Le Fusil Peabody-Martini : Histoire et Fonctionnement d'une Arme Emblématique

Introduction

Le fusil Peabody-Martini est une arme à feu historique du XIXe siècle, née de l'évolution des techniques d'armement et des besoins militaires de l'époque. Issu d'une collaboration entre différents inventeurs et fabricants, ce fusil à chargement par la culasse a connu une large utilisation dans divers conflits à travers le monde. Cet article explore l'histoire du Peabody-Martini, son mécanisme de fonctionnement, ses différentes versions et son impact sur l'histoire militaire.

Origines et Développement

Au milieu du XIXe siècle, le fusil Dreyse à aiguille et la culasse à verrou ont marqué le début d'une révolution technologique. En 1864, le War Office britannique a envisagé de moderniser l'armement de son infanterie. Un concours a été lancé le 25 juin 1865 pour concevoir la meilleure arme militaire avec la meilleure munition. Les participants incluaient Peabody, Henry, Fosbery, et Martini. Frederich von Martini, un armurier suisse d'origine hongroise, a amélioré le système à bloc tombant de l'Américain Peabody. Alexander Henry d'Édimbourg a conçu un canon avec un système de rayures performant. En 1871, la Royal Small Arms Factory d'Enfield a combiné ces deux innovations pour créer la carabine Martini-Henry.

L'annonce du concours était ainsi rédigée : "Il a été décidé que l'armement futur de l'infanterie britannique se fera avec des fusils à chargement par la culasse. Le Secrétaire d'Etat est désireux de recevoir des propositions sur ce sujet de fabricants d'armes et d'autres qui seraient disposés à entrer en concurrence pour la production de la meilleure arme militaire."

Le Mécanisme Martini-Henry

Le Martini-Henry est directement dérivé du fusil Peabody, la modification portant essentiellement sur l'adoption d'un chien non apparent (hammerless), selon le dispositif mis au point par le suisse Friedrich von Martini. Cette arme fonctionne autour d’un bloc pivotant conçu par le Suisse Friedrich Von Martini. Il s'agit d'un système à "bloc tombant" (dropping block), différent technologiquement du Remington "Rolling Block", la différence de conception étant assez évidente d'ailleurs.

Le système Peabody appartient a la famille des armes a bloc tombant dans lequel un bloc de culasse articulé se déplace vers le bas sous l'action du levier da manœuvre faisant fonction de pontet. Associé a ce basculement un extracteur a griffe agit sur la face inférieure de la cartouche. La mise a feu est assurée par un chien extérieur qui doit être armé manuellement au préalable.

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Caractéristiques et Performances

Le Martini-Henry est un fusil à chargement par la culasse, dérivé du fusil Peabody et modifié par Friedrich von Martini. Il tire une cartouche chargée par la culasse. La cartouche de .577 SNIDER, rétreinte au collet à .45 inch est retenue. Elle prendra le nom de 577-450 M-H. Elle contient 85 grains de poudre noire pour propulser un projectile en plomb de 480 grains.

Résultat de cette innovation ? Une cadence de tir de 12 coups minutes dans une arme très précise, redoutable à 400 m et de portée maximale à 1700, dont se souviennent encore zoulous et autres madhistes soudanais d’Ondourman. L'arme est longue de 1,25 m pour un poids de quelque 3,8 kg !

Les Versions du Martini-Henry

Produit sous différentes versions du Mk I au Mk IVc, le MARTINI-HENRY ne sera vraiment remplacé qu'en 1890, par le LEE-METFORD, mais sera encore utilisé aux "colonies", jusqu'au milieu de XXème siècle. Les différentes versions sont les suivantes :

  • Mk I: de 1871 à 1876
  • Mk II: de 1877 à 1881
  • Mk III: de 1881 à 1888
  • Mk IV (de "a" à "c"), de 1888 à 1889

Le Mk I et le Mk II était pourvu d'un indicateur de chargement (levier sur le coté droit, en forme de "goutte) de grande taille). Les modèles suivants Mk III et IV seront équipés d'un indicateur de plus petite taille. Les Mk I / II / III ont un levier "de sous -garde" de petite taille, le Mk IV subira une modification avec un levier de grande taille, qui facilite l'extraction de l'étui, mais ralentit grandement la cadence de tir à l'usage.

Service et Utilisation

Elle a servi particulièrement lors de la révolte du Mahdi, au Soudan (illustré par le siège de Karthoum, et la mort du fameux général GORDON), et lors de la guerre contre les Zoulous. Cette arme a aussi pas mal servie en Inde, en particulier dans un pays toujours aussi "troublé", l'Afghanistan ! Le jeune Winston Churchill, alors lieutenant, a failli y laisser également la vie lors d'une embuscade, et il semble bien que les fusils anglais (des Martini -Henry, donc, à l'époque), avec leur cadence de tir, aient permis au détachement auquel il était rattaché, de s'en sortir…de justesse.

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Le Martini Henry est une arme mythique de l’Histoire de l’armement par son mécanisme et sa destinée. Elle a servi durant les deux guerres anglo-afghanes, la guerre anglo-zoulou, la révolte des Madhistes au Soudan, elle a soutenue Gordon dans Khartoum assiégée, elle a maté les révoltes en Chine, en Birmanie et en Inde et elle a encore servi lors des deux guerres des Boers jusque 1901. C’est un pan complet de l’Histoire de la Grande-Bretagne et de son Empire.

Le Peabody-Martini Turc

En 1874, pour remplacer les fusils à percussion à chargement par la bouche, la Turquie a opté pour le fusil Peabody-Martini, très proche du fusil Martini-Henry britannique. Ce fusil mono coup à culasse bloc-tombant utilise une puissante munition de 11 mm. Le Peabody-Martini s’est révélé être d’une excellente facture, très résistant et l’un des fusils les plus précis de son époque. Son plus haut fait d’armes a eu lieu pendant la guerre russo-turque de 1877, notamment au siège de Plevna, où il a surpassé les fusils tabatières Krnka utilisés par les Russes. Le fusil a été progressivement transféré à la réserve opérationnelle à mesure que des générations successives de fusils Mauser ont pris le relais. En 1912, l’Empire ottoman a décidé de re chambrer ces fusils pour la nouvelle cartouche réglementaire 7.65 mm Mauser. Outre la guerre russo-turque de 1877, les Peabody-Martini ont été utilisés pendant les guerres balkaniques, la Grande Guerre, et la guerre gréco-turque.

En 1870 l’Empire Ottoman décide de moderniser son armement d’infanterie, hétéroclite et obsolète, par une dotation en fusils à chargement par la culasse et à petit calibre permettant une cadence de tir plus rapide que les antiquités alors en sa possession. Confronté à une forte menace des Russes, désireux de contrôler les deux rives du détroit des Dardanelles, devant faire face aux tentatives séditieuses des populations de son vaste Empire, le Sultan Abdulaziz fait réaliser un concours où vont rivaliser les meilleurs fusils du moment ; Peabody, Rolling Block , Martini-Henry et Winchester. Bien que ce fut le modèle Martini-Henry retenu par les autorités militaires, c’est Winchester qui remporta le contrat de vente en proposant le Martini Henry bien moins cher que la concurrence. Mais Winchester n’avait pas l’outillage pour fournir les 200 000 fusils commandés et due rétrocéder le contrat à la Providence Tool Company (produisant les Peabody ), tout en empochant une généreuse commission et plaçant un contrat pour quelques milliers de ses Musket 1866.

Von Martini ayant repris sans licence le mécanisme Peabody, Providence Tool en contrepartie utilisa le système Martini sur ses nouveaux fusils. Les premiers Martini-Peabody livrés en 1874 sont semblables aux Martini-Henry mkI de l’armée britannique excepté le calibre dont nous reparleront. On distingue deux types, « A » et « B », le premier présentant la sureté qui fut rapidement supprimée sur les modèle britanniques.

La plaque de couche des armes livrées aux Turcs est en aluminium quadrillé. Sur les armes britanniques cette plaque de couche équipait les premières versions mais jugée trop fragile elle fut remplacée par une plaque lisse en acier. La hausse est graduée- en hectomètre - en chiffres turc juqu’à 1300m. On retrouve sur le flanc gauche du boîtier les marquages de Providence Tool Company et sur le flanc droit , entre l’indicateur de chargement et le petit levier de sureté, le n° de série ( en turc ) et le sceau de propriété du Sultan de la Sublime Porte. Sur les principales pièces de l’arme est frappé le poinçon de la commission turque d’acceptation, commission détachée aux ateliers de Providence. Ce poinçon représente un croissant surmontant un « M ».

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La cartouche du Martini turc est la 11.43x59r , dénommée « 45 Peabody-Martini » dans la nomenclature américaine et « 450 Turkish Peabody-Martini » dans la nomenclature britannique. Certains auteurs la désigne comme 11.43x 55r, sur le schéma ci dessous la longueur de l’étui 2,330 inch, correspond bien au « x59 ». Le choix du calibre - et de l’arme- pour la version destinée au Turc correspondrait à l’opportunité de correspondance avec un lot de 50 000 fusils Martini offert au Sultana par le Khedive d’Egypte, Ismael Pacha, vassal de l’Empereur Ottoman ( armes chambrées en 11.43x59r, dénomination parfois confondue avec le 43 égyptien destiné aux Rolling Block).

L’Empire Ottoman renouvela ses commandes à la Providence Tool co jusqu’à environ 600.000 fusils et la manufacture développa sa production pour faire face au marché, embauchant un millier d’ouvriers et en s’équipant de machines outils neuves.

Les Essais et le Choix du Martini-Henry

Pendant que Snider travaille sur ce qui sera le P1866, le bureau de la guerre de Grande Bretagne se pose des questions métaphysiques : « faut-il ou ne faut-il pas moderniser l’armement de notre infanterie ? » si oui, comment ? » Ha ! Être ou ne pas être, là est la question ? Faut-il enfin entrer dans le XXème siècle, le progrès, le modernisme, et peut être perdre nos traditions … ? Bon là c’est moi qui extrapole.

Il n’empêche que pour trouver la prochaine génération de fusil, le bureau de la guerre décide de lancer un grand concours le 25 juin 1865. Ce concours s’étalera sur deux ans, et sera doté d’un prix de 5 000£. Le règlement est simple, les designers devront dessiner la meilleure arme militaire avec la meilleure munition.

Les participants à ce concours seront : Peabody, Henry, Fosbery, Albibi / Brendalin, Burton, Martini, Joslyn et Remington. Tous présenteront un prototype qui ne fut pas retenu. Cependant deux armes avaient des points positifs qui se complétaient. La première était proposée par Frederich von Martini armurier Suisse d’origine Hongroise avec son système d’armement et sa culasse à bloc tombant. Système qu’il avait copié sans scrupule comme il était d’usage en ce XIXème siècle. Sa participation était « d’améliorer » le système bloc tombant de l’Américain Peabody en remplaçant le ressort principal par un ressort hélicoïdal. Il s’en suivra bien entendu une polémique sur la paternité des brevets. La seconde arme était équipée d’un canon avec un système de rayures conçu par Alexender Henry d’Edimbourg. Longueur du canon 33,2 inchs (84,2 cm) avec 7 rayures au pas de 22 inchs (56 cm) de calibre .450. C’était le canon qui donnait les meilleurs résultats en cible.

Un mariage de raison eu lieu et nous pûmes assister en 1871à la maternité de la Royal Small Arms Factory d’Enfield à la naissance de la formidable carabine Martini Henry non pas à un exemplaire, ni à des jumeaux mais à 200 exemplaires pour faire les essais. Lors des essais des modifications de la chambre ont été réalisées, la cartouche Eley à été renforcée pour obtenir une vitesse à la bouche de 1300 pieds seconde (400m/s) … D’améliorations en amélioration, le bébé Henry Rifle Martini a grandi et à pris son envol le 13 avril 1871… en mono coup Avec l’adoption officielle du fusil Martini-Peabody par l’Empire ottoman en 1872.

Le Martini-Peabody en Albanie

Avec l’adoption officielle du fusil Martini-Peabody par l’Empire ottoman en 1872, les provinces albanaises - alors sous domination ottomane jusqu’en 1912, puis définitivement libérées en 1918 - vont progressivement intégrer ce fusil à leurs arsenaux. Ce remplacement marque la fin d’une ère dominée par les fusils à chargement par la bouche artisanaux comme les Kapakli, Tanchika, Arnautka, Rashak, Kariophili ou encore Prizrenci. Dans ce contexte, l’Albanie se dote de milices locales multiethniques, composées de combattants albanais, serbes, grecs et turcs, qui adoptent le fusil Martini-Peabody (appelé localement « Martin »). Ce fusil, robuste et fiable, devient une référence dans les Balkans, notamment pour sa simplicité d’utilisation et sa puissance de feu en tir monocoup. Bien que, dès le début du XXe siècle, certaines ethnies commencent à adopter des armes plus modernes - les Turcs optant pour des fusils Mauser, les Serbes et les Grecs pour des Mannlicher - le fusil Martini-Peabody reste largement utilisé par les clans albanais. En 1939, lors de l’invasion italienne, le fusil équipe encore les forces auxiliaires ethniques albanaises, fortes de 1 200 officiers et près de 30 000 miliciens, en soutien de l’armée royale.

Le Martini Suisse

La Suisse elle en a fait des armes de sport et de chasse , l'armée en a acheté 160 exemplaires pour ses tireurs d'élite en 1893. Quelques modifications ont été apportés sur les expériences Anglaises dont ( un canon octogonal , ventilé sur ses plats par cannelures , un extracteur renforcé et l'absence d'indicateur de charge sur le côté droit de la carcasse. Un test à Wallenstat à permis de tester 50 carabines Martini sur 3 semaines avec chacune 10.000 cartouches avec comme option ( nettoyage tous les 1000 coups à l'eau chaude et au savon sans avoir le droit d'huiler ou de graisser l'arme) Tous les 5000 coups nettoyage complet avec huile et graisse. Le résultat fut incroyable . Seul 2 carabines eurent quelques problèmes mineurs résolu dans les 15 minutes sans démontage de l'arme.

Petite remarque pour les trois dernières photos des carabines Martini. Le levier sous garde ( rechargement) à une forme différente des précédentes photos. Les première photo sont des Martini pour le tir couché alors que les 3 dernières sont pour le tir 3 positions. La forme du levier ainsi qu'un emplacement pour le pouce permet l'utilisation du levier comme poignée pistolet ou simplement en pouce vertical avec accès direct à la détente. Comme remarque, il est également important de spécifier que le système Martini à bloc tombant à donné naissance aux premières vraies armes de match, mais également aux armes pour gaucher ( elle étaient identique sauf appuie joue pour celle qui en avaient un) Cette spécificité pour gaucher n'est nullement volontaire ( elle fait partie de la conception de l'arme) ce qui en fait une arme ambidextre par accident.

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