Le Royaume-Uni a une longue et riche histoire en matière de développement et d'utilisation des fusils d'assaut. Des premiers prototypes bullpup aux modèles modernes, les fusils anglais ont joué un rôle important dans les conflits militaires à travers le monde.
Les débuts : l'expérimentation du concept Bullpup
Dès le début des années 1950, les Britanniques ont commencé à expérimenter le concept de fusil bullpup. Cette configuration, où le chargeur est situé derrière la détente, permet de créer une arme plus compacte tout en conservant un canon long. L'Arsenal royal d'Enfield a produit divers prototypes, parfois dans de très petits calibres spécifiques (4,25 mm), culminant avec le fusil EM-2. Bien que prometteur, l'EM-2 n'a jamais été adopté en raison de la volonté de l'OTAN de standardiser les munitions.
L'EM-2, développé en 1951, était un fusil bullpup chambré en .280 British. Cependant, les Britanniques ont abandonné le programme pour se conformer à la standardisation de l'OTAN. L'Enfield L64 était un autre fusil d'assaut précoce, utilisant un calibre intermédiaire de 4,85 mm. Les Britanniques affectionnaient particulièrement la conception bullpup, qui permet de déplacer l'action de l'arme derrière la détente, résultant en une arme plus compacte.
La famille SA80 : une arme controversée
À la fin des années 1970, l'armée britannique était encore équipée du L1A1, un dérivé du FN FAL. Cependant, le monde entier s'orientait vers des fusils d'assaut plus légers et plus compacts en calibre 5,56 mm. C'est dans ce contexte qu'est née la famille de fusils SA80 (Small Arms 1980).
Le terme SA80 désigne une famille complète d'armes légères, et pas seulement le fusil L85. Ces armes sont dérivées d'un même système, mais utilisent des configurations différentes pour des rôles variés. Les ingénieurs de la Royal Small Arms Factory ont développé la famille de fusils SA80, fortement influencée par l'AR-18. Les modèles initiaux étaient connus sous les noms de L85A1 et L86A1.
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Le L85 est un fusil d'assaut anglais de type bullpup de calibre 5,56 mm OTAN. Le principal avantage de cette disposition est de pouvoir créer une arme compacte tout en montant un canon long qui permet de profiter de toute la puissance des cartouches de très petit calibre. Parmi les inconvénients, on notera surtout l'utilisation ambidextre impossible sans un minimum de démontage, puisque l'ouverture de la culasse se fait au niveau de la joue du tireur.
Les problèmes de fiabilité du L85A1
Presque immédiatement après leur introduction, les fusils SA80 ont connu des problèmes. Le L85A1 a connu son baptême du feu lors de la Guerre du Golfe (Koweït 1990-1991). Le bipied du L86A1 avait tendance à ne pas se verrouiller, à être faible et, d'une manière générale, à ne pas fonctionner. De plus, le plastique fondait lorsqu'il entrait en contact avec l'insecticide et le métal rouillait facilement.
Les L85A1 et L86A1 se sont avérés peu fiables dans le désert. Le L85A1 fonctionnait mieux en mode entièrement automatique, et le L86A1 en mode semi-automatique, ce qui était l'inverse de leur utilisation prévue. Le mobilier en polymère se désagrégeait facilement, et le loquet du couvercle supérieur nécessitait du ruban adhésif pour le maintenir en place. Les armes devaient être maintenues incroyablement propres et pouvaient se déformer si on les saisissait trop fort. L'arme surchauffait rapidement, le percuteur était fragile et se cassait facilement, et la saleté pouvait s'accumuler derrière la gâchette et empêcher de l'actionner.
Un rapport du ministère de la Défense britannique a déclaré que "le SA80 n'a pas fonctionné de manière fiable dans les conditions sablonneuses du combat et de l'entraînement. Les arrêts étaient fréquents malgré les efforts considérables et diligents pour les prévenir. Il est extrêmement difficile d'isoler la cause première de ces arrêts. Il est cependant assez clair que les fantassins n'avaient pas confiance en leurs armes personnelles. La plupart d'entre eux s'attendaient à un arrêt dès le premier chargeur tiré."
Les améliorations apportées par Heckler & Koch
En 2000, le fusil a été confié à Heckler & Koch (HK) pour être réparé. À cette époque, la société britannique BAE Systems était propriétaire de HK. HK s'est attaqué à l'arme et s'est concentré sur la production d'une famille de SA80 plus fiable. Les L85A1 et L86A1 LSW ont subi une quantité extrême de changements. HK a redessiné la poignée d'armement, modifié la culasse, l'extracteur et l'assemblage du marteau.
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Les améliorations apportées par HK ont également permis de créer une variante de carabine avec le développement du L22 Carbine. Ce fusil ultra-court utilisait un canon de 12,5 pouces qui rendait l'arme encore plus courte et plus maniable pour le combat rapproché.
Le programme A3 : une modernisation continue
En 2016, le programme A3 était en cours. Le programme promettait de modifier la famille SA80 en plateformes plus modernes. Le L86A2 serait mis à niveau et quitterait le service militaire. Le programme A3 offrait aux soldats un rail pleine longueur pour les accessoires, et son poids était légèrement réduit. Une finition FDE a également été ajoutée pour améliorer le camouflage dans une multitude d'environnements.
L'avenir du SA80
Pour l'instant, les Britanniques ne semblent pas pressés de remplacer la famille d'armes à feu SA80. Elles continuent de servir dans le monde entier entre les mains des troupes régulières. Il convient de noter que les SAS utilisaient la carabine C8, qui est essentiellement une carabine M4. Pour l'instant, les troupes de la Reine utilisent le L85A2 et le A3.
Bien que le SA80 ait été initialement l'un des pires fusils jamais utilisés, les améliorations constantes ont permis d'en faire une arme fiable et efficace. Pour l'instant, les troupes de la Reine utilisent le L85A2 et le A3.
Comparaison avec d'autres fusils d'assaut
Pour mieux comprendre les performances du SA80, il est utile de le comparer à d'autres fusils d'assaut de la même époque. Une étude comparative a été menée sur plusieurs armes, dont l'AKM, l'AK-74, le M16A1, le HK33, le Valmet M76, le SAR-80, le FAMAS F1, le FNC et le HK G3.
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Cette étude a révélé que le G3, bien qu'étant un fusil d'infanterie automatique de calibre 7,62x51 mm et non un fusil d'assaut, nécessitait une prise en main bien plus ferme que l'AKM. L'exercice avec le G3 n'est pas aussi évident que le laissent paraitre les images, et il est douteux qu'il puisse être reproduit dans le stress d'un combat.
En comparaison, le M16A1 est plus facile à maîtriser que le G3, mais il demande cependant une certaine préhension pour éviter un relèvement excessif. Le SAR-80, avec son mécanisme proche de l'AR-18, offre une alternative intéressante au M16A1.
Le projet Grayburn : un éventuel remplacement du SA80
Comme la France et l'Allemagne, qui ont respectivement remplacé les FAMAS et les G36 par des HK416, le Royaume-Uni s'apprête à renouveler les fusils d'assaut SA80 L85 de la British Army, dans le cadre d'un vaste programme appelé Grayburn.
Autres fusils anglais notables
Outre la famille SA80, d'autres fusils anglais ont marqué l'histoire, notamment le Lee-Enfield et le PM Sten.
Le Lee-Enfield
Le Lee-Enfield est le fusil réglementaire de l'infanterie britannique et d'autres nations du Commonwealth pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Même s'il est officiellement remplacé au Royaume-Uni par le L1A1 en 1957, il reste en service courant dans l'armée britannique jusqu'au milieu des années 1960. La version tireur d'élite L42 en 7,62 mm reste en service jusque dans les années 1990.
Le Lee-Enfield tient son nom du concepteur du système de culasse (James Paris Lee) et de l'usine dans laquelle il a été conçu, l'Arsenal royal d'Enfield à Enfield. Le Lee-Enfield est dérivé du fusil Lee-Metford qui l'a précédé, un fusil à poudre noire mécaniquement identique qui combine le système de culasse à verrou conçu par James Paris Lee avec un canon rayé conçu par William Ellis Metford.
La rapidité de mise en œuvre du système de verrou Lee et les dix coups contenus dans le chargeur permettent à un fantassin bien entraîné de tirer 20 à 30 coups en cible en 60 secondes, ce qui lui vaut le surnom de "mad minute" (minute de folie). Le Lee-Enfield devient de ce fait le fusil à verrou le plus rapide de l'époque.
Le PM Sten
Le PM Sten fut une des armes le moins raffinées fournies à l'armée Britannique. Dérivé d'un modèle tchèque, cette arme est entrée en service dans l'Armée Britannique en 1937. Elle fut utilisée pendant la seconde guerre mondiale et servi à armer l'armée Britannique, mais également les mouvements de résistance.
Les armes et le développement des empires européens
Le rôle des armes et technologies militaires dans le développement des empires européens constitue un sujet d’étude consacré à la fin des années 1980 par les travaux de l’historien Geoffrey Parker. Selon lui, l’amélioration des capacités de tir au canon sur mer, l’apparition du mousquet et d’une artillerie de campagne plus efficace, et la construction de forteresses entre 1500 et 1800 avaient été à l’origine d’une véritable « révolution militaire ». C’est cette « révolution » qui aurait donné aux Européens les moyens de la conquête impériale.
La production d’armes s’accroît ensuite dans le contexte des guerres qui opposent les Européens entre eux, telles que la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), la guerre de Sept Ans (1756-1763), la guerre d’indépendance en Amérique du Nord (1775-1783) et les guerres napoléoniennes (1803-1815). Pour les Britanniques, les enjeux de ces conflits sont surtout liés à la conservation ou l’agrandissement du domaine colonial. La production d’armes est vue comme nécessaire à la protection des intérêts britanniques.
Dans les colonies d’Afrique de l’Ouest, où les armes à feu exportées sont souvent de qualité moindre, les armes ne jouent pas qu’un rôle guerrier : ce sont des objets cérémoniaux, des emblèmes de pouvoir et une monnaie d’échange, notamment pour acheter des esclaves. Ce processus n’est pas sans conséquence sur le développement des États africains : « L’augmentation des expéditions européennes de fusils a été corrélée à l’augmentation des exportations d’esclaves après 1750. Le rassemblement d’esclaves a provoqué la montée d’« États esclavagistes » hautement militarisés ».
En métropole, l’image sociale de l’arme à feu est très différente. Elle est associée à l’idée d’auto-défense et de refus de la violence : l’arme à feu permet à l’individu de rester à distance de ce qu’il appréhende comme une menace. La violence de l’arme à feu est perçue comme impersonnelle et ce d’autant plus que le manque de précision des armes à feu rend difficile d’atteindre la personne visée.
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