Le Fusil Fantasia Marocain : Histoire, Tradition et Art Équestre

Le Maroc, terre de traditions ancestrales, possède un riche héritage en matière d'armement artisanal, transmis de génération en génération dans les montagnes de l'Atlas et les souks animés de Marrakech. Parmi les symboles les plus emblématiques de ce patrimoine figure le fusil fantasia, inextricablement lié à la Tbourida, un art équestre spectaculaire. Cet article explore l'histoire, les traditions et les aspects culturels de cet art équestre marocain unique.

L'Armement Artisanal Marocain : Un Héritage Ancestral

Le Maroc possède une riche tradition en matière d’armement artisanal. Des montagnes de l’Atlas aux souks de Marrakech, l’art de la forge y est transmis de génération en génération. Parmi les armes les plus emblématiques du Maroc, on retrouve le koummya, ce poignard courbé à la lame large, souvent finement décoré. Sa garde est parfois en argent ciselé, incrustée de corail ou de pierres semi-précieuses. Outre les poignards, les sabres marocains, influencés par les traditions arabes et berbères, possèdent des montures souvent gravées et des fourreaux décorés. Les forgerons marocains perpétuent encore aujourd’hui cet artisanat, que ce soit pour l’usage cérémoniel, la reconstitution historique ou les collectionneurs.

Le Cheval Barbe : Un Partenaire Essentiel

Le cheval Barbe est une des plus anciennes races au monde puisque l’on trouve des traces de son existence jusqu’à 4000 ans av JC. Au temps des Romains, les empereurs demandés d’aller chercher les guerriers et leurs chevaux au royaume de Carthage, afin de grossir les rangs de leur armée, dans le but d’envahir la Gaules et l’Europe. A l'époque romaine les empereurs envoyaient chercher au royaume de Carthage ces fameux. La robustesse, l'endurance et la rusticité de ce cheval auquel s’ajoute une faculté exceptionnelle d'assimilation et de compréhension faisait déjà la réputation du barbe. Strabon (58 av. JC, 25 après JC) rapporte dans ses écrits de quelle manière les cavaliers numides d'Afrique du nord montaient leurs chevaux "sans frein" c'est à dire sans harnachement, sans enrênement et sans mors. Louis XIV, Napoléon, Henri IV et bien d’autres doivent leurs plus belles victoires grâce au cheval Barbe. En 1918, c'est la Cavalerie d'Afrique et son cheval "l'arabe barbe" qui sauva l'honneur des troupes à cheval en offrant à la France la dernière victoire de la guerre : Uskub ; le 29 septembre 1918. La morphologie et la taille du barbe, se sont développées de façon différentes selon les régions d’Afrique du Nord. Dans les plaines littorales fertiles et arrosées de l'Algérie et du Maroc il est plus lourd et plus grand que dans les montagnes algériennes, marocaines et tunisiennes où il est plus trapu. C’est en haut des plateaux algériens, vers la frontière ouest de la Tunisie, que l’on trouve un cheval barbe bien développé, harmonieux et bien alimenté. Même s’il existe différents types de barbes, ils partagent une morphologie commune de cheval porteur et efficace : un dos court parfois tranchant, une croupe “en pupitre”, une encolure courte, des sabots plutôt petits, cylindriques et durs. Le cheval barbe toise couramment de 1,50m à 1,55m au garrot et ses crins sont fournis. La caractéristique du cheval barbe c’est la présence d’une cinquième vertèbre lombaire. Cela lui permet de se fatiguer moins vite les muscles suspenseurs. Ce qui explique sa capacité à résister et à être endurent, tout en restant souple de son dos. Si la morphologie idéale du Barbe est précisée, celle de l’arabe-barbe ne peut l’être.

Animal central de la fantasia, le cheval Barbe est parfaitement adapté à cette tradition. Robuste, endurant, agile et intelligent, il est capable de galoper en ligne droite groupée, puis de s’arrêter net sur ordre, sans perdre sang-froid ni équilibre. Son allure fière et son tempérament volontaire font de lui le partenaire idéal du cavalier de tbourida. Il est paré d’un harnachement richement décoré : tapis brodés, selles ouvragées, brides perlées, souvent dans des tons vifs ou métallisés. Le cheval devient ainsi œuvre d’art autant que monture de guerre.

La Fantasia (Tbourida) : Un Spectacle Équestre Emblématique

La Fantasia, également connue sous le nom de Tbourida, est une tradition équestre marocaine emblématique. Elle incarne l'art équestre traditionnel marocain qui remonte au XIIIe siècle. Cette démonstration tribale a perduré en devenant une tradition rurale et religieuse, répandue dans une large majorité des régions du Royaume. Avec son évocation de chevauchées ponctuées d’arquebusades le mot “fantasia” est indissolublement associé au folklore maghrébin, dont il constitue l’un des plus beaux fleurons. Le terme, pourtant étranger à l’arabe dialectal marocain, mais très largement consacré par l’usage touristique, est employé en français depuis 1833, date à laquelle Eugène Delacroix avait ainsi baptisé un tableau où l’on pouvait admirer des cavaliers lancés au galop, le fusil visant quelque ennemi imaginaire. Signifie “jeu équestre”, “jeu de la poudre”, ou encore “apologie de la poudre”, et provient sans doute du mot espagnol fantasia (“fantaisie”). En darija, se dit tburida, dérivé de la racine BRD (“poudre”), alors qu’en berbère du Moyen-Atlas (Peyron ; 1993, p. 323), on évoque le phénomène d’envolée (racine FRW), d’où tafrawt/pl. tiferwin. Dans la région d’Azilal, enfin, on préfère le terme asbaai, car le spectacle ressemble effectivement à une caracolade de spahis (Laoust/Lefébure ; 1993, p.

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Origines et Histoire de la Fantasia

L'origine de la Fantasia remonte à l'époque préislamique du Maroc, à savoir à la tradition équestre berbère. Durant cette période, les Berbères se servaient du cheval comme une arme stratégique et un moyen de transport. Ils effectuaient avec lui des démonstrations pour célébrer leurs victoires et les événements spéciaux. À cette époque, déjà, on s'en servait pour marquer les grandes célébrations, une coutume maintenue jusqu'à présent. Sous l'influence militaire arabe, les pratiques ont évolué. La fusion de la culture arabe et berbère a ainsi permis à cet art de s'enrichir. À partir du VIIe siècle, les pratiques incluaient de plus des stratégies de guerre comme les tirs simultanés avec fusils et la charge collective. La Fantasia au Maroc s'est de plus en plus développée au fil des années et notamment pendant les dynasties marocaines. Elle a été codifiée et plus organisée durant les dynasties almoravides et almohades du XIe au XIIIe siècle et n'a pas été délaissée durant les temps des sultans mérinides et saadiens du XIIIe au XVIIe siècle. Ces traditions servaient, d'une part, à démontrer la richesse culturelle et la puissance militaire et intégraient, d'autre part, les fêtes religieuses et les célébrations royales. La fantasia relève indirectement d’une tradition équestre très ancienne, à mettre en rapport avec l’introduction du cheval barbe, rapide et résistant, qui s’est mis en place par étapes successives. D’abord avec son utilisation chez les Libyens orientaux pour tracter des chars, dès le xiiie siècle av. J.-C. Tradition, selon deux auteurs marocains, « d’un peuple noble et guerrier » et qui constitue une « épreuve de courage et d’adresse » (Benallal & Messaoudi ; 1981, p. 43), qui perpétue, ainsi, les charges guerrières de jadis (Le Panot, 1990,p331). En effet, la fantasia parait intimement liée, tant à la pratique de la guerre à l’époque héroïque, qu’au culte des marabouts dont on honore la mémoire à l’occasion de moussems grandioses par ce “jeu noble entre tous” (Rouzé, 1962). En effet, à l’époque ancienne, plutôt que son côté “grand spectacle”, la fantasia se justifiait selon une logique de maintien sur le pied de guerre, de préparation à l’expédition punitive chez la tribu voisine, ou contre l’ennemi qui menaçait de l’extérieur. Opérations rapides où seule une cavalerie légère, manœuvrière, constamment entraînée, était en mesure de remplir correctement les missions qui lui incombait. Chez les Zemmour, par exemple, chacun “se voit imposer, sous peine d’amende, l’achat d’un fusil, d’une monture ou de cartouches” (Querleux, 1915-1916, p.

Un Symbole de la Virtuosité Guerrière

Le terme Fantasia, signifie « divertissement », quelques soit son origine (latine ou européenne). C’est le symbole de la virtuosité guerrière. Elle assure la continuité des coutumes équestres militaires. Au XIXème siècle, elle reproduisait les glorieux assauts de la tactique militaire arabe et berbère.

Déroulement d'une Fantasia

Une Fantasia est un spectacle équestre qui implique des cavaliers et leurs chevaux. La démonstration commence toujours par un défilé durant lequel les cavaliers se mettent en ligne et défilent avec une musique traditionnelle. Le moment le plus intéressant, autrement dit le cœur de la pratique, s'avère être la charge ou Tbourida. Durant ce moment, les cavaliers tirent en l'air au galop avec leurs fusils à poudre noire. Les démonstrations se font toujours à l'unisson et en ligne. Les cavaliers adoptent une formation précise incluant différents groupes appelés « serba », dont chacun est dirigé par un chef. Ils exécutent des charges en toute vitesse, tout en restant synchronisés et précis dans leurs gestes. Ils galopent et tirent en l'air en unisson. La fantasia se déroule sur un terrain de sable ou d’herbe de 100 à 200 mètres de longueur. Les chevaux, alignés au départ, partent directement au grand galop. A la fin de la charge, en bout de terrain, le M’qaddem tire un coup de feu en l’air, signal déclenchant tous les coups de fusil qui doivent alors résonner comme un seul et unique puissant coup de feu. Pour synchroniser les tirs et n'entendre qu'une seule détonation, ces cavaliers sont "dirigés" par un chef qui leur indique à quel moment tirer en l'air en criant « Hadar Lamkahal ! » (A vos fusils !). C'est ensuite l'intensité des « youyous » des femmes qui détermine les vainqueurs. La cohésion de groupe est essentielle. Les cavaliers s’élancent au cri du signal « Hadar l’khayle !

Les Cavaliers et les Chevaux

Chaque cavalier sur son cheval porte un costume traditionnel marocain décoré. Les cavaliers sont vêtus d’une combinaison blanche, d’une ceinture nouée par derrière, et d’un « haïk » pièce d’étoffe dans laquelle ils sont drapés. Des babouches hautes au pied, ils portent aussi en bandoulière une petite sacoche de cuir contenant des extraits du Coran, et d’un poignard recourbé. Le cheval, quant à lui, apporte le côté spectaculaire à la pratique. Les chevaux de race berbère ou arabe sont spécialement sélectionnés pour une telle représentation. Agé au minimum de quatre ans, le dressage des chevaux Barbes ou Arabes-Barbes, répond à des règles spécifiques. Le cavalier et son compagnon doivent connaitre l’enchaînement exact des figures préparées en groupe. Soie brodée, cuirs maroquinés, métaux dorés ou niellés, les chevaux exhibent également des harnachements fastueux.

Impacts Culturels et Sociaux

La Fantasia joue un rôle crucial dans la préservation et la promotion de la culture marocaine. Le spectacle perpétue effectivement des traditions pratiquées depuis des siècles. Elle préserve et transmet les compétences équestres et militaires issues de la fusion de la culture berbère et arabe. En plus, cette démonstration symbolise le courage, la discipline et l'honneur ancrés dans la culture du pays. Du point de vue social, ces spectacles sont bénéfiques pour la cohésion et la fierté locale.

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Les Grands Événements Marocains

Les grands événements marocains mettent en avant cette tradition. Il est possible de la voir dans le cadre de la quasi-totalité des festivals et des célébrations locales. Elle est également organisée par des familles à titre privé, notamment pour les mariages, les fêtes religieuses, les anniversaires, les circoncisions… Certaines occasions spécifiques permettent également d'assister à ce spectacle typique du Maroc :

  • Le festival des arts populaires de Marrakech : célèbre la pratique en soi, la danse et la musique.
  • La fête du Trône : célèbre l'anniversaire de l'intronisation du roi du Maroc.
  • Les festivals régionaux : spécifiques aux villes et villages du pays qui organisent des fêtes et célébrations en incluant ces pratiques équestres.

Le Fusil Fantasia : Une Arme de Prestige

Le fusil fantasia, souvent appelé "moukala", est bien plus qu'une simple arme. C'est un objet d'art, un symbole de statut social et un instrument essentiel de la Tbourida. Ces fusils sont généralement de véritables armes, utilisées à blanc pour le spectacle, mais pas de simples tubes de chauffage. La fabrication de ces fusils était un artisanat spécialisé, avec des canons parfois fabriqués à Liège et exportés vers l'Afrique du Nord pour être montés sur des crosses et décorés localement. Si certains éléments, comme le bois, les garnitures en laiton et les décorations, étaient produits dans la région, les canons et les platines étaient souvent importés d'Europe.

Représentations Artistiques de la Fantasia

Devant une telle tradition il apparaissait inévitable que l’art s’empare de ces manifestations culturelles. Eugène Delacroix l'a représenté en 1833 dans la peinture appelée “Fantasia”, actuellement conservée au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Le principal nom qui revient néanmoins quant à la culture des fantasias, en rapport avec l’art, demeure celui du français Eugène Delacroix (1778 - 1863). Ce voyage l’a amené à apporter une touche de couleur à ses peintures. A la suite d’Eugène Delacroix, Eugène Fromentin c’est lui intéressé aux fantasias dans ses œuvres tant littéraires que picturales. Outre Delacroix, à qui l’on attribue habituellement la primeur du mot “fantasia”, d’autres artistes du xixe siècle ont représenté cette manifestation si caractéristique du tempérament maghrébin. On se contentera de citer Eugène Fromentin (1869), qui a dépeint un spectacle équestre où les cavaliers d’une tribu font “parler la poudre” pour honorer deux chefs ; ainsi qu’E. Bayard, dont une gravure remontant à 1879, représente une cavalcade guerrière devant les remparts d’une des villes impériales du Maroc (Gasnier, 1980). Dès l’aube du xxe siècle, lors d’un premier voyage dans l’Atlas, de Segonzac avait fait allusion à la fantasia, tout d’abord à propos des Ayt’Ayyach qui passaient alors pour être les “meilleurs cavaliers du Maroc” (1903, p. 166). Honorer un illustre personnage ; voilà bien le sens donné de tous temps à la fantasia, comme celle dont la description nous est parvenue sous la plume des frères Tharaud (1929, p. 24), où c’est par une bruyante chevauchée sous la pluie que les Ayt Myill accueillent Lyautey lors de son arrivée au poste de Tim-hadit dans le Moyen-Atlas. Car c’est là, sur le dir*, ou “poitrail” du Moyen-Atlas, que cette manifestation revêt le plus d’éclat, qu’elle est la plus prisée de la part des populations (Guennoun, 1934), surtout chez les Izayyan. On se réunit alors au creux de quelque déclivité, de quelque agelmam à sec, de quelque vaste clairière tel le prestigieux plateau d’Ajdir. Immenses campements de tentes noires, auxquels la foule des spectateurs, l’alignement bigarré des danseuses d’aḥidus, ainsi que d’impressionnants rassemblements de cavaliers enturbannés, en burnous blanc, donnent une allure de tournoi médiéval, avec, en toile de fond, les monts sombres, boisés de cèdres, des Ayt Oumalou. Mais, loin du faste des grandes occasions, on comprend quelle place était faite à la fantasia dans le vécu quotidien des imaziγen d’après l’admirable description de Guennoun (1933, p. 82), où il évoque les tiferwin improvisées auxquelles se livrent des cavaliers en route vers le souk hebdomadaire, « heureux de montrer leur hardiesse et l’habileté de leurs montures ». Sans oublier pour autant une grande fête chez les Ayt’Ayyach en 1926 pour honorer l’agurram Sidi’Ali Ben Nasser, où les cavaliers de la tribu font “parler la poudre” (ar-sufuγen lbarud) provoquant les cris de joie des femmes (ar-γifsen-sγurutent tutmiri) (Laoust ; 1949/1, p. 171).

La Fantasia : Tradition et Tourisme

Au lendemain de l’indépendance, si elle a survécu en tant qu’institution, la fantasia ne fait qu’assez timidement sa réapparition au sein des manifestations folkloriques nationales. Deux guides touristiques marocains de 1965 s’abstiennent de toute allusion à la fantasia à cheval, (à différencier des fantasias pédestres du Rif, du Moyen-Atlas oriental, du Mzab, qui relèvent d’une tradition non-équestre). On ne peut pas, non plus, prétendre que la bibliographie de la décennie 1960 ait totalement passé sous silence la fantasia. Au contraire ; à l’occasion du moussem* annuel de Moulay Idriss du Zerboun, tout d’abord (Rouzé, 1962) ; dans une publication parrainée par Royal Air Maroc, ensuite (Gayraud, 1966). En effet, c’est en grande partie grâce à une directive royale, et avec la fantasia comme incitation, que l’élevage caballin a été réintroduit dans de nombreuses régions du royaume, dont certaines de l’Atlas de très ancienne tradition équestre, où depuis la conquête militaire française, le cheval avait pratiquement disparu. Allant de pair avec ce regain d’intérêt pour la fantasia à l’échelon national, et à partir des années 1970, le tourisme de masse apporte une contribution importante. En effet, actuellement promue au niveau de jeu de société, autant que grand spectacle populaire spécifiquement marocain, la fantasia occupe une place de choix parmi les attractions touristiques du pays, dont les nombreuses fêtes, religieuses ou autres, fournissent aux cavaliers de nombreuses occasions pour se manifester. Ainsi, les chevaux destinés à ces spectacles font l’objet d’un élevage spécialisé, et ne serviront qu’à cet usage ludique. Objets de soins attentifs de la part de leurs maîtres, tout effort inutile est épargné à ces bêtes que l’on achemine la veille, soit en camion, soit à la remorque d’une mule, jusque sur les lieux où doit se dérouler la fantasia. Avant que les cavaliers ne s’élancent, leurs montures attirent le regard par la richesse de leurs équipements, notamment la selle brodée de soie, d’argent et d’or dont le prix peut atteindre les 25 000 francs à elle seule (Zuber, 1989, p. 46). Harnachement richement brodé lui aussi (Adnan, 1983/et Morin-Barde 1975, p. 76), notamment le petit caparaçon qui orne le front de l’animal, jusqu’aux rennes mises en valeur par des entortillements de fils d’or ; étriers métalliques dont le bon cavalier aura à cœur de ne pas faire un usage inconsidéré s’il souhaite éviter à sa monture de cruelles blessures. Le cheval ainsi harnaché, prêt à affronter le jeu équestre, est qualifié de destrier, asnaḥi en berbère du Moyen-Atlas (Peyron, 1993, p. 186), terme issu de la racine SNḤ (“arme”), comme pour perpétuer l’ancienne vocation guerrière de ce sport.

Déroulement et Critères d'Excellence de la Fantasia

L’alignement vérifié une dernière fois, le chef prononce le rituel « Au nom de Dieu et à la gloire du Prophète » et, aussitôt, le groupe s’élance au petit trot à travers le terrain en direction des tentes caïdales lui faisant face. Au bout d’une cinquantaine de mètres, les montures prennent l’allure de charge et alors, sur 150-200 mètres, soulevant un nuage de poussière, les cavaliers rivalisent d’adresse, les uns debout sur leurs étriers, les autres sur la selle « tenant leurs rênes entre les dents (un nœud sur le cou unit les deux parties) » (Zuber, 1989), dans un tournoiement de fusils brandis à bout de bras, dans un martèlement sourd de sabots. Au dernier moment, à faible distance des tentes des officiels, un commandement retentit et, avec un ensemble parfait, ou souhaité comme tel, les fusils pointés vers le ciel, une détonation sèche troue l’air. Les connaisseurs jugent de la dextérité des groupes qui se succèdent selon les critères suivants : le maintien de l’alignement entre cavaliers pendant la durée de la charge ; la nature rectiligne de la charge, c’est à dire la mesure dans laquelle est tenu le cap pris au départ ; la synchronisation des coups de feu, ainsi que “la cambrure racée” (Gayraud, 1966) que doit prendre chaque participant en ce moment précis ; en fin de course, l’arrêt in extremis des cavaliers devant l’invité d’honneur. Certains orfèvres en la matière vous diront que les meilleures fantasias sont liées aux moussems se déroulant annuellement près du tombeau d’un saint. De loin le plus important est celui de Moulay Idriss du Zerhoun, près de Meknès. Les festivités, qui durent quinze jours en septembre, en ce lieu saint, honorent le fondateur de la dynastie des Idrissides. Ces fantasias, d’une très haute tenue, sont organisées sur un terrain plat au-dessus de la ville.

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La Tbourida à l'UNESCO

C’est officiel : l’art équestre marocain est entré au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, le 15 décembre dernier. Aussi appelé Fantasia, cette parade militaire d’alors se termine par un tir au fusil synchronisé (en l’air) des cavaliers. Souvent pratiquée lors de festivités à travers le Royaume, cette tradition du XVIe siècle perdure, notamment lors des grandes fêtes de mariage. La Tbourida est une représentation des parades militaires selon les us et coutumes arabo-amazighs ancestraux, rappelle l’Unesco. Sur le principe d’un défilé ultra organisé, les cavaliers se regroupent alors en nombre impair, soit de 15, soit de 25. Une tradition qui continue de vivre lors d’événements d’ampleur, et qui se transmet de générations en générations… via la parole.

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