La guerre de Sécession (1861-1865) a été un conflit charnière dans l'histoire des États-Unis, mais aussi dans l'évolution des armes à feu. Cette guerre a vu l'utilisation massive d'armes à feu de plus en plus sophistiquées, marquant une transition entre les anciennes techniques de chargement par la bouche et les nouvelles armes à chargement par la culasse et à répétition. L'objectif de cet article est de présenter un aperçu détaillé des différents types de fusils utilisés pendant cette période, en mettant en lumière leurs caractéristiques, leurs avantages et leurs inconvénients.
Contexte Général de l'Armement Durant la Guerre de Sécession
Au début de la guerre de Sécession, l'armée américaine était relativement petite. Le revolver de référence était le Colt Navy Modèle 1851. Cependant, avec la Sécession et l'entrée en guerre, les besoins en armement ont explosé. Les armées du Nord et du Sud étaient composées d'une faible proportion de troupes régulières, qui a augmenté au fil des années de guerre, et d'une partie de milices et d'autres régiments irréguliers. On rencontrait dans les deux camps un mélange de soldats d'avant-guerre, de conscrits, de volontaires, de miliciens et d'irréguliers.
À cette époque, la firme Colt, avec sa nouvelle usine de Hartford, était déjà une entreprise florissante, et Samuel Colt, son fondateur, était l'un des hommes les plus riches des États-Unis. L'usine Colt de Hartford se distinguait par ses lignes de fabrication, ses pièces interchangeables et standardisées, son organisation en 3X8, son école interne de formation et son système d'apprentissage. La firme Colt, grâce à l'évolution technique de ses modèles et à ses brevets, a assuré une part prédominante des besoins en armement du Nord comme du Sud. D'autres firmes, telles que les révolvers Remington et Starr, ainsi qu'une multitude de petits armuriers fabriquant des modèles originaux ou des copies (souvent de Colt) pour les États du Sud, ont également gagné une place importante.
En théorie, certaines armes portaient une gravure « US » sur le corps, une cartouche (marquage dans un encadrement) sur les crosses en bois, et différents poinçons des contrôleurs ayant inspecté l'arme.
Les Mousquets et Fusils d'Infanterie
Le mousquet ou le fusil était l'arme principale du soldat d'infanterie. Son maniement était similaire à celui effectué par les soldats du Premier Empire, avec quelques détails près. Le chargement s'effectuait par la bouche du canon, généralement en position debout. La cartouche, généralement en papier, était déchirée, son contenu versé dans le canon, puis tassé à l'aide d'une baguette fixée sous le fusil.
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Le soldat équipé d'une arme à silex devait ensuite verser une petite quantité de poudre dans le bassinet, puis armer le chien qui tenait un morceau de silex entre ses mâchoires d'acier. Lors du tir, le chien frappait la platine, produisant une pluie d'étincelles qui enflammait la charge de poudre du bassinet, dont la flamme se communiquait à la chambre du canon par un petit trou appelé la lumière. Sous la pluie, cette arme était capricieuse et son chargement malaisé. Les mousquets de la guerre civile furent principalement équipés du système à percussion, qui nécessitait de placer une cartouche de fulminate sur un emplacement adapté, puis d'armer le chien et de tirer. L'avantage était de pouvoir tirer sous la pluie (bien que le fulminate soit sensible à l'eau), d'éliminer les risques de projections de poudre enflammée dans les yeux du tireur et de faciliter l'armement du fusil.
Une autre différence importante était le canon, qui pouvait être lisse ou rayé. Le canon lisse tirait une balle ronde à des distances ne dépassant pas 150 mètres, tandis que le canon rayé tirait des projectiles plus précis, tels que les balles coniques, à de plus grandes distances. La principale innovation apparue durant le conflit fut le chargement par la culasse des fusils. Les carabines furent les principales bénéficiaires de ce changement, mais quelques fusils eurent également le privilège d'être conçus de la sorte, simplifiant davantage le rechargement et permettant de le faire dans n'importe quelle position.
Voici une liste non exhaustive d'armes d'infanterie d'origine américaine, ainsi que du fusil britannique Enfield.
- Springfield Modèle 1861 : Le fusil le plus utilisé par le Nord, à environ 1 million d'exemplaires, était le Springfield modèle 1861. D'un calibre de 15 mm (0.58), d'un poids de 4.1 kg et d'une longueur de 140 cm, le M1861 était une version améliorée du M1855. Équipé d'un canon rayé, il était précis jusqu'à environ 400 m. Sa mise à feu était assurée par le système à percussion à cartouche de fulminate. Le modèle précédent était équipé d'une bande d'amorces en rouleau afin d'éviter la manipulation d'amorce en cuivre pour chaque tir, mais ce système s'avéra décevant à l'usage car sensible à l'humidité. Pendant la guerre, le M1861 fut amélioré et donna la version M1863, qui fut le dernier fusil à chargement par la bouche de l'US Army. Fabriqué en deux types à 700 000 exemplaires, il ne différait du M1861 que par quelques petits détails comme les ressorts du fût de canon, la baguette pour le chargement, le pontet ou la chambre et le marteau de percussion.
- Navy Model "Plymouth" 1861 : Environ 520 000 exemplaires furent produits.
- Enfield P1853 : Le second mousquet le plus utilisé pendant le conflit fut l'Enfield P1853 (P pour pattern). Cette arme britannique, produite pour les troupes coloniales indiennes de l'empire britannique, servit durant plusieurs conflits, dont la guerre de Crimée. Commandé en grand nombre auprès de contractuels par les Sudistes, ce mousquet fut utilisé durant toute la guerre de Sécession. D'un calibre de 0.58, d'un poids de 4.3 kg et d'une longueur de 140 cm, cette arme était excellente et meilleure que le Springfield à la plupart des distances de tir.
- Springfield M1855 : Le modèle précédent était donc le M1855, qui reprenait les spécifications du M1861 mais qui avait été pourvu d'un système original de bande amorçable enroulée dans un boîtier. Ce système est connu sous le nom de Maynard : des gouttes de fulminate étaient encachetées dans un rouleau de papier qui se déroulait au fur et à mesure des tirs, évitant la manipulation des amorces. Mais le papier était sensible à la moisissure et fut abandonné au profit du système classique à amorce en cuivre. 60 000 mousquets M1855 furent produits.
- Fusil "Richmond" : L'arsenal de Richmond fit sa propre copie de ce modèle ainsi que du M1861 et fut dénommé fusil "Richmond". L'arsenal de Fayetteville fit de même et produisit plusieurs types du M1855/1861. Entre 1857 et 1861, 59273 fusils M1855 furent fabriqués à Harper's Ferry et Springfield, les deux principaux arsenaux américains.
- Springfield M1842 : Le Springfield M1842 était encore largement répandu. Il s'agissait d'un mousquet à percussion mais dont le canon était lisse et ne tirait donc que des balles sphériques au lieu de la balle Minié ou assimilée. Il existait plusieurs modèles qui furent fabriqués dans différents arsenaux aux États-Unis, dont 14000 modèles qui furent modifiés pour avoir un canon rayé.
- Springfield M1816 : Le Springfield M1816 était le plus ancien modèle dérivé d'un fusil datant de la guerre de 1812. Son système de mise à feu par silex avait été progressivement remplacé par un système à percussion.
- Mississippi Rifle M1841 : Le Mississippi Rifle M1841, utilisé pendant la guerre du Mexique, était encore populaire. Pesant 4.2 kg, mesurant 1.23 mètres, ce fusil était pourvu d'un canon rayé et d'un système de tir à percussion. En 1855, il évolua en M1855, son calibre de 0.54 passa à 0.58 afin de pouvoir tirer la balle Minié. Ancien mais efficace, ce fusil fut surtout utilisé par les Confédérés, spécialement leur cavalerie, mais des unités fédérales ne dédaignèrent pas se servir de cette arme qui avait fait ses preuves.
- Remington M1863 (Fusil Zouave) : L'artisan armurier Remington fabriqua en plus petit nombre un mousquet très précis, le Remington M1863, appelé aussi le fusil Zouave. D'un calibre de 0.58 à chargement par la bouche, ce mousquet mesure 1.2 mètre.
En fonction de la munition utilisée, la plupart de ces armes pouvaient encore blesser au-delà de 650 mètres, mais la portée pratique était bien moindre. Au-delà de 300 mètres, la plupart des mousquets devenaient imprécis, le Enfield, le Sharp et le Remington demeurant au-dessus de la norme.
Les Carabines : Mobilité et Rapidité pour la Cavalerie
Les carabines, versions plus courtes et légères des fusils, étaient principalement utilisées par la cavalerie. Elles permettaient une plus grande maniabilité à cheval. Parmi les carabines emblématiques de la Guerre de Sécession, on trouve :
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- Pedersoli Sharps Infantry Rifle : Le Sharps Infantry Rifle est sans doute l'une des armes les plus célèbres de la Guerre de Sécession. Pedersoli propose une reproduction fidèle de ce fusil à bloc tombant, apprécié pour sa précision et sa cadence de tir rapide. Disponible en calibres historiques tels que le .54 ou le .45-70 Government, il est parfait pour les tireurs sportifs passionnés d'histoire militaire.
- Chiappa Spencer Carbine : La Spencer Carbine, utilisée principalement par la cavalerie de l'Union, fut l'une des premières armes à répétition adoptées en masse. Chiappa propose une réplique exceptionnelle de ce modèle révolutionnaire à levier sous garde, chambré en calibres traditionnels, offrant aux tireurs la possibilité de vivre une expérience de tir fluide et authentique.
Les Fusils et Carabines Spencer de la Guerre de Sécession
Les fusils et carabines Spencer de la guerre de Sécession sont appelés « modèle 1860 », bien qu’ils n’aient été produits qu’à partir de 1862 pour les premiers 709 fusils livrés à la marine (sur les 1 009 achetés au total par celle-ci), et de 1863 pour les 11 470 fusils et environ 50 000 carabines livrés à l’armée.
Ces armes avaient un canon de 30 pouces pour le fusil et 22 pouces pour la carabine, en calibre 52 (13,2 mm), mais la cartouche qu’ils chargeaient été bizarrement appelée « 56-56 » du fait que l’étui avait un diamètre de 0,56 pouces à la base et 0,56 au sommet, et qu’il était donc cylindrique (après la guerre sortit le « modèle 1865 » qui était en calibre 50 avec une cartouche appelée « 56-52 » et donc un étui tronconique - cette cartouche fut par la suite appelée « 56-50 » pour indiquer le calibre de l’arme).
Tant le fusil que la carabine se chargeaient au moyen d’un tube-magasin logé dans la crosse et contenant 7 cartouches. L’alimentation était assurée par la manœuvre du levier de sous-garde qui, comme sur les Henry ou Winchester, faisait monter une cartouche dans la chambre, mais contrairement à ces derniers, il fallait ensuite armer manuellement le chien.
Avec un boulet de plomb de 13,2 mm de diamètre pesant 23 grammes propulsé par 2,9 grammes de poudre noire, inutile de dire que la puissance d’arrêt était assez formidable !
De plus, les hommes de certains régiments équipés de Spencers portaient dans le dos un bloc de bois percé contenant 10 tubes-magasin pré-chargés. Avec celui déjà présent dans leur arme, cela faisait une puissance de feu de 77 coups pouvant être tirés très rapidement. C’est ce qui fit dire aux premiers sudistes qui eurent à essuyer le feu de ces armes que les nordistes avaient un fusil qu’il suffisait de charger le dimanche pour pouvoir ensuite tirer toute la semaine (cette remarque s’applique bien aux 77 coups des Spencers et non aux 15 coups des fusils Henry comme on peut parfois le lire).
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Après la guerre sortit le « modèle 1865 » précité avec un calibre réduit à 50 et un dispositif « Stabler » qui permettait de bloquer l’alimentation du magasin pour charger une seule cartouche directement dans la chambre.
Table Récapitulative des Fusils
| Fusil | Camp Principal | Calibre | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Springfield M1861 | Union | .58 | Canon rayé, système à percussion |
| Enfield P1853 | Confédération | .58 | Canon rayé, importé de Grande-Bretagne |
| Sharps Infantry Rifle | Union | .54, .45-70 | Fusil à bloc tombant, précis |
| Spencer Carbine | Union | .52 | Carabine à répétition, magasin tubulaire |
Innovations et Évolutions Techniques
La guerre de Sécession a été témoin d'innovations significatives dans le domaine des armes à feu. Bien que le mousquet à canon rayé et la balle Minié aient déjà prouvé leur valeur dans des conflits antérieurs, leur utilisation à grande échelle pendant la guerre de Sécession a marqué un tournant. Les autorités fédérales et confédérées, confrontées à l'énorme défi d'armer rapidement un grand nombre d'hommes, ont souvent importé des armes d'Europe, ce qui a entraîné des variations subtiles en matière de style et de qualité.
L'industrialisation a joué un rôle crucial dans l'amélioration des armes à feu, permettant la fabrication de pièces standardisées et interchangeables en grande série. En 1861, l'armée fédérale a décidé de modifier le Springfield modèle 1855 pour simplifier sa production à grande échelle, donnant naissance au Springfield modèle 1861, qui est devenu le fusil standard de l'infanterie nordiste pendant la guerre.
La Production d'Armes dans les États Confédérés
La production d'armes dans les États confédérés pendant la guerre de Sécession était un défi majeur en raison du blocus naval imposé par l'Union, qui limitait l'accès aux matières premières et aux équipements nécessaires. Malgré ces difficultés, les Confédérés ont réussi à produire des fusils et des revolvers, souvent en petites séries et de manière artisanale. Ces armes étaient généralement des copies de modèles américains, adaptés aux moyens locaux. Les revolvers produits dans le Sud étaient principalement utilisés par les officiers, les éclaireurs et les cavaliers. Un des revolvers les plus célèbres utilisés par les Confédérés était le revolver Le Mat, conçu par Jean Alexandre François Le Mat, qui avait la particularité de posséder un canon secondaire pour tirer des billes de plomb comme un fusil de chasse.
L'Impact des Armes à Feu sur les Tactiques et les Blessures
L'utilisation massive de fusils à canon rayé et de balles Minié a eu un impact significatif sur les tactiques militaires et les types de blessures observées pendant la guerre de Sécession. Les fusils rayés étaient plus précis et avaient une portée plus longue que les mousquets à canon lisse, ce qui a rendu les champs de bataille plus mortels. Plus de 90% des blessés nordistes l'ont été par balles. La balle Minié, en raison de sa vitesse accrue et de son mouvement tournoyant, causait des blessures terribles, nécessitant souvent des amputations ou entraînant des complications mortelles telles que la péritonite.
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