FR-F1 : Le Fusil de Précision Français qui a Marqué son Époque

Le FR-F1, fusil de précision français, est une arme qui a marqué son époque par sa conception ingénieuse et sa fiabilité. Adopté par l'armée française en 1965, il a été utilisé dans de nombreux conflits à travers le monde, du Tchad au Liban, en passant par Kolwezi. Cet article explore en détail les spécifications techniques du FR-F1, son histoire, ses engagements et son évolution vers le FR-F2.

Genèse du FR-F1 : Une Réponse aux Besoins de Précision

En 1964, le général Ailleret charge l’État-Major de l’Armée de Terre de créer une carabine de précision. Les études préliminaires sont confiées à la MAS qui prend conseil auprès de tireurs sportifs aussi bien des sections militaires de tir que de la Fédération Française de Tir. Il faut attendre en fait 1964 pour qu’un véritable fusil français militaire de précision soit mis à l’étude à l’initiative du Général Ailleret. L’arme est adoptée le 5 mars 1965. Le FR-F1 a été développé avec beaucoup de bon sens et de prudence ce qui explique sans doute ses illustres qualités. Il en résulte un choix heureux qui a surtout consisté à limiter ses ambitions (tir de distance à 600 mètres pour une arme qui peut potentiellement se retrouver dans les mains d’un appelé du contingent) et à repartir de l’architecture éprouvée, fiable et très précise du MAS modèle 1936 et notamment de son excellente culasse.

Cette arme fut en dotation dans l’armée française de 1966 jusqu’en 1989 où il fut remplacé par le FR-F2.

Caractéristiques Techniques du FR-F1

Le FR-F1 est un fusil à répétition doté d'un système à verrou classique qui équipait préalablement les fusils réglementaires M.A.S 36 et M.A.S. 36/51. Le traitement extérieur des aciers qui rentrent dans la composition de la boîte de culasse a été nettement plus soigné que sur les armes modèle 36. C’est important de le dire car des confusions sont parfois faites entre le FR-F1 (et son successeur FR-F2) et le FR-G2, fusil de précision de l’Armée de l’Air qui lui est véritablement un dérivé direct du MAS 36.

La Culasse

La boite de culasse dérive de celle du MAS 36, mais elle est plus robuste et comporte seulement une fenêtre d’éjection à droite (les pièces de MAS 36 sont compatibles avec une action de FR-F1 et FR-F2).

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Le Canon

Le canon, pièce essentielle de l’arme est de forme tronconique, rainuré à droite par quatre rayures au pas de 300. Le canon de 600 millimètres de longueur possède quatre rayures à droite suivant un pas de 300 et comporte à son extrémité un manchon cache-flamme réglable absorbant les vibrations de sortie de bouche.

Le dit canon comporte en bouche un manchon cache-flamme, d’ailleurs réglable, qui absorbe aussi les vibrations de sortie de bouche. A ce titre, il faut signaler que les longues études de mise au point de l’arme ont montré que si son utilité comme cache-flamme était certaine, cet accessoire ne présentait pas d’amélioration sensible de précision à courte et moyenne distance (jusque 400 mètres).

La Crosse

L’arme se distingue par une crosse novatrice, à poignée pistolet, et ajustable par un jeu de cales faciles à monter pour adapter sa longueur à la morphologie du tireur. La crosse à poignée-pistolet possède un appui-joue et des intercalaires de plaque de couche pour adapter sa longueur à la morphologie du tireur. La crosse est complétée d’un appui-joue « de série ».

La crosse bénéficie d’un dispositif très sophistiqué de réglage pour une arme en dotation réglementaire. Quatre longueurs de crosse sont disponibles suivant le système de rallonges. De 345 mm sans rallonge, nous passons à 365 mm avec la rallonge courte pour arriver à une longueur totale de 385 mm avec la rallonge longue. En combinant les deux rallonges nous obtenons une crosse d’une longueur de 405 mm. Celle-ci est spécialement étudiée pour assurer le maintien de l’arme contre l’épaule du tireur dans la position couchée, même pendant les opérations de rechargement. La partie supérieure de la crosse est munie d’un repose-joue. La poignée pistolet est large, légèrement inclinée sur l’arrière et convient à toutes les mains. A sa partie supérieure, elle est travaillée pour recevoir le pouce du tireur.

Autres Composants

  • Bipied : Un bipied métallique relevable à jambes extensibles verrouillables est placé en position médiane, permettant les longs cycles d’observation en postes de tir sans fatigue excessive du bras droit.
  • Chargeur : Le chargeur métallique à 10 cartouches possède un talon caoutchouc permettant le poser de l’arme en poste immédiat sans risque de dommage au boitier ni de bruit permettant la localisation du tireur. Autre différence avec le Mas 36, l’arme a une capacité de 10 cartouches et non plus de cinq.
  • Lunette de visée : Bien sûr, notre fusil FR-F1 est équipée d’une lunette de visée. Dans sa première version, cette lunette de visée est celle fabriquée par APX (Atelier de Construction de Puteaux devenue ensuite Section Technique de l’Armée de Terre). C’est celle-là qui sera ensuite modifiée et adoptée sous la désignation « Modèle 53 bis » ou « APX806 bis » pour notre FR-F1, puis pour le FR-F2. La lunette de visée d’origine fabriquée par APX et dénommée 806 L possède un grossissement fixe de 3,85 fois et un réticule à pointe centrale croisée par une ligne médiane interrompue. La lunette du FR-F1 est en millième avec une valeur de clic à 0,1 millième soit un centimètre à cent mètres.

Les Versions du FR-F1

  • Type A : Le type « A » pour tir militaire de combat jusque 600 mètres.
  • Type B : Le type « B », arme de compétition militaire avec un guidon match et un œilleton - ce dernier ne ressort d’ailleurs pas d’une fabrication spécifique, c’est un juste « A » sélectionnés parmi les meilleurs pour la compétition.
  • Type C : Version C : cette version n’a jamais dépassé le stade de projet, il s’agissait d’un F.R.

Engagements et Faits d'Armes du FR-F1

Adopté en 1965, et arrivé en unité dès 1966, il est engagé avec le 2e REP fin 1970 au Tchad avec des engagements violents contre les rebelles du Frolinat (12 tués français et 60 rebelles éliminés dans une véritable bataille rangée). Le GIGN l’utilisera pour la première fois lors de la prise d’otages de Loyada à Djibouti en 1976: 31 gamins et gamines, enfants de militaires français, pris en otage dans un bus par des terroristes. En quelques minutes, les FR-F1 parlent et le groupe parvient à tuer tous des terroristes.

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Il sera bien sûr utilisé lors de la bataille de Kolwezi au Zaïre en mai 1978 pour libérer 2.800 otages européens où, aux mains de nos légionnaires, il fera des coupes sombres dans les rangs adverses (250 éliminés pour 5 légionnaires tués ou disparus et 25 blessés). Le FR-F1 réalisera aussi de nécessaires et fréquentes éliminations au Liban et ailleurs dans le monde dans des opérations restées « discrètes ». La gendarmerie en fera aussi un large usage.

Production du FR-F1

Les archives indiquent que 5.150 FR-F1 ont été officiellement commandés par la Direction du Matériel et que leur production s’est arrêtée en 1973. 50 armes encore ont été montées à partir de pièces disponibles en 1976 et, peut-être encore, quelques armes en 1986. Ça nous fait, au grand maximum, peut-être 5.300 armes FR-F1 en étant optimiste. On sait aussi que, en tout, 7.500 FR-F1 et son successeur FR-F2 ont été produits.

Évolution vers le FR-F2

Les modifications essentielles du FR-F2 sont un nouveau manchon thermique avec une nouvelle ligne de visée et surtout un nouveau canon en 7,62 Otan. D’abord 3.500 environ ont été mis au standard Otan 7,62 en 1986 et 1987.

Le FR-F2 (Fusil à Répétition - Modèle F2) est le fusil de précision standard de l'armée française. Fabriqué par la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne (MAS), il est utilisé par les tireurs d'élite des forces armées françaises depuis les années 1980. Le FR-F2 est une version améliorée de son prédécesseur, le FR-F1. Il est chambré en calibre 7,62 mm NATO, ce qui lui permet de tirer des munitions standardisées au sein des forces de l'OTAN. Le fusil est équipé d'un canon flottant, une caractéristique qui minimise les vibrations et améliore la précision du tir. Le FR-F2 est également doté d'un frein de bouche et d'un bipied repliable, offrant une stabilité accrue lors des tirs à longue distance.

L'Héritage du FR-F1

Le FR-F1, bien que remplacé par le FR-F2, reste une arme emblématique de l'histoire militaire française. Sa conception ingénieuse, sa précision et sa fiabilité en ont fait un outil précieux pour les tireurs d'élite français pendant de nombreuses années. Son héritage se perpétue à travers le FR-F2, qui continue de servir avec distinction au sein des forces armées françaises.

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Les Premiers Fusils de Sniper : Un Aperçu Historique

C’est au cours de la guerre de Sécession que sont apparus les premiers fusils équipés d’instruments de visée optiques. Les carabines Sharps et les fusils à répéti­tion Henry ont été les premières armes munies d’une lunette de tir. Lors de la grande guerre la plupart des belligé­rants ont muni de lunettes leurs fusils réglementaires. Les Belges avec des Mauser 1889 et certains Mauser turcs modèle 1903 équipés d’une lunette Scheibler ou Winchester. Quelques décennies plus tard, le second conflit mondial devait confirmer cette tendance, les anglais avec le Lee Enfield N° 4 Mark I, les allemands avec le K 98 K monté avec une lunette ZF 41, les soviétiques avec le Mosin 91/30, les américains successivement avec les Springfield M 1903 A 4, Garand M1 C et M1 D, enfin les japonais avec les Ari- zaka Type 97. Ces différents fusils ne dérivent des armes de dotation régle­mentaire que sur des points de détail : support de lunette, appui-joue. Notre pays avait suivi cette mode avec le F.S.A.

L'Émergence du Fusil Moderne de Tireur d'Élite

La véritable naissance du fusil moderne de tireur d’élite a eu lieu dans les années 1960. Certains pays se sont à cette époque penchés sur des armes longues de très grande précision, ainsi IUR.S.S. a mis au point le Dragunov, connu surtout sous l’appellation de S.V.D. (Samozariadnyia Vintovka Dra- gunova). Cette arme est depuis 1967 en service au sein des troupes du Pacte de Varsovie, en remplacement du célèbre 1891/30. Ce fusil semi-automatique fonctionne par emprunt des gaz, ali­menté par un boîtier chargeur, il tire de la 7,62 mm Mosin. D’une conception d’ensemble proche des fusils d’Assaut AKM 47, il s’en diffère par son fonction­nement et sa conception interne. L’Allemagne avec son Heckler und Koch propose le G 3 SG/1 et le HK 33/SG 1, armes directement déri­vées des fusils d’assaut en 7,62 mm Nato et 5,56. Une lunette à grossisse­ment variable de 1,5 à 6 assure une bonne visée jusqu’à 700 mètres environ. De même le « sniper » Krico, de la firme Kriegeskorte et Cie de Stuttgart est une arme dérivée de la série des 700, qui est proposée dans les calibres 222 Rem - 223 - 243 Win. et 308 Win. Enfin la firme Walther propose une arme d’une conception résolument futuriste, la Wal­ther 2000 déjà détaillée dans un de nos précédents articles. L’Autriche propose le SSG 69 de Daimler Puch, arme à ver­rou qui découle du mécanisme et du principe général de fonctionnement de la carabine de Chasse Steyr-Mannli- cher. Une lunette Helia Super 6 S 2 ren­force sa précision. La Suisse, pays neu­tre entre tous, équipe son armée soit avec le mousqueton à lunette Mie 1931/55 soit avec les SIG. Les Etats-Unis ont choisi comme arme de précision le fusil M 21, arme semi-automatique dérivée du M 14 National Match, une lunette Leather- wood renforce encore son efficacité. Les Marines emploient volontiers une adaptation de la carabine Reming- ton 700 dans sa version « Varmint Spé­cial ». La Belgique par l’intermédiaire de la Fabrique Nationale Herstal S.A. peut proposer son fusil F.A.L ou sa carabine FNLC en version précision.

L'Arsenal Français : Du Passé au Présent

La France n’est pas restée en arrière pour équiper ses fantassins de fusils performants. Pendant le premier conflit mondial « l’homme des tranchées » qui était suffisamment bon tireur, et à l’épo­que, le tir était un sport aussi réputé que le football de nos jours, avait entre ses mains le fusil modèle 1886 M 93 équipé avec une lunette A.P.X. modèle 16. Les services techni­ques militaires avaient réussi à faire tirer d’une façon semi-automatique cette cartouche surpuissante qui don­nait déjà des « sensations fortes » lors des tirs répétitifs. Entre les deux guerres l’Armée a abandonné petit à petit la cartouche de 8 mm pour la remplacer par la 7,5 et ses dérivés. Des recherches techniques naquit le F.S.A. modèle 40 équipé d’une lunette A.P.X. M 686. Ce fusil ne devait être mis en service qu’après 1945 sous la désignation F.S.A. C’est officiellement en 1949 que ce modèle sous la désignation de M.A.S. 49 équipa réglementairement l’ensemble des unités. Des essais d’ar­mes de précision furent effectués à par­tir des prototypes de fusils automati­ques F.A. Après avoir étudié les différentes armes de précision existantes dans le monde, les laboratoires de recherches militaires décidèrent, avant de créer un type particulier de fusil de précision, d’analyser le rôle d’une telle arme sur un champ de bataille. L’arme avait-elle une vocation purement anti-personnel ou anti-matériel ? Le tir de destruction sur des hélicoptères volant à basses altitudes, ou sur des chars, peut ainsi être envi­sagé. Le rapide tour du monde des princi­pales armées nous a montré que beau­coup de pays utilisaient des armes semi-automatiques pour ce genre « d’exercice ». La France quant à elle, s’est tournée vers la mise au point d’un fusil à répétition, le premier coup devant automatiquement faire mouche. Dans ce but, le mécanisme du MAS 36 fut choisi afin de rendre l’arme la plus sta­ble possible. Dans un fusil semi-auto­matique, le départ d’un coup entraîne inévitablement des vibrations dues à la mise en mouvement des différents sys­tèmes internes de l’arme (culasses, pièce de manœuvre etc…) ces vibrations existent toujours lors du départ du coup suivant. Les gaz nécessaires au retour de la culasse en arrière dimi­nuent la pression de la cartouche, réduisant ainsi de 10 à 15 m/s la vitesse de la balle.

Une cartouche de 7,5 tirée dans un FSA 49/56 donne une vitesse initiale de l’ordre de 830 m/s environ alors que la même munition de caracté­ristiques techniques identiques et de même lotissement tirée dans un M.A.S. Nous sommes l’un des rares pays du monde à avoir sciemment doté notre armée d’un fusil de tireur d’élite à répé­tition. La plupart des autres nations ayant choisi le fusil semi-automatique ou automatique, laissent aux services de police ou de gendarmerie le soin de s’équiper avec des fusils de précision à répétition. Les essais de l’actuel FRF1 ont débuté dans le courant du mois de mars 1956. Pour la maniabilité, les ingrédients traditionnels du fusil de compétition ont été utilisés. Quant à la précision, elle tient au fait que l’arme a un système de détente très souple et réglable, le poids de départ du coup est d’environ 2 kg. Le fantassin pour « cibler » son objectif a à sa dispo­sition une lunette de visée modèle 1953 au grossissement de 3,8.

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