Les fusils tactiques pendant la guerre froide : un aperçu

La guerre froide, période de tensions géopolitiques entre les États-Unis et l'Union soviétique et leurs alliés respectifs, a été une époque d'innovations militaires significatives. Parmi celles-ci, le développement et le déploiement de fusils tactiques ont joué un rôle essentiel dans la préparation à d'éventuels conflits. Cet article examine les fusils tactiques utilisés pendant la guerre froide, en mettant en évidence leurs caractéristiques, leur utilisation et leur impact stratégique.

Contexte de la guerre froide et course aux armements

La guerre froide a été marquée par une course aux armements entre les deux superpuissances, chacune s'efforçant de surpasser l'autre en termes de capacités militaires. Cette compétition a conduit au développement d'une large gamme d'armes, y compris des fusils tactiques, conçus pour répondre aux besoins spécifiques des différentes situations de combat.

Après Hiroshima et Nagasaki, puis le développement par l'URSS de l'arme atomique en 1949, Américains comme Soviétiques avaient conscience de l'intérêt stratégique de bombes capables de raser des villes entières.

Le développement des fusils tactiques

Les fusils tactiques de la guerre froide ont été conçus pour être légers, fiables et précis. Ils étaient également conçus pour être utilisés dans une variété d'environnements, des jungles d'Asie du Sud-Est aux champs de bataille urbains d'Europe.

L’apparition du premier calibre intermédiaire en Union Soviétique, adopté sous sa première forme 7,62×41 mm M43 en 1943, puis sous sa version définitive 7,62×39 mm M43 en 1945, aboutira à la mise en service de 3 armes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Si l’AK s’inscrivait parfaitement dans l’air du temps, le RPD était précurseur des « Squad Automatic Weapon » et la SKS était… objectivement déjà dépassée par plusieurs aspects au moment de son adoption par l’Armée Soviétique !

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Armes emblématiques de l'époque

Plusieurs fusils tactiques se sont distingués pendant la guerre froide en raison de leur efficacité et de leur large utilisation. Parmi les plus notables, on peut citer :

  • L'AK-47 (Union soviétique) : Conçu par Mikhaïl Kalachnikov, ce fusil d'assaut est devenu l'arme de choix pour de nombreux soldats et groupes révolutionnaires à travers le monde. Sa simplicité, sa fiabilité et sa facilité d'utilisation en ont fait une arme emblématique de la guerre froide.

  • Le M16 (États-Unis) : Développé au début des années 1960, le M16 était la réponse américaine à l'AK-47. Bien qu'il ait connu des problèmes initiaux de fiabilité, il a été amélioré au fil du temps et est devenu un fusil standard pour les forces armées américaines.

  • Le FN FAL (Belgique) : Ce fusil de combat a été largement utilisé par les forces occidentales pendant la guerre froide. Il était connu pour sa précision et sa puissance de feu.

  • Le Heckler & Koch G3 (Allemagne de l'Ouest) : Ce fusil de combat a été adopté par de nombreuses armées à travers le monde. Il était réputé pour sa robustesse et sa fiabilité.

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Le SKS

Repéré dès 1918 par V.A. Degtyarev alors qu’il travaillait sur des pièces des armes conçues par V.G. Fedorov, Sergei Gavrilovich Simonov sera très rapidement associé à la conception de fusil et de carabine semi-automatique et automatique. Il présentera de nombreux prototypes à partir de 1926 et connaitra une première consécration avec l’adoption de l’AVS-36 en 1936.

C’est donc en toute logique que S.G.Simonov fera partie des personnes sollicitées pour le développement d’une carabine semi-automatique pour le tout nouveau calibre intermédiaire adopté en 1943 : la 7,62×41 mm.

Parmi les autres concepteurs d’armes qui furent sollicités, on trouve V.A. Degtyarev, N.V. Rukavishnikov, F.V. Tokarev (selon Maxim Popenker), mais aussi de façon très documentée, M.T. Tout comme pour le fusil antichar semi-automatique PTRS-41, les travaux de S.G. Simonov sur cette nouvelle carabine sont principalement basés une carabine semi-automatique en 7,62×54 mm R de 1941 de sa propre conception. Il s’agit donc du travail inverse à la conception du fusil antichar semi-automatique : non pas une augmentation de calibre (vers la 14,5×114 mm pour le PTRS-41), mais une réduction de calibre vers ce qui allait devenir in fine, le 7,62×39 mm.

Ses travaux débutent vraisemblablement en 1944 et permettent de rapidement proposer une carabine qui sera testée sur le premier front Biélorusse au printemps de cette même année et par l’école d’entrainement des officiers « Vistrel » (« Выстрел », littértalement « tir »). Cette carabine est sensiblement différente de celles que nous connaissons : elle est doté d’une frein de bouche (comme l’AVS-36), d’un tube emprunt de gaz non démontable au niveau utilisateur et dépourvue de la baïonnette pliante aujourd’hui si caractéristique de l’arme. Si cette carabine n’est pas dépourvue de défaut, les retours sont très positifs. Parmi les armes proposées par ses concurrents, la carabine conçue par M.T.Kalashnikov sera bien testée entre 1944 et 1945. Sans être dépourvue de qualité, elle n’avait pas atteint la maturité de l’arme de S.G. Simonov qui s’appuyait sur près de 20 ans de travail dans ce domaine.

En conséquence, après quelques modifications qui donneront naissance à l’arme que nous connaissons, la carabine de S.G.Simonov est « validée » avant la fin de la guerre par l’Armée Rouge et sera officiellement adopté 1949. Son appellation sera « 7,62-мм Самозарядный Карабин системы Симонова образец 1945 года » (« Samozaryadny Karabin sistemy Simonova, obrazerts 1945 goda » soit « Carabine Semi-automatique système Simonov, modèle de l’année 1945). La dénomination abrégée officielle sera « СКС », en cyrillique, soit SKS en alphabet latin. On peut noter que la « validation » et l’adoption officielle sont espacées de près de 4 ans : mais en réalité, une fois la guerre terminée, les priorités ne sont plus les mêmes.

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C’est en cette même année 1949 que l’arme est mise en production à l’usine de Tula, puis en 1951 à l’usine de Izhevsk. 1949 est donc également l’année qui voit la mise en production en « l’AK-47 type 1 » à Izhevsk. Les deux armes voient donc leur mise en service effective dans l’armée Soviétique au même moment. Pour ses travaux sur la SKS, S.G. Simonov recevra le Prix Staline en 1949, en même temps que M.T. Kalashnikov pour ses travaux sur l’AK et V.A. Degtyarev pour ses travaux sur la RPD. Les 3 armes sont ainsi misent en productions et commencent à être distribuées quasiment en même temps.

Impact stratégique

Les fusils tactiques ont joué un rôle important dans la stratégie militaire pendant la guerre froide. Ils ont été utilisés pour mener des opérations de reconnaissance, des embuscades et des opérations spéciales. Ils ont également été utilisés pour équiper les forces de guérilla et les mouvements de résistance dans les pays du tiers monde.

Le rôle des armes nucléaires tactiques

Parallèlement au développement des fusils tactiques, la guerre froide a également été marquée par la prolifération des armes nucléaires, y compris les armes nucléaires tactiques. Ces armes étaient conçues pour être utilisées sur le champ de bataille et avaient une portée plus courte que les armes nucléaires stratégiques.

L’utilisation des forces nucléaires est un refrain qui revient en boucle depuis le début de la guerre en Ukraine. À l’heure où Vladimir Poutine annonce le déploiement d’armes nucléaires « tactiques » en Biélorussie, l’utilisation de ces dernières dans un contexte militaire montre avec une forte acuité le renchérissement de la dissuasion.

Alors que l’US Army est submergée par l’armée nord-coréenne, elle imagine une arme nucléaire adaptée au combat permettant par sa force de frappe de reprendre l’avantage malgré l’infériorité numérique de ses propres forces. La première arme nucléaire tactique sera mise en service début 1953 par les Américains, incitant à une nouvelle forme de dissuasion. Parallèlement, l’URSS produit ses premières armes nucléaires tactiques ainsi que la France et le Royaume-Uni dans les années 1960.

Selon la Fédération des scientifiques américains (FAS), la Russie disposerait de 2 000 armes de cette catégorie contre 700 pour les États-Unis.

Vladimir Poutine, s’est dit prêt mercredi à utiliser « tous les moyens » de son vaste arsenal contre l’Occident, une allusion à ses capacités nucléaires. « Ce n’est pas du bluff », a-t-il indiqué. Une utilisation de l’arme atomique pourrait notamment passer par les armes nucléaires tactiques.

Ces dernières « sont utilisées dans un but tactique, pour gagner une bataille, pour détruire une colonne de chars ou pour percer des défenses par exemple », notait en avril dans Le Figaro , Héloïse Fayet, chercheuse à l'Ifri et coordinatrice du programme Dissuasion et prolifération.

La Russie dispose de nombreuses armes nucléaires tactiques conformément à sa doctrine traditionnelle « escalade-désescalade » qui consisterait à faire usage en premier d’une arme nucléaire de faible puissance pour reprendre l’avantage en cas de conflit conventionnel avec les Occidentaux. Selon certains experts, la doctrine militaire russe également prévoit la possibilité de recourir à des frappes nucléaires si des territoires considérés comme russes par Moscou sont attaqués.

Les bombes atomiques dites "à faible puissance" (de 1 à 100 kilotonnes) sont bien moins destructrices que les bombes stratégiques qui sont au cœur de la dissuasion dont la puissance se compte en mégatonnes. Mais la menace reste importante. Pour rappel, celles que les américains ont envoyés sur le Japon en 1945 avaient une puissance de 12 kilotonnes. Leur zone de destruction est limitée à un périmètre de l'ordre d'une grande ville de France.

N'importe quel engin explosif (bombes, obus ou missile) peut être équipé de tête nucléaire et devenir des bombes nucléaires tactiques avec une portée limitée à 500 kilomètres contre des milliers pour une bombe balistique. C'est une arme pensée pour être utilisée sur les champs de bataille par des forces armées dépassées par la puissance de son adversaire.

Si ces pays font une distinction entre bombes tactique et stratégique, la France a cessé de le faire dès les années 70. Elle les considère toutes comme des armes "préstratégiques" qui font partie de la dissuasion.

Les SADM

Un projet d'arme atomique portative vit donc le jour sous l'administration de Dwight Eisenhower, dans les années 1950. Ces SADM devaient viser des cibles terrestres ou sous-marines, à l'origine pour créer à l'aide du souffle des obstacles aux forces ennemies. Par comparaison, Little Boy, la bombe lâchée sur Hiroshima, a émis une explosion équivalant à 15 kilotonnes. On parle donc d'un explosif bien moins puissant, mais suffisant pour causer un cratère conséquent.

L'intérêt du W-54 reposait en son petit gabarit, aisée à déployer derrière les lignes ennemies en Europe de l'Est. L'armée américaine finit par construire ainsi plusieurs centaines de ces bombes remarquablement compactes, avec un poids de 90 kilos pour 60 sur 40 centimètres.

En cas d'attaque soviétique contre les forces de l'OTAN, les forces spéciales américaines auraient dû mener avec ces bombes une campagne de harcèlement derrière les lignes ennemies.

Des équipes de deux, dont l'un transportant l'arme désassemblée, devaient être parachutées près de la cible puis installer l'arme. Chacun devait ensuite entrer l'un des codes nucléaires nécessaires au déclenchement de l'arme.

Après avoir installé l'arme, le personnel devait se retirer dans une position isolée des dangers de l'explosion, alors même que les minuteurs des explosifs n'étaient pas fiables, rendant possible le risque d'une explosion prématurée. Les Green Lights étaient censés fuir le territoire ennemi après l'explosion, rendant cette mission presque suicidaire peu importe l'issue.

Conséquences potentielles de l'utilisation d'armes nucléaires tactiques

L'utilisation d'armes nucléaires tactiques aurait des conséquences dévastatrices. Non seulement elles causeraient des destructions massives et des pertes en vies humaines, mais elles pourraient également conduire à une escalade du conflit et à une guerre nucléaire à grande échelle. C'est pourquoi l'utilisation de ces armes est considérée comme un dernier recours et est soumise à des contrôles stricts.

Envoyer une bombe nucléaire, même tactique, serait considéré comme une attaque nucléaire par toutes les organisations d'état de l'ONU à l'Otan. La riposte serait immédiate contre l'agresseur.

La distinction entre tactique et stratégique en terme de puissance ou d'usage n'a pas de sens, ça reste des bombes nucléaires et leur emploi aura des conséquences dramatiques non seulement sur le terrain et au niveau international. D'ailleurs, seuls les chefs d'état peuvent donner l'ordre de les utiliser.

Pour le général Jean-Paul Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air et ex-commandant suprême de l’OTAN, cet usage provoquerait un désastre mondial.

L'évolution des sous-marins pendant la guerre froide

L'évolution technologique a conduit au développement de sous-marins capables de rester immergés pendant de longues périodes et de lancer des missiles nucléaires.

En 1954, la propulsion nucléaire, développée aux Etats-Unis, lui permet de s’en affranchir, d’augmenter sa vitesse, de renouveler l’oxygène du bord et d’alimenter toutes les installations électriques. Le Nautilus devient le premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Dès 1961, l’armement nucléaire puis la technologie MIRV (missiles à plusieurs têtes suivant une trajectoire indépendante) donnent une dimension stratégique aux sous-marins américains lanceurs d’engins (SNLE).

Parallèlement dans les années 1950 et 1960, les Etats-Unis immergent des systèmes d’hydrophones dans les océans Atlantique et Pacifique pour surveiller les déplacements des submersibles soviétiques. Puis, l’augmentation de la portée des missiles n’oblige plus les SNLE américains à s’approcher des côtes soviétiques. L’URSS déploie alors des avions à long rayon d’action pour protéger les zones de patrouille de ses SNLE. Les Etats-Unis envoient des SNA chasser ses SNLE et menacent ses bases au moyen de leur aviation embarquée et de missiles de croisière.

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