La Fleur au Fusil : Histoire d'un Mythe et d'une Révolution

L'expression "la fleur au fusil" évoque une image d'enthousiasme, de patriotisme et d'insouciance face à la guerre. Cependant, son histoire est complexe et intimement liée à la construction d'un mythe, celui du départ joyeux des soldats pour la Première Guerre mondiale, ainsi qu'à une réalité bien différente, marquée par la résignation et l'inquiétude. Plus tard, l'expression prendra une autre connotation, celle d'une révolution pacifique et pleine d'espoir, comme lors de la Révolution des Œillets au Portugal.

La Genèse d'un Mythe : Août 1914 et le Départ "Enthousiaste"

Dès les premiers jours d'août 1914, une légende commence à se forger : celle d'un "départ enthousiaste" des mobilisés pour la guerre, donnant l'image d'une France nationaliste et revancharde. Les premières photographies montrant des soldats partant pour le front "la fleur au fusil" apparaissent dans la presse dès les jours suivant l'ordre de mobilisation. La scène est presque toujours la même : dans les grandes villes, des soldats en ordre de marche, baïonnette au fusil, arme sur l'épaule droite, avancent sous les vivats de la foule massée de part et d'autre de la chaussée.

L'Illustration du 15 août publie un cliché de L. Gimpel légendée "Le départ du régiment. La population parisienne acclame ceux qui vont se battre" ; le commentaire évoque "un souffle de joie et d'enthousiasme qui passe sur le pays". Des films patriotiques produits en masse, sur initiative privée et commerciale, répondent à l'attente du public de l'arrière. Ils reconstruisent les scènes de départ s'éloignant alors de la réalité vécue dans les campagnes, empreinte de tristesse et de résignation. Des œuvres comme L'Angélus de la Victoire, de Léonce Perret (1916) ou Mères françaises de Louis Mercanton et René Hervil (1917) montrent une mobilisation enthousiaste dans des villages français. Ces films contribuent à enraciner le mythe tout en forgeant une image fausse.

Cependant, il s'agit d'un pur mythe : la nouvelle de la guerre est massivement acceptée avec stupéfaction et résignation dans les campagnes, les bourgades et les petites villes, où vivent alors les trois quarts des Français. Comme le souligne l'historien Jean-Jacques Becker dans sa thèse 1914 : comment les Français sont entrés dans la guerre, l'enthousiasme n'était pas la réaction dominante.

L'Éloignement de la Réalité Vécue

Le contraste entre l'image véhiculée par la presse et le cinéma et la réalité vécue par la population est frappant. Si "rien de guerrier ne se passait à quelque distance du front, il se passait beaucoup de choses dans les imaginations." Cette distance entre la représentation et l'expérience crée un décalage, particulièrement pour ceux qui sont loin des grandes villes et des centres de pouvoir. "Les petits Bretons de l’époque étaient enfermés dans leur univers : ils en furent brusquement débusqués par l’irruption d’une foule d’images colorées et vibrantes".

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Le documentaire à vocation pédagogique réalisé en 1957 par Edouard Bruley, Images de la Grande Guerre 1914-1918, témoigne également de cette construction du mythe.

Au-Delà de la Guerre : La Révolution des Œillets

L'expression "la fleur au fusil" prend une autre dimension lors de la Révolution des Œillets au Portugal, le 25 avril 1974. Ce jour-là, des militaires portugais, fatigués des guerres coloniales menées en Afrique, organisent un coup d’État contre le gouvernement salazariste. Une femme, Céleste Caiero, offre des œillets rouges et blancs aux soldats des blindés. Des milliers de Portugais marchent ensemble, vers leur destin, pour écrire, la fleur au fusil, une sublime histoire d’union, d’amour et de paix.

Ces hommes et ces femmes réussissent ainsi à gagner leur liberté sans qu'aucune goutte de sang ne soit versée. C’est l’histoire d’une démocratie qui se gagne par l’union d’un peuple et qui se conquiert avec des fleurs. C’est l’histoire d’un amour qui naît au confluent de la réalité et d’un rêve.

Lionel Cecilio, petit-fils d’immigré portugais, connaît bien ce silence qui souvent accompagne les histoires d’exils. Il s’est inventé un double, un gamin qui interroge sa grand-mère, Céleste. Pour répondre à ses nombreuses questions, elle plonge dans ses souvenirs. Elle raconte alors sa jeunesse muselée par la dictature de Salazar, évoque son frère Chico, son amoureux Zé, enrôlé de force à l’armée. La vieille femme faire revivre tout un pan de l’histoire du Portugal. Révélé en 2016 par son premier spectacle, Voyage dans les mémoires d’un fou, le comédien est tout à son aise dans l’exercice du seul-en-scène. Incarnant tous les personnages, il déroule son passionnant et vibrant récit. Mêlant fiction et faits historiques, il rend hommage à ces hommes et à ces femmes, habités par une folle envie de vivre libre et d’aimer.

Significations et Évolutions de l'Expression

Par extension, en oubliant le côté insouciant et en mettant l'accent sur l'enthousiasme et le courage qu'il faut pour partir aussi volontairement dans un conflit, la locution a également pris le deuxième sens plus commun aujourd'hui.

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Le mot "fusil" date du XIIIe siècle. Par métonymie, c'est l'arme à feu elle-même qui est devenue un fusil.

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