L'évolution du fusil antichar en Russie, et plus largement en Union Soviétique, est une histoire de nécessité, d'innovation et d'adaptation face aux mutations du champ de bataille. Des premières tentatives timides lors de la Première Guerre mondiale aux solutions ingénieuses développées pendant la Seconde Guerre mondiale, l'arsenal antichar russe témoigne d'une quête constante pour contrer la menace blindée.
Les Prémices : La Première Guerre Mondiale et l'Entre-Deux-Guerres
La Première Guerre mondiale marque l'apparition du char d'assaut, un nouveau défi pour les forces armées. L'Allemagne répond à cette menace en 1918 avec le Mauser M1918 TankGewehr, le premier fusil antichar de l'histoire. Cette arme, de calibre 13,2×92 mm SR, visait à percer les blindages des chars franco-britanniques.
Au lendemain de la révolution d'Octobre et de la guerre civile russe, les Soviétiques héritent d'un pays rural et peu industrialisé. Conscients de la nécessité de moderniser leur armée, ils entament des recherches sur les fusils antichars dès les années 1930. Les premiers modèles sont conçus pour le calibre 12,7×108 mm, mais leurs performances se révèlent insuffisantes contre les chars de combat modernes.
Leonid Vasilyevich Kurchevsky conçoit un fusil sans recul de 37 mm testé à partir de Juillet 1932. Le 13 Mars 1936, les autorités Soviétiques passèrent une résolution spéciale concernant le développement de fusil antichar en calibre 12,7×108 mm. La conception fut confiée aux concepteurs Mikhail Nikolaievitch Blyum, Semen Vasilyevitch Vladimirov et Sergey Aleksandrovich Korovin qui proposèrent 15 modèles de fusil entre 1936 et 1938.
La Seconde Guerre Mondiale : L'Urgence et l'Ingéniosité
L'invasion allemande de 1941 accélère le développement des fusils antichars en URSS. Face à l'avancée des blindés ennemis, Staline ordonne la conception rapide d'armes capables de les stopper.
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Le Calibre 14,5×114 mm : Une Munition Déterminante
Une des étapes cruciales est l'adoption de la munition de 14,5×114 mm. Conçue et perfectionnée entre 1938 et 1940, elle est officiellement adoptée le 16 juillet 1941. Cette munition, dans sa variante perforante-incendiaire B-32, est annoncée à 1010 m/s dans les canons des PTRD-41 et PTRS-41.
Le projectile de 14,5×114 mm B-32 est composé d’un noyau en acier durci enrobé dans du plomb, coiffé d’une composition incendiaire le tout étant contenu dans une chemise d’acier plaquée tombac ou zinguée. La composition incendiaire est un classique en URSS : mélange de poudre de baryum, aluminium et magnésium, très stable, qui s’initie naturellement par l’énergie de l’impact. Le code couleur de la munition est, en URSS, une pointe rouge surmontée de noir.
Les Fusils PTRD-41 et PTRS-41 : Des Solutions d'Urgence
Deux modèles de fusils antichars sont développés en urgence : le PTRD-41 de Vasily Alekseyevich Degtyaryov et le PTRS-41 de Sergey Gavrilovich Simonov.
- PTRD-41 (ProtivoTankovoe Ruzhyo Degtyaryova) : Ce fusil à un coup est simple, robuste et économique à produire. Son mécanisme à verrou lui confère une grande fiabilité.
- PTRS-41 (ProtivoTankovoe Ruzhyo Simonova) : Ce fusil semi-automatique est plus complexe que le PTRD-41. Il est alimenté par un chargeur de cinq cartouches et offre une cadence de tir plus élevée. Son système d'emprunt de gaz est similaire à celui qui sera utilisé plus tard dans la carabine SKS.
Travaillant « nuit et jour », les deux concepteurs proposèrent des armes en moins de 22 jours ! À la fin du mois de Juillet, S.G. Simonov présentait deux modèles de fusil à chargeur. Le premier, développé en collaboration avec Georgiy Semenovitch Garanin, Sergey Mikhaylovitch Krekin et Aleksandr Andreyevitch Dementyev, ouvrait automatiquement la culasse au tir et éjectait la douille, en utilisant le principe du recul de canon. Le second, dessiné par V.A. Degtyarev seul, se contentait d’ouvrir la culasse rotative au tir, sans éjecter l’étui tiré. Les deux armes étaient alimentées par un chargeur de 5 coups.
Au début du mois d’Août de la même année, les deux armes sont essayées : le second modèle est préféré, l’arme étant plus simple. Cependant, aucune des deux armes n’était satisfaisante d’un point de vue opérationnel et le concepteur fut renvoyé à ses planches (sans doute avec bienveillance…mais de façon pressante : Staline attend !) avec pour consigne, dans un esprit de simplification, de convertir son arme en fusil à un coup.
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L'Efficacité Relative des Fusils Antichars
Malgré leur puissance de feu, les fusils PTRD-41 et PTRS-41 ont une efficacité limitée contre les chars les plus blindés. Ils sont surtout utilisés contre les véhicules légers, les camions et les fortifications. Néanmoins, ils jouent un rôle important dans la défense de l'Union Soviétique en offrant aux fantassins une arme capable de menacer les blindés ennemis.
Si au début de la guerre l’arme pouvait être efficace, à partir de 1943 elle n’était plus en capacité de mettre directement hors combat un blindé moyen à plus.
L'Après-Guerre et le Déclin des Fusils Antichars
Après la Seconde Guerre mondiale, l'évolution des chars de combat rend les fusils antichars obsolètes. Les blindages deviennent trop épais pour être percés par des munitions de petit calibre. Les lance-roquettes et les missiles antichars prennent le relais en tant qu'armes principales contre les blindés.
La SKS : Une Arme Polyvalente Issue de la Recherche Antichar
Bien que n'étant pas spécifiquement un fusil antichar, la carabine SKS (Samozaryadny Karabin sistemy Simonova) mérite d'être mentionnée dans cette histoire. Conçue par Sergey Gavrilovich Simonov, le même ingénieur qui a développé le PTRS-41, la SKS est une arme semi-automatique chambrée en 7,62×39 mm.
Repéré dès 1918 par V.A. Degtyarev alors qu’il travaillait sur des pièces des armes conçues par V.G. Fedorov, Sergei Gavrilovich Simonov sera très rapidement associé à la conception de fusil et de carabine semi-automatique et automatique. Il présentera de nombreux prototypes à partir de 1926 et connaitra une première consécration avec l’adoption de l’AVS-36 en 1936. C’est donc en toute logique que S.G.Simonov fera partie des personnes sollicitées pour le développement d’une carabine semi-automatique pour le tout nouveau calibre intermédiaire adopté en 1943 : la 7,62×41 mm.
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La SKS est conçue pour être simple à utiliser et à entretenir, ce qui la rend adaptée aux soldats peu entraînés. Elle est largement distribuée aux forces armées soviétiques et aux pays du bloc de l'Est. Bien qu'elle ne soit pas conçue pour détruire les chars, elle peut être utilisée contre les véhicules légers et les cibles non blindées.
Innovations et Adaptations Allemandes : Le Panzerfaust et le Panzerschreck
Il est important de noter que l'Allemagne, confrontée aux mêmes défis que l'URSS, a également développé des armes antichars innovantes pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Panzerfaust et le Panzerschreck sont deux exemples marquants.
- Panzerfaust : Cette arme jetable, utilisant une charge creuse, est conçue pour être utilisée à courte portée. Elle est simple à fabriquer et à utiliser, ce qui en fait une arme efficace pour les fantassins.
- Panzerschreck : Copie du bazooka américain, le Panzerschreck est un lance-roquettes réutilisable qui tire des munitions à charge creuse. Il offre une portée et une puissance de pénétration supérieures au Panzerfaust.
Conçu d’après un bazooka capturé, le Panzerschreck (terreur des chars en allemand) est son équivalent allemand, en dotation à partir de septembre 1943. Il s’agit comme pour le bazooka d’un lance roquette réutilisable utilisant des munitions à charge creuse.
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