Au cours de la Première Guerre mondiale, l'armée française a utilisé plusieurs types de fusils. Cet article explore l'évolution de ces armes, en mettant l'accent sur le célèbre fusil Lebel et les tentatives de développement d'armes semi-automatiques.
Le Fusil Lebel : Un Symbole de l'Infanterie Française
Dans les années 1880, la situation politique en Europe est ternie par divers conflits. À cette période, la France a besoin de moderniser son armement, l’armée française utilisant principalement des fusils à un coup. C’est sous l’impulsion du Général Boulanger alors Ministre de la Guerre, puis de la Commission d’étude des armes à répétition que la mise en place de ce type d’arme est décidée. La fabrication d’une première série de 1000 armes destinées à de simples essais est lancée.
Ces essais sont massivement partagés dans la presse : sous la plume des journalistes, le nouveau fusil modèle 1886 de l’Armée française devient le fusil Lebel. Le premier fusil Lebel a vu le jour en 1886 grâce au ministre de la Guerre : le général Boulanger. Cette arme doit son nom au colonel Nicolas Lebel, un membre de la Commission des Fusils à Répétition. Ayant rapidement gagné en notoriété grâce à son système à répétition, elle a été adoptée par l'infanterie française en 1887. Le fusil Lebel est ainsi considéré comme la première arme d'infanterie utilisant la poudre sans fumée mise au point par l'ingénieur Paul Vieille. Pour charger le fusil Lebel, il suffit d'introduire les cartouches via l'orifice du magasin.
D’une portée maximale de 450 mètres, agréable, maniable, relativement léger et soigné, le Lebel plaît aux soldats. Il est d’ailleurs représenté dans de multiples gravures, cartes postales ou chansons. Souvent utilisé avec une épée-baïonnette surnommée « Rosalie », ce fusil fut à l’époque une grande réussite. En 1893, une série de modifications est apportée au fusil d’origine.
Le fusil Lebel a fait l'objet de deux modifications majeures : l'ajout d'un bouchon de culasse permettant un chargement plus rapide et l'installation d'un tampon masque situé sur la tête de culasse en vue d'empêcher les éventuels crachements de gaz au visage du tireur. En 1898, cette arme légendaire accueille une nouvelle planchette de hausse.
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Les Tentatives de Développement d'Armes Semi-Automatiques
La France est un des pays précurseurs dans le développement des armes semi-automatiques. Avec le passage à la poudre sans fumée, on va rapidement se rendre compte qu’il est désormais possible d’avoir une arme semi-automatique fiable. Les ingénieurs français vont donc se lancer dans le développement de prototypes bien avant la Première Guerre mondiale et ce dans le plus grand secret. Entre 1894 et 1913, c’est plus d’une vingtaine de prototypes qui vont être essayés. Mais avec le début du conflit, on met fin aux développements de ces armes semi-automatiques pour se concentrer sur la fabrication des fusils Lebel qu’il fallait produire en masse.
Avec l’embrasement du conflit, l’État-major français réalise l’intérêt d’avoir une arme semi-automatique. Paul Ribeyrolles, Charles Sutter et Louis Chauchat vont proposer leur projet de fusil semi-automatique qu’ils vont présenter comme une sorte de conversion d’un fusil Lebel 1886 ce qui n’est pas du tout le cas même si le RSC va utiliser quelques pièces du Lebel. Ce fusil va être adopté en mai 1916 sous la désignation de fusil Modèle 1917 et la production va commencer à partir du 1er avril 1917. Toutes les manufactures d’armes vont participer à sa conception mais ce sera celle de St-Etienne qui réalisera le montage final.
Le Fusil RSC M1917
RSC est l'acronyme du nom des trois ingénieurs : Ribeyrolle, Sutter et Chauchat. Ils travaillent de concert pour créer le M17 en 1916. Cependant, la production est stoppée en 1918, car les soldats ne sont pas convaincus par sa mise en œuvre. La manufacture d'armes de Tulle procède à certaines modifications en 1935.
La Révolution Armurière du 19ème Siècle et l'Impératif de la Répétition
Au cours du 19ème siècle, la révolution armurière affecte d’abord le fusil, arme principale du combattant. Le Mauser M71, adopté par le nouvel Empire allemand, puis le fusil Gras de 1874 en France, tous deux avec cartouches métalliques de calibre 11 mm, marquent l’apogée du fusil tirant au coup-par-coup. Suivant l’exemple américain, des fusils Spencer et des carabines Winchester, l’attention se tourne en effet vers des armes à répétition, où l’on peut tirer plusieurs coups sans rechargement, en déplaçant successivement des cartouches placées dans un magasin, dans la crosse ou sous le canon. Venant après les affrontements de la guerre de 1870, le siège de Plevna mettait en effet l’accent sur l’importance de la vitesse du tir. La piste privilégiée est celle d’une transformation en arme à répétition des fusils existants. Le rééquipement de l’armée représentant un enjeu beaucoup plus important suscite un long programme d’essais. La perspective d’être devancé par l’Allemagne qui devait adopter en 1884 son premier fusil à répétition, un modèle 71/84 modifié par Mauser en 1884, conduisait à accélérer le processus. La Manufacture de Châtellerault présentait en 1884 et 1885 des modèles adaptés du Kropatschek de la marine [Mle1878][2].
Les Essais Comparatifs et la Conclusion Ironique
Au terme d’essais comparatifs approfondis de de fusil et du Châtellerault [Mle1884] avec le fusil Gras réglementaire, menés au Camp de Chalons, l’Ecole Normale de Tir concluaient : « En résumé, [ces fusils] n’ont sur le fusil 1874. d’autre avantage que celui d’être pourvus d’un mécanisme de répétition Par contre, ils sont moins précis et moins bien réglés par rapport au point visé […] Il y a donc lieu d’en conclure que ces fusils sont sensiblement inférieurs, surtout comme arme d’instruction, au fusil modèle 1874. Leur adoption, loin de constituer un progrès, ramènerait aux conditions qui ont précédé les améliorations successives apportées au fusil et à la cartouche modèle 1874»[3]. Ironie de l’histoire, la commission qui s’exprime en ces termes le 10 décembre 1885 est présidée par un certain colonel Lebel !
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La Réduction du Calibre et les Poudres
La réduction du calibre, qui avait permis au Chassepot de prendre l’avantage sur les Dreyse prussiens, se poursuit. Au début des années 1880, deux suisses sont les pionniers de ce mouvement: Hebler, professeur à Zurich, propose des armes de 7, puis de 8,6 mm et le major Rubin, directeur de l’arsenal fédéral, fait essayer avec plus de succès un fusil de 7,5 dont l’intérêt reste cependant limité par l’emploi de la poudre noire. Dans un rapport de décembre 1884, l’École Normale de tir fait état de l’évaluation de 36 fusils différents tant par leur calibre, échelonné de 10 à 8 mm que par leur construction. Sa conclusion acte une décision de principe en ce qui concerne le calibre, puisque « étant donnée une quelconque des balles du calibre 9 mm, il est possible d’établir une balle du calibre 8 mm qui lui soit supérieure, étant aussi puissante et plus légère »[4].
Un rapport de la Commission d’expérience de Versailles, en date du 29 septembre 1885 constitue un pas décisif pour le choix du calibre. Ayant à examiner, du seul point de vue de leurs propriétés balistiques, des fusils des calibres respectifs 8, 7,5 et 7 mm, elle conclut que « dans les conditions où elle a employé la poudre noire et la poudre V[5], la réduction du calibre au-dessous de 8 mm ne permet d’augmenter ni la précision du tir, ni la tension de la trajectoire ». C’est là condamner toute possibilité d’adopter un calibre inférieur, comme celui de 7,5, alors réglementaire en Suisse et que la France ne retrouvera qu’en 1924, et même en 1936 pour le fusil. Il convient de noter que ce résultat est un artefact dû à un choix méthodologique contestable. En effet, au moment de définir la charge de poudre V à substituer à la poudre noire dans les cartouches de 7 et de 7,5 mm, la commission a choisi d’adopter la charge réduite, donnant la même vitesse initiale, et pas la charge donnant la même pression dans l’âme, ou, critère très proche, la même force de recul[6]. On renonçait donc a priori à tirer pleinement parti des gains de tension et de précision possibles pour ces calibres. Certains diront : à quoi tient un retard de 50 ans !
L’amélioration des qualités balistiques du fusil exige une augmentation de la vitesse initiale, couteuse en termes de poids et de force du recul, sauf à réduire le calibre, ce qui permet de diminuer le poids du projectile et/ou d’augmenter sa densité de section. Amorcée avec le Chassepot, puis le Mauser M.71 et le Gras, cette réduction venait buter sur la qualité de poudres disponibles, variétés de poudre noire plus ou moins améliorées dans leur texture. Non seulement, la combustion de ces poudres entrainait un important dégagement de fumée, mais elle laissait subsister un dépôt de matières non consumées entrainant un encrassement rapide, prohibitif dans un canon de calibre réduit.
L'Aube des Poudres Modernes et l'Invention de Paul Vieille
L’ancêtre des poudres modernes est le coton-poudre : « Dans les derniers mois de 1846, les journaux commencèrent à s’occuper d’une découverte des plus singulières. Un chimiste de Bâle avait, disait-on, trouvé le moyen de transformer le coton en une substance jouissant de toutes les propriétés de la poudre. On prêtait à cette substance nouvelle des propriétés merveilleuses […] elle brulait sans fumée, elle ne noircissait pas les armes, enfin elle avait une force de ressort trois ou quatre fois supérieure à celle de la poudre ordinaire »[7]. « En 1847, Schönbein vendit en Angleterre son brevet pour la fabrication du fulmicoton. Seulement, l’explosion de la fabrique qui était établie à Dartford mit fin à l’entreprise du cessionnaire du brevet »[8]. En France, des essais semblables sont abandonnés en 1852 à la suite d’accidents survenus à la poudrerie du Bouchet. Diverses tentatives menées, en particulier en Autriche par le général baron Lenk, pour modérer la vivacité de ce nouvel explosif, ne peuvent éviter que son usage ne produise des efforts excessifs sur les canons des armes, conduisant rapidement à leur déformation et souvent à leur éclatement. L’idée reste cependant bien ancrée que, comme l’écrivait en 1875 le « Spectateur Militaire », « la découverte destinée à révolutionner l’art de la guerre, la découverte qui donnera à la nation qui la première en fera usage une prépondérance invulnérable, c’est l’emploi du fulmi-coton, la ‘poudre sans fumée’ »[9].
L’utilisation militaire de la nitroglycérine, proposée par Nobel en 1854 comme explosif de mine, posait également des problèmes qui paraissaient insolubles. L’invention d’une poudre sans fumée répondant aux exigences d’une utilisation opérationnelle est un cas unique, pour l’époque considérée, d’innovation armurière résultant directement d’un protocole scientifique. Polytechnicien, ingénieur des poudres et salpêtres, Paul Vieille (1837-1904) était ce que l’on appelait un savant, tôt associé aux travaux des grands chimistes Berthelot et Sarrau. Sa découverte de la poudre sans fumée ne fut qu’une résultante de ses apports à la thermochimie. Développant un instrument qualifié de bombe calorimétrique, il est capable en 1881 de mesurer précisément l’évolution de la température et de la pression dans une substance en voie d’explosion[11]. Plutôt que de se limiter à considérer la composition chimique des poudres, il peut alors expliquer comment la vivacité de l’explosion du fulmi-coton tient à sa structure géométrique et concevoir le moyen de maitriser cette explosion en « gélatinisant » cette substance par dissolution dans un mélange d’éther et d’alcool : « la matière, mise sous forme de plaques minces, a une vitesse de combustion qui peut être réglée en modifiant l’épaisseur.
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L'Adoption du Fusil Lebel et ses Conséquences
Les premiers tirs au canon, en novembre 1884, de la matière, mise sous cette forme au laboratoire, donnèrent des résultats tels qu’il fut très vite décidé d’en entreprendre la fabrication ; celle-ci commença au début de 1885, à la poudrerie de Sevran-Livry. Cette innovation comporte une valeur militaire considérable. On a vu que la réduction drastique de l’encrassement ouvrait la voie à une réduction des calibres. Si la nouvelle poudre délivre une énergie double ou triple de celle de la poudre noire pour une même masse, elle permet aussi d’atteindre une même vitesse initiale avec une pression maximale moindre parce que produite plus progressivement. La multiplication des essais aurait bien pu conduire à un enlisement si le volontarisme d’un ministre n’était venu, sans doute prématurément, siffler la fin de la partie et imposer l’adoption d’un nouveau modèle. Dès lors, relatera le général Challéat, sur la base des souvenirs du général Desaleux, les archives de l’Artillerie étant discrètes sur cette période, « la commission cherche aussitôt les moyens d’exécuter cet ordre. Le colonel Gras estime que l’on pourrait prendre le mécanisme à répétition du fusil modèle 1885, dont le calibre serait réduit à 8 mm […] La commission approuve cette proposition, décide que la fermeture sera à deux tenons symétriques (colonel Bonnet), et que l’on adoptera une poudre V susceptible de donner une vitesse initiale de 600 m/sec. Au moins. La balle, du poids de 15 grammes, sera celle définie par une mise au calibre de 8 mm de la balle de 11 mm modèle 1879-1883, et si possible, elle sera chemisée comme la balle suisse […] Le capitaine Desaleux établira le tracé de l’étui, de façon que la cartouche puisse satisfaire au désidératum du colonel Gras. Celui-ci fera, de son coté, réaliser par la Manufacture d’armes de Châtellerault, le nouveau fusil répondant au programme ci-dessus et qui sera ensuite essayé à Versailles et à Chalons. Les délais étaient tenus, mais les inconvénients d’une décision précipitée devaient rapidement apparaître.
Notons que la forme de la cartouche, qui constituera un sérieux handicap pour le développement de toutes les armes ultérieures, est tout à fait adaptée au système de répétition, faisant du Lebel une arme homogène. Son culot large, poursuivi d’une douille fortement tronconique, permet d’avoir une cartouche courte et compacte, augmentant la capacité du magasin tubulaire, dans lequel ces cartouches sont stockées en position inclinée, éliminant les risques de percussion accidentelle. La largeur du bourrelet assure un bon positionnement de la cartouche dans la chambre et un bon fonctionnement de l’éjecteur, sans exiger une précision extrême dans la fabrication des pièces. Bien que précipités, les choix de 1886 étaient cohérents. Finalement, après quelques essais en corps de troupe, le nouveau fusil est adopté par note ministérielle du 22 avril 1887, sous le nom de modèle 1886. La production du Lebel est l’occasion d’une rationalisation des méthodes et des équipements, avec un soin particulier porté à l’interchangeabilité des pièces entre les manufactures. Une mission, envoyée aux États-Unis en octobre 1886 « procéda à un achat important de machines dont 107 furent attribuées à Châtellerault »[14]. Le Lebel devait connaître ses premiers engagements au combat lors d’opérations coloniales et de l’expédition dite des Boxers en Chine.
L'Impact du Lebel à l'Étranger et l'Adoption du G88 Allemand
Dans un pamphlet- alarmiste et belliciste- publié sous couvert de l’anonymat en 1890, l’historien Theodor Schieman proclamait : « Les Français ont un avantage exceptionnellement considérable sur nous : c’est que d’ores et déjà, leur infanterie toute entière est pourvue du fusil Lebel, arme de petit calibre, de tout point excellente»[17]. Il n’est donc pas surprenant que « lorsque la question des petits calibres vint à l’ordre du jour chez toutes les puissances européennes le gouvernement allemand chargea la commission d’expérience (Gewehr-Prüfungs-Kommission ou GPK)- d’étudier les conditions dans lesquelles on pourrait doter l’armée d’un fusil de petit calibre à tir rapide […] Une sous-commission, constituée en octobre 1887, approfondit la question et fit expérimenter, dans des tirs comparatifs réitérés, les diverses les armes des modèles les plus récents; puis, en octobre 1888, elle présentera à l’empereur ses conclusions en faveur d’un fusil de 7,9 mm, analogue au fusil Mannlicher. Le 6 novembre, le souverain donnait son approbation au modèle présenté et en décidait l’adoption pour toute l’armée »[18] : tels sont les termes dans lesquels la Revue Militaire de l’Etranger rendait compte, début 1890, de l’adoption du premier fusil allemand de petit calibre, le G88. Cette présentation courante du fusil 1888 comme le Kommissionsgewehr-le fusil de la commission est aujourd’hui contestée, même s’il demeure que « le nouveau modèle était un patchwork de diverses solutions individuelles et il était couramment critiqué pour son absence de solutions originales »[19]. En effet, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les conditions de conception du Mle1888 ne sont pas sans rappeler celles du Lebel.
Les Innovations du G88 et l'Influence de Mannlicher
Si cette arme emprunte son système de magasin au Mannlicher, elle comporte deux innovations notoires, dont la première s’avèrera une fausse bonne idée et la seconde un progrès décisif. Passons rapidement sur l’impasse que constituait l’adoption d’un manchon métallique, supposé éviter au tireur de subir l’échauffement du canon, ce qui valut au G 88 le surnom de Mantelgewehr. En revanche la cartouche de 7,92, due à l’atelier de Spandau suivant une piste inaugurée par Rubin dans sa cartouche de 7,5 mm de 1885, comportait une forme remarquable : La douille, pratiquement cylindrique, ne comportait pas d’élargissement au collet, mais une gorge. Ainsi : « la griffe de l’extracteur vient prendre appui sur l’évidement ménagé autour de l’étui de la cartouche »[21]. De ce fait la cartouche, beaucoup moins encombrante dans un magasin ou un chargeur, ne comportait pas de protubérance saillante comme le bourrelet traditionnel susceptible de s’accrocher à la cartouche suivante ou à une autre pièce. Loin d’être une nouveauté, cette forme de douille avait été adoptée par Rubin sur une cartouche suisse en 1885. Elle aurait donc pu être retenue par la France en 1886.
Ferdinand Mannlicher (1838-1911) avait proposé un système de répétition compact et robuste: « Le magasin, vertical, se compose d’un boitier qui fait saillie en avant du pontet. Les cartouches sont placées en colonne sur un chargeur de tôle. On introduit l’ensemble par-dessus, culasse ouverte »[24]. Si le prototype du fusil construit sur ce principe, en 1885, est antérieur au Lebel, le modèle adopté par l’armée autrichienne en 1886 conserve l’ancienne cartouche de 11 mm, d’où la nécessité d’un nouveau modèle, en 1888, pou…
Le Fusil Lebel en Service : Innovations et Limites
Le fusil Lebel entra en service dans l’armée française en 1886. C’était le premier fusil à chargeur du monde à être produit en masse. Il apportait une autre innovation : il utilisait la poudre sans fumée nommée Poudre B, inventée par l’ingénieur Paul Vieille (les fusils du XIXe siècle utilisaient alors la poudre noire et dégageaient beaucoup de fumée lorsqu’ils faisaient feu, ce qui gênait énormément les soldats et nuisait aux manœuvres). Cette poudre B fut ensuite remplacée par la cordite inventée par Alfred Nobel en 1887 (elle était plus puissante et plus facile à manipuler que la Poudre B). Ce fusil est considéré par beaucoup comme le premier vrai fusil moderne. On le modifia légèrement en 1893, ce qui lui valut l’appellation « Mle 1886 M93 ». Malheureusement, son statut historique n’arrangea en rien le fait qu’il était totalement dépassé en 1940 (notamment par sa longueur, son poids et l’utilisation des lame-chargeurs par les autres fusils) . Une version pour tireur d’élite fut produite au cours de la Première Guerre mondiale, avec l’utilisation des lunettes APX mle 1916 et APX mle 1917.
Le Contexte Historique et la Bataille de Plevna
Un fait historique allait forcer la décision ; la bataille de Plevna en septembre 1877. C’est là que pour la première fois sur un champ de bataille européen opposant russes et turcs, les armes à répétition firent leur apparition. Ces dernières (des carabines de cavalerie Winchester 1866), utilisées par les soldats turcs fortement retranchés aux abords de la ville, mirent littéralement en pièces la masse des troupes russes par un feu de salve intense et à courte portée. Restait la question de la réduction de calibre, rendue difficile du fait de l’encrassement important résultant du tir à poudre noire ; mais en 1884, l’inspecteur général des Poudres et Salpêtres Paul Vieille (1854-1934), parvint à mettre au point une poudre brûlant sans quasiment laisser de résidus et ne produisant que très peu de fumée. On le désigne sous le nom de « Fusil Modèle 1886 », mais c’est sous le nom de fusil Lebel qu’il restera connu et deviendra célèbre. Le résultat est une arme superbe dont la qualité de finition et les lignes élégantes forcent l’admiration de tous.
Manipulation et Caractéristiques du Fusil Lebel
1° Garnir le magasin : placer le sélecteur de tir (bouton quadrillé) sur la position « répétition », ouvrir la culasse mobile et dégager l’ouverture du tube magasin en appuyant avec le pouce sur l’auget-transporteur. 2° Tir à répétition : tirer vivement la culasse vers l’arrière, l’auget-transporteur se relève et la cartouche qui s’y trouve est mise en place en face de la chambre. En refermant la culasse, la cartouche est poussée dans la chambre, au moment du verrouillage de la culasse, l’auget s’abaisse automatiquement et reçoit la première cartouche du magasin. 3° Tir coup par coup : Si l’on veut conserver le magasin rempli, il suffit de pousser le sélecteur sur la position « coup par coup ». L’auget-transporteur se trouve alors bloqué en permanence en position haute. But en blanc de 250 mètres avec planchette de hausse rabattue vers l’avant. Le canon et la boîte de culasse sont soigneusement bronzés, la culasse mobile est en acier poli. L’épée-baïonnette a la forme d’une longue aiguille, elle est composée d’une lame quadrangulaire en acier poli, d’une poignée entièrement métallique et d’une croisière avec douille et quillon en acier.
Modification de 1893 : Elle consiste essentiellement dans l’adjonction d’un « tampon-masque » sur la tête de culasse, pour mieux protéger le tireur contre d’éventuelles projections de gaz suite à rupture de culot de la cartouche, et dans l’adoption d’un pied à griffes pour la hausse.
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