Le Fusil de Jean Chastel et l'Histoire de la Bête du Gévaudan

L'histoire du fusil de Jean Chastel est inextricablement liée à la légende de la Bête du Gévaudan, un mystère qui continue de hanter les terres de Lozère et d'Ardèche plus de 250 ans après les faits. Jean Chastel, un homme du peuple, est entré dans l'histoire en tant que celui qui a mis fin à la terreur qui régnait sur le Gévaudan.

Jean Chastel : Un Homme Ordinaire Face à un Fléau Extraordinaire

Fils d'agriculteur, Jean Chastel menait une vie simple. Le 22 février 1735, il épousa Anne Charbonnier. Il exerçait la profession de cabaretier dans son village, tout en étant connu comme chasseur professionnel, mais aussi, selon certaines sources, comme braconnier. Rien ne le prédestinait à devenir un héros.

Le Contexte Historique : La Terreur en Gévaudan

C'est sous le règne de Louis XV, dans les terres reculées du Gévaudan (correspondant aux départements actuels de la Lozère et de l'Ardèche), qu'une série d'attaques effroyables commença à semer la panique. Dès 1763, des faits similaires étaient signalés dans le Dauphiné. Mais c'est à partir de juin 1764 que la "bête féroce", comme la désignaient les registres, fit ses premières victimes dans le Gévaudan. Jeanne Boulet, une jeune femme de 14 ans, fut tuée à Saint-Étienne-de-Lugdarès le 30 juin. L'acte de sépulture mentionne clairement qu'elle a été tuée par "la bête féroce", témoignant de la terreur qui s'était déjà installée.

Les attaques se multiplièrent, ciblant principalement des femmes et des enfants gardant les troupeaux. Le nombre de victimes varie selon les études, oscillant entre 80 et 100 morts, et jusqu'à 200 attaques, voire plus. La peur paralysait la région.

La Chasse à la Bête : Un Effort National

Face à l'ampleur du phénomène, des battues furent organisées dès les premières attaques par Étienne Lafont et des chasseurs près de Langogne, mais elles s'avérèrent rapidement insuffisantes. Le régiment de Clermont-Prince du capitaine Duhamel fut envoyé en traque dès le 15 septembre, avec l'aide de paysans, mais sans succès. Les États de Languedoc se réunirent le 15 décembre et promirent une récompense de 2 000 livres à celui qui tuerait la bête.

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L'affaire prit une telle ampleur qu'elle dépassa les frontières du Gévaudan et devint une affaire d'État. Un conseiller du roi envoya Jean d'Enneval, le meilleur chasseur de loups du royaume, venu de Normandie, qui avait déjà tué plus de 1 200 loups. En avril 1765, l'histoire se répandit dans tout le royaume et en Europe.

Sur ordre du roi de France, le porte-arquebuse François Antoine fut missionné en juin pour chasser ce qu'il affirmait être un grand loup. Le 20 septembre 1765, François Antoine tira sur un grand loup près de Saint-Julien-des-Chazes. Un garde acheva le prédateur. François Antoine fut officiellement reconnu comme celui qui avait tué la Bête du Gévaudan.

Cependant, la terreur ne prit pas fin pour autant.

Le Coup de Fusil Libérateur de Jean Chastel

Alors que le calme semblait être revenu, de nouvelles attaques furent recensées dès la fin de l'année 1765 dans la même zone de l'Aubrac. Louis XV, las de cette affaire, ne voulait plus en entendre parler.

Les attaques continuèrent en 1766. C'est dans ce contexte que Jean Chastel participa à une nouvelle chasse organisée par le marquis d'Apcher, le 19 juin 1767, sur les flancs du Mont Mouchet. Il parvint à abattre un animal ressemblant à un loup au lieu dit « La Sogne d’Auvers » à proximité de la forêt de la Ténazeyre paroisse de Nozeyrolles (Auvers actuellement). Selon le récit, Chastel eut le temps de faire une prière, de plier ses lunettes, de les mettre dans sa poche, de se signer, d'épauler son fusil et de faire feu. Il aurait alors prononcé la phrase restée célèbre : « Bête, tu n'en mangeras plus ! »

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Dès lors, plus aucune attaque ne fut perpétrée dans la région. Jean Chastel fut considéré comme un héros régional, celui qui avait sauvé le pays du fléau de Dieu. Les douze hommes qui accompagnaient le marquis furent récompensés de 600 livres par Étienne Lafont.

Le Fusil de Jean Chastel : Un Objet de Légende

Le fusil utilisé par Jean Chastel est devenu un objet de légende, chargé d'histoire et de mystère. Le Marquis d'Apcher acheta le fusil de Chastel peu après l'événement. Selon un certificat établi par Joseph Plantin, maire de Saint Julien des Chazes, pour l'abbé Pourcher le 4 décembre 1888, le marquis aurait offert une somme d'argent à Chastel pour qu'il puisse se glorifier de l'honneur d'avoir tué la Bête. L'affaire aurait échoué, car elle ne s'est pas passée en secret et s'est dévoilée.

Par la suite, le fusil passa entre plusieurs mains. Pierre Duffau, de Vereugues, commune de saint Julien des Chazes, l'acquit directement à la déchéance du seigneur d'Apcher. François Duffaud, petit-fils de Pierre, hérita du fusil. Finalement, un poseur de voies au P.L.M., Mouton de Saint Julien des Chazes, acheta l'arme pour le compte de l'abbé Pourcher début décembre 1888 pour la somme de 22,50 francs. L'Abbé Pourcher prit possession du fusil le 8 décembre 1888.

Description du Fusil

Le fusil est décrit comme ayant des "canons en trois pièces d'inégale longueur". Cependant, il est précisé que les deux canons juxtaposés sont d'égale longueur. Des inscriptions sont gravées sur les platines : à gauche, on peut lire "à Saugues" de manière lisible, tandis qu'à droite, l'inscription est difficile à déchiffrer. L'abbé Pourcher avait imaginé pouvoir lire « Bymanet Louis », mais cela demande beaucoup d'imagination. Le « L » majuscule pourrait signifier Louis, Lucien, Léon ou Laurent. On note également la présence de "roses avec feuilles sur le pontet, et les platines". La plaque métallique de talon de crosse mesure 10 cm de long sur le dessus et 11 cm en verticale.

Particularités de l'Arme

L'examen du fusil révèle plusieurs particularités intéressantes. Le dispositif de fixation du pontet à l'arme est particulièrement beau et légèrement plus long du côté de la crosse que du côté du canon. De plus, il est évident que le fusil a subi un accident, probablement lors d'une action de chasse. La crosse a été brisée au niveau de la poignée, dans le sens longitudinal, ce qui explique la présence de deux anneaux de renforcement. Les canons ont également fait l'objet d'une intervention, comme en témoigne une soudure à 37 cm du haut du bout actuel, indiquant qu'ils ont été rallongés.

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La Bête du Gévaudan : Loup, Hyène ou Chien Ensauvagé ?

La nature exacte de la Bête du Gévaudan reste un mystère. Plusieurs théories s'affrontent :

  • Le loup : La thèse la plus répandue est celle d'un loup de taille exceptionnelle, voire d'un loup enragé.
  • Le chien ensauvagé : Certains évoquent la possibilité de chiens ensauvagés, plus nombreux à l'époque.
  • L'hyène : Le rapport Marin affirme que l’animal tué par Jean Chastel n’était pas un loup : « Plusieurs chasseurs et beaucoup de personnes connaisseuses nous ont effectivement fait remarquer que cet animal n’a des ressemblances avec un loup que par la queue et le derrière… ». Les descriptions de l'animal, notamment la présence d'une crinière et de taches, évoquent une hyène. De plus, il faut savoir que des hyènes capturées très jeunes peuvent s’apprivoiser et se comporter comme un chien domestique
  • Un hybride : Geneviève Carbone, ethnozoologue, suggère un hybride de loup et d'ours, avec une gueule de lion et une queue de léopard.
  • Un homme : D'autres théories, plus marginales, évoquent un homme cannibale déguisé en bête, ou un complot impliquant des notables locaux. Certains accusent le comte de Morangiès, ou avancent un drame familial autour du frère de Jean Chastel.

Le rapport Marin décrit l'animal abattu par Chastel comme ayant des yeux dotés d'une membrane singulière, une grande gueule, des dents incisives semblables à celles d'un chien, un col large garni d'un poil rude, et des jambes de devant plus courtes que celles de derrière. L'animal avait sur la poitrine une grande tache blanche ayant la forme parfaite d’un coeur.

Le Gévaudan Aujourd'hui : Sur les Traces de la Bête

Aujourd'hui, le Gévaudan est marqué par la légende de la Bête. À Saugues, le Musée fantastique de la Bête raconte l'histoire à travers une vingtaine de scènes. À Auvers, la Maison de la Bête propose des expositions en été. Le Parc à loups du Gévaudan, à Saint-Léger-de-Peyre, permet d'observer des loups et de s'interroger sur la nature de la Bête. Des statues représentant la Bête menaçant une jeune femme sont présentes au Malzieu. Le scénovision de Saint-Alban-sur-Limagnole propose une reconstitution de l'époque.

La stèle de Jean Chastel à La Besseyre-Saint-Mary témoigne de la reconnaissance envers celui qui a mis fin à la terreur. Cependant, l'affaire reste controversée, et les enquêtes se poursuivent autour du célèbre mystère.

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