Fusils Anciens de Guerre de 1870 : Histoire et Modèles

La guerre franco-allemande de 1870-1871 représente un moment charnière dans l'histoire militaire, notamment en raison des progrès notables réalisés dans le domaine de l'armement. Cet article se propose d'explorer l'histoire et les différents modèles de fusils utilisés durant ce conflit.

Contexte Historique et Découvertes Récentes

Pour commémorer le 150e anniversaire de ce conflit, la Région Bretagne a souhaité se replonger dans l’histoire, en examinant comment il avait marqué le territoire. Dans ce contexte, une découverte faite en 2003 dans le clocher de l'église d'Iffendic en Ille-et-Vilaine a refait surface. Des armes datant de cette époque y avaient été dissimulées. Lors d’une étude sur la commune d’Iffendic, des agents de l’Inventaire du patrimoine avaient déniché une cache d’armes dans le clocher de l’église."L’expertise de cette collection a été confiée au Musée de l’Armée. et les armes ont été identifiées", souligne Elisabeth Loir-Mongazon. A Iffendic, les recherches sont donc relancées pour comprendre la mystérieuse histoire de la cache d’armes du clocher de l’église.

"C’est un message de la Région Bretagne qui a motivé notre regain d’intérêt, explique Christophe Martins, le maire. On me demandait si on avait toujours les armes. J’ai dit oui. En fait, on les avait placées dans un faux-plafond, on les a donc ressorties". Pour le 150e anniversaire de la guerre franco-allemande de 1870, la Région a en effet souhaité se replonger dans l’histoire du conflit, pour savoir comment il avait marqué le territoire.

Les Armes Découvertes à Iffendic : Un Témoignage du Passé

L'inventaire des armes découvertes à Iffendic offre un aperçu précieux des armements de l'époque. Parmi ces découvertes, on trouve :

  • Sabres pour troupes à pied : Le modèle de ces armes rappelle celui des sabres de l'artillerie à pied de 1816, mais les pièces portent l’inscription Châtellerault 1832.

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  • Fusils modèle 1822 T Bis : Une série de 13 fusils modèle 1822 modifié en 1840, puis en 1860, d’où l’appellation 1822 T Bis. Utilisés à partir du Second Empire, les fusils (calibre 17,1 mm) portent l’inscription MI pour Manufacture Impériale et sont équipés de baïonnettes à douille.

  • Fusil "Chassepot" modèle 1866 : Premier fusil règlementaire à culasse française en 1866. La lettre D portée sur la culasse indique la manufacture d'armes de Mutzig.

  • Fusil Allemand Mauser 1898 : Du nom de son créateur Paul Mauser, dans une version améliorée en regard du modèle d’origine (Mauser espagnol 1893) avec un 3e tenon de verrouillage. Celui conservé à Iffendic a été fabriqué à Spandau en 1917 et utilisé en 1920 par la Reichswehr, à la suite du traité de Versailles de 1919. Cette arme connaît une très longue carrière : après avoir participé aux combats des deux guerres mondiales, elle équipe encore de nombreuses nations.

  • Carabine Italienne : Fabriquée à Terni en 1891. Elle fut développée et mise au point en utilisant le système de la culasse Mauser.

Selon la mairie, les fusils se négocieraient aujourd'hui entre 1.000 et 4.000 euros. La mairie lance un appel à témoignage, auprès des anciens du pays.

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Le Fusil Chassepot Modèle 1866 : Une Révolution dans l'Armement Français

Le fusil Chassepot modèle 1866 représente une avancée significative pour l’artillerie et est l’un des seuls atouts des soldats français pendant la guerre de 1870-71, après avoir été utilisé pendant la campagne d’Italie. Il tire son nom de son inventeur, Antoine Chassepot. Ce fusil marque une rupture avec les systèmes de chargement par la bouche alors en vigueur.

Caractéristiques Techniques et Performances

Le fusil Chassepot utilise une cartouche à broche contenant la balle, la poudre et l'amorce, avec une percussion centrale d'une aiguille. D’un poids de 4,1 kgs pour un calibre de 11 mm, il permet de tirer des balles en plomb capables d’atteindre une cible à 1 000 mètres, avec une portée maximum de 1 600 mètres, et ce à une cadence de tir de 7 à 14 coups par minute ; portée et cadence de tir devenant ainsi deux fois supérieures à celles de son homologue allemand, le Dreyse.

Succès et Défis du Fusil Chassepot

Cette arme s'est illustrée en 1867 contre les troupes de Garibaldi où elle "fait merveille". Malgré ses avantages, le fusil Chassepot avait des défauts, notamment la fragilité de l'aiguille de percussion, qui entraînait la perte au combat de très nombreux fusils. L’impératif de modernisation : Pourquoi le Chassepot ?De 1861 à 1865, la Guerre de Sécession et le conflit entre la Prusse et le Danemark mettent en avant la supériorité des armes à chargement par la culasse. Ce tout nouveau procédé de réapprovisionnement permet enfin au soldat de recharger, en position couchée, et augmente la cadence de tir. L’armée française, elle, est alors toujours équipée de fusils se chargeant par la bouche, et donc périmés.

Depuis 1840, la Prusse s’est équipée d’un fusil à aiguille se chargeant par la culasse, le fusil Dreyse. Or, à cette époque, une guerre entre la France et la Prusse semble inévitable. Le Ministre de la Guerre français décide alors de doter les régiments d’infanterie d’une arme se chargeant par la culasse et utilisant par conséquent une cartouche à amorce. Le Chassepot utilise une cartouche à étui de carton enveloppé de gaze vernie, les crédits alloués ne permettant pas la fabrication d’une cartouche à étui métallique.

En 2021, paraissait aux Éditions du Brévail, un ouvrage de fond sur le fusil Chassepot mais ce livre victime de son succès était épuisé peu de temps après sa sortie. Plutôt que de le réimprimer à l’identique, l’éditeur Christian Méry a préféré patienter pour réaliser une nouvelle version réactualisée et complétée par des éléments inédits. Pour cela, il a fait appel au monde des collectionneurs et notamment à Yves Denaclara auteur de nombreuses études sur le sujet ainsi qu’aux responsables armement de nos plus grands musées. Nous y avons ajouté des informations nouvelles sur les essais avec la présentation d’armes encore inconnues, des modèles spéciaux comme le fusil pour la cavalerie d’Afrique, les carabines, les mousquetons, les armes de théorie.

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Évolution de l'Armement Français après le Chassepot

C'est le fusil du capitaine Gras qui est adopté en 1874. L’équipement de l’infanterie française subit de profondes modifications entre 1866 et 1890. En effet, le fusil à tabatière modèle 1867 permet de remplacer l’ensemble de l’armement juste avant 1870.

La Troisième République poursuit cette modernisation avec le fusil Gras en 1874, le Kropatschek en 1884, le fusil Châtellerault en 1885, puis le Lebel de 1886 à 1893, fusil français le plus célèbre, en service lors du déclenchement des hostilités en 1914.

Le Fusil Mauser 1898 : Un Pilier de l'Armement Allemand

Le fusil allemand Mauser 1898, conçu par Paul Mauser, a connu une très longue carrière. Après avoir participé aux combats des deux guerres mondiales, il a équipé de nombreuses nations.

Origines et Développement du Mauser

L’histoire de Mauser commence à l’arsenal royal d’Oberndorf, fondé le 31 juillet 1811 par le roi Frédéric Ier de Wurtemberg. Le Gewehr Modell 1871 (fusil Mauser 1871) est ainsi adopté par la nouvelle armée allemande unifiée, supplantant la concurrence et marquant le début du succès pour Mauser.

Fort de ce premier contrat national, Mauser se tourne aussi rapidement vers l’exportation. Les premières commandes étrangères arrivent dans les années 1880-1890 avec, par exemple, le fusil Mauser 1889 pour la Belgique, le Mauser 1890 pour l’Empire ottoman et le Mauser 1891 pour l’Argentine. Le Mauser modèle 1893, adopté par l’Espagne (calibre 7×57 mm), rencontre un succès international en étant également choisi par de nombreux pays d’Amérique latine.

Expansion Internationale et Impact du Mauser

A la fin du XIX siècle, Mauser devient l’un des plus grands noms de l’armement : la Turquie, le Brésil, le Mexique, le Chili, l’Uruguay, la Chine, l’Iran, la Serbie ou encore la Suède figurent parmi les nombreux pays ayant adopté des variantes du fusil Mauser à cette époque.

Le conflit entraîne une explosion de la demande pour les fusils Mauser : le Gewehr 98 équipe massivement les troupes allemandes, tandis que des versions carabines plus courtes sont également distribuées (Karabiner 98AZ, etc.) pour les unités de cavalerie et les Sturmtruppen (troupes d’assaut).

Autres Armes et Équipements de l'Époque

La Carabine Spencer

D’abord les chiffres. On dit parfois que 200.000 Spencer ont été produites. Mais cela c’est en tout. Les armes de la guerres de Sécession mais aussi les suivantes (Modèle 1865/1867/New Model/Modèles sportifs et chasse… ) et y compris celles pour le Mexique et le Canada. Et pourtant l’arme militaire initiale était bel et bien sortie d’abord sous forme d’un fusil, attribué à la Marine d’ailleurs, au début de la guerre de Sécession. Le Spencer, avec sa force de frappe due à sa capacité et à sa cadence de tir a vite gagné ses galons pour les troupes chargées du choc. Cavalerie et commandos souvent montés. Beaucoup de commandos montés durant la guerre de Sécession. Dans tous les camps. Et, quand on étudie de près les opérations commandos à cheval ou les chocs de cavalerie auxquels elle a participé durant la guerre, on en arrive assez vite à partager cette opinion. Résultat ? Pour les modèles suivants, Modèle 1867 et New Model (produit en 1868), cela se complique encore. Pour mémoire toujours, un 1867 c’est un 1865 avec un système de cut off Spencer (différent du cut-off Stabler de la 1865) et surtout d’alimentation différent (un guide d’éjection plus large qui empêche d’accepter une nouvelle cartouche tant que l’ancienne n’est pas totalement éjectée) - Et surtout c’est bien marqué dessus « M 1867 » ;-). Le New Model c’est juste une 1867 (marquage « M 67 » ) mais fabriquée en 1868 (Marquage « N M » pour New Model). Ces modèles 1867 et New Model sont donc l’aboutissement ultime du système Spencer amélioré. Mais, pour notre New Model, les chiffres sont différents dans l’ouvrage de référence de R.Marcot « Spencer Reapeating Firearms » où il indique seulement 5.000 carabines Spencer New Model contre seulement… 1.000 fusils Spencer New Model (et pas 5000). Car c’est bien l’arrêt des commandes militaires de la guerre de Sécession qui a limité la fabrication du modèle New Model aux chiffres très faibles vus ci-dessus. Les actifs de la Spencer Company furent repris par la Fogerty Rifle Co.

Quelle occasion ? On a vu le faible nombre de fusils et carabines Spencer New Model produits avant la faillite de l’entreprise ( 5000 au mieux et plus probablement un millier seulement). Combien de ses derniers ont, en plus, survécu aux affres del’année terrible ? Ces fusils Spencer ont armé les fameux francs-tireurs, cauchemar de l’état-major prussien, surtout dans l’armée des Vosges commandée par Giuseppe Garibaldi et notamment les Chasseurs Volontaires du Rhône du Commandant Marengo qui se distinguèrent par leur bravoure à la Bataille de Nuits-Saint-Georges en décembre 1871. Pour rendre hommage à ces lions qui n’ont jamais cédé quand tout était perdu, je vous ai mi une photo d’un Corps de Francs-Tireurs français de 1871 posant avec leurs fusils Spencer. Notre exemplaire est donc un de ces rares fusils (rifle - canon long) 1860 du type New Model, produit seulement en 1868, et entre 1.000 et 5.000 exemplaires au grand maximum à l’extrême fin de vie de l’Usine de Spencer. Bref une arme rare. Pour les Modèles 1867 ils courent « approximatly » dit le Flayderman entre les numéros 91.000 à 101,000 et de toujours 101.000 environ à environ 108,000 pour le New Model de 1868 avec, selon d’autres collectionneurs, « apparently with some overlap with the M1867 at the lower end ». C’est le cas de notre arme, indubitablement du New Model de 1868 par son marquage et numérotée 100. 339. Le New Model 1868 n’a été fabriqué que par Spencer à Boston comme en témoigne son magnifique et très net marquage de fabricant et de brevet en chambre. L’arme est en excellent état. Bien plus belle que toutes celles que j’ai croisées auparavant. Et le fusil est rare en soi encore une fois. Le fait que celui ci soit protégé dans la crosse faisait préférer le système Spencer par rapport à celui de Henry qui était complètement exposé aux éléments avec en plus le risque de se tordre. Peu de coups ou de traces de manipulation au global. Juste un peu en crosse à gauche et des traces d’anciennes grenadières supprimées depuis lors. Aucune enture, aucune fêlure. Pas de trous de vers. Pas de ponçage « ayatolesque » non plus. 100% conservés d’époque et en TBE. Platine nue avec ressort souple et puissant. Les crans du chiens sont nets et accrochent bien. On ne peut être qu’étonné par la qualité d’une telle arme de guerre produite en masse. L’arme n’est pas dotée du Cutt-off Stabler ce qui est bien conforme au modèle. Pas de pièces rapportées. Le bloc interne de culasse et toutes ses pièces mécaniques sont en excellent état sans aucune peau d’orange ou oxydation profonde même « enlevée » autrefois plus ou moins brutalement comme souvent. Très beau. L’ouverture de la culasse est bien fluide et la mécanique de l’arme est bien ferme et solide. La percussion est nette et franche. Toutes les vis sont en excellent état. Le boîtier de culasse est patiné sans aucune piqûre ni aucune peau d’orange, avec par endroits des points jaspés rappelant sa finition d’origine. Canon de 30 pouces conforme au modèle fusil, soit 76 cm avec six rayures miroir et bien aiguisées. Il est impressionnant pour ses presque 160 ans. La hausse est bien du type tardif et parfaitement fonctionnelle. L’arme mérite un nettoyage soigneux doublé d’un petit passage de l’arme à base de paille 0000 et d’un peu d’huile. Elle sera alors purement muséale. In fine une arme mythique de l’Histoire de l’armement, un des chaînons essentiels de la répétition aux armées, une pièce hautement symbolique et chargée d’Histoire aussi par les périodes et combats qu’elle a traversée. État rare tant mécaniquement qu’esthétiquement. Une addition de premier choix pour un collectionneur d’armes américaines et d’armes réglementaires de la guerre de 1870/71 ou même pour un reconstitueur passionné. Répétons le !

Armes de Cavalerie

La dotation des régiments de cavalerie en carabines modèle 1866 est décidée par l'Empereur le 4 décembre 1869 et communiquée dans le JMO le 3 janvier 1870. Ces carabines étaient peu-être des armes mises en essai, on en connaît qui sont montées avec des garnitures fer et le levier d'armement non coudé.

Les commandes de l’État pour 1870 étaient de 30 000 fusils de cavalerie, fabrication terminée au 30 juin. Commande supplémentaire le 15 juillet pour 10 000 exemplaires, les livraisons s'étalèrent entre septembre et novembre. Le 5 septembre (après la chute de l'Empire donc) une nouvelle commande de 5000 fusils de cavalerie fut donnée, terminée à la mi-décembre. 33 068 fusils de cavalerie ont été expédiés aux directions et aux corps de troupe toujours d'après Dubessy.

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