Le fusil à pompe dans la Marine Nationale : Un outil polyvalent face aux menaces modernes

L'adoption du fusil à pompe Benelli SuperNova Tactical par les armées françaises, y compris la Marine Nationale, marque une évolution significative dans la manière d'aborder les menaces asymétriques et la protection des forces navales. Initialement aperçu dans l'Armée de Terre, ce fusil polyvalent a été choisi après des tests rigoureux, consolidant son rôle comme arme de choix pour l'ensemble des forces armées françaises. Le contrat, d'une valeur de 4,5 millions d'euros sur sept ans, comprend la livraison d'une quantité non détaillée de fusils de calibre 12, déclinés en trois variantes adaptées à divers besoins opérationnels.

Acquisition et Variantes du Benelli SuperNova Tactical

Le Benelli SuperNova Tactical est disponible en trois configurations distinctes pour répondre à des besoins spécifiques :

  • Canon long (18,5’’) : Cette version offre un bon compromis entre maniabilité et portée, la rendant idéale pour les missions générales de sécurité et de patrouille.
  • Canon court (14’’) : Plus compacte, cette variante est privilégiée pour les opérations en espaces confinés et les interventions nécessitant une grande agilité.
  • Canon « anti-drone » (28,5’’) : Conçue spécifiquement pour la neutralisation des drones, cette version est optimisée pour atteindre des cibles aériennes à distance.

Le contrat inclut également la fourniture d'accessoires essentiels tels que des lampes tactiques, des porte-cartouches et des sangles tactiques, améliorant ainsi l'efficacité et l'adaptabilité du fusil sur le terrain.

Le Contexte des Menaces Émergentes

L'adoption du fusil à pompe par la Marine Nationale s'inscrit dans un contexte de menaces maritimes en constante évolution. Les conflits récents ont mis en évidence l'utilisation croissante d'embarcations chargées d'explosifs et de mini-drones aériens comme moyens d'attaque asymétriques.

  • Menace maritime : Durant le conflit yéménite, les rebelles houthis ont utilisé des embarcations piégées téléguidées contre les navires de la coalition menée par Riyad, causant des dommages importants. Cette tactique a été reprise par les forces ukrainiennes en mer Noire.
  • Menace aérienne : Les mini-drones aériens représentent une menace croissante pour les forces navales. Capables de perturber, d'espionner ou même d'attaquer, ils nécessitent des solutions de défense adaptées.

Face à ces défis, la Marine Nationale a intensifié ses efforts pour évaluer et adopter des technologies de neutralisation des drones, tout en développant des tactiques spécifiques pour contrer ces menaces.

Lire aussi: Meilleur fusil semi-automatique

Évaluation et Tests en Conditions Réelles

En 2020, le Centre d'expertise des programmes navals (CEPN) de la Marine Nationale a mené des évaluations approfondies des technologies de lutte anti-drones. Des tests en conditions réelles ont été réalisés dans la rade de Toulon, où le Chaland multi-missions Grillon a été confronté à des "raids répétés de micro drones". Ces exercices ont permis de constater que, bien que la détection des drones soit efficace, la neutralisation restait un défi, avec seulement 50% des appareils neutralisés.

Ces évaluations ont mis en évidence la nécessité de combiner différentes approches pour une défense anti-drone efficace, incluant le brouillage des radio-fréquences et l'utilisation de moyens cinétiques.

L'Exercice LADA Day : Une réponse concrète

La division "entraînement" de la Force d'action navale a organisé le "LADA Day" (dont le sigle reste non officiellement défini, possiblement pour "Lutte Anti-Drones Autonomes" ou "Lutte Anti-Drones Asymétriques") le 27 juin dernier, au large de Brest. Cet entraînement majeur a mobilisé d'importants moyens navals et aériens, notamment la frégate multimissions Bretagne, le Patrouilleur de haute-mer Enseigne de vaisseau Jacoubet, le Bataillon de fusiliers marins Amyot d'Inville, et des Rafale M des Flotilles 11F et 12F.

L'objectif principal de cet exercice était de tester et d'améliorer les capacités de défense des unités face aux drones. Les fusiliers marins ont pu évaluer leur matériel de brouillage et de neutralisation en haute mer, tandis que les équipages des bâtiments de surface se sont confrontés à différents types de drones aériens et de surface. Les pilotes de Rafale Marine ont également eu l'opportunité de traiter un drone de surface à vitesse élevée.

Mise en œuvre et armement

Lors de cet exercice, la frégate Bretagne a utilisé sa tourelle de 76 mm, son canon téléopéré de 20 mm et une mitrailleuse de 12,7 mm pour contrer des drones aériens volant à des vitesses comprises entre 180 et 300 km/h. Des micro-drones ont également été lancés depuis sa plateforme aéronautique pour tester les capacités de brouillage du fusil BADA (brouilleur anti-drone autonome) et les munitions ALDA des fusils à pompe des fusiliers marins.

Lire aussi: Premier Ergal Extracteur : Test et Performance

Bien que principalement destinés à une utilisation terrestre, les fusils d'assaut HK-416 et FAMAS ont également été employés, offrant des enseignements précieux sur leur utilisation en haute mer.

Compléments et perspectives d'avenir

En complément des fusils à pompe, la Marine Nationale prévoit de déployer prochainement des armes plus sophistiquées pour la lutte anti-drones, telles que l'arme laser Helma-P et le canon de 40 mm RAPIDFire. Ces systèmes offriront une capacité de neutralisation accrue et une plus grande portée.

  • Helma-P : Cette arme laser a récemment fait l'objet d'un essai réussi depuis la Frégate de défense aérienne Forbin, démontrant son potentiel pour intercepter et neutraliser les drones à longue distance.
  • RAPIDFire : Ce canon de 40 mm, qui armera les Bâtiments ravitailleurs de forces (BRF), offrira une puissance de feu significative pour la défense contre les menaces aériennes et de surface.

En attendant le déploiement de ces nouvelles technologies, la Marine Nationale continue de s'appuyer sur les moyens existants, tels que le fusil à pompe, pour assurer la protection de ses forces et de ses navires.

Le fusil à pompe : un retour aux sources ?

L'efficacité des fusils de chasse pour abattre des drones évoluant à faible vitesse à très basse altitude rappelle des utilisations plus anciennes de cette arme. Déjà dans les années 1970, certains gardes du corps du président sud-coréen étaient équipés de fusils de chasse pour contrer les menaces aériennes de proximité.

L'emploi des fusils de chasse pour la protection à courte portée a trouvé ses premières lettres de noblesse dans l'Ouest américain, où ils palliaient la médiocrité des pistoleros grâce à la gerbe de plombs permettant une visée plus approximative. La première utilisation militaire répertoriée a eu lieu lors de la guerre menée par les États-Unis aux Philippines de 1899 à 1902.

Lire aussi: Fusil de ball-trap idéal : guide d'occasion

Cette expérience conduisit les forces armées américaines à doter en 1917 leurs nettoyeurs de tranchées de riot guns équipés d'une baïonnette. Le premier modèle standard était le Winchester Modèle 1897, complété par le Winchester M12. Les Allemands ont considéré cette arme comme « inhumaine » et tout porteur pouvait être exécuté sur place. La guerre de Vietnam a également fait apprécier cet armement particulièrement efficace dans une végétation luxuriante où les combats pouvaient avoir lieu à très courte distance.

Avantages et limites du fusil à pompe dans la lutte anti-drones

La décision du commandement de la base aérienne belge de Kleine-Brogel d'annoncer publiquement la dotation de ses sentinelles de fusils Benelli M4 Super 90 souligne l'intérêt de cette arme pour la lutte anti-drones. Les fusils à pompe offrent plusieurs avantages :

  • Facilité d'utilisation : Ils sont relativement simples à manier et à entretenir, ce qui les rend accessibles à un large éventail de personnels.
  • Disponibilité à grande échelle : Les fusils à pompe sont largement disponibles et peuvent être acquis rapidement en cas de besoin.
  • Polyvalence : La variété des munitions disponibles permet d'adapter l'arme à différentes situations, des munitions perforantes pour ouvrir des portes aux munitions non-létales pour le maintien de l'ordre.

Cependant, leur efficacité est limitée par la portée et le besoin de contact visuel avec la cible. De plus, l'utilisation de fusils de chasse nécessite des considérations de sécurité et de dommages collatéraux, en particulier dans les zones peuplées ou à proximité d'installations sensibles.

tags: #fusil #a #pompe #marine #nationale #utilisation

Articles populaires: