La chasse au sanglier, une pratique ancestrale, suscite aujourd'hui de vives controverses en France. Entre nécessité de régulation, sécurité publique et intérêts divergents, le débat est passionné. Cet article se propose d'explorer l'histoire du tir au sanglier, les enjeux de sa régulation, les problèmes de sécurité qu'il soulève, et les diverses perspectives qui s'affrontent.
Une Régulation Nécessaire, mais Controversée
La régulation du sanglier est une problématique complexe, au cœur des préoccupations sécuritaires liées à la chasse. La population de sangliers a explosé en France ces dernières décennies. Environ 800 000 sangliers sont abattus chaque année, contre seulement 30 000 il y a 50 ans. Malgré cela, leur nombre continue d'augmenter, causant des dégâts considérables aux cultures agricoles. Cette prolifération justifie, aux yeux de certains, une régulation stricte. Cependant, les méthodes employées et les motivations des acteurs impliqués sont sujettes à controverse.
Sécurité et Armes de Chasse : un Cocktail Explosif
Le tir au sanglier fait appel à des armes puissantes, souvent des carabines d'une portée allant jusqu'à 3 kilomètres, parfois semi-automatiques. L'animal est généralement abattu en mouvement, ce qui augmente le risque de tirs manqués. Selon le Chasseur Français, il faut en moyenne 6 à 8 munitions tirées pour chaque grand gibier prélevé, ce qui représente des millions de balles perdues dans la nature.
Parallèlement, bien que les statistiques mettent en avant une diminution des accidents mortels dus à la chasse, il est crucial de tenir compte de la forte diminution du nombre de chasseurs (2,5 millions en 1975 contre moins de 980 000 aujourd'hui). La mort tragique de Morgan Keane, survenue le 25 décembre 2020 lors d'une battue au sanglier, a ravivé les inquiétudes et suscité une pétition réclamant un renforcement des mesures de sécurité. Cette pétition a recueilli plus de 100 000 signatures, seuil nécessaire pour déclencher la mise en place d'une commission parlementaire chargée d'examiner la question.
Les Jeux Olympiques et la Chasse : un Lien Historique
Il y a un peu plus d'un mois se terminaient les Jeux Olympiques puis paralympiques à Paris. Un évènement majeur dans lequel s’affrontèrent les plus grands sportifs mondiaux, apportant son lot d’exploits, de larmes, de joies et de polémiques… Cette année fut marquée pour le monde de la chasse par l’intervention de Pierre-François Prioux, président de la Société de vénerie lors d’une journée de réflexion baptisée “Sports équestres: Jeux et enjeux”. Ainsi par sa présence, le monde de la chasse était officiellement représenté lors de ces JO.
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À l'origine, les Jeux Olympiques dans la Grèce antique comportaient des épreuves sportives départageant les meilleurs champions des cités grecques. Lancer de javelot, lutte, course à pied, la chasse et la guerre prédominaient dans l'inspiration de ces épreuves. Dès 1896, les premiers Jeux Olympiques modernes incorporent le tir sur cible. Et c'est dès 1900 que la chasse y est une nouvelle fois représentée officiellement, avec le tir sur sanglier. En 1908, le tir sur cerf courant à 100 mètres, seul ou en équipe, fait son apparition. La cible se déplaçait dans une fenêtre de 23 mètres situés à 100 mètres, le tireur ne disposant que de 4 secondes pour effectuer son tir. En 1972, le cerf sera remplacé par un sanglier tiré à 50 mètres avec un calibre de .22 long rifle. De par son histoire et ces épreuves, la chasse reste une inspiration première des Jeux Olympiques.
Complicité de l'État et Conflits d'Intérêts
La composition de la commission parlementaire chargée d'étudier la sécurité de la chasse, majoritairement constituée d'élus favorables à cette pratique, a suscité des critiques. Le Directeur Général de la LPO, Yves Vérilhac, a dénoncé cette situation lors de son audition. De même, un rapport parlementaire sur la régulation du grand gibier avait été confié à des députés et sénateurs eux-mêmes chasseurs, alimentant les soupçons de partialité. Un député avait même suggéré d'interdire la pratique du VTT pendant la chasse, suite à un accident mortel impliquant un vététiste. Un sénateur avait quant à lui demandé d'autoriser les armes de poing pour permettre aux personnes handicapées de chasser.
Ces exemples illustrent la complaisance des pouvoirs publics face aux abus de la chasse et leur réticence à réformer les pratiques cynégétiques.
Les Chasseurs : Pompiers Pyromanes ?
Les chasseurs se présentent comme la solution à la surpopulation de sangliers et aux dégâts qu'ils causent. Cependant, ils sont accusés d'avoir contribué à l'explosion démographique des suidés en pratiquant le nourrissage (agrainage), le lâcher d'individus élevés en captivité, et en développant les chasses en enclos.
Malgré cela, l'État français a cédé aux pressions des lobbies cynégétiques et agricoles en étendant la période d'ouverture de la chasse au sanglier, plutôt que de repenser sa stratégie de régulation. Certains proposent de professionnaliser une partie des abattages, afin de ne plus s'en remettre exclusivement aux fédérations de chasse, dont le dirigeant a déclaré privilégier "le plaisir de tuer" à l'intérêt général.
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Le Sanglier et le Maïs : une Histoire d'Amour Complexe
Le sanglier et le maïs en lait entretiennent une relation durable. Les sangliers apprécient particulièrement les jeunes panouilles laiteuses et sucrées, au grand dam des maïsiculteurs. Cette situation conduit à l'ouverture anticipée de la chasse à la mi-août, dans le but d'effaroucher les sangliers plutôt que de les abattre massivement.
Cette pratique suscite des débats, certains spécialistes estimant qu'elle déstructure les compagnies de sangliers et multiplie les dégâts. D'autres, en revanche, pensent que ces tirs estivaux éloignent les sangliers des cultures convoitées. Certaines associations de chasse obtiennent même des dérogations pour chasser les sangliers en prévision de dégâts sur des variétés précoces de maïs.
Conditions Météorologiques et Mobilité des Sangliers
Les prélèvements de sangliers en été sont souvent limités en raison des conditions météorologiques. La chaleur rend difficile la tâche des chiens de chasse, qui peinent à trouver et suivre les traces. De plus, les sangliers sont très mobiles et peuvent se déplacer sur de longues distances en une seule nuit, rendant leur traque difficile.
Comme le déclare Gilles Bussac, président de l'Acca de Sauveterre-de-Guyenne, "Il est sûr que ça ne facilite pas la tâche, car ils bougent beaucoup en une nuit. Ce n’est pas parce qu’ils occasionnent des dégâts sur la commune qu’ils y sont cantonnés. Il n’est donc pas rare, au petit matin, de suivre des traces qui partent dans une commune voisine. Et là c’est terminé car on ne peut pas poursuivre."
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