Lunette de tir APX 806 : Caractéristiques techniques et histoire

L'histoire des lunettes de tir en France est intimement liée à l'évolution de la guerre et à la nécessité d'améliorer la précision des tirs à distance. Dès le début de l'année 1915, les armées française, allemande et anglaise ont commencé à installer des lunettes sur leurs fusils respectifs, tels que le Lebel, le Gewehr 98 et le Lee Enfield MKIII. Cette innovation répondait aux conditions de la guerre de tranchées, où la capacité de toucher des cibles à distance tout en restant protégé était devenue primordiale.

L'émergence du sniping pendant la Première Guerre mondiale

La guerre de tranchées a radicalement changé la nature des conflits, mettant fin à des siècles de traditions, y compris dans les tenues militaires. Les soldats, souvent bloqués dans les tranchées pendant de longues périodes, ont rapidement appris à éviter d'exposer leur tête ou d'allumer des cigarettes dans des zones non protégées. Le témoignage poignant du lieutenant Maurice Genevoix, blessé par un sniper en 1915, illustre l'efficacité redoutable du sniping dès cette époque.

Face à cette nouvelle réalité, les Allemands ont été les premiers à organiser et à professionnaliser le sniping. Dès la fin de 1914, des officiers, souvent issus de la noblesse et habitués à la chasse à la carabine, se sont spécialisés dans cette nouvelle forme de combat. Ils utilisaient parfois leurs propres carabines de chasse, spécialement ramenées de permission ou livrées par leurs valets. Les Anglais et les Français, moins expérimentés dans le tir à la lunette avant la guerre, ont suivi avec un certain retard.

Contrairement à l'armée allemande, l'armée française ne désignait pas d'arme spécifique à chaque tireur. C'était au chef de section de choisir "ses" tireurs d'élite. Initialement, une arme était distribuée par compagnie, puis une arme avec lunette APX par section. Cependant, l'arme changeait de mains à chaque relève de section, et les réglages de la lunette n'étaient pas personnalisés. Les tireurs les plus expérimentés effectuaient eux-mêmes les réglages nécessaires en fonction des conditions de combat.

Développement du FR-F1 et de la lunette APX 806

Il faut attendre 1964 pour qu'un véritable fusil français militaire de précision soit mis à l'étude, sous l'impulsion du Général Ailleret. L'arme, adoptée le 5 mars 1965, est le FR-F1. Le FR-F1 a été développé avec une approche pragmatique, privilégiant la fiabilité et la précision à des distances raisonnables (600 mètres), compte tenu du fait qu'il pouvait être utilisé par des conscrits. Il reprend l'architecture éprouvée du MAS modèle 1936, notamment son excellente culasse, tout en apportant des modifications significatives.

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Parmi les améliorations apportées au FR-F1, on peut citer une crosse novatrice, avec une poignée pistolet et un appui-joue réglable, permettant d'adapter l'arme à la morphologie du tireur. Un canon spécialement conçu a également été créé, avec un mode vibratoire optimisé. Bien que le FR-F1 puisse utiliser n'importe quelle munition de 7,5 MAS du commerce, des lots spécifiques étaient affectés à ces armes, avec des cahiers des charges plus stricts.

Le FR-F1 est équipé d'une lunette de visée. Dans sa première version, il s'agit de la lunette APX (Atelier de Construction de Puteaux), qui deviendra plus tard la Section Technique de l'Armée de Terre (STAT). Cette lunette a une longue histoire, issue de tests menés après la Seconde Guerre mondiale sur la ZF-4 allemande du K98. Cependant, cette dernière n'avait pas donné satisfaction. Face à l'absence de fournisseurs français adéquats, APX a développé sa propre lunette pour les MAS 44 et MAS 49, qui sera ensuite modifiée et adoptée sous la désignation "Modèle 53 bis" ou "APX 806 bis" pour le FR-F1, puis pour le FR-F2.

Caractéristiques techniques de la lunette APX 806

La lunette APX 806 bis du FR-F1 est une lunette en millième, avec une valeur de clic à 0,1 millième, soit un centimètre à cent mètres. Elle possède un grossissement fixe de 3,85 fois et un réticule à pointe centrale croisée par une ligne médiane interrompue, similaire aux lunettes allemandes et russes de la Seconde Guerre mondiale. Le réglage de la tourelle d'élévation graduée fait varier directement la hauteur du réticule dans l'objectif. Une particularité de cette lunette est que sa tourelle était conçue pour être accessible rapidement.

Précision et utilisation opérationnelle du FR-F1

Bien que les tirs de guerre à 600 mètres soient relativement rares en conflits de haute intensité, le FR-F1, entre les mains d'un tireur entraîné, est une arme redoutable. Le cahier des charges visait à aligner un buste humain (50 cm de côté) à 600 mètres, et cette promesse a été largement tenue. Le FR-F1 a été utilisé dans de nombreux conflits, notamment au Tchad, à Loyada (Djibouti), en Mauritanie, au Zaïre (Kolwezi) et au Liban.

Lors de la prise d'otages de Loyada en 1976, le GIGN a utilisé le FR-F1 pour la première fois. L'intervention, bien que réussie, a été marquée par la mort de deux enfants. Cet événement a conduit le GIGN à adopter une autre lunette, la Schmidt & Bender, pour certaines missions.

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Le FR-F1 existait en deux versions : le type "A", destiné au tir militaire de combat jusqu'à 600 mètres, et le type "B", une arme de compétition militaire avec un guidon match et un œilleton.

Production et rareté du FR-F1

La production du FR-F1 a été relativement limitée. Environ 5 150 exemplaires ont été officiellement commandés par la Direction du Matériel, et la production s'est arrêtée en 1973. Quelques armes supplémentaires ont été assemblées à partir de pièces détachées en 1976 et, peut-être, en 1986. Au total, on estime qu'environ 5 300 FR-F1 ont été produits.

L'essentiel des FR-F2 sont en fait des FR-F1 modifiés ultérieurement par la Manufacture d'armes de Saint-Étienne, avec des boîtiers refraisés et regravés au nom du nouveau modèle. Les modifications essentielles du FR-F2 sont un nouveau manchon thermique et un nouveau canon en calibre 7,62 Otan.

Aujourd'hui, un FR-F1 d'avant les années 1986/87, en calibre 7,5 Mas d'origine et avec sa lunette d'époque, est une arme très rare. Les FR-F2 en 7,62 Otan sont plus faciles à trouver.

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