Le football est un sport où la puissance et la précision jouent un rôle clé. Parmi les nombreuses compétences techniques, la capacité à tirer avec force impressionne les supporters et change parfois le cours d'un match. Certains joueurs sont entrés dans l'histoire en dépassant les limites du possible avec des frappes surpuissantes. Mais qui a réellement envoyé le ballon avec le plus de puissance ? Découvrons ensemble ces coups de canon qui ont marqué l'histoire du football. Parmi ces légendes, Roberto Carlos se distingue par un coup franc iconique qui défie l'entendement. Cet article se penche sur la science et la technique derrière les tirs puissants de Roberto Carlos, en particulier son célèbre coup franc contre la France en 1997.
La science derrière la trajectoire incurvée
Dans une étude publiée dans le New Journal of Physics en 2010, Christophe Clanet, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a analysé la trajectoire du coup franc zigzag de Roberto Carlos contre la France. Clanet, qui développe la physique du sport depuis une dizaine d’années au sein du laboratoire d’hydrodynamique de l’École polytechnique, explique que l'étude est née d'une recherche sur les gilets pare-balles. Les chercheurs étudiaient comment stopper des billes dans des fluides et ont observé que les billes avaient des trajectoires courbées.
Pour simplifier le problème, ils ont fait impacter ces billes dans de l’eau et ont constaté qu’elles continuaient à avoir cette trajectoire courbée. La bille roulait le long du fut du canon utilisé pour la lancer et elle rentrait dans l’eau avec une rotation. Cela a fait penser aux coups francs. Clanet a réalisé que n’importe quelle balle envoyée dans un fluide (eau, air…), dès lors qu’elle est en rotation, va avoir une trajectoire en forme de spirale.
L'effet Magnus : le secret de la courbure
Quand vous mettez votre main à l’extérieur de votre voiture, vous sentez une traînée. L’air exerce une force sur votre main qui va vers l’arrière. Votre main induit les différences de pression tout autour de la main, et si jamais la main est fermée, la résultante de ces efforts est alignée avec le vent et va vers l’arrière. Mais si vous mettez votre main à plat, vous réalisez qu’il y a aussi des forces qui peuvent aller vers le haut et vers le bas suivant l’orientation que vous donnez à votre paume. La force qui va dans le sens du vent, on appelle cela la traînée. La force perpendiculaire au vent, on appelle cela la portance.
Quand vous frappez un ballon, il y aura toujours une traînée. Si jamais le ballon ne tourne pas, il y aura très peu de portance. Au contraire, s’il tourne sur lui-même, il y aura aussi de la portance. Et la portance, c’est ce que vous appelez l’effet Magnus. Sur tous les ballons en rotation, il y a une traînée et une portance. La conjugaison des deux forces permet au footballeur de courber la trajectoire de sa balle, de la piloter : la courbure de la trajectoire va changer avec la distance du coup franc.
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Clanet illustre cela en comparant un coup franc de Platini frappé à 18m, où le début de la spirale ressemble à une trajectoire circulaire, et le coup franc de Roberto Carlos frappé à 35m, où la courbure change au fur et à mesure de la trajectoire.
La spécificité de la frappe de Roberto Carlos
La spécificité de cette frappe de Roberto Carlos, c’est d’être très longue. Sa frappe part à 38 m/s (137 km/h) avec une rotation de l’ordre de 10 tours par seconde. Il y a un mélange de vitesse et de précision qui est peu commun. Un coup franc de 18 m, on y est presque habitué. Le mélange de puissance et de précision, c’est très rare. Sur les coups francs à 18 m, on ne voit que le début de la spirale. À 35 m, vous voyez un plus gros morceau de la spirale, fixée par la traînée (effet Magnus). Et vous vous apercevez que ce n’est pas un arc de cercle. Ce sont plusieurs arcs de cercle avec des rayons qui deviennent de plus en plus petits.
La technique de Roberto Carlos
Ce qui rend ce coup franc de Roberto Carlos impressionnant, c’est aussi qu’il est frappé de l’extérieur du pied. L’extérieur du pied lui permet d’avoir à la fois un coup de pied puissant et d’induire sur le ballon une forte rotation. Roberto Carlos dit que son coup franc de légende serait un coup de chance parce qu’il y avait du vent…
Cependant, Clanet nuance cette affirmation : La chance, chez les tireurs de coups francs, je n’y crois pas trop. Ils ont un gros taux de répétabilité. L’effet du vent existe. Mais le coup franc est tiré à 137 km/h. Il en faut, du vent, pour le dévier de sa trajectoire. Je ne sais pas s’il y avait beaucoup de vent ce jour-là. Mais ce que je veux souligner, c’est qu’il n’y a pas besoin du vent pour avoir cette trajectoire bizarre. Ces informations-là, les joueurs les ont. Quand Roberto Carlos frappe son coup franc, il sait exactement quelle trajectoire il peut obtenir, sinon il ne la taperait pas vers l’extérieur du but. L’effet du vent existe. Mais il n’y a pas besoin du vent pour avoir cette trajectoire bizarre.
Clanet ajoute : Je vous retourne la question : qu’est-ce qu’il en sait ? Est-ce qu’il a mesuré le vent ? Si Roberto Carlos dit cela, c’est sûrement parce qu’il ne réussit pas à tous les coups. La trajectoire suivie est très surprenante, mais on la comprend scientifiquement : c’est une spirale. Rien dans ce phénomène ne défie les lois de la physique, car dans ce domaine de l’aérodynamique, les lois sont établies depuis longtemps et ont été testées et validées. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de surprise. Et c’est sûrement cela que souligne cette expression. Le caractère inhabituel de cette trajectoire.
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Les petits pieds : un avantage ?
Vous évoquiez les petits pieds de Juninho*, qui lui permettaient de donner un effet flottant à ses coups francs. Roberto Carlos a aussi des petits pieds : il chausse du 38. Les petits pieds sont nécessaires pour passer sous le ballon et frapper des top spin. Pour le reste, je ne sais pas. Je n’ai pas étudié cette question et je risque de dire des bêtises.
Au-delà de Roberto Carlos : autres frappes de légende
Lorsqu'on parle de tirs puissants, il est essentiel de s'appuyer sur des données mesurées en match ou lors d'exercices. Bien qu'il ne détienne pas le record absolu, Roberto Carlos reste célèbre pour son incroyable coup franc contre la France en 1997. D'autres joueurs sont également reconnus pour la puissance de leurs frappes :
- Ronny Heberson: Le Brésilien, ancien joueur du Sporting CP, est souvent cité comme détenant le tir le plus rapide de l'histoire du football.
- David Hirst: En 1996, l'attaquant de Sheffield Wednesday a envoyé une frappe foudroyante à 183 km/h contre Arsenal.
- Zlatan Ibrahimović: L'attaquant suédois n'est pas seulement un virtuose du ballon, il est aussi doté d'une frappe de mule.
- Hulk: L'ancien attaquant du FC Porto et du Zenit Saint-Pétersbourg porte bien son surnom.
Ces chiffres démontrent que la puissance de frappe est une arme redoutable, capable de décider du sort d'un match. Cependant, au-delà de la vitesse brute d'un tir, d'autres facteurs comme l'effet imprimé au ballon ou la surprise du gardien peuvent également influencer l'efficacité d'une frappe.
Facteurs influençant la puissance d'une frappe
La force d'une frappe ne dépend pas uniquement de la puissance physique d'un joueur. Un autre facteur clé est la condition physique du joueur. Une musculature développée, en particulier au niveau des jambes et du tronc, joue un rôle essentiel dans la capacité à générer de la puissance. L'entraînement spécifique est également crucial.
L'impact culturel du coup franc de Roberto Carlos
« C’est une blague ? » interroge Lilian Thuram, abasourdi. En dix-sept ans de carrière professionnelle, le champion du monde 1998 en a connu, des défenseurs, mais ce qu’a fait Roberto Carlos lors de ce France-Brésil, il n’en revient pas. Non, vraiment, dans ce documentaire de Canal +, Thuram hallucine en entendant le journaliste lui raconter ce qui s’est passé. Et pourtant, ce soir-là, le Français était présent sur le terrain face au Brésilien qui évoluait alors au Real Madrid.
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Thuram, encore : « Il est en train de faire son lacet… C’est une blague ? (…) C’est-à-dire qu’il faisait son lacet alors qu’il y avait un coup franc à 10 mètres de ses buts. Si l’on s’attarde sur le détail, Roberto Carlos ne fait pas son lacet : il remonte ses chaussettes. Mais l’idée est la même. En quarts de finale de la Coupe du monde 2006, lorsque Zidane délivre sur coup franc la passe décisive pour Thierry Henry, celle du but décisif qui envoie les Bleus dans le dernier carré, Roberto Carlos, qui était chargé du marquage d’Henry, est en train de remonter ses chaussettes à l’entrée de la surface. « Dans les divisions de District, en football amateur en France, il n’y a pas de but comme ça » , tranche Willy Sagnol, qui complète les propos de Thuram dans le documentaire Rendez-vous le 9 juillet. Une manière polie de dire que Roberto Carlos a défendu sur ce coup comme un branquignole.
La dramaturgie du moment
Le match se déroule à Lyon. À l’époque, le stade de Gerland est en travaux. Des grands portraits colorés de légendes du foot cachent les travaux derrière le virage Sud. Cela tombe bien, le chef-d’œuvre va arriver face au virage Nord, précisément à la 22e minute, quand Didier Deschamps commet une faute sur Romário, à 35 mètres pile devant la cage tricolore. Fabien Barthez décide de placer quatre hommes pour couvrir son poteau gauche : Vieira, Zidane, Maurice et Deschamps forment le mur devant Roberto Carlos.
Face à Barthez, Roberto Carlos entame sa course d’élan par des petits pas et augmente la cadence, tout en courant de manière perpendiculaire à la cage. Il prépare une fusée dont il a l’habitude. Feu ! À hauteur du mur, le ballon s’échappe, passant à un bon mètre à droite de Deschamps qui fermait le côté droit en regardant le but. Et pourtant, comme un chauffard qui aurait oublier de mettre le clignotant avant de prendre un virage, le ballon bifurque vers la gauche pour finir sa course poteau rentrant dans les filets de Barthez. Les mains sur les hanches, le gardien français n’a pas compris ce qui lui était arrivé. Il a ouvert tout le côté gauche au Brésilien, mais celui-ci a réussi à trouver le chemin du cadre à droite du mur, là où le mur était censé justement barrer une frappe cadrée aussi puissante.
« Je me suis mis face au ballon pour que Barthez ne comprenne pas et pense que je pouvais la frapper au-dessus du mur, rembobine Roberto Carlos, qui a raconté ce but pour L’Équipe Explore. Mais comment diable a-t-il fait pour la mettre au fond ? « Je pense que c’est un miracle, avoue le Brésilien, dont le tir a été mesuré à 137 km/h. Parce que depuis, je n’en ai pas vu des comme ça. Un miracle, il n’y en a qu’un dans le monde. On verra des buts qui lui ressemblent, mais des buts pareils, non. C’est des choses qui arrivent une fois dans la vie et ça m’est arrivé. »
Le vent : un facteur déterminant ?
En fait, Roberto Carlos explique sa réussite par un élément extérieur : le vent (d’autant que Gerland était en travaux). « Si je la frappais mal, elle finissait au poteau de corner ! Mais dans le stade, à Lyon, si je me souviens bien, il y avait un espace par lequel le vent entrait par la droite. (…) Quand je frappe, le ballon part vers la droite, mais le vent, ce fameux vent, m’a ramené le ballon vers le but. » Et cette fois, Roberto Carlos n’a même pas eu besoin de remonter ses chaussettes avant le coup franc.
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