Le Fusil de Chasse Stéphanois : Histoire et Fabrication

Saint-Étienne, ville emblématique de l'armurerie française depuis le XVe siècle, a vu naître une multitude de fusils de chasse, parmi lesquels les modèles juxtaposés en calibre 16 occupent une place de choix. Cet article explore l'histoire et la fabrication de ces fusils emblématiques, en particulier ceux produits par la Manufacture d'Armes et Cycles de Saint-Étienne (Manufrance), tout en retraçant l'épopée industrielle de la ville.

Saint-Étienne : Berceau de l'Armurerie Française

Dès le XVe siècle, sous l'impulsion de François Ier qui chargea ses ingénieurs d'organiser la fabrication d'armes à feu, Saint-Étienne s'est affirmée comme le cœur de l'armurerie française. La ville bénéficiait de la présence de toutes les matières premières nécessaires à la fabrication des armes : bois, charbon de bois, fer, acier et houille. En 1950, on recensait jusqu'à 250 fabricants locaux. Saint-Étienne conserve aujourd'hui les traces de cette histoire industrielle, notamment à travers ses anciens ateliers et les noms de ses rues.

La Manufacture d'Armes de Saint-Étienne (MAS), créée en 1864 et devenue un établissement d'État en 1874, a joué un rôle central dans l'approvisionnement de l'armée française en matériel militaire. C'est dans cette usine que furent inventés le "fusil idéal" et la carabine mono-coup "Buffalo".

Le Banc d'Épreuve de Saint-Étienne : Gardien de la Qualité

L'histoire du Banc d'Épreuve de Saint-Étienne remonte au XVIIe siècle, avec la fabrication des armes de guerre confiée par le pouvoir royal aux artisans stéphanois. En 1665, Louis XIV créa un magasin royal des armes à la Bastille, chargé d'assurer l'approvisionnement des armées royales. Les entrepreneurs stéphanois, accrédités pour livrer à ce magasin, devaient garantir la qualité des armes qu'ils expédiaient à Paris.

L'épreuve des armes devint obligatoire au fil du temps, et en 1743, l'existence d'un Banc d'Épreuve installé par Pierre Girard est attestée. En 1782, un arrêt du conseil d'état du roi officialisa la séparation entre l'épreuve des armes de guerre et celle des armes de chasse, dites bourgeoises.

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Aujourd'hui, le Banc d'Épreuve de Saint-Étienne est le seul en France.

Les Fusils de Chasse Stéphanois : Un Héritage de Savoir-Faire

Parmi les nombreux fusils de chasse produits à Saint-Étienne, les modèles juxtaposés en calibre 16 se distinguent par leur équilibre, leur maniabilité et leur fiabilité. Le fusil de chasse signé Brun-Latrige Rey successeur à Saint-Étienne en calibre 16/65 centrale en est un exemple emblématique, avec ses canons juxtaposés de 70 cm et sa crosse en noyer.

Le Fusil « Idéal » : L'Élégance et la Sécurité

Le fusil « Idéal » à pontet à lunettes, dont le brevet fut déposé en 1887, est une arme raffinée et d'un fonctionnement sûr qui contribua au succès commercial de Manufrance. Conçu pour une clientèle aisée, ce fusil se distinguait par sa finesse et son élégance. Sa commercialisation cessa en 1909.

Le Fusil « Robust » : La Solidité à l'Épreuve du Temps

Commercialisé à partir de 1913, le fusil « Robust » est un fusil juxtaposé moins luxueux que l'Idéal, mais d'une solidité à toute épreuve. Sa robustesse et son prix accessible en firent une arme extrêmement populaire. Son mécanisme remarquable fit l'objet d'un premier brevet accordé en 1905. Le fusil juxtaposé Robust de Manufrance illustre à lui seul l'âge d'or de la chasse en France. Plus d'un siècle après sa sortie, ce fusil reste très connu, malgré le désintérêt des jeunes générations pour l'arme juxtaposée.

Le fusil Robust, conçu et commercialisé par Manufrance, est considéré comme l'arme juxtaposée la plus populaire parmi les chasseurs de petit gibier des années 1960-1970 en France. Sa mécanique inusable intégrée au corps de la bascule, son triple verrouillage, et sa bretelle qui s'enroule dans la crosse (une innovation de 1949) en font une arme simple, solide et fiable. À sa sortie, ce fusil représentait une révolution, car de nombreux chasseurs étaient encore équipés de fusils à chiens extérieurs tirant des cartouches à broches remplies de poudre noire. Près de 800 000 fusils de ce type furent vendus jusque dans les années 1970, certains sous la marque « Colt » aux États-Unis. Son prix abordable le rendit accessible aux chasseurs dits « populaires ».

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Le fusil Robust équipa également l'armée française pour l'entraînement au tir, ainsi que les résistants pendant la Seconde Guerre mondiale et les combattants des deux bords durant la guerre d'Algérie.

Autres Modèles

D'autres fusils de chasse furent également produits par Manufrance, tels que le fusil de chasse « Simplex » (à un coup), le fusil superposé « Falcor », le fusil semi-automatique « Perfex » et le fusil à répétition commandée « Rapid ».

Manufacture Militaire et Civile : Deux Entités Distinctes

Il est important de distinguer la Manufacture d'Armes de St Etienne (fabrication d'armes militaires) de la Manufacture d'armes et de cycles de St Etienne (Manufrance), entreprise privée fabriquant des armes de chasse. Toutefois, il existait également des armuriers privés dans la région de St Etienne qui fabriquaient ou commercialisaient des armes de chasse.

Après la Libération, les manufactures d'État lancèrent des fabrications à destination des chasseurs, tant en armes lisses qu'en armes rayées. Les armes lisses de calibre 12 ou 16 furent fabriquées à la MAS, la MAC et la MAT. Les armes rayées à la MAS, en calibres 7x57, 8x60S et 10,75x68, sur la base de mécanismes du MAS36.

Conseils pour les Collectionneurs

Pour les collectionneurs de fusils anciens, il est essentiel de pouvoir différencier les armes d’épaule d’avant ou après 1900. La principale caractéristique des fusils à chien est bien la date de leur modèle.

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Saint-Étienne Aujourd'hui : Entre Tradition et Innovation

Si les grands noms de l'armurerie française ont, pour la plupart, disparu, Saint-Étienne conserve un savoir-faire unique. La maison Verney-Carron, qui fête ses 200 ans, est l'une des dernières manufactures de taille à Saint-Étienne. Elle maintient un très haut niveau de qualité pour les armes de chasse produites dans ses ateliers et cherche à s'implanter dans le domaine des armes de petit calibre à usage militaire.

Saint-Étienne abrite également des ateliers plus petits, spécialisés dans les armes de luxe, comme celui de Richard Lévy, qui réalise les fameux fusils de chasse à platines Granger.

La ville possède également le seul lycée des métiers de l'armurerie, le lycée Benoit Fourneyron, qui forme ses élèves au CAP, au Bac professionnel armurier et au brevet des métiers d'art.

La Manufacture d'Armes de Saint-Étienne : Un Patrimoine en Mutation

La Manufacture d'Armes de Saint-Étienne (MAS), témoin de l'histoire industrielle de la ville, a connu de nombreuses transformations. Après avoir été le fleuron de l'armement en France, elle a été reprise par Giat Industries en 1971, qui y lança le fusil d'assaut Famas, la "kalachnikov française".

Aujourd'hui, la mairie de Saint-Étienne a décidé de convertir la cité industrielle en une cité du design, un projet ambitieux qui a du mal à décoller.

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