Le fusil Mosin-Nagant, connu en Russie sous le nom de "fusil de trois lignes" (винтовка Мосина), est une arme à feu qui a marqué l'histoire militaire de la Russie et de l'Union soviétique. Sa conception remonte à la fin du XIXe siècle, et il a été utilisé dans de nombreux conflits majeurs du XXe siècle, de la guerre russo-japonaise à la guerre froide. Cet article explore l'histoire, l'évolution et l'héritage de cette arme emblématique.
Origines et Conception
L'histoire du Mosin-Nagant commence dans les années 1880, lorsque l'armée russe cherche à moderniser son armement. À cette époque, les fusils à un coup sont progressivement remplacés par des fusils à répétition, offrant une cadence de tir bien supérieure.
Les Premiers Pas de Mosin
À partir de 1883, le concepteur d'armes Sergueï Mosin s'intéresse aux fusils de calibre 10,6 mm et propose un modèle de chargeur à 8 coups intégré dans le fût. Les Français lui proposent rapidement 6 millions de francs de l'époque pour en assurer la production sous licence en l'adaptant au fusil Gras. De 1887 à 1889, Mosin passe à des calibres plus petits, comme les armées occidentales (cf. 8 mm Lebel ou le 7,92x57 cher à Mauser). Il développe donc un chargeur à pile unique de 5 coups dans le calibre de 3 lignes. La ligne étant alors une mesure de longueur tsariste, comme une ligne fait 2,54 mm, nous avions donc 3 lignes : 7,62 mm. CQFD le fusil de 3 lignes était né !
La Contribution de Nagant
Le concepteur belge Léon Nagant, connu pour son revolver, propose également son propre fusil en calibre 3,5 lignes (8,89 mm). De l'hiver 1890 au printemps 1891, le fusil belge est proposé à l'essai en corps de troupe aux côtés de celui de Mosin. À la fin de ces essais, toutes les unités ne jurent que par le Nagant. Cependant, Mosin, qui jouait à domicile, fit jouer quelques appuis bien placés auprès du Tsar et la Commission Chagin qui présidait au choix du futur système d'arme russe vota pour le Mosin. Néanmoins le Nagant étant bien supérieur au Mosin un compromis fut trouvé (peut-être Nagant avait-il aussi des amis à la cour de Russie?). Il est généralement admis que l'influence de Nagant se reconnait dans la culasse, le système d'alimentation et les clips contenant les 5 cartouches.
L'arme résultant de cette alliance fut donc nommée : Russkaya trekhlineinaya vintovka obrazets 1891-ago goda ou fusil russe 3 lignes modèle 1891. Le tsar Nicolas III fit retirer l'appellation "russe". À noter qu'à l'époque on ne parlait jamais de fusil Mosin, ce terme n'apparut qu'avec l'ére soviétique. Le terme "Mosin Nagant" n'est d'ailleurs qu'une appellation occidentale n'ayant jamais eu cours en Russie.
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Adoption et Production
Le "fusil russe 3 lignes modèle 1891", est adopté par l'armée impériale russe. Cependant, la Russie ne disposait pas de l'infrastructure nécessaire pour produire en grande série le nouveau fusil (plus de trois millions d'exemplaires). La Russie s'adressa donc à diverses manufactures européennes. Ce fut la Manufacture Française de Châtellerault qui fut le plus à même de produire en grande quantité, elle réalisa 503 539 armes de 1892 à 1895. Les autres fabricants européens étant la Osterreichische Waffenfabrik de Steyr en Autriche et la Société Suisse de Neuhausen-chutes du Rhin. Les productions nationales débutent en 1894 aux arsenaux de Tula, Ijvesk et Sestrojevsk.
Caractéristiques Techniques
Le Mosin-Nagant modèle 1891 est un fusil à répétition manuelle doté d'un chargeur de 5 cartouches de calibre 7,62x54R.
Spécifications du Modèle 1891
- Calibre : 7,62 mm
- Munition : 7,62x54 R
- Longueur totale : 1,306 m
- Longueur du canon : 0,801 m
- Longueur avec baïonnette : 1,732 m
- Poids : 4,400 kg
- Capacité du magasin : 5 coups
Description de l'Arme
Monture d'une seule pièce à crosse Anglaise, fut effilé et garde main recouvrant le canon terminé par un embouchoir. Le canon est maintenue par une capucine et une grenadière. Baguette sous le canon. Boitier de culasse a pans, culasse mobile a levier droit, magasin fixe alimenté par lame chargeur de cinq coups. Les organes de visée sont constitués par un guidon nu sur embase et une hausse a gradins et Planchette. Les gradins vont de 200 a 1000 et la planchette de 1100 a 2600, les mesure sont en arshins Russe soit un arshin = 0,711m. En 1908 avec l'adoption de la nouvelle cartouche a balle cylindro-ogivale pointu de 9,4gr une nouvelle planchette est installé avec des graduations de 1200 a 3200 arshins
Bretelle et Baïonnette
Bretelle en cuir du 1891. La baïonnette 1891 est de forme cruciforme, l’extrémité ayant la forme d'une lame de tournevis, elle comporte une virole de blocage. Les fentes pour le passage du guidon ont été modifiées, à l'origine elles étaient à 90° (entre la première et la troisième fente) notamment pour la fabrication de Châtellerault du début de contrat. Rapidement l'angulation des fentes est passée à 60°, y compris pour la fin de production de Châtellerault, pour finir en version définitive et la plus courante avec une angulation de 30°. Sans parler des baïonnettes fabriquées par les autrichiens pour les MN de prise avec une fente de guidon unique et droite.
Service et Évolutions
Le Mosin-Nagant est entré en service en 1892 et est resté l'arme standard de l'infanterie russe pendant de nombreuses années.
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Premières Guerres et Modifications
L'arme a été utilisée pendant la guerre russo-japonaise, la Première Guerre mondiale et la guerre civile russe. Avec l’entrée en guerre de la Russie en 1914, la production est restreinte au M1891 cavalerie et au M1891 infanterie pour une question de simplicité. Un grand nombre de Mosin-Nagant capturés par les forces allemandes et austro-hongroises ont été vues en service dans les lignes arrière du front et dans la marine allemande. Pendant la guerre civile russe, les versions cavalerie et infanterie sont en production, quoiqu’en nombre extrêmement réduit. Entre l’adoption, en 1891 et 1910, plusieurs variantes et modifications aux fusils existants sont faites, incluant le changement des organes de visée, l’implantation d’une culasse renforcée (à cause de l’adoption d’une ogive de 147 grains), la suppression des doigts d’acier derrière le pontet, un nouveau canon et l’installation d’un montage à galets.
Modernisation et Modèle 1891/30
Après la victoire de l’Armée rouge, un département est créé en 1924 pour moderniser le fusil, qui est alors utilisé trente années supplémentaires. Cela a dirigé le développement du modèle 1891/30, basé sur la conception du modèle cavalerie original. Les changements incluent : la réintroduction d’organes de visée arrières plats, le rééchelonnement de la hausse en mètres à la place de l’antique archine sur les armes du tsar et le raccourcissement du canon de 5 mm. De plus, une nouvelle baïonnette à ressort est conçue pour ce nouveau modèle. Le fusil est conçu pour tirer avec la baïonnette déployée, ce qui augmente sa précision grâce aux vibrations harmoniques créées quand une balle est tirée.
Versions Sniper
Mais c’est en 1932, que l'Armée rouge a tiré des Mosin-Nagants des lignes d'assemblage pour les modifier pour en faire des fusils de sniper. Dans les années 1930, Le Mosin-Nagant connait une version de précision (en 1932), et est utilisé par les tireurs d’élite soviétiques pendant la seconde Guerre mondiale. En fait, il semblerait que les tireurs d'élite allemands l’auraient même préféré à leurs propres Mauser Karabiners K98 et bien que les soviétiques avaient adopté le Tokarev SVT-40 semi-automatique pour l'utilisation en fusil de sniper, il s’est avéré moins précis que le Mosin-Nagant, qui est finalement resté en usage jusqu'à ce qu’il soit remplacé par le Dragunov SVD en 1963. Il a notamment servi pendant la bataille de Stalingrad qui a fait des snipers russes des héros comme Vassili Zaïtsev ou Roza Chanina. Ces fusils étaient réputés pour leur résistance, leur fiabilité, leur précision et leur facilité d’entretien. Trois variantes au moins existent avec 3 lunettes différentes et des montages différents. Un, le plus basique[pas clair] avec la lunette PU (3,5x22) et un montage latéral, un autre avec la lunette PE, plus élaborée et le dernier avec la lunette PEM et son montage spécifique, vissé à l’avant du boîtier également.
Fin de Production et Utilisation Ultérieure
Dans les années de l’après-guerre, l’Union Soviétique arrête la production de tous les Mosin-Nagant pour les remplacer progressivement par la série des SKS et des AK. Malgré cela, le Mosin-Nagant sera encore utilisé dans le bloc de l’Est et dans le reste du monde plusieurs dizaines d’années, notamment pendant la guerre froide au Vietnam, en Corée, en Afghanistan et tout le long du rideau de fer. Récemment, une grande quantité de Mosin-Nagant a été retrouvée sur les marchés américains d’antiquités et de collectionneurs, car c’est aussi une arme fiable pour la chasse, assez précise et bon marché.
Les Différents Modèles de Mosin-Nagant
Le Mosin-Nagant a été produit en plusieurs variantes pour répondre aux besoins des différentes branches de l'armée.
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- Fusil d’infanterie modèle 1891 (nom Russe : пeхoтнaя винтовка образца 1891-гo года).
- Fusil de cavalerie (nom Russe : драгунскaя). Destiné à équiper la cavalerie.
- Fusil Cosaque (nom russe : казaчья).
- Carabine modèle 1907. Plus court et plus léger (0,95 kg) que le M1891, ce modèle était excellent pour la cavalerie, les sapeurs et les artilleurs. Il ne pouvait pas recevoir de baïonnette.
- Modèle 1891/30 (nom russe : винтовка образца 1891/30-гo года, винтовка Мосина). La version la plus courante du Mosin-Nagant. Il fut produit et distribué à l’armée soviétique entière de 1930 à 1945.
- Fusil dit de sniper, sniperskaïa. Trois variantes au moins existent avec 3 lunettes différentes et des montages différents.
- Carabine modèle 1938. Un fusil basé sur les plans du M1891/30. Il fut en service de 1938 à 1945, bien que les exemplaires produits en 1945 soient assez rares.
- Carabine modèle 1944. Cette carabine fut mise en service en fin 1943 et resta en production jusqu’en 1948. Ses spécificités sont très semblables au M1938 à l’exception de la baïonnette fixée en permanence sur le modèle 44 ; celle-ci est à lame quadrangulaire de 430 mm.
- Carabine modèle 1891/59x. Des M1891/30 existants qui furent raccourcis à la longueur d’une carabine.
Utilisateurs Étrangers
Le Mosin-Nagant a été exporté ou capturé par de nombreux pays à travers le monde, et a été utilisé dans de nombreux conflits.
- Empire Austro-Hongrois: A capturé une grande quantité de Mosin-Nagant pendant la Première Guerre mondiale. Ces fusils ont été redistribués aux troupes sur le champ de bataille. Quelques-uns ont été modifiés pour tirer la cartouche autrichienne en service, la 8x50r mm.
- Europe de l'Est: Les militaires de Bulgarie, Tchécoslovaquie, Estonie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Serbie ont tous utilisé le Mosin-Nagant à un moment ou à un autre durant le XXe siècle.
- République Populaire de Chine: Durant les années 1920 et 1930, les forces communistes de Chine ont reçu des Mosin-Nagant de l’URSS pour contrer les forces nationalistes pendant la guerre civile chinoise. La Chine commença à fabriquer des M1944 sous l’appellation de Carabine Type 53. Les machines utilisées pour les produire étaient fournies par l’Union soviétique dans le début des années 1950. Elles diffèrent un peu des modèles soviétiques.
- Finlande: Après avoir conquis son indépendance, la Finlande acheta de nombreux Mosin à l’étranger, essentiellement des fusils autrichiens et allemands capturés aux Russes pendant la Première Guerre mondiale. L’armée finlandaise ainsi que la Garde Civile conçurent et produisirent plusieurs nouveaux modèles de Mosin-Nagant, utilisant les chargeurs français, russes et américains. Pendant la Guerre d’Hiver entre 1939 et 1940, et jusqu’en 1944, la Finlande aura pris à l’ennemi des quantités gigantesques de Mosin. Les modèles finlandais étaient identifiés par les nombres : M/91-M24 « fusil de Lotta », M27, M28, M28-30 « Pystykorva » (pointu) et M39 « Ukko-Pekka ». Les Mosin-Nagant finlandais sont réputés pour leur précision et pour la fiabilité qu’on peut leur accorder. Le modèle M39 est le Mosin le plus abouti tant par son ergonomie (crosse pistolet) que par sa qualité de finition et sa précision.
- Empire Allemand: L’Empire allemand a capturé une grande quantité de Mosin-Nagant durant la Première Guerre mondiale. Ceux-ci ont reçu des modifications variées, notamment un recalibrage en 8x57S Mauser. Beaucoup étaient équipés d’un montage adapté pour recevoir une baïonnette-lame allemande. Ces fusils étaient distribués en seconde ligne et à la Kriegsmarine.
Simo Häyhä : La "Mort Blanche"
Pendant la Guerre d'Hiver, le tireur d'élite finlandais Simo Häyhä, surnommé la "Mort Blanche" (Белая Смерть, Belaya Smert), est devenu une légende en abattant un nombre impressionnant de soldats soviétiques avec son Mosin-Nagant.
En une centaine de jours, le Finlandais abat 259 soldats russes avec son fusil, un chiffre porté à 542 si l’on comptabilise les ennemis tués au pistolet-mitrailleur lorsqu’il est engagé comme simple fantassin lors de la bataille de Kollaa. Le 6 mars 1940, la chance abandonne Simo Häyhä. Un sniper soviétique qui le traque finit par le débusquer et l’avoir dans sa mire. L’homme ne rate pas sa cible : sa balle frappe Häyhä en plein visage. Elle lui arrache la moitié gauche de la mâchoire et, déviée, ressort sous l’oreille, sans toucher le cerveau ni la carotide. Inconscient, baignant dans une mare de sang parsemée de fragments d’os, « Belaya Smert » est ramassé par des soldats finnois qui s’étonnent de le trouver encore en vie alors que, selon leurs propos, « il lui manque la moitié de la tête ». Quelques semaines après la guerre d’Hiver, en récompense de ses formidables états de service, le maréchal Mannerheim le promeut directement au grade de Luutnantti (sous-lieutenant) ! Il est couvert d’honneurs et décoré notamment des quatre classes de la Croix de la Liberté, la plus haute distinction du pays.
La Cartouche de 7,62x54 mm R
La cartouche de 7,62x54 mm R est une munition à bourrelet développée pour le Mosin-Nagant en 1891. Elle a été utilisée dans de nombreux fusils et mitrailleuses russes et soviétiques, et est encore en service aujourd'hui.
Histoire et Évolution
L’histoire du 7,62x54 mm R commence en 1891, lorsque l'Empire russe cherche à moderniser son armement après l’invention de la poudre sans fumée. À cette époque, les grandes puissances militaires s'équipent de fusils à répétition modernes et la Russie impériale ne veut pas être en reste. Cette cartouche présente un calibre de 7,62 mm et une longueur totale de 54 mm. À l’origine, la cartouche utilise une ogive ronde qui était courante pour l'époque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, diverses variantes ont vu le jour, y compris des cartouches avec des projectiles perforants, traçants, incendiaires et à blanc, adaptées à des usages spécifiques. Une caractéristique notable de cette cartouche est l’utilisation généralisée de l’étui en acier, introduit par l’Union soviétique pour réduire les coûts de production et les besoins en matières premières stratégiques comme le laiton.
Armes Utilisant la Cartouche de 7,62x54 mm R
Voici une liste non exhaustive d'armes utilisant la cartouche de 7,62x54 mm R :
- Mosin Nagant (toutes versions)
- Maxim 1910
- AVS-36 de Simonov
- SVT-38 et SVT-40, conçus par Tokarev
- Fusil conçu par Yevgeni Dragunov
- Zastava M91
La Carabine SKS
L’apparition du premier calibre intermédiaire en Union Soviétique, adopté sous sa première forme 7,62×41 mm M43 en 1943, puis sous sa version définitive 7,62×39 mm M43 en 1945, aboutira à la mise en service de 3 armes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Repéré dès 1918 par V.A. Degtyarev alors qu’il travaillait sur des pièces des armes conçues par V.G. Fedorov, Sergei Gavrilovich Simonov sera très rapidement associé à la conception de fusil et de carabine semi-automatique et automatique. Il présentera de nombreux prototypes à partir de 1926 et connaitra une première consécration avec l’adoption de l’AVS-36 en 1936. C’est donc en toute logique que S.G.Simonov fera partie des personnes sollicitées pour le développement d’une carabine semi-automatique pour le tout nouveau calibre intermédiaire adopté en 1943 : la 7,62×41 mm. Parmi les autres concepteurs d’armes qui furent sollicités, on trouve V.A. Degtyarev, N.V. Rukavishnikov, F.V. Tokarev (selon Maxim Popenker), mais aussi de façon très documentée, M.T.
Ce travail, qui n’est pas « simple » à proprement parler, est cependant plus aisé dans ce sens : les contraintes mécaniques étant moindres, et le nouveau calibre étant dépourvu de bourrelet comme la 7,62×54 mm R. Ses travaux débutent vraisemblablement en 1944 et permettent de rapidement proposer une carabine qui sera testée sur le premier front Biélorusse au printemps de cette même année et par l’école d’entrainement des officiers « Vistrel » (« Выстрел », littértalement « tir »). En conséquence, après quelques modifications qui donneront naissance à l’arme que nous connaissons, la carabine de S.G.Simonov est « validée » avant la fin de la guerre par l’Armée Rouge et sera officiellement adopté 1949. Son appellation sera « 7,62-мм Самозарядный Карабин системы Симонова образец 1945 года » (« Samozaryadny Karabin sistemy Simonova, obrazerts 1945 goda » soit « Carabine Semi-automatique système Simonov, modèle de l’année 1945).
L'Histoire d'Amour de Sergueï Mosin
Il y a une autre histoire que celle de l’arme et de sa cartouche derrière celle de la carrière historique du fusil Mosin Nagant. Et de façon surprenante, c’est une très belle histoire d’amour. Serguei Mosin est né à Ramon une toute petite ville de l’Oblast de Voronej en 1849, fils d’un sous-lieutenant à la retraite d’extraction paysanne des plus modestes (difficile de faire une carrière plus brillante dans l’armée russe de l’époque avec une telle extraction - La « Tables des Rangs » de Pierre Le Grand régnait encore en force dans le pays) et d’une mère modeste paysanne de l’Oblast aussi. Des paysans patriotes. Il avait appris à lire le petit Sergueï et sachant bien que l’armée était sa seule chance de promotion sociale, il rentra dans un lycée militaire à 12 ans où il excella rapidement. Ses brillants résultats (major) l’expédièrent à la prestigieuse École militaire Alexandrovskoïe (équivalant de notre St Cyr à l’époque). Reçu brillamment, major encore, il opta pour l’artillerie, arme savante où les officiers d’origine modestes - en Russie comme en France sous l’ancien régime - avaient plus de chance de faire carrière. C’est là qu’il mettra au point son célèbre fusil, en collaboration avec un belge, très intéressé par l’énorme marché militaire russe de l’époque, Émile Nagant.
Jeune officier encore, Serguei Mosin tomba amoureux d’une femme totalement hors de sa condition, Barbara Nicolaievna Arsenieva, femme mariée, noble et épouse d’un conte russe de la meilleure noblesse. Accessoirement nièce de l’écrivain Tourgueniev et mère de deux enfants qui plus est. Le mari avait deux fois l’âge de l’épouse et, en prime, était le fils du seigneur de la terre où étaient nés les humbles Mosin. Le mari était parfaitement au courant de cette situation. Et ce premier mariage était définitivement voué au naufrage. Mais l’histoire est très russe. Chaotique, longue mais chimiquement pure à 100% de sentiments humains déchainés et de fatalité. Homme d’honneur, au bout de trois ans de relations platoniques, et alors que la très belle Barbara était enceinte de son troisième enfant légitime, Serguei se présenta au mari, pour lui avouer officiellement les sentiments des amoureux, lui demander d’accepter la demande de divorce de son épouse, s’engageant à l’épouser elle immédiatement et à le dédommager lui de tous les troubles. Mosin le provoqua donc en duel. Le mari refusa un duel contraire à sa condition et porta plainte contre Mosin. Peut-être pensait-il aussi que le temps aurait raison des sentiments de son épouse et de Serguei Mosin. Mosin fut astreint à… trois jours d’arrêts à domicile. Quelques temps après, Mosin renouvela son offre de duel. Et pris cette fois-ci deux semaines d’arrêts de rigueur. Punition assez sévère et très rare pour un officier. Deuxième avertissement. S’il continuait à provoquer le scandale, ses chances de vivre avec l’élue de son cœur risquaient d’être réduites à zéro en même temps que sa carrière. Les amoureux durent souffrir et patienter. Plus de quatre ans, passèrent. Le mari comprenait que rien n’y ferait. Mais il était ulcéré. Mosin renouvela alors son offre de divorce. Le mari consenti cette fois mais, perversement, exigea 50.000 roubles en « Otstypnix » pour signer - traduisons le mot russe poliment par « compensation » plus que « dédommagement ». Une quasi vente ou rançon comme on voudra. Peut-être pour humilier Mosin encore une fois. Ou peut-être le dissuader définitivement. Huit ans passèrent encore - Mosin avait été cette fois largement récompensé pour son travail. C’est le travail acharné de Mosin sur son fusil et sa mise en production qui lui donna les moyens de se ruiner à peine fortuné quand il se présenta au mari pour payer les fameux 50.000 roubles. De guerre lasse, et ayant le premier prononcé ce chiffre, le mari céda. La somme fût réglée. Le divorce fût prononcé. Barbara et Sergueï purent enfin se marier. 16 ans étaient passés depuis leur première rencontre. On ne connait pas à Serguei Mosin d’autre relation féminine que celle-là. Ils furent heureux, toujours ensemble, mais n’eurent pas de descendance. Lui fût enterré littéralement sur son lieu de travail dans le cimetière proche de l’Arsenal de Sistrorietsk qu’il dirigeait. Barbara lui survécu jusqu’à la Révolution de 1917. Vieille femme de haute noblesse, elle a disparue dans la tourmente bolchévique dans des circonstances inconnues et sans laisser aucune trace. Vaporisée.
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