L'univers du para-athlétisme est secoué par une affaire qui remet en question l'intégrité des compétitions et la classification des athlètes handicapés. Maxime Carabin, un athlète belge originaire de Liège, double médaillé d'or aux Jeux paralympiques de Paris 2024, est au cœur d'une polémique grandissante. Accusé par plusieurs de ses concurrents d'exagérer, voire d'inventer son handicap, Carabin se défend de toute tricherie, dénonçant une tentative de déstabilisation orchestrée par ceux qui sont « impuissants à le vaincre sur la piste ».
Un parcours fulgurant et des performances exceptionnelles
Maxime Carabin a connu une ascension remarquable dans le monde du para-athlétisme. Depuis ses débuts en compétition internationale en 2022, il n'a jamais été battu. Ses performances exceptionnelles l'ont propulsé au sommet de sa discipline, avec cinq titres de champion du monde et deux médailles d'or remportées aux Jeux paralympiques de Paris 2024 sur 100 mètres et 400 mètres (catégorie T52). Il s'est également offert les records du monde du 100m, du 200m et du 400m.
Soupçons et accusations de tricherie
Malgré ses succès, des doutes ont commencé à émerger quant à la nature réelle du handicap de Maxime Carabin. Une enquête de la RTBF, relayant les réclamations de ses concurrents, a mis en lumière des incohérences entre les déclarations de l'athlète et les examens médicaux réalisés.
Plusieurs concurrents de Maxime Carabin l’accusent de tricherie, contestant la nature de son handicap. Les comités paralympiques suisses, autrichiens et lituaniens sont notamment parmi les plaignants. « Les vidéos et les photos de Maxime Carabin ne montrent absolument aucune blessure aux doigts, au tronc ou aux jambes, et démontrent un contrôle complet de la fonction des jambes. Sa posture du haut et du bas du corps montre une stabilité complète du tronc et même un soutien des jambes. L’absence de perte de masse musculaire aux jambes après la paralysie et le contrôle des doigts sont également discutables. Sur base de ces preuves, le comité paralympique lituanien demande une révision de la classification de l’athlète belge Maxime Carabin », détaille notamment l’institution de Lituanie, dans un courrier adressé au CIO, et que la RTBF a pu récupérer.
Ces accusations sont d'autant plus troublantes que Carabin a toujours dominé les deux catégories dans lesquelles il était engagé.
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Le diagnostic médical remis en question
Pour comprendre les fondements de cette affaire, il est essentiel de revenir sur le diagnostic médical du handicap de Maxime Carabin. L'athlète affirme souffrir d'une « maladie rare » contractée à la suite d'un accident lors d'un match de handball en 2019. « Ma moelle épinière ne fonctionne plus comme elle devrait le faire, précise-t-il auprès de la RTBF. Ça atteint très fortement mes membres supérieurs et les membres inférieurs sont touchés par cascade. Donc je suis en chaise comme une personne tétraplégique. Je n’ai pas de lésion nette, précise, mais la moelle a été touchée par une amyotrophie avec des noms très spécifiques. » Il s'agit, en réalité, de la maladie d'Hirayama.
Cependant, selon Alain Maertens, professeur de neurologie, « cette maladie n'affecte pas les jambes. On ne peut pas être tétraplégique avec une maladie d'Hirayama, ce n'est pas possible. » De plus, un examen neurologique réalisé en septembre 2020 n'a révélé aucune anomalie. « Les structures sont normales et intactes, que ce soient les nerfs, le cerveau ou la moelle épinière », a estimé le professeur Maertens après avoir analysé les résultats de cette exploration.
Une classification internationale controversée
Face à ces éléments, les médecins classificateurs belges n'ont jamais autorisé Maxime Carabin à concourir dans des catégories handisports. Pourtant, en juin 2022, il a obtenu une classification internationale, après des résultats médiocres lors des tests sur la mobilité de son tronc. Étonnamment, aucune analyse de ses jambes n'a été réalisée à ce moment-là. Deux autres analyses ont confirmé cette classification par la suite.
Cette classification pose question, car elle permet à Carabin de concourir dans la catégorie « T52 », qui regroupe des para-athlètes ayant une atteinte sévère des bras et totale des jambes ou du tronc. Or, la maladie d'Hirayama ne justifierait pas un tel handicap.
La défense de Maxime Carabin
Maxime Carabin rejette catégoriquement les accusations portées contre lui. Il maintient que son handicap est bien réel et qu'il est la conséquence d'une maladie rare. Il dénonce une campagne de calomnie orchestrée par ses concurrents, qui seraient jaloux de ses succès.
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« La voie de la calomnie » pour abattre Carabin ? Maxime Carabin se défend, assurant avoir subi un choc en 2019 lors d’un match de handball qui aurait aggravé les lésions causées par sa maladie au niveau de la moelle épinière.
« C’est une maladie rare que j’ai eue suite à un petit accrochage en 2019 et donc ma moelle épinière ne fonctionne plus comme elle devrait le faire. Ça atteint très fortement mes membres supérieurs et les membres inférieurs sont touchés par cascade. Donc je suis en chaise (fauteuil roulant) comme une personne tétraplégique », a-t-il déclaré.
Réactions et conséquences
L'affaire Maxime Carabin a suscité de vives réactions dans le monde du para-athlétisme. Le Comité paralympique belge s'est dit surpris par les accusations et a reconnu avoir eu des conversations avec des athlètes qui avaient exprimé des doutes quant au handicap de Carabin.
« C'est évident, ça pose beaucoup de questions, a reconnu Olek Kazimirowski, directeur du Comité paralympique belge. C'est vrai que par le passé, j'avais déjà eu ou des collègues à moi avaient déjà eu des conversations avec des athlètes qui nous avaient fait part de leurs doutes. Mais on n'avait jamais reçu le moindre élément probant ou la moindre preuve qui atteste de quoi que ce soit. »
Suite à ces accusations, le Comité international paralympique et les Championnats du monde d’athlétisme handisport ont entrepris d’évaluer de nouveau le jeune para-athlète, en réalisant notamment des tests d’aptitude. Le para-athlète belge Maxime Carabin, double médaillé aux Jeux paralympiques de Paris 2024, a vu sa classification handisport rétrogradée pour des soupçons de mensonges. Ce lundi 29 septembre 2025, il est entré en compétition lors de l’épreuve du 400 m dans une nouvelle catégorie aux Mondiaux de para-athlétisme organisés en Inde. Le Belge a terminé dernier de sa série du 400 m, comme le rapporte le quotidien DH Les Sports + .
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Implications et réflexions
L'affaire Maxime Carabin soulève des questions cruciales quant à la classification des athlètes handicapés et à l'intégrité des compétitions paralympiques. Elle met en lumière les difficultés liées à l'évaluation des handicaps et les risques de tricherie ou d'exagération.
Cette affaire rappelle également certains souvenirs peu glorieux de tricherie dans l’histoire des Jeux paralympiques.
Au-delà de l'aspect sportif, cette affaire invite à une réflexion plus large sur le mépris de classe, le classisme et les dynamiques sociales complexes. Les expériences personnelles de stigmatisation, la violence symbolique et le déterminisme social sont autant de facteurs qui peuvent influencer les comportements individuels et les perceptions du handicap.
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