La saga Chapuis Armes est celle d'une famille ancrée dans le savoir-faire armurier depuis le début du 20ème siècle. Impliquée dans toutes les étapes de la fabrication, Chapuis Armes a su acquérir une expertise et une technicité qui lui permettent de produire des armes de haute qualité. L'entreprise allie tradition artisanale et innovation technologique, perpétuant ainsi un patrimoine forézien tout en se tournant vers l'avenir.
Les Racines Familiales : Un Atelier d'Artisan à Saint-Étienne
C'est à la fin du XIXe siècle que l'on retrouve la première génération de Chapuis travaillant dans l'armurerie. À cette époque, les armuriers de Saint-Étienne recherchent des artisans capables de fournir des composants mécaniques de haute précision. Jean-Louis Chapuis, né en juillet 1899, est le premier du nom à créer son propre atelier. Ses fils le rejoignent, et ensemble, ils commencent à fabriquer des armes complètes tout en continuant à sous-traiter pour des fabricants stéphanois.
Vincent Chapuis, président de l'entreprise créée par son grand-père dans les années 1930, témoigne de cette tradition : « La vieille tradition de la fabrication serrurière de la ville a laissé la place au XXe siècle à celle de l'armurerie. »
Maîtrise de la Fabrication : Acquisitions et Modernisation
Soucieux de maîtriser toutes les étapes de la chaîne de fabrication, Chapuis Armes a réalisé des acquisitions stratégiques au fil du temps. En 1968, l'entreprise rachète Chataing-Durand, spécialiste de la mécanisation des bascules, renforçant ainsi son autonomie. Les années 1980 sont marquées par le rachat de la société Gaucher, créant le groupe Chapuis-Gaucher.
Entre 2019 et 2024, Chapuis Armes a conduit un vaste programme d’investissement industriel pour moderniser en profondeur son outil de production. Ces investissements stratégiques ont permis de renforcer la précision des opérations, de gagner en réactivité, d’améliorer l’ergonomie des postes de travail et d’élargir nos capacités de production.
Lire aussi: Meilleur fusil semi-automatique
Aujourd'hui, Chapuis Armes dispose de moyens de calcul et de conception de pointe, ainsi que d'un parc important de centres d'usinage. La conception est assurée par le bureau d'études grâce au logiciel SolidWorks, mis en place par Mhac Technologie. Le canon rayé, par exemple, est réalisé sur une machine hors normes capable de marteler à froid avec une pression de 700 tonnes. Même certaines pièces très spéciales sont désormais usinées.
Innovations et Modèles Emblématiques
Chapuis Armes est reconnue pour sa capacité à innover et à proposer des armes performantes et esthétiques. La première carabine à verrou voit le jour en 1980, il s’agit du « Centaure ». En 2006, l'entreprise introduit une nouvelle technologie de gravure laser, permettant des finitions de haute précision dès les premiers modèles de la gamme. Le lancement de la carabine ROLS marque une innovation majeure dans le domaine des armes de chasse. En 2024, Chapuis Armes franchit un nouveau cap avec le lancement de la ROLS.2, évolution naturelle de sa carabine à réarmement linéaire emblématique.
L'entreprise prépare depuis deux ans de nouveaux concepts d'armes, plus compactes, plus légères, plus maniables.
L'Art de la Gravure : Un Savoir-Faire d'Exception
La gravure sur armes est un art qui requiert une grande maîtrise technique et un sens artistique aigu. Chapuis Armes perpétue cette tradition en proposant des armes aux finitions soignées et personnalisées. Les techniques de gravure sur armes de chasse incluent la taille douce, le fond creux, la ciselure et l’incrustation. La taille douce produit des traits fins et subtils, tandis que le fond creux permet de faire ressortir le motif en relief. La ciselure et l’incrustation, souvent en métaux précieux comme l’or ou l’argent, ajoutent une dimension de luxe et de sophistication aux armes.
Parmi les techniques utilisées, on retrouve :
Lire aussi: Premier Ergal Extracteur : Test et Performance
- La taille-douce : C’est une gravure peu profonde qui consiste à entailler superficiellement la surface pour créer des dessins et des effets d’ombre et de perspective.
- Le bulino : C’est une technique de gravure pointilliste, inventée en Italie dans la seconde moitié du XXe siècle.
Ces techniques peuvent être utilisées seules ou combinées pour créer des styles uniques, comme le mélange des styles anglais traditionnel et américain contemporain. Il concilie art et mécanique de haute précision.
L'Ancrage Stéphanois : Un Patrimoine Industriel
Implanté dans un bassin historiquement réputé pour ses fabriques d’armes, Chapuis Armes perdure et participe au maintien de ce patrimoine forézien. La région stéphanoise a une longue tradition armurière, comme le souligne Maurice Forissier, historien et muséologue de l'arme : « L'histoire économique offre peu d'exemple d'industries qui, localisées à leurs débuts dans une région plus ou moins restreinte, s'y soient affermies avec le temps, qui, s'y perfectionnant toujours, n'aient ni émigré ni essaimé vers d'autres provinces et, au bout de plus de vingt siècles, s'y trouvent encore solidement établies dans leur berceau originel, sans rivales sur le territoire national. »
Cependant, la récession économique a entraîné la fermeture de nombreuses maisons et la reconversion de cette industrie vers une fabrication de qualité. De 250 fabricants locaux en 1950, Maurice Forissier cite une trentaine d'armuriers, fabricants, réparateurs, revendeurs et distributeurs, tous confondus en 1998 sur la région stéphanoise.
L'ouvrage de Maurice Forissier dresse la liste de toutes les entreprises qui ont fabriqué des armes de chasse, les manufactures et grands établissements, Mimard et Blachon bien sûr, mais beaucoup d'autres encore: Berger, Bergeron, Darne, Berthon Frères, Peugeot… Il revient avec tendresse sur tous les "compagnons et membres de la chaine artisanale" qu'il a connu et dont beaucoup se sont éteints. " On parle toujours de Manufrance mais la somme de tous ces petits artisans était bien plus importante que le personnel de Manufrance ", rappelle l'auteur, qui ajoute que "même à l'ère de l'industrialisation, l'armurerie s'est toujours nourrie de l'artisinat et de la tradition, d'où les grandes dynasties… Demas, par exemple, est un pur produit de l'artisanat, "industrialisé" par Verney-Carron…
Le Quartier des Armuriers : Un Témoignage Discret
Le quartier des armuriers à Saint-Étienne conserve des traces discrètes de son passé industriel. Si la mine conserve à Saint-Étienne, grâce à un chevalement et deux mamelles, des signes encore gigantesques de sa gloire passée, le souvenir des anciens petits ateliers d'armuriers, voire même du commerce de l'arme, est beaucoup plus ténu, caché dans les arrières cours, invisible même pour les autres, à l'oeil du passant qui n'est pas averti.
Lire aussi: Fusil de ball-trap idéal : guide d'occasion
En réalité, deux rues seulement de ce quartier des Armuriers portent le nom d'armuriers: la rue Bouillet et la rue Jean-Claude Tissot. Jean-Baptiste Bouillet, à la demande de Louis XV, réalisa pour le dey d'Alger une arquebuse que le roi de France préféra garder pour lui. Quant à Jean-Claude Tissot (1811-1899), il fut un graveur sur armes de grand talent.
Le témoin le plus probant se trouve dans la petite rue Henri Barbusse. Au n°21, au dessus de la porte, une belle sculpture en relief signée Joseph Lamberton marque l'emplacement des anciens ateliers Zavaterro, fondés en 1880 et qui fermèrent leurs portes, comme beaucoup d'autres ( Courtial, Charlin…) dans les années 1960 après avoir essaimé à Saint-Bonnet le Château. Un armurier, Mr Gaillard, aurait servi de modèle à l'artiste.
C'est en vain que nous avons cherché des enseignes et des plaques marquées d'une quelconque allusion à la fabrication d'armes, à l'exception d'une survivante, noircie, dont l'inscription vit ses dernières heures. On devine à peine les mots "armes" et "réparation". Elle se trouve rue de la Mulatière, à l'approche du Boulevard de Valbenoîte. La rue de la Mulatière, écrit Maurice Forissier, regroupa pourtant autrefois le plus grand nombre d'ateliers. Elle abrita notamment les ateliers de Jean-Baptiste Momey, M.O.F., et de Louis Chauve.
Chapuis Armes Aujourd'hui : Entre Tradition et Modernité
Aujourd'hui, Chapuis Armes continue de prospérer en alliant savoir-faire traditionnel et technologies de pointe. L'entreprise fabrique environ 2 000 armes sur commande pour les détaillants, allant des fusils à canon rayé (le premier prix est à 3 500 euros) pour le gros gibier aux fusils à canon lisse (à partir de 2 500 euros) pour les animaux de petite taille.
Dans l'atelier, les graveurs et les ébénistes disputent leur savoir-faire à celui des usineurs. Chapuis Armes est un exemple de réussite industrielle qui a su préserver son identité et son ancrage territorial tout en se modernisant pour répondre aux exigences du marché.
tags: #fusil #chapuis #artisan #histoire
