaient une vocation plus académique, illustrant les valeurs de la médecine selon les normes de l'époque. C'est vers la fin du siècle que la caricature fait son apparition, connaissant alors son âge d'or. La dimension licencieuse s'est accentuée avec la libération sexuelle des années 1960, pour finalement prendre un caractère grivois.
Aujourd'hui, ces œuvres sont le fruit d'une multitude d'influences, allant du cinéma à l'histoire, en passant par la bande dessinée et la pop culture. Elles parodient souvent les chefs-d'œuvre de l'histoire de l'art, revisitant les peintures de Jérôme Bosch, Leonard de Vinci, Michel-Ange ou Jacques-Louis David. Des blagues concupiscentes et des réflexions suggestives y sont fréquemment ajoutées.
Ces graffitis rappellent les fresques pornographiques qui ornaient les lupanars, les tavernes et les bains publics de Pompéi, également marquées par des inscriptions égrillardes. Si la plupart sont réalisées par des médecins ou de jeunes élèves des Beaux-Arts, certaines sont signées par des artistes renommés.
La Polémique et la Dénonciation du Sexisme
La culture carabine, dont les fresques sont une manifestation visible, est de plus en plus critiquée pour son caractère misogyne, homophobe et raciste. Des associations et collectifs de patientes, ainsi que des syndicats de professionnels de santé, dénoncent le climat qu'elle instaure au sein des services hospitaliers et auprès des patientes.
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En 2015, la découverte d'une fresque pornographique représentant la Ministre des droits des femmes dans une scène de viol collectif a déclenché une vive polémique. L'association Osez le Féminisme! a immédiatement dénoncé cette représentation, soulignant qu'aucun conflit politique ni tradition ne pouvait justifier une telle image dans un lieu de travail.
Cette dénonciation a entraîné des réactions violentes de la part de nombreux médecins, qui ont intimidé et insulté les militantes féministes. Malgré ces attaques, des actions en justice ont été menées, aboutissant à une instruction ministérielle en 2023 qualifiant ces fresques de sexistes, discriminatoires et illégales, et demandant leur retrait.
Impact sur le Milieu Médical et les Patient(e)s
Il est essentiel de reconnaître que la culture dans laquelle évoluent les internes a un impact sur leur pratique de la médecine. La culture carabine, en minimisant l'ampleur des violences sexistes et sexuelles et en cultivant l'omerta, sert la justification de ces violences. Une étude de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) révèle que la moitié des étudiantes en médecine déclarent avoir subi des remarques sexistes lors de leurs stages, et 40 % d'entre elles y ont été victimes de harcèlement sexuel.
Les fresques carabines, conjuguées à des hiérarchies fortes, un management toxique et un esprit de corps féroce, contribuent à nourrir la culture du viol et l'omerta dans la médecine. Le caractère patriarcal de la médecine, lié à son histoire et à son pouvoir sur les corps, explique en partie la difficulté à faire reconnaître le sexisme dans ce milieu.
La Résistance et l'Évolution des Mentalités
Malgré les obstacles, de plus en plus de femmes osent dénoncer le machisme dans le milieu médical. Le mouvement #Metoohopital prend de l'ampleur, et l'espoir d'une médecine bientraitante se fait jour. Comme pour les fresques, les défenseurs de l'égalité et du respect finiront par gagner.
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Certains établissements hospitaliers font de la résistance face à la demande de retrait des fresques, considérant qu'elles font partie de leur patrimoine et qu'elles constituent un exutoire pour les internes face à la dure réalité de leur quotidien. Cependant, la pression se fait de plus en plus forte, notamment depuis la décision du Tribunal administratif de Toulouse ordonnant le retrait d'une fresque au CHU de Toulouse.
La Circulaire Ministérielle de 2023 et ses Implications
Une circulaire du 17 janvier 2023 demande aux établissements de santé de retirer les fresques carabines dans un délai d'un an, après concertation avec les "parties prenantes locales". Cette instruction ministérielle s'inscrit dans le cadre de la "politique de tolérance zéro" affichée concernant les "violences morales ou sexuelles contre les étudiants en santé".
La circulaire précise que "la survivance des fresques peut être considérée comme un agissement à connotation sexuelle, subi par une personne et ayant pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant". En cas de désaccord persistant, les agences régionales de santé (ARS) pourront "imposer" la disparition de ces peintures.
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