L'entreprise stéphanoise Verney-Carron, fleuron de l'industrie armurière française depuis 1820, a connu des moments difficiles, mais elle semble aujourd'hui bénéficier d'un regain d'intérêt stratégique de la part de l'État français. Récemment sauvée par le groupe Cybergun, Verney-Carron, dernier des Mohicans de l’industrie des armes ligérienne, pourrait profiter d'une prise de conscience gouvernementale quant à l'importance de soutenir la production nationale d'armes de petit calibre.
Un Changement de Paradigme Stratégique
Pendant des années, Jean et Guillaume Verney-Carron, derniers dirigeants familiaux de l'entreprise, ont alerté sur l'érosion de la souveraineté française en matière de production d'armes. Cette capacité nationale à équiper l’Armée et les forces de l’ordre avec des armes produites en France était en péril. La situation internationale a mis en évidence la nécessité pour la France de pouvoir compter sur une production nationale d'armes de petit calibre, comprenant des pistolets et des fusils d'assaut, pour équiper d'éventuelles "masses" mobilisables.
Ce changement de paradigme a été souligné par le député Thomas Gassilloud (Renaissance), président de la commission de la Défense nationale et des Forces armées à l'Assemblée nationale, lors d'une visite des ateliers de Verney-Carron. Il a exposé la volonté de l'État de donner à l'armement stéphanois de sérieuses perspectives de débouchés via la commande publique. Gassilloud prévoit de travailler sur la loi de programmation militaire 2024-2030, qui pourrait inclure des mesures de soutien à l'industrie armurière nationale.
La Reprise par Cybergun : Un Nouveau Départ ?
La reprise de Verney-Carron par le groupe français Cybergun, spécialisé dans les répliques d'armes airsoft, a été finalisée en juin. Malgré les difficultés passées, Jean et Guillaume Verney-Carron expriment leur satisfaction de voir l'entreprise familiale perdurer, préservant ainsi son savoir-faire et les emplois de 70 collaborateurs. Cybergun annonce un nouveau site de production d’ici un an pour Verney-Carron, toujours à Saint-Etienne où la société a été créée en 1820.
Hugo Brugière, PDG de Cybergun, avait étudié, dès l’automne 2021, le projet de reprise (concrétisé en juin) annoncé dix jours après mais sur la table deux semaines avant l’éclatement du conflit en Ukraine, de l’emblème et du savoir-faire que représente Verney-Carron.
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Cybergun ne vient pas avec les mains vides mais un plan d’investissement de 20 M€ dont 5 M€ ont déjà été consommés, pour éponger les dettes et recréer du stock. L’objectif est d’atteindre 21 M€ de chiffre d’affaires en 2025 pour 100 000 armes produites par an à 80 % dans la défense/sécurité. Pour créer cette nouvelle usine - 10 000 m2 de surface de production à construire - « nous resterons à Saint-Etienne que nous privilégions, sinon, au pire dans l’agglomération, c’est sûr et certain », promet Hugo Brugière. Actuellement 70 % du CA et 70 % de la production - jusqu’à 10 000 armes par an - sont réalisés par les armes de chasse.
Les Défis à Relever
Malgré ces perspectives encourageantes, des défis importants persistent. La CGT Loire a exprimé son amertume face à la situation, rappelant la fermeture de la Manufacture d'armes de Saint-Etienne (MAS) en 2000 et les luttes des "Manuchards" pour maintenir la souveraineté française dans le domaine des armes de petit calibre. Le syndicat s'interroge sur la réalité des marchés à venir et critique les décisions passées qui ont conduit à la privatisation du GIAT (Groupement Industriel des Armements Terrestres) et à la fermeture de la MAS.
Thomas Gassilloud, tout en reconnaissant l'erreur d'analyse de l'État, ne se dit pas favorable à une nationalisation de l'industrie armurière, estimant que l'État ne serait pas nécessairement plus efficace dans le contexte actuel.
La Question des Marchés Publics
Verney-Carron a rencontré des difficultés pour obtenir des marchés publics, notamment en raison de critères financiers restrictifs. En 2014, l'entreprise avait été exclue de l'appel d'offres pour le remplacement du FAMAS en raison d'un chiffre d'affaires insuffisant. Bien que les règles de l'UE sur la libre concurrence des marchés publics soient dérogatoires dans le domaine de la Défense, Verney-Carron a souvent été confrontée à la concurrence d'entreprises étrangères, notamment belges, qui proposaient des prix plus compétitifs.
Hugo Brugière souligne que, dans les appels d'offres, le prix représente 70 % de la décision, tandis que la qualité n'en représente que 30 %. Il affirme que Verney-Carron a été jugée supérieure aux concurrents belges en termes de qualité, mais que le prix reste un facteur déterminant.
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Le Contrat Ukrainien Manqué
En novembre 2023, Verney-Carron avait annoncé un contrat-cadre historique de 36 millions d'euros pour livrer 12 000 fusils et 400 lance-grenades aux forces ukrainiennes. Cependant, ce contrat est conditionné à l'obtention d'un financement qui n'est finalement pas venu, ni de France ni d'Ukraine. Hugo Brugière craint même l'annulation du contrat, évoquant un manque de soutien de la DGA (Direction générale de l'armement).
La DGA a réagi vivement à cette annonce, reprochant à Cybergun une communication prématurée et des méthodes jugées inacceptables. Elle souligne également que Verney-Carron doit encore prouver sa compétitivité sur le marché des armes de petit calibre.
Les Perspectives d'Avenir
Malgré ces obstacles, Verney-Carron nourrit de grandes ambitions pour l'avenir. L'entreprise espère bénéficier de la volonté de l'État de renouveler son armement et d'augmenter le nombre de réservistes. Thomas Gassilloud a souligné la nécessité de remplacer les FAMAS et d'équiper une mobilisation plus large.
Cybergun prévoit d'investir 20 millions d'euros dans Verney-Carron, dont 5 millions ont déjà été utilisés pour éponger les dettes et reconstituer les stocks. L'objectif est d'atteindre un chiffre d'affaires de 21 millions d'euros en 2025, avec une production de 100 000 armes par an, dont 80 % destinées à la défense et à la sécurité.
Pour atteindre ces objectifs, Verney-Carron prévoit de construire une nouvelle usine de 10 000 m2 à Saint-Étienne ou dans son agglomération. L'entreprise recrute également du personnel, mais rencontre des difficultés à pourvoir les 15 postes actuellement ouverts.
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L'Image de Marque et les Controverses
Verney-Carron a également été confrontée à des controverses liées à son image de marque. En 2017, l'entreprise avait noué un partenariat avec une équipe de chasseurs néofascistes, qui utilisaient des symboles nazis et affichaient des opinions politiques extrémistes. Bien que Verney-Carron ait mis fin à ce partenariat en 2021, l'affaire a suscité une certaine gêne et a soulevé des questions sur les valeurs de l'entreprise.
La Gamme de Produits
Outre les armes de défense, Verney-Carron est réputée pour ses fusils de chasse haut de gamme, qui représentent actuellement 70 % de son chiffre d'affaires. L'entreprise a lancé la marque "Lebel", en référence au fusil qui équipait l'armée française durant la Première Guerre mondiale, pour distinguer sa production d'armes de chasse de celle destinée au maintien de l'ordre et à la Défense.
Parmi ses produits phares, on trouve la carabine Impact NT, une arme innovante pour la chasse au grand gibier, ainsi que le fusil d'assaut VCD 15, qui a déjà été utilisé en opération.
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