Le Vieux Fusil : Analyse d'un Classique Controversé du Cinéma Français

Même si Robert Enrico a réalisé d'autres films marquants, Le Vieux Fusil reste son œuvre la plus célèbre, récompensée par plusieurs Césars, et marque les esprits par son traitement de la violence et de la vengeance dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.

Un Cadre Idyllique Brisée par la Guerre

Le Vieux Fusil s’ouvre et se clôt sur la même image : un homme, une femme et une enfant se promenant à vélo sur un petit chemin de campagne, accompagnés d’un chien. Mais si la scène est identique, le sentiment éprouvé par le spectateur est très différent car, entre-temps, le spectateur a été témoin de choses dures, éprouvantes. Le film nous entraîne à Montauban en 1944. Philippe Noiret incarne le docteur Dandieu, un médecin dont la profession est forcément bouleversée par la guerre et l’Occupation. En règle générale, c’est toute la vie à la ville qui est rendue extrêmement compliquée par l’Occupation. Au milieu de ce contexte difficile, la seule consolation de Dandieu, c’est sa petite famille, sa mère, sa fille, et surtout sa femme Clara.

Clara : Une Lumière dans l'Obscurité

Romy Schneider est exceptionnelle dans ce rôle. Lumineuse, radieuse, elle incarne plus qu’un personnage : une lumière. Même au milieu des bruits de bombardements, elle conserve sa grâce. Cette lumière donne la vie autour d’elle. Cette image restera constamment, tout au long du film. Si, en nombre de minutes, Romy Schneider est peu présente à l’écran, son personnage est pourtant le centre même du film. C’est son souvenir qui va guider le docteur dans son expédition vengeresse.

La Barbarie à la Campagne

Au début, Dandieu est un homme qui essaie de faire son métier de son mieux (au vu des circonstances). Mais est-il possible de rester neutre en une telle période ? Dandieu pensait sincèrement échapper à tout cela et protéger sa famille en l’envoyant à la campagne, dans le hameau de la Barberie. Et c’est vrai que les images bucoliques semblent être à l’opposé de la situation tendue et compliquée de la ville. Mais pourtant, la guerre ne préserve rien, tout est touché, souillé par sa folie destructrice. La Barberie devient la Barbarie. Le vieux fusil de Robert Enrico est la preuve absolue que le film de genre français peut être passionnant.

Un Film de Genre et une Œuvre Politique

Le film parvient à être à la fois un film de genre redoutable et une œuvre politique majeure. Bien qu’il y ait toujours matière à débat, la paternité du rape and revenge est communément attribuée au cinéaste Ingmar Bergman avec son film-choc La source en 1960. Il faudra cependant attendre la décennie suivante avant de voir ce sous-genre exploser, notamment dans le cinéma d’exploitation nord-américain. Avec son concept très littéral de mettre en scène un viol puis une vengeance brutale, il n’est pas étonnant de constater que le sous-genre a rapidement gagné une réputation très sulfureuse. Moralement douteux, politiquement crasse, le rape and revenge canalise souvent ce qui se fait de pire dans le cinéma d’exploitation. Il est d’ailleurs aisé de comprendre toutes les polémiques déclenchées par le film à sa sortie tant il n’a rien perdu de son choc ni de sa violence crue. Impossible de ne pas mentionner la tristement célèbre séquence du viol, tout simplement insoutenable. Les nombreuses séquences de meurtres continuent de faire froid dans le dos. Là encore, la performance détachée et la bonhomie de Philippe Noiret jouent un rôle crucial dans le résultat final. Dans l’ensemble, Le vieux fusil conserve ainsi toute son efficacité en tant que pur film de genre. Autre critère participant à l’effet de choc que produit toujours Le vieux fusil, Robert Enrico y dresse un portrait terrifiant de la vie française sous l’occupation allemande. Les séquences se déroulant à l’hôpital nous confrontent frontalement à l’horreur de la guerre. Les corps mutilés agonisent, l’hémoglobine recouvre les blouses des chirurgiens.

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La Neutralité en Question

Au-delà du film de genre saisissant, Le vieux fusil semble avant tout motivé par un propos politique bien plus complexe et nuancé qu’il n’y paraît. Robert Enrico utilise ses protagonistes comme des métaphores assumées de l’occupation et de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En ce sens, on peut voir en Philippe Noiret un reflet de la France neutre qui finit par se révolter à l’usure. En début de récit, on nous le présente comme un simple citoyen qui attend discrètement la fin du conflit armé. Il affirme même ne pas faire de politique. Le film va alors questionner cette notion complexe de neutralité en période de guerre.

Un Reflet des Débats de l'Époque

On peut voir Le vieux fusil comme une extension de ce mouvement du cinéma français des années 70 consistant à remettre en question le rôle de la France durant la Seconde Guerre mondiale. À peine un an avant la sortie du film, c’est le cinéaste Louis Malle qui déchaînait les polémiques avec Lacombe Lucien, qui portait un regard trouble et lucide sur la collaboration. À son tour, Robert Enrico analyse méticuleusement les mécaniques de soumission et la passivité d’un peuple dans son ensemble. À la lumière de cet angle de lecture, la démarche du cinéaste est limpide. Il ravive les mémoires traumatiques d’un pays cherchant à idéaliser son passé. De manière là encore métaphorique, Dandieu est un personnage qui ne vit plus qu’à partir de bribes de souvenirs. Même après avoir commis des meurtres barbares, il s’enfermera dans une bulle factice. Le bon docteur n’assumera jamais sa propre passivité. Après tout, il prend si peu d’initiatives que c’est son ami qui le pousse à envoyer sa femme et sa fille dans le village où aura lieu le massacre. La fin du récit voit Dandieu embrasser totalement ce refus de vérité. Après quelques secondes de lucidité absolument déchirantes, le protagoniste se déconnecte volontairement du réel.

La Religion Mise en Question

Si le récit s’inspire de plusieurs faits divers, notamment le massacre de Tulle, on peut cependant noter une dernière critique sociale inhérente au déroulement de ce massacre. En sous-texte, le cinéaste questionne la place de la religion en France. Ainsi, la plupart des corps des villageois sont retrouvés dans l’église. Après avoir découvert les cadavres de sa famille, Dandieu va détruire les statues du Christ et de la Vierge. Le film semble alors raconter le deuil de la foi. Au-delà d’une histoire de vengeance, on assiste à l’histoire d’un pays qui doit sacrifier une tradition désuète et ancrée dans le passé. Le long-métrage semble d’ailleurs se demander comment croire dans le Bien absolu après avoir assisté au pire de l’horreur humaine.

Au-Delà de la Justice Expéditive

Parmi les critiques récurrentes que subit le film, on retrouve souvent son message prétendument réactionnaire. Robert Enrico se ferait ainsi l’avocat de la justice expéditive, voire même de la peine capitale. Comme énoncé précédemment, le rape and revenge est lié par essence à certains courants politiques conservateurs. Les films de Charles Bronson en sont un exemple typique. Prenons tout d’abord le contexte. Robert Enrico ne remet pas en question la pertinence du système judiciaire moderne. Son film se déroule dans une période extrêmement précise de fin de guerre où les entités légales n’existent plus. Plus précisément, elles sont contrôlées par des tortionnaires qui agissent donc en toute impunité et avec le sentiment d’urgence d’une débâcle annoncée. Mais bien plus important encore, Le vieux fusil s’émancipe totalement de la notion de Bien et de Mal, tout comme son protagoniste s’émancipe de la morale chrétienne. La question n’est jamais de savoir si Dandieu a raison d’agir comme il le fait. Au passage, il n’est jamais filmé comme un héros viril et valeureux de film d’action. Bien au contraire, il se transforme progressivement en prédateur. Ce que le film raconte n’a donc rien à voir avec le schéma héroïque souvent douteux du film de vengeance. Le vieux fusil ignore la notion d’héroïsme autant que celle de justice. C’est essentiellement le récit d’une déshumanisation.

La Déshumanisation d'un Homme Ordinaire

Tout le génie du long-métrage se condense dans la psychologie complexe du docteur Dandieu. Un personnage fébrile et maladroit, incarné avec une grâce infinie par Philippe Noiret. Sa quête reste désespérée. Même la séquence inoubliable du lance-flammes ne le présente pas en héros vengeur qui offre au public une catharsis jubilatoire. Jusqu’au bout, Le vieux fusil nous aura présenté un homme en perdition.

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Un Film Marquant des Années 70

Quand le film Le vieux fusil sort en 1975, la France est en train de regarder de manière différente l’histoire de la seconde guerre mondiale. Elle se met notamment à regarder davantage les zones de gris et le rôle du pays dans la Collaboration. Tous les Français ne furent pas des héros et certains ont participé de manière active à cet épisode sombre de notre Histoire. Mais c’est bien un événement terrifiant survenu quelques jours après le Débarquement qui va motiver le tournage de ce film : le massacre par les SS du village d’Oradour sur Glane le 10 juin 1944. Robert Enrico décide de déplacer l’intrigue ailleurs. Il opte pour Philippe Noiret pour incarner cet homme « normal », équilibré, qui va basculer dans une violente vengeance pour venger la mort de sa fille et de sa femme (violée par les SS et assassinée au lance-flammes). Enfin, c’est le compositeur François de Roubaix qui va donner au film sa composition si singulière et là aussi si bouleversante.

Un Justicier à la Française

Le vieux fusil est un film à part dans le cinéma français, notamment dans les thèmes choisis et la manière dont il les traite. Les justiciers expéditifs façon « Dirty Harry » existent peu dans le cinéma français. Dans le cas présent, la construction même du film nous permet de nous mettre aux côtés de Dandier. Immédiatement. Mais dès le début, le ton est pourtant donné avec cette entrée des Allemands dans la ville, au milieu des « maquisards » pendus de chaque côté. De même, l’hôpital où il officie est loin d’être un havre de paix, perpétuellement envahi de soldats allemands et de miliciens à la recherche des combattants que Dandier soigne. Puis l’on découvre mieux le cocon de Dandier, un cocon qu’il entend préserver des affres de la guerre. Car ce que le film nous fera découvrir à coup de flashbacks, c’est une grande et belle histoire vécue par Julien et Clara et qui démarra par un coup de foudre. Deux êtres que tout oppose et qui ont eu le malheur de s’aimer juste avant la guerre. Julien était un médecin reconnu et installé ; Clara une jeune femme moderne qui travaille quand elle en a besoin et qui « ne peut aimer un homme à qui je cède tout de suite ». Et c’est pourtant ce qui arriva. Clara est à la vie heureuse de l’avant guerre, la vie heureuse à laquelle on s’accroche durant la guerre. Mais c’est surtout l’humanité de Julien. Quand Julien découvre le terrible destin de sa famille, il vrille et se mue en un être éprit de vengeance et qui convoque les souvenirs de cette vie heureuse pour mieux trouver la force d’aller au bout. Mais cette vie heureuse « d’avant » est aussi celle dans laquelle il va se réfugier quand son esprit sera trop « secoué » pour supporter cette vengeance accomplie. Mais dans tous ces instants, Noiret est absolument bouleversant de justesse et de « normalité ». Mais s’il est bien des scènes qui ne peuvent que nous retourner, c’est d’abord celle où l’on découvre le sort de Clara, face aux Allemands. La prestation de Romy Schneider est en tout remarquable. Couplée à la scène où Dandier découvre les corps et ne peut qu’étouffer ses cris, ces deux instants sont horriblement bouleversant. Et comment ne pas être pétri d’émotion face à Dandier qui retrouve brièvement ses esprits à la fin du film, réalisant ce qu’il vient de faire. Avant de resombrer ! Ces instants comme tant d’autres suffisent à faire du Vieux fusil un immense film.

Genèse d'un Film Controversé

Il s’agit de la deuxième (et dernière) collaboration entre le réalisateur Robert Enrico et le scénariste Pascal Jardin, dans la foulée de leur travail sur Le Secret (dont Jardin avait signé les dialogues) et c’est à Jardin qu’on doit l’idée du Vieux fusil, inspirée d’un récit effrayant que lui avait confié un ami, de ce jour de la Seconde Guerre mondiale où, enfant, il avait vu un jeune soldat allemand dormir à côté de la femme qu’il avait violée et tuée. Pascal Jardin, impressionné, décide très vite de développer un récit en s’inspirant également d’un des épisodes les plus terrifiants de ce conflit, le massacre perpétré par les SS à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944. Quand l’écrivain se met à concevoir son récit, c’est seulement la troisième fois que le cinéma évoque Oradour après 10 juin 1944, le court métrage de Maurice Cohen, récompensé du Prix Jean Vigo en 1962 et Le Sauveur, un long métrage signé Michel Mardore en 1971 avec Horst Buchholz. Mais Pascal Jardin, Robert Enrico et leur coscénariste Claude Veillot décident de changer le lieu du récit et choisissent de raconter l’histoire d’un médecin qui part venger la mort de sa femme et de sa fille, sauvagement assassinées par des SS, juste après le débarquement de juin 1944.

Un Casting Complexe

Pour incarner ce médecin, plusieurs noms circulent. Celui d’Yves Montand tout d’abord qui vient de terminer Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau. Après son refus, Lino Ventura sera immédiatement pressenti. Robert Enrico le connaît bien. Il l’a déjà dirigé à trois reprises dans Les Grandes Gueules, Les Aventuriers et Boulevard du Rhum. Mais lui aussi décline, sans que l’on sache exactement pourquoi car, à ce sujet, les explications divergent. Pour Enrico, son refus provient de sa répugnance à jouer les scènes de coup de foudre. Dans la foulée de leur première collaboration sur Le Secret, Philippe Noiret est donc de retour devant la caméra de Robert Enrico qui pense un temps l’associer à Catherine Deneuve, sa partenaire dans La Vie de château de Jean-Paul Rappeneau et Touche pas à la femme blanche ! de Marco Ferreri. Mais le cinéaste porte finalement son choix sur Romy Schneider qu’il n’a jamais dirigée. Le premier rendez-vous de travail à trois est pour le moins tendu. Romy Schneider arrive deux heures en retard. Excédé, Philippe Noiret lui jette alors un : « Ah l'Autrichienne ! On commençait à se languir de vous. Pardonnez-moi mais je dois partir » avant de lever le camp devant le réalisateur blême qui réussit pourtant à rattraper tant bien que mal son acteur quand Romy Schneider lui explique qu’elle ne peut pas jouer avec un tel goujat. Mais dans cette scène - comme tout ce qu’elle fera au long de ce tournage qui se déroule entre Paris, Biarritz (la scène de la plage), Montauban -, Romy Schneider impressionne toute l’équipe par son implication totale. Plus tard, au moment où les Allemands poursuivent son personnage, la violent avant de l’achever au lance-flammes, ses cris furent même si déchirants qu’Enrico choisit de les enlever au montage final par peur que ce passage déjà difficilement regardable devienne proprement insoutenable.

Un Film dans son Contexte

Si Le Vieux fusil reste fidèle aux thématiques du cinéma de Robert Enrico (qui va des Grandes gueules aux Aventuriers en passant par Pile ou face ou Fait d’hiver) c’est qu’il raconte l’histoire d’un type ordinaire, en apparence parfaitement équilibré, qui bascule malgré lui dans la violence et la folie. Pourtant, Le Vieux fusil s’inscrit dans un double contexte particulier. Les années 70 sont celles où le pays commence à regarder en face son comportement pendant la Seconde Guerre mondiale et à pointer du doigt le fait que les Français ne furent pas tous des héros ou des résistants mais aussi des collabos. Le Vieux fusil sort un an après Lacombe Lucien de Louis Malle qui avait fait polémique. Mais le film d’Enrico est aussi l’une des rares incursions françaises dans un genre qui fait alors florès aux Etats-Unis : les films de justice expéditive, popularisés par Charles Bronson (Un justicier dans la ville en 1974) et Clint Eastwood avec la saga des Inspecteur Harry. Forcément, cette violence dérange. Une partie de la critique parle d’indécence, choquée par l’aspect insoutenable de cette chasse à l’homme que le cinéaste assume pleinement et que le public (et les professionnels) salueront de concert.

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Un Succès Populaire et Critique

En 1975, Le Vieux fusil réunit 3 365 471 spectateurs. C’est le cinquième meilleur résultat de l’année au box-office France derrière La Tour infernale, Peur sur la ville, On a retrouvé la 7ème compagnie et Histoire d’O mais loin devant Le Sauvage, Dupont Lajoie et Sept morts sur ordonnance. Le film triomphera lors de la toute première cérémonie des César en remportant trois statuettes : meilleur film, acteur et musique (à titre posthume pour François de Roubaix, disparu peu avant). Le temps confirmera cet engouement. En 1985, Le Vieux fusil sera élu comme César… des César par la même profession.

Une Réception Critique Partagée

Certains ont reproché au film de faire la promotion de la loi du talion. Le scénariste Pascal Jardin s'est inspiré du massacre d'Oradour-sur-Glane. L'actrice qui joue Clara - sa femme -, Noiret la surnommait l'Autrichienne. Le Vieux Fusil est du genre "rape and revenge", qui n'est pas une vengeance après qu'on vous a forcé à écouter Roméo Elvis, mais après un viol, comme Un Justicier dans la ville, L'Été meurtrier ou Le Retour de l'inspecteur Harry. La crudité, certains diront complaisance, de sa violence dans ce quasi huis clos au château de Bruniquel est même une référence pour le serial killer dans C'est arrivé près de chez vous. En 1976, Jean Gabin et Michèle Morgan lui remirent le tout premier César du meilleur film. N'en déplaise aux "Cahiers du cinéma", qui le qualifiaient de "abject", Philippe Noiret remporta celui du Meilleur acteur. Quant au compositeur François de Roubaix, alors qu'il est né à Neuilly, il remporta le César de la meilleure musique, un trophée posthume puisqu'il venait, à 36 ans, de disparaître dans un accident de plongée.

Le Rôle de Claude Sautet

En pleins doutes sur leur histoire inspirée par le massacre d’Oradour-sur-Glane, Robert Enrico et son complice en écriture Pascal Jardin, demandent alors conseil au « ressemeuleur de scénarios » en chef du cinéma français : Claude Sautet. Lequel estime que le drame arrive trop vite dans le film : il leur suggère d’étoffer le personnage féminin et d’ajouter des séquences de la vie du couple avant le drame. Avant de les convaincre de ne pas conclure le film sur l’exécution de l’officier SS mais sur un énième flash-back : le premier dîner de Clara et Julien. Pour faire bonne mesure, Sautet écrit lui-même la scène. Clara / Romy soulève délicatement sa voilette pour porter une coupe de champagne à ses lèvres. Julien / Noiret la regarde sans un mot, transi d’admiration. « Pourquoi vous me regardez comme ça ? », l’interroge-t-elle. « Je vous aime », lui répond-il. « Mais vous êtes fou ! » « Non », conclut-il, avant qu’elle éclate de rire.

Une Alchimie Complexe entre Noiret et Schneider

Dans ce qui reste l’un des plus beaux coups de foudre du cinéma, l’alchimie entre les deux comédiens crève l’écran. Elle n’était pourtant pas gagnée d’avance. Dans ses Mémoires, Robert Enrico raconte une prise de contact plutôt électrique. Arrivée avec deux heures de retard au dîner organisé par le réalisateur, Romy est accueillie par un Noiret en rogne d’un cinglant : « Alors, l’Autrichienne, on commençait à se languir de vous ! Pardonnez-moi mais je dois partir. » Enrico parvient in extremis à retenir son comédien avant d’entendre Romy, remuée, lui confier : « C’est un goujat, ce gros-là ! Je ne vais pas pouvoir tourner avec lui. » Les premières prises de vue sont, de fait, orageuses. Le matin de la fameuse scène du dîner, tourné à la Closerie des Lilas, l’actrice est à nouveau en retard. Puis se fait porter pâle. La production envoie un médecin au chevet de Romy qui, vexée, débarque finalement sur le plateau pour livrer une prestation parfaite. Il n’y aura plus d’anicroches entre les deux vedettes. Bien des années après, Enrico demandera à Noiret les raisons de sa volte-face. « Philippe m’a alors regardé d’un œil qui se voulait naïf : “C’est pourtant simple, j’étais tombé fou amoureux d’elle.” »

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