Dans l'histoire de la guerre, l'innovation dans l'armement est une constante. L'introduction du char d'assaut pendant la Première Guerre mondiale a créé un besoin urgent de développer des armes capables de contrer cette nouvelle menace. Parmi les réponses à ce défi, le fusil antichar a émergé comme une solution prometteuse.
L'apparition du char et la nécessité d'une réponse
L'émergence du char d'assaut durant la Première Guerre mondiale a créé un déséquilibre sur le champ de bataille. Les forces d'infanterie, autrefois dominantes, se sont retrouvées vulnérables face à ces machines blindées. Cette situation a incité les belligérants à développer des armes capables de neutraliser ou de détruire les chars ennemis.
Le Mauser M1918 TankGewehr : Un Pionnier
En 1918, l'Allemagne a introduit le Mauser M1918 TankGewehr, également connu sous le nom de "T-Gewehr". Ce fusil, chambré pour la cartouche de 13,2×92 mm SR "Tank und Flieger" (TuF), est largement considéré comme le premier fusil antichar au monde. Le TankGewehr était capable de perforer un blindage de 20 mm à 200 mètres.
Récemment, un Tankgewehr a été découvert par les gendarmes de Langres, dans la Haute-Marne, lors d'une opération d'abandon simplifié d'armes à l'État. L'arme, pesant plus de 17 kilogrammes et mesurant plus d'un mètre, était quelque peu encombrante et difficile à manier. Après avoir été régularisée par son propriétaire, elle a été confiée à l'armurerie Bertrand Aussant pour restauration, soulignant l'importance de la préservation de ces artefacts historiques.
Le Contexte de la Seconde Guerre Mondiale : Diversité des Blindages
Il est essentiel de noter que la majorité des chars utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale n'avaient pas le niveau de blindage des chars Tigre et Tigre II. Au début du conflit, de nombreux chars étaient légers ou moyens, ce qui les rendait vulnérables aux armes d'une puissance raisonnable. Des véhicules tels que le Sturmgeschütz III (Stug III), un canon d'assaut de 23,9 tonnes, illustrent cette réalité. L'apparition des chars lourds n'a pas empêché la production en masse de chars plus légers, comme le chasseur de char "leichter Panzerjäger 38(t)", dit "Hetzer".
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Il est également important de considérer que les chars ne sont pas les seuls véhicules présents sur le champ de bataille. Les Allemands ont produit environ 9000 "SonderKraftFahrZeug 11" (Sd.Kfz. 11) et 15 252 Sd.Kfz.251 entre 1938 et 1945. Au début de l'opération Barbarossa, les chars Tigre n'étaient qu'au stade de la planification. La menace était donc principalement constituée de chars légers et moyens, ou de véhicules encore plus légers.
Ces véhicules de moins de 25 tonnes restaient vulnérables aux calibres inférieurs à 20 mm. Les Soviétiques, les Britanniques (avec le Boys en calibre .55 Boys), les Polonais (avec le Wz.35 Maroszek et sa munition de 7,92×107 DS) et les Allemands (avec leur PanzerBüchse 39 (PzB. 39) en 7,92×94) ont tous développé des fusils antichars. Les Finlandais ont également créé le Lathi L-39 en 20×138 mm B.
La Réflexion Soviétique et le Calibre 14,5×114 mm
Selon l'état-major soviétique, l'armée allemande disposait de 25 298 fusils antichars le 1er juin 1941. La réflexion soviétique sur les fusils antichars a commencé dans les années 1930, notamment avec le calibre 12,7×108 mm. Bien que performants contre les véhicules légers, les fortifications légères et les cibles aériennes à basse altitude, ces calibres ont rapidement atteint leurs limites contre les véhicules blindés.
Après des essais, les Soviétiques ont conclu qu'une munition plus puissante était nécessaire. La "cartouche de 14,5 avec projectile B-32" a été officiellement adoptée le 16 juillet 1941. Cette munition, composée d'un projectile de 14,5 mm monté sur un étui de 114 mm, atteignait une vitesse de 1010 m/s dans les canons des PTRD-41 et PTRS-41. Le projectile de 64 g développait 32 643 joules.
Le projectile de 14,5×114 mm B-32 est composé d'un noyau en acier durci enrobé dans du plomb, coiffé d'une composition incendiaire, le tout contenu dans une chemise d'acier plaquée tombac ou zinguée. La composition incendiaire est un mélange de poudre de baryum, d'aluminium et de magnésium. La 14,5×114 mm B-32 est encore aujourd'hui la munition standard pour ce calibre.
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L'évolution des Munitions Soviétiques : BS-41 et BZKI
Pour améliorer les capacités de perforation, une munition perforante-incendiaire à noyau en carbure de tungstène, la BS-41, a été adoptée le 15 août 1941. Le carbure de tungstène étant plus dense que l'acier, le projectile était plus court que le B-32. Bien que la BS-41 soit souvent présentée comme la première munition de 14,5×114 mm, l'auteur russe David Naumovich Bolotin précise que la B-32 a été développée en premier.
La BS-41 a été remplacée par la BST, une munition au projectile perforant-incendiaire-traçant, également au noyau en carbure de tungstène. Les Russes ont également expérimenté la munition perforante-lacrymogène BZKI, mais elle n'a pas été adoptée en raison de son efficacité limitée.
Le Développement des Fusils Antichars en URSS : Une Histoire Complexe
L'étude des fusils antichars a commencé tôt dans l'entre-deux-guerres. En 1931, Leonid Vasilyevich Kurchevsky a conçu un fusil sans recul de 37 mm, testé à partir de juillet 1932. En 1936, les autorités soviétiques ont adopté une résolution spéciale concernant le développement de fusils antichars en calibre 12,7×108 mm. Mikhail Nikolaievitch Blyum, Semen Vasilyevitch Vladimirov et Sergey Aleksandrovich Korovin ont proposé 15 modèles de fusils entre 1936 et 1938, mais aucun n'a répondu aux attentes.
À partir de 1939, des fusils pour la 14,5×114 mm ont été demandés à Nikolaï Vasilyevitch Rukavishnikov, S.V. Vladimirov et Boris Gavrilovitch Shpitalniy. Le fusil de N.V. Rukavishnikov était un semi-automatique à 5 coups fonctionnant par emprunt de gaz. Le fusil de B.G. Shpitalniy était à un coup, avec ouverture automatique de la culasse lors du tir. Le fusil de S.V. Vladimirov fonctionnait par long recul du canon et pouvait être démonté en deux sous-ensembles.
En août 1939, les tests ont conclu que le fusil de N.V. Rukavishnikov était le mieux adapté. Cependant, le concept étant considéré comme inefficace contre les chars de combat modernes, les travaux ont été ralentis. En août 1940, les fusils antichars produits ont même été retirés du service.
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En juin 1941, face à l'attaque allemande, le fusil de N.V. Rukavishnikov a été approuvé de façon hâtive. Cependant, il était considéré comme trop complexe pour un usage militaire. En parallèle, N.V. Rukavishnikov a développé des modèles à répétition manuelle plus légers et plus économiques.
En juillet 1941, Vasily Alekseyevich Degtyaryov et Sergey Gavrilovich Simonov ont été chargés de reprendre le travail en toute hâte. En moins de 22 jours, ils ont proposé de nouvelles armes. À la fin du mois de juillet, S.G. Simonov a présenté deux modèles de fusil à chargeur. Au début du mois d'août, les deux armes ont été essayées, mais aucune n'était satisfaisante. V.A. Degtyarev a ensuite converti son arme en fusil à un coup, qui allait devenir le PTRD-41. S.G. Simonov s'est appuyé sur ses travaux précédents pour développer le PTRS-41.
Le Tankgewehr M1918 : Une Découverte Récente
Lors de la semaine de collecte et de régularisation des armes, un fusil géant antichar de la Première Guerre mondiale a été apporté aux gendarmes de Langres (Haute-Marne). Lourd et encombrant (plus d'un mètre, 17 kg), ce fusil antichar était peu apprécié des soldats allemands qui devaient encaisser le net recul de l'arme.
Le Tankgewehr M1918 dépasse largement le mètre et pèse 17 kg. Il doit être manié par plusieurs soldats. Son recul est colossal, et il ne sera utilisé que quelques mois par l'Empire allemand, à la fin de la guerre.
Oublié dans un grenier français, ce premier fusil antichar de l'histoire a été redécouvert à l'occasion de la campagne de collecte et de régularisation des armes. Les gendarmes de Langres (Haute-Marne) ont eu ce fusil entre les mains, et en ont fait mention sur les réseaux sociaux le lundi 5 décembre 2022. Le propriétaire a conservé son fusil, soulignant l'importance de la préservation de ces artefacts historiques.
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