Le camp de réfugiés de Jénine, situé en Cisjordanie occupée, est depuis longtemps considéré comme un foyer de résistance palestinienne à l'occupation israélienne. Surnommé "icône de la résistance" par Mahmoud Abbas, il est qualifié de "plaque tournante du terrorisme" par Israël. Récemment, les tensions se sont intensifiées, suscitant des inquiétudes quant à de possibles crimes de guerre et à la complicité de responsables français.
Une plainte déposée à la CPI contre des responsables français
Dans une démarche audacieuse, 114 avocats français, regroupés au sein de l'association "pour la justice au Proche-Orient", ont déposé une requête auprès du procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Ce document de 56 pages, disponible en téléchargement, accuse plusieurs personnalités politiques françaises d'avoir joué un rôle dans le soutien à Israël, ce qui aurait contribué à la commission de crimes relevant de la compétence de la CPI.
Parmi les personnes visées par cette requête, on retrouve des figures de premier plan telles qu'Emmanuel Macron, François Bayrou, le ministre des Affaires Étrangères Jean-Noël Barrot, le ministre des Armées Sébastien Lecornu, ainsi que les 19 députés de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale. Les avocats estiment que ces responsables ont apporté un soutien déterminant à Israël, en connaissance de cause des conséquences sur la population palestinienne.
La requête souligne que "l’exécutif français a joué un rôle déterminant dans l’apport d’un soutien à Israël sous diverses formes ; et que cet appui a eu un effet substantiel sur la perpétration des crimes en question… Il est démontré que les autorités françaises savaient qu’elles participaient (et participent toujours) à la commission des crimes en question, en aidant et en encourageant les auteurs."
Cette action en justice s'appuie sur le principe du droit international, selon lequel personne ne peut échapper à la justice, même les plus hauts responsables politiques.
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Le rôle controversé d'ELNET
L'enquête met également en lumière les liens étroits entre certains responsables politiques français et l'organisation ELNET (European Leadership Network). ELNET est une organisation qui œuvre à renforcer les relations entre l'Europe et Israël.
Le document mentionne que lors du rassemblement du 26 mars 2025 intitulé « Pour la République…la France contre l’islamisme », organisé par ELNET, Son Excellence Monsieur Antonio GUTERRES, Secrétaire Général de l’ONU, a été dénoncé par les intervenants et hué par le public. Le ministre français de l’Intérieur, Monsieur RETAILLEAU, et le ministre français des Outres-Mers, Monsieur VALLS, étaient présents.
Il est également souligné que "le Président de la République, ainsi que plusieurs ministres, ont été ou sont toujours également proches d’ELNET, comme vient de le révéler une enquête journalistique." Madame Aurore BERGÉ a fait partie du voyage organisé par ELNET en janvier 2023. Mais elle était déjà un soutien assumé du gouvernement israélien en 2021 et aurait rencontré le 28 mai 2019, en sa qualité de députée française, une délégation du « conseil régional de Samarie » dont tout le monde sait qu’il s’agit d’une « institution » totalement illégale puisqu’elle regroupe des colonies situées en Cisjordanie Occupée. A cette époque, ELNET ne se cachait d’ailleurs pas de chercher à obtenir la reconnaissance par la France de Jérusalem comme capitale d’Israël, en violation totale des résolutions des Nations Unies, tant de l’assemblée générale que du conseil de sécurité. Madame BERGÉ est aujourd’hui ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les Discriminations, au sein du gouvernement BAYROU.
Ces liens entre responsables politiques et ELNET soulèvent des questions sur l'influence de cette organisation sur la politique française concernant le conflit israélo-palestinien.
Le cas de François Bayrou
Le Premier ministre François Bayrou est également pointé du doigt pour ses prises de position jugées favorables à Israël. Le 22 mai 2025, il aurait refusé un débat à l’Assemblée nationale sur la situation à Gaza, se bornant à déclarer insupportable la situation des civils à Gaza, mais sans en imputer la responsabilité à l’armée d’occupation, et sans annoncer la moindre mesure sanction ni la moindre mesure permettant à la France de satisfaire à ses obligations au regard de la Convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide.
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De plus, le 7 mai 2025, il aurait minimisé la gravité des crimes commis par l’État d’Israël et même justifié l’action israélienne en ces termes : « Nous ne devons cependant pas oublier que cette bombe n’aurait pas explosé sans un détonateur. Ce détonateur, ce sont les événements du 7 octobre : un pogrom, il n’y a pas d’autre mot, qui a tué, déchiré et blessé des jeunes filles, des jeunes garçons, des enfants et des bébés.
Ces déclarations sont perçues par les avocats comme un soutien implicite aux actions israéliennes et un manquement aux obligations de la France en matière de droit international.
La mort de Shirine Abou Akleh et la situation à Jénine
La mort de la journaliste palestinienne Shirine Abou Akleh, tuée en mai 2022 alors qu'elle couvrait un raid israélien à Jénine, est un exemple tragique des dangers auxquels sont confrontés les journalistes dans les territoires occupés. Selon les témoignages de ses collègues, elle aurait été sciemment visée par un sniper israélien.
«Shirine était notre voix. (…) De toute évidence, il s’agit d’un crime délibéré et ciblé », affirme Mme Khalida Jarrar, députée du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP, marxiste), elle-même plusieurs fois emprisonnée par Israël ces dernières années en raison de ses activités politiques. « [C’est] un meurtre flagrant, en violation des normes et du droit international, [elle] a été assassinée de sang-froid par les forces d’occupation israéliennes » dans le but d’« empêcher les médias d’accomplir leur travail », déplore de son côté la direction d’Al-Jazira, où elle officiait depuis 1997.
Bien que les autorités israéliennes aient d'abord imputé sa mort à des tirs palestiniens, elles ont ensuite admis qu'il était possible qu'elle ait été tuée par des soldats israéliens. Cette affaire a suscité une vive indignation internationale et a mis en lumière les violations des droits de l'homme commises par les forces israéliennes dans les territoires occupés.
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La situation à Jénine est particulièrement préoccupante. Depuis le début de l'année 2022, plus d’une quinzaine de Palestiniens, principalement des jeunes, ont été tués par l’armée israélienne dans cette ville, soumise à un quasi-état de siège. La ville a été sujette à d’intenses campagnes de bombardements, des couvre-feux à répétition et de fréquentes incursions militaires. L’armée israélienne y mena une offensive dévastatrice, dans le cadre de l’« opération rempart », dont elle porte encore les stigmates.
La destruction des camps de réfugiés et les expulsions
Les opérations militaires israéliennes ont également entraîné la destruction de nombreuses habitations et infrastructures dans les camps de réfugiés. En juin 2025, la Cour Suprême israélienne autorisait la destruction de 90 immeubles, rendant impossible le retour des familles palestiniennes déplacées à leur domicile dans le camp de Jénine. Créé au lendemain de la Nakba en 1948 pour accueillir les milliers de palestiniens chassés de leurs terres, le camp a été complètement vidé de ses habitants par l’armée israélienne.
Au-delà des camps de réfugiés et ce dans tout le nord de la Cisjordanie occupée, les palestiniens subissent des violences de la part de l’armée israélienne et reçoivent des ordres d’expulsion. Karim, membre du personnel de Médecins sans frontières raconte comment les forces armées expulsent des familles entières de leurs domiciles : « Le 13 juin, les forces israéliennes ont fait une descente dans mon village à Tulkarem, elles ont déplacé de force les personnes qui vivaient dans deux immeubles résidentiels et les ont transformés en casernes militaires. Depuis, elles patrouillent régulièrement dans le village, mènent des enquêtes, des interrogatoires, des arrestations, des perquisitions et des détentions. »
Ces destructions et expulsions sont considérées comme des violations du droit international humanitaire et contribuent à la détérioration des conditions de vie des Palestiniens.
Restrictions d'accès pour les humanitaires et les journalistes
Les organisations humanitaires, comme Médecins sans frontières (MSF), rencontrent de grandes difficultés pour accéder aux populations palestiniennes en raison des restrictions imposées par les autorités israéliennes. Empêchés par le blocage des routes et sous la surveillance de Tsahal, les organisations humanitaires comme Médecins sans frontières (MSF) n’ont pas pu assurer les soins qu’ils prodiguent habituellement aux palestiniens du nord de la Cisjordanie. Alors que de nombreux malades ont besoin de soins quotidiens, les équipes de MSF ont dû suspendre leurs consultations ambulatoires à Hébron et Naplouse, selon un article de l’organisation. Pour pouvoir bénéficier de soins et en raison de restrictions toujours plus nombreuses des autorités israéliennes, des malades atteints de pathologies graves ont dû faire des heures de route et passer des postes de contrôle à pieds.
De même, les journalistes ont de plus en plus de difficultés à couvrir les événements en Cisjordanie. Depuis le début de l’opération « mur de fer » la couverture médiatique du nord de la Cisjordanie est rendue de plus en plus difficile par Tsahal. Le reporter palestinien Bassam Abou Alroub qui documente la destruction du camp de Jénine témoigne auprès de RTS : « On filmait depuis le balcon d’un hôtel et ils ont tiré dans notre direction. Ils nous ont attaqués ».
Ces restrictions d'accès entravent le travail des humanitaires et des journalistes, empêchant ainsi la diffusion d'informations sur la situation réelle sur le terrain.
L'Autorité Palestinienne en crise
L'Autorité Palestinienne (AP) est confrontée à une crise de légitimité croissante. En juin 2024, 60% des habitants de Cisjordanie et de la bande de Gaza se prononçaient en faveur de la dissolution de l'Autorité palestinienne. Une large majorité (69 %) considère que l’Autorité est devenue un fardeau pour la population palestinienne.
L’Autorité palestinienne est essentiellement critiquée par les Palestiniens pour sa coopération étroite avec Israël, pour la corruption endémique qui la caractérise et pour son incapacité à agir pour Gaza.
Cette crise de légitimité affaiblit encore davantage la situation des Palestiniens et rend plus difficile la recherche d'une solution politique au conflit.
Une censure croissante en Israël
Parallèlement à la situation en Cisjordanie, on observe une poussée de la censure en Israël, visant notamment les voix critiques à l'égard de la politique du gouvernement. Ainsi, le 10 octobre 2024, le film Lyd, qui dépeint la Nakba de 1947 à 1949, a été interdit de projection à Jaffa. En août 2024, Jenin Jenin 2, du cinéaste et acteur Mohammad Bakri, avait subi le même sort.
De plus, une loi a été adoptée en octobre 2024 permettant de priver de son emploi tout enseignant qui aurait manifesté « de la sympathie pour une organisation terroriste ». Un autre projet de loi prévoit une amende équivalente à 3 000 euros et une année d’emprisonnement pour quiconque brandirait un drapeau palestinien dans une institution publique.
Ces mesures restrictives de la liberté d'expression sont perçues comme une tentative de museler les voix dissidentes et de renforcer le contrôle du gouvernement sur l'information.
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