Hugo Lloris : Analyse des Statistiques sur les Tirs au But et Penalties

Hugo Lloris, figure emblématique du football français et ancien capitaine des Bleus, a connu une carrière riche en succès et en records. Cependant, un aspect de son jeu a souvent suscité des interrogations : son efficacité lors des tirs au but et des penalties. Cet article se penche sur les statistiques de Lloris dans cet exercice spécifique, en les comparant à celles d'autres gardiens de renom, tels que Fabien Barthez et Mike Maignan, et en analysant les facteurs qui peuvent expliquer ses performances.

Des chiffres qui parlent : une efficacité limitée sur penalty

Les statistiques sont sans appel : Hugo Lloris n'est pas un spécialiste des penalties. Au fil de ses 128 sélections en Bleu, il n'a arrêté que deux penalties sur 20. La dernière fois que le gardien français a réussi à arrêter un penalty remonte au 16 octobre 2012, lorsqu'il a mis en échec Cesc Fabregas lors d'un match Espagne - France qualificatif pour le Mondial 2014. Depuis, il est sur une série négative de quinze échecs. En équipe de France, Hugo Lloris a encaissé 18 penalties sur 20 tentatives adverses.

Ces chiffres mettent en évidence une difficulté persistante pour Lloris dans cet exercice. Comme il l'avouait lui-même en mars 2019 dans les colonnes de L'Equipe : "Je pense que le plus dur, c'est de rester simple dans sa démarche. Il y a des gardiens qui y parviennent très bien, et moi, ce n'est pas le cas. Certains tireurs attendent le moindre mouvement du gardien, et le tout dernier moment. J'aimerais retarder un peu plus la décision du tireur, en général."

Lors de la finale de la Coupe du monde 2022 contre l'Argentine, Lloris n'a pas pu stopper aucun des quatre tirs au but, laissant l'Albiceleste s'emparer du trophée. Sur ses deux dernières grandes compétitions internationales, l'Euro 2021 et la Coupe du monde 2022, le gardien français affiche un bilan vierge, avec zéro arrêt en neuf tentatives lors des tirs au but.

Tirs au but en séances finales : des statistiques légèrement en-deçà de la moyenne

Les statistiques de Lloris sur les séances finales sont légèrement en-deçà de la moyenne avec un pourcentage d'arrêt de 16,7% (20 tirs au but encaissés, quatre arrêtés et un sur le poteau). Il reste sur une série terrible, club et sélection confondus, de 13 tirs au but encaissés consécutivement. Pour retrouver trace d'un tir au but stoppé par Hugo Lloris, il faut remonter au trophée des champions 2012 et a deux arrêts face à Gaëtan Charbonnier et Henri Bédimo.

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En moyenne, selon une étude de 2019, un gardien arrête 17,5% de penalties ou tirs au but en séance. Sur toute sa carrière, et en ôtant de son bilan les penalties non cadrés, le pourcentage de Lloris plafonne à 8,7% (9 arrêtés sur 103 tentatives cadrées) avant la séance fatidique.

L'approche psychologique : une différence de style avec d'autres gardiens

Une des raisons qui peuvent expliquer les difficultés de Lloris lors des tirs au but est son approche psychologique. Contrairement à certains gardiens, comme Emiliano Martínez, connu pour ses provocations et son jeu psychologique, Hugo Lloris préfère une approche plus sobre et rationnelle.

Comme l'a confié Lloris lui-même : "Quand tu en discutes avec Dibu Martinez, pour lui c’est un jeu, psychologique. Je ne sais pas faire. Mais ça ne veut pas dire qu’il a gagné toutes ses séances de pénalty." Lors de la finale contre l'Argentine, ce fut saisissant notamment sur la première tentative de Messi où Lloris part très tôt et donne une indication nette à son adversaire. Quand le portier argentin balance le ballon très loin pour obliger Tchouaméni à sortir de sa routine, le portier des Bleus n'engage aucun bras de fer psychologique.

Comparaison avec Fabien Barthez

Maintenant que les deux ont terminé leur carrière internationale, on peut essayer de comparer les bilans de Fabien Barthez et de Hugo Lloris en équipe de France. Lloris a rejoint puis largement dépassé le record de 87 sélections (pour un gardien) détenu par son aîné depuis 2006, et il a remporté la Coupe du monde avec les Bleus en Russie, en ayant l’honneur de soulever en premier le trophée grâce à son statut de capitaine. Il a ensuite remporté la Ligue des Nations 2021, et compte aussi deux finales perdues, celle de l’Euro 2016 et celle de la Coupe du monde 2022.

Pour le reste, les performances de Fabien Barthez en sélection restent encore au-dessus, qu’elles soient collectives ou individuelles. Avec une moyenne de buts encaissés par match largement inférieure (0,55 contre 0,83) et une durée d’invincibilité incomparable (8 matchs contre 5), le champion du monde 1998 fait partout mieux que celui de 2018. Hormis au nombre de matchs sans but encaissé (51 contre 63, mais avec 58 sélections de moins), au nombre de sélections et à l’assiduité (qui tient compte du nombre de matchs manqués entre le début et la fin de la carrière internationale).

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Si on se restreint aux matches de compétition les plus importants, à savoir ceux en phase finale, deux choses sautent aux yeux : Barthez en a joué 28 entre 1998 et 2006 contre 35 pour son cadet, et il n’en a perdu que trois. Lloris s’est incliné six fois en cinq phases finales. Mais son nombre de buts encaissés est bien supérieur : 36 contre seulement 18 pour Barthez. Fabien Barthez est invaincu en prolongations. Il en a joué six (Paraguay et Italie 1998, Portugal et Italie 2000, Cameroun 2003 et Italie 2006) et n’en a perdu aucune. L’expérience de Hugo Lloris est moindre. Il n’a joué que quatre prolongations, et s’il n’a pas encaissé de buts lors de la première (face à l’Irlande en barrages 2009) et de la troisième (Suisse, 2021), il s’est incliné sur un tir lointain d’Eder à la seconde, contre le Portugal en 2016 et sur une reprise de près de Messi face à l’Argentine en 2022.

Enfin, si Hugo Lloris a perdu deux séances de tirs au but en sélection (sur deux jouées, dix tirs concédés), Fabien Barthez en a joué trois. En 1998 contre l’Italie, il a arrêté la tentative d’Albertini et a été suppléé par sa transversale sur celle de Di Biagio. En 2000 contre le Japon au tournoi Hassan-II, il n’est pas malheureux non plus : Inamoto trouve le poteau et Nanami échoue sur la barre. La réussite le fuira la troisième fois, lors de son ultime sélection à Berlin contre l’Italie en 2006.

Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes des penalties. Fabien Barthez en a négocié dix en cours de match avec les Bleus. Il en a encaissé huit. Le neuvième, Raul l’a mis au dessus à la dernière minute de France-Espagne en quart de finale de l’Euro 2000. Le bilan de Hugo Lloris est encore moins bon. Le capitaine de l’équipe de France a subit 25 pénalties depuis 2009. Il en a arrêté trois, un autre a été frappé à côté.

Comparaison avec Mike Maignan

Les grands débuts de Mike Maignan en tant que gardien numéro 1 de l’équipe de France ont été couronnés de succès. Nouveau gardien N°1 de l’équipe de France, Mike Maignan a mis tout le monde d’accord sur ce premier rassemblement post-Coupe du monde. Après avoir arrêté le penalty de Memphis Depay dans le temps additionnel contre les Pays-Bas vendredi (4-0), il a permis aux Bleus de préserver leur petit but d’avance lundi soir face à l’Irlande sur une envolée fantastique dans la dernière minute du temps réglementaire (1-0).

Les internautes se sont enflammés pour le gardien milanais et le parallèle avec Lloris a été immédiat. À chaque fois, l’ancien Niçois et Lyonnais souffre de la comparaison avec son successeur et voir Didier Deschamps s’employer pour défendre son ancien capitaine au moment d’évoquer la performance stratosphérique de Maignan n’est pas anodin. "Hugo aussi a été capable de faire des arrêts spectaculaires et d’être décisif", a assuré le sélectionneur des Bleus en conférence de presse lundi soir, comme s’il fallait rappeler à tout le monde que l’équipe de France n’a pas attendu Maignan pour avoir un gardien de classe mondiale.

Avec 63 matchs sans encaisser de buts sur 145 disputés en équipe de France, Lloris affiche par ailleurs 43% de clean-sheet. C’est inférieur à Maignan (4/7, 57%), même si le faible échantillon ne dit pas si le Milanais parviendra à tenir ce rythme, mais supérieur au pourcentage affiché par exemple par Manuel Neuer avec la sélection allemande (48/177, 41%). En 44 pénalties concédés en carrière, l'ancien Lillois en a arrêté 13, dont deux cette saison.

L'importance de l'entraînement et de la préparation mentale

Malgré les difficultés de Lloris dans cet exercice, il est important de souligner que le gardien n'a jamais négligé les tirs au but. Comme le souligne Franck Raviot, entraîneur des gardiens de l'équipe de France : "Moi, je sais ce que l'on a fait. Je sais le temps qu'on a passé, je sais le temps que les analystes vidéo ont passé parfois à des heures tardives de la nuit. Je sais ce que l'on a mis en place avec Hugo, je sais le temps qu'Hugo a passé devant les écrans à décoder, à décrypter, à noter."

Cependant, l'entraînement ne fait pas tout. La séance de tirs au but se travaille autant sur l'aspect technique que sur l'approche psychologique, sur la lecture de l'adversaire, la gestion émotionnelle, en montant des stratégies.

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