Introduction
Le fusil Lee-Enfield, en particulier le SMLE (Short Magazine Lee-Enfield) MK III, est une arme emblématique de l'Empire britannique au début du 20e siècle. Utilisé par les forces militaires britanniques et du Commonwealth pendant la Première Guerre mondiale et au-delà, ce fusil a joué un rôle crucial dans de nombreux conflits. Cet article explore l'histoire, les caractéristiques et l'importance de ce fusil légendaire.
Le Lee-Enfield: Un acteur majeur de l'histoire contemporaine
Pendant près d’un siècle, les fusils Lee-Metford et Lee-Enfield ont été les acteurs de l’histoire contemporaine sur tous les continents. Les Lee-Metford, premiers fusils à répétition de petit calibre adoptés par l’armée britannique, commencèrent à s’illustrer aux mains des soldats de Lord Kitchener au Soudan contre les troupes du Mahdi, puis en Afrique du Sud contre les Boers. Entre les deux guerres mondiales, les Lee-Enfield participèrent aux missions de maintien de l’ordre en Inde et au Moyen-Orient.
Le SMLE MK III: L'Arc Long Bow du XXe Siècle
Le Lee-Enfield MKIII, c’est l’arc “long bow” des archers anglais du XXième siècle, une arme mythique. C’est avec ce flingue qu’une « misérable petite armée » de moins de 240.000 professionnels selon le mot méprisant de l’Empereur germanique Guillaume II (la sienne en comptait 1,8 millions et des sévères !) maintenait un Empire équivalent au tiers du monde connu, et sur lequel le soleil ne se couchait jamais, en paix quasi totale comme il convient à tout Empire qui se respecte. Quand le MKIII fut mis en service, Édouard VII venait de succéder à l’insubmersible Impératrice Victoria et rien ne pouvait compromettre la pérennité de tout un monde « Made in Britain ». Quatre ans plus tard Gavrilo Princip, un serbe très décidé, allait se charger de mettre fin à tout ça avec quelques balles de 380 ACP tirées d’un Browing 1910 sur un obscur Archiduc autrichien sans oublier l’épouse du dit Archiduc.
Un bref aperçu historique
Les Lee Enfield ont servi l’armée britannique, et ses nombreux dominions, de 1895 à 1957. Le modèle MK III, apparu en 1907, est celui avec lequel l'armée britannique a débarqué sur le continent en août 1914. Cependant, la plupart de ces fusils ont été modifiés en 1915 et après, ce qui rend les versions originales extrêmement rares aujourd'hui.
Caractéristiques Techniques et Innovations
Le fusil Lee-Enfield SMLE (Short Magazine Lee-Enfield) MK III est un fusil à verrou chambré pour la cartouche britannique .303. Pesant environ 3,3 kg et mesurant 114 cm, il était réputé pour sa robustesse et sa fiabilité dans les conditions difficiles de la guerre de tranchées.
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Chargeur Amovible et Cadence de Tir
Il était en effet doté d’un excellent chargeur amovible “court”, à piles imbriquées en feuille d’acier, d’une capacité de dix coups, et surtout détachable, concept très moderne et nouveauté à cette époque. À l’origine, ce chargeur détachable fit l’objet de quelques doutes dans les milieux militaires britanniques. On craignait que le soldat de base ne perde quantité de chargeurs en campagne. La rapidité de mise en œuvre du système de verrou Lee (on pousse vers l’avant pour engager le percuteur), la simplicité de fonctionnement/mise en place du chargeur et la capacité de dix coups permettaient à un fantassin bien entraîné de placer en cible une trentaine de coups à la minute. Et on les y entrainait ! On appelait ça la « mad minute » (“minute de folie”) dans l’armée britannique d’avant 1914. Le Lee Enfield était le fusil à verrou le plus rapide de son époque. Le record du monde, toujours à battre à ce jour, pour un tir avec un fusil à verrou est détenu par le Lee Enfield et un instructeur de tir britannique - le sergent instructeur Snoxall - qui, en 1914, mit 38 coups dans une cible de 300 mm de large (12?) à 270 m (300 yards) en une minute avec son MKIII.
Le fusil Lee-Enfield était célèbre pour sa cadence de tir rapide, permise par son action de verrouillage courte et fluide. Un soldat bien entraîné pouvait tirer 20 à 30 coups précis par minute, une capacité connue sous le nom de "Mad Minute". Cette rapidité de tir était un avantage significatif sur le champ de bataille.
Calibre .303 British
En plus, l’arme fonctionne dans un très bon calibre de guerre et de chasse (les deux activés ne sont jamais très loin l’une de l’autre) - le 303 British. Nombre de tigres et d’éléphants de l’Empire lui doivent un départ prématuré pour un monde meilleur.
Le calibre .303 British était réputé pour sa puissance et sa portée, ce qui en faisait une arme efficace tant pour le combat que pour la chasse.
Compacité et Maniabilité
Notre MK III est donc une arme d’avant guerre, faite pour former d’excellents tireurs dans une toute petite armée professionnelle (officiers sans fusil compris) et pas tous fantassins. L’arme est donc une excellente arme de tir. Elle aussi est très moderne comparée aux concurrents allemands et français car elle est courte. Une autre nouveauté pour l’époque. Les anglais avaient appris à se méfier de l’encombrement des armes longues aux colonies (où ils avaient eu pas mal de combats urbains en fait notamment en Asie) et dans la guerre d’Afrique du Sud qui supposait des déplacements fréquents et longs dans une guerre d’embuscades - ils adoptèrent donc une arme remarquablement compacte. Mais cela fit scandale en Grande-Bretagne. Clubs de tir, vétérans et armuriers s’inquiétèrent du fait qu’une ligne de mire plus courte et un recul nécessairement accru entrainerait une précision moindre pour les armées de sa Majesté. Toujours l’obsession britannique de la précision. L’opinion de l’état-major sur le praticité d’une arme plus courte prévalut. Rendez vous compte: l’arme “standard” du fantassin est dotée d’une hausse très finement réglable en site et en dérive, cas unique dans les armées modernes de l’époque. Toujours pour plus de précision !
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Comparé à d'autres fusils de son époque, le Lee-Enfield était relativement court et maniable, ce qui le rendait bien adapté aux combats rapprochés et aux environnements confinés.
Dispositifs Uniques du MK III
L’arme est aussi doté sur le coté droit de la culasse du fameux “Cut-off “, recherché par les collectionneurs ou “arrêtoir de chargeur”. Une fois engagé, ce dispositif “fermait” le chargeur par le dessus pour obliger le tireur à ne chambrer qu’au coup par coup afin…d’éviter le gaspillage de munition ! On peut toutefois le désengager pour une petite “minute de folie” sur une troupe de prussiens agités évidemment. Mais seulement si le sous-lieutenant qui sort d’Oxford à 22 ans et commande des NCO’s (sous-off) de 45 ayant roulés leur bosse dans tout l’Empire en donne l’ordre! Il faut bien comprendre qu’avant guerre, tous les états-majors étaient obsédés par cette idée d’économie de munitions pour ne pas déborder des logistiques fragiles. La guerre de 14 les obligea très vite à ne plus trop contrôler le rythme de tir de leurs troupes et plutôt à revoir très sérieusement leur production et leur logistique. La guerre avait changé d’échelle. Ce curieux limiteur de consommation de munitions a donc vite été conceptuellement dépassé dès les grandes boucheries de l’été 1914 où la règle devint plutôt le feu à volonté pour arrêter des marées humaines sous des déluges d’artillerie.
Mais ce n’est pas tout. Notre rare Lee Enfield MK III (outre le cut-off et la hausse de précision) est aussi équipé d’un dispositif encore plus fou, le “Volley Sight”, coté gauche de l’arme cette fois, et qui n’existe plus non plus sur le MKIII(*). Une volée de balle partait dans le ciel et retombait sur l’ennemi en pluie comme les flèches d’Azincourt en 1415 ! Et avec les mêmes dégâts évidemment. Fin 1914 à Ypres, des flots d’étudiants germaniques, fraichement volontaires et par trop enthousiastes, se sont fait littéralement fauchés par ce dispositif. Les historiens allemands ont d’ailleurs longtemps parlé du “Massacre des innocents de Ypres” à ce sujet. Ce dispositif ne valait effectivement qu’en terrain découvert et à longue portée. Il s’est donc trouvé totalement inutile dès les premières tranchées creusées.
Le Lee-Enfield MK III était équipé de deux dispositifs particuliers :
- Cut-off (Arrêtoir de chargeur): Un dispositif permettant de couper l'alimentation du chargeur, obligeant le tireur à charger chaque coup individuellement pour économiser les munitions.
- Volley Sight: Un système de visée permettant de tirer des salves à longue distance, conçu pour saturer une zone ennemie avec une pluie de balles. Ce système est devenu obsolète avec la guerre de tranchées.
Le MKIII (*) et la simplification de la production
Avec tous ces raffinements, notre Lee Enfield MK III coutait fort cher à produire. 3£75 par fusil. Une fortune pour le gouvernement de Sa Majesté assez près de ses sous à l’époque ! Trois semaines environ du salaire moyen ouvrier en GB en 1914 pour un unique fusil. Ce modèle simplifié devint le Lee Enfield Mark III “étoile” ou “MKIII ()” et les marquages de modèle sur la poignée furent modifiés en conséquence - 99,99% des Lee Enfield MKIII furent transformés au standard MKIII () pendant et encore après la guerre et portent cette mention à la jonction de poignée sous le levier d’armement. Les SMLE Lee Enfield restés au standard MKIII tout court, c’est à dire dans leur configuration de août 1914 avec Cutt-Off et Volley Sight, sont désormais très très rares. Comme pour les fusils français non modifiés 32N, ces Lee Enfield MK III non modifiés au standard (*) sont très souvent des armes perdues puis survivantes du temps ou bien des armes capturées par les allemands.
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En raison du coût élevé de production et de la nécessité d'augmenter la production pendant la guerre, le MK III a été simplifié en une version appelée MKIII (*). Cette version simplifiée était plus facile et moins coûteuse à produire, mais elle sacrifiait certaines des caractéristiques uniques du MK III original.
Importance Culturelle et Héritage
Le fusil Lee-Enfield est plus qu'une simple arme; il est un symbole de l'histoire militaire britannique et du Commonwealth. Sa robustesse, sa fiabilité et sa cadence de tir rapide en ont fait une arme redoutable sur le champ de bataille. Aujourd'hui, il est prisé par les collectionneurs et les tireurs sportifs du monde entier.
Le Lee-Enfield comme objet de collection
Il y avait au moins 5 ans que je n’en vais pas vu un dans le nombre très importants de Enfield que j’ai l’occasion d’examiner tous les ans. Et puis, tout à coup, en deux mois, j’ai pu mettre la main sur deux pièces (l’autre a été vendu de suite, lui était de 1915, superbe mais l’embouchoir, conforme, n’était pas au numéro). A part d’être encore couvert partout sur ses pièces mécaniques d’une vielle graisse de stockage, ce dernier exemplaire est en juste parfait. D’abord les pièces métalliques sont toutes au même numéro (hausse, pontet, chambre, embouchoir…). Pour la hausse, il faut la soulever pour le voir. Je l’ai fait. C’est tout bon. - Très peu ou pas de traces d’oxydation et toutes ultra légères- Aucune piqûre - Aucune peu d’orange - Aucune - Une vraie arme qualité Flingus ! Le bois porte bien son disque d’unité que je n’ai pas réussi à identifier (instinctivement, je parierai sur une unité de soutien car d’habitude, j’identifie vite les unités opérationnelles classiques de cette complexe armée. Notre arme est donc sortie des ateliers de Birmingham Small Arms à Birmingham en 1914 - son numéro de série est en « W xxxx » . Stratton -dans son livre « SMLE (N°1) Rifles MK 1 and MKIII volume I - indique bien la lettre préfixe W pour les armes sorties de chez BSA en 1914. Plus extraordinaire, et incroyable témoignage de ce qu’on ne s’attendait à rien du tout en 1914, c’est que BSA, complètement pris de court par les évènements - n’a sorti que 59.416 fusils cette année là ! Je ne me souviens pas d’avoir déjà vu beaucoup de MKIII daté « 1914 » même en stand. Pour donner une idée de comparaison, BSA produira 275.000 MK III (au standard « étoile » eux) en 1915 - 435.000 en 1916 - 468.000 en 1917 et 346.000 en 1918. Le disque du “Volley Sight” et son œilleton en coté de culasse sont également bien présents et fonctionnels de même que le levier de mise en sécurité . Cerise sur le gâteau, le nécessaire de nettoyage, avec son tube à graisse en laiton est toujours présent dans la crosse ! Bref le top du Enfield anglais pour 1914-1918 - pièce très difficilement « up-gradale » pour employer un mauvais jargon roastbeef de circonstances. Il faut juste le nettoyer avec soin de fond en comble et il sera MUSÉAL. Il fera une addition de premier choix pour un collectionneur d’armes réglementaires européennes ou d’armes anglaises de la première guerre mondiale.
Les SMLE Lee Enfield restés au standard MKIII tout court, c’est à dire dans leur configuration de août 1914 avec Cutt-Off et Volley Sight, sont désormais très très rares. Comme pour les fusils français non modifiés 32N, ces Lee Enfield MK III non modifiés au standard (*) sont très souvent des armes perdues puis survivantes du temps ou bien des armes capturées par les allemands.
Pour les collectionneurs, trouver un MK III original, non modifié, est un véritable Graal. Ces armes sont souvent en parfait état de conservation, avec toutes les pièces d'origine et les marquages intacts.
Le Pattern 1914 et le US Model 1917: Les "American Enfields"
Charles R. Stratton poursuit sa série très réussie sur les fusils militaires britanniques de collection avec le Pattern 1914 peu connu, mais largement disponible, et le modèle américain US M 1917 . Souvent appelé «American Enfield», le Pattern 1914 en cal .303 était le seul fusil militaire britannique jamais construit entièrement aux États-Unis, même s'il avait été conçu par les ingénieurs d'Enfield Arsenal. Le modèle américain 1917 était la même arme mais rechambrée pour la cartouche américaine .30-06. Plus de 1,2 million Pattern 1914 et 2,5 millions Model 1917 furent construits pendant la Première Guerre mondiale par trois sociétés américaines, Winchester, Remington et Eddystone. Plus de soldats américains étaient armés du modèle 1917 Enfield (dont le sergent Alvin York) que du modèle 1903 Springfield. Le modèle 1917 Enfield est depuis longtemps un objet de collection américain recherché. Au fil des ans, il a été utilisé pour la chasse et restauré pour être collectionné par des milliers de tireurs. Les pièces sont couramment disponibles et de nombreuses pièces P-14 sont interchangeables avec les pièces M1917, ce qui facilite le retour d'une arme à son état d'origine. Comme dans les deux volumes précédents, M. Stratton a fourni une description détaillée de chaque fusil pièce par pièce et a noté si la pièce particulière est interchangeable entre les deux modèles. Il fournit une série de tableaux et d'explications pour les marquages, codes et poinçons d'inspection qui apparaissent sur chaque pièce et explique comment déterminer lesquelles ont été fabriquées à l'origine pour le P-14 ou le M1917. Il fournit également un historique complet du développement et de l'utilisation du fusil pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Également une description complète des deux variantes de fusil de sniper du P-14 qui ont été mises en service dans les deux guerres, le dispositif Pedersen développé pour le M1917 et les accessoires fournis avec le fusil aux soldats des deux pays, y compris les ceintures cartouchières et les baïonnettes, outils et matériel de nettoyage. Des annexes séparées fournissent une vue et une nomenclature éclatées, des statistiques de production, des descriptions de munitions et des dérivations de fusils de sport.
Il est intéressant de noter que pendant la Première Guerre mondiale, les États-Unis ont produit deux variantes du Lee-Enfield, le Pattern 1914 et le US Model 1917, pour le compte de la Grande-Bretagne et des États-Unis respectivement. Ces fusils, souvent appelés "American Enfields", ont été largement utilisés par les forces américaines et britanniques.
Baïonnette Modèle 1907 à Quillon
PS : Et si vous voulez faire un ensemble complet absolument parfait et super rare, il suffit d’y rajouter sa rarissime baïonnette modèle 1907 à QUILLON. C’est bien ce modèle à quillon qui ornait les Lee-Enfield MKIII à l’origine en 1097 et jusque 1913/14. Maître Flingus en a deux en stock dont une avec son porte-fourreau d’origine d’époque en cuir et pas en web. C’est top rare aussi. J’ai vu plusieurs photos de soldats anglais en début de guerre (Flandres 1914 et Dardanelles 1915 notamment) portant cette baïonnette à quillon sur des MKIII. J’ai mis une photo à la fin pour montrer ce que cela donne.
Pour compléter une collection de Lee-Enfield MK III, il est essentiel d'ajouter la baïonnette modèle 1907 à quillon, qui était le modèle standard utilisé avec ce fusil au début de la Première Guerre mondiale.
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