Manufrance, une entreprise emblématique dans le domaine des fusils de chasse, a marqué l'histoire par son innovation et son impact sur l'industrie armurière française. Sa renommée perdure jusqu'à aujourd'hui. Cette manufacture française d'armes a révolutionné la vente par correspondance en proposant des produits de premier choix fabriqués en France. L'un de ses modèles les plus emblématiques, le fusil à pompe Rapid, incarne à lui seul l'esprit d'innovation de l'entreprise, mais aussi les défis et les controverses auxquels elle a été confrontée.
Les Origines de Manufrance : Un Pionnier de l'Armurerie Française
L'histoire de Manufrance débute en 1885 lorsqu'Étienne Mimard, un industriel stéphanois, décide de diversifier ses activités en créant une société spécialisée dans la fabrication d'armes de chasse. Très vite, les célèbres catalogues Manufrance attirent l'attention des chasseurs de tous les horizons. En 1900, l'enseigne s'installe dans le quartier de Cours Fauriel à Saint-Étienne, devenant ainsi le symbole de l'industrie stéphanoise. Jacques Tavitian, le directeur de l'enseigne, décide également de moderniser les outils de production pour répondre aux demandes croissantes des clients.
Au fil des années, Manufrance devient un incontournable dans le monde de la chasse, en particulier grâce à sa gamme d'armes semi-automatiques permettant de tirer plusieurs coups sans recharger. L'entreprise a su se démarquer par son savoir-faire inégalé, transmis de génération en génération, et par la qualité de ses produits. Réputées pour leur durabilité, les armes à feu Manufrance sont élaborées dans des matériaux de haute qualité et soumises à des tests rigoureux avant d'être commercialisées. En outre, les canons sont travaillés avec soin pour garantir une trajectoire parfaite des balles. Les systèmes de visée garantissent également une grande précision de tir.
Les dates clés de Manufrance :
- 1885 : Création de la Manufacture Française d'Armes et de Tir par Étienne Mimard et Pierre Blachon.
- 1887 : Achat de la « Manufacture Française d’Armes et de Tir » de Monsieur Martinier-Collin. Le 10 novembre 1887, Etienne Mimard et Pierre Blachon, qui ont déposé le 27 octobre 1887 le brevet du fusil Idéal, achètent la « Manufacture Française d’Armes et de Tir » de Monsieur Martinier-Collin pour 50 000 pièces-or.
- 1892 : Ouverture du premier magasin de vente à Paris au 42 rue du Louvre et l'entreprise est rebaptisée Manufacture française d'armes de Saint-Étienne".
- 1893 : Début de la construction des bâtiments du cours Fauriel à Saint-Etienne. La même année est introduite la gamme d'articles de pêche Tarif-Album.
- 1911 : La Manufacture française d'armes et cycles de Saint-Étienne prend le nom de Manufrance et devient une société anonyme. Etienne Mimard en est le premier directeur général.
- 1913 : Lancement du fusil Robust.
- 1914 : Pierre Blachon décède et lègue la majorité des actions aux Hospices civils de Saint-Etienne.
- 1944 : Décès du fondateur, Étienne Mimard.
- 1958 : Création du fusil Rapid, fusil de chasse à pompe.
- 1970 : Manufrance fabrique plus de 70 % des armes de chasse françaises.
- 1979 : Mise en règlement judiciaire.
- 1980 : Le tribunal de commerce de Saint-Étienne annonce le dépôt de bilan.
Le Fusil à Pompe Rapid : Innovation et Déboires
Le Rapid est né en 1958. C’est un « fusil à pompe » classique, terme qui lui a valu pas mal de déboires notamment administratifs. Il permettait de tirer 4 ou 7 coups (avec une rallonge), se fit en 12 et en 16, et même en 20 chambré 76. Le fusil de chasse à répétition commandée « Rapid ». Ce fusil est ce que nous appelons couramment un « fusil à pompe », ce qui lui vaut aujourd’hui d’être stupidement classé en catégorie B. Face à la ribambelle de ses concurrents US de conception bien antérieure, il souffrait, même si certains ont tiré des milliers de cartouches avec, d’une certaine fragilité : pièces rivetées, bras de commande certes en acier mais unique, et une certaine tendance à prendre du jeu à la longue malgré de louables préoccupations de sécurité : pas de percussion sans verrouillage complet ou si la détente était déjà pressée.
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Le Rapid est un fusil à pompe classique, une arme à répétition manuelle où le tireur actionne une pompe pour éjecter la cartouche usagée et chambrer la suivante. Cette conception permet une cadence de tir rapide et une grande capacité de munitions, ce qui en fait une arme prisée pour la chasse et le tir sportif.
Cependant, le Rapid a connu des "déboires notamment administratifs". En effet, les fusils à pompe ont souvent été associés à des activités criminelles, ce qui a conduit à des restrictions légales et à une classification spécifique.
Les Contraintes Légales et la Fin de Production
Polémiques franco-françaises oblige, surtout en matière de législation armurière erratique liée à « l’air du temps », celle des braquages du grand banditisme, le bon Monsieurr Pasqua, celui qui voulait (déjà !) « terroriser les terroristes » en faisant interdire en 1998 les « fusils à pompe » mit un sacré coup dans l’aile au bon vieux Rapid qui ne faisait pas de mal à grand monde sinon au gibier d’eau ! Les chasseurs honnêtes qui les déclarèrent furent abominablement pénalisés. L’autorisation était à renouveler sous 5 ans, l’administration pouvant sans raison la refuser, et les gendarmes venir vous signifier d’avoir à obtempérer vers trois solutions toutes absurdes : abandon de l’arme à l’Etat, à un armurier chargé de la destruction, ou neutralisation via le banc d’épreuve de St-Etienne ! D’un département, et d’un préfet à l’autre, selon l’air du temps (celui de l’activité du grand banditisme dans votre région) on put ainsi soit continuer à s’en servir avec l’épée de Damoclès au- dessus de la tête, ou grâce à l’avis de la commission interministérielle du 4 juillet 2003, être autorisé à une modification de la glissière en un levier côté droit…mais qui n’en faisait plus qu’un « deux coups » !
La législation française sur les armes à feu a évolué au fil des ans, en réponse aux préoccupations liées à la sécurité publique. En 1998, une loi a interdit les "fusils à pompe", ce qui a porté un coup dur à la production et à la vente du Rapid. Les propriétaires de ces armes ont été confrontés à des restrictions sévères, notamment l'obligation de renouveler leur autorisation tous les cinq ans, avec la possibilité d'un refus sans justification.
Cette interdiction a suscité la controverse, de nombreux chasseurs et tireurs sportifs dénonçant une mesure excessive et injuste. Ils arguaient que le Rapid était une arme fiable et efficace, utilisée principalement pour la chasse au gibier d'eau.
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Perfex
Le Perfex qui suivit en 1961 en était dérivé, avec beaucoup de pièces interchangeables (2) avec le Rapid, un fonctionnement par emprunt de gaz, une canonnerie au top (3), mais une mécanique trop compliquée ne pouvant que lui nuire au moment où les semi-autos italiens, moins chers, mieux finis, commencèrent à inonder un marché où le Browning Auto 5 (mais suivant une autre technologie, celle du long recul du canon) était déjà roi depuis longtemps. S’ensuivit une atmosphère de loterie : certains étaient très fiables, d’autres se montrant réfractaires à « tout manger » ce qu’on demande habituellement à ces armes-outils, réputées dures au mal et sur les terrains les plus difficiles. La qualité inégale de certaines pièces s’accommodant mal d’un système oùil y a beaucoup de frottements (4) et aussi d’une conception plutôt faite pour la « mode » à l’époque des grosses cartouches en 36 grammes, quand beaucoup de chasseurs ruraux continuaient de se servir de « petits culots ».
Le fusil superposé « Falcor » (ici le modèle 964) fut une création tardive de Manufrance, lui aussi en catégorie C1°§c). Le fusil de chasse « Falcor ». Dernière tentative de Manufrance pour tenter de reconquérir une clientèle qui se tournait de plus en plus vers d’autres fournisseurs, ce fusil superposé apparut au catalogue en 1970. En haut, le fusil « Perfex ». Ce fusil semi-automatique avec un magasin à 2 cartouches (+1) d’origine, est de toutes les façons classé en catégorie C1°§a). En bas : le fusil semi automatique Le « Rapid », malgré sa grande ressemblance avec le semi-automatique « Perfex », le « Rapid » est un « fusil à pompe ». Le fusil de chasse semi-automatique « Perfex ». Étant doté d’origine d’un magasin de 3 cartouches sans possibilité d’allonger le tube magasin, ce modèle est en catégorie C1°§a).
La Fin de Manufrance : Une Succession de Crises
Tous ces obstacles accumulés finirent par avoir la peau de ces armes néanmoins mythiques car elles évoquent une belle image d’autrefois, celle de la Manu qui a encore ses fans.
En effet, les différentes directions qui se sont succédés au chevet de l’entreprise de plus en plus malade ont toujours été imprégnées de cette vision paternaliste de leur encombrant ancêtre, Etienne Mimard. Un exemple parmi tant d’autres. Alors que l’informatique commence à s’implanter dans l’univers industriel, Manufrance s’y intéresse à reculons. Conséquence inévitable : la société ne peut plus faire face à ses échéances et demande l’aide des banques pour renflouer les caisses. Ces dernières reculent devant cette municipalité communiste qui fait peur. Résultat : en 1979, Manufrance, en tant que société anonyme, est mise en liquidation judiciaire.
Après deux ans d’une lutte acharnée, la CGT, aidée des derniers irréductibles qui lui abandonnent leurs primes de licenciement pour un montant total de 9 millions de francs, crée en 1981 la Société de Coopérative Ouvrière de Production et Distribution (SOCPD) pour sauver ce qui peut l’être.
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Malheureusement en 1985, Mise en liquidation des biens de la S.C.O.P.D. Résiliation du contrat de location-gérance avec la S.A. MANUFRANCE. Devant ces échecs successifs de location-gérance, la S.A. MANUFRANCE est mise en liquidation de biens. Plusieurs ventes sont alors décidées.
La situation de l’entreprise n’évoluant pas, elle fait l’objet d’un règlement judiciaire et d’une mise sous tutelle en février 1979. Une importante manifestation se déroule alors à Saint-Étienne le 20 février 1979 à laquelle Raymond Barre répond par une phrase restée célèbre : « Manufrance, c’est fini ». La Société Nouvelle Manufrance est alors créée, prenant en location-gérance l’ensemble des biens et activités de la Société Anonyme Manufrance. Malgré la mobilisation du 18 octobre 1980 qui regroupe jusqu’à cent mille manifestants selon la CGT, la Société Nouvelle est mise en liquidation judiciaire le mois suivant.
Manufrance Aujourd'hui : Un Héritage Préservé
Notre époque celle qui veut évoquer une « identité » (heureuse ou pas) étant à la nostalgie, on trouve désormais des fusils à pompe strictement légaux, pourvu, depuis l’automne 2013, qu’ils aient un canon rayé ou boyaudé. Une disposition utile pour le tir dispersant (bécasse par exemple) ou à balles (grand gibier).
La société Manufrance existe toujours, après avoir été reprise par un industriel de la Loire. La SARL Manufrance actuelle propose encore des pièces détachées pour le Perfex, mais malheureusement pas pour le Rapid. Les sites US par bonheur viennent à la rescousse tout ça parce que là-bas ils furent importés sous de nombreuses marques : Colt, Viking, Marlin, etc.
Au moment où le « made in France » revient à la mode, replongeons nous au bon temps de la « Manu » (1) qui nous sortait des outils innovants certes mais controversés, notre législation absurde les rendant obsolètes au mauvais moment. Ces deux armes se promènent encore assez souvent sur les sites de ventes aux enchères, ou reviennent dans nos panoplies via des successions, des héritages, et de nombreuses questions se posent pour la législation (pas piquée des vers on va le voir) ou encore les pièces, et la fiabilité de ces engins.
En 2010, les Archives départementales de la Loire ont entrepris d'inventorier et de classer le fonds d'archives de Manufrance, témoignant de l'importance de cette entreprise dans l'histoire industrielle française. Une exposition a été organisée pour mettre en lumière cette renaissance et partager l'histoire de Manufrance avec le public.
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