L'histoire de la poudre noire et son utilisation dans les armes à feu, notamment le calibre .31

Introduction

La poudre noire, le plus ancien explosif chimique connu, a joué un rôle crucial dans l'histoire des armes à feu. Utilisée autrefois dans les pistolets, les revolvers et les canons, elle a marqué l'histoire des cowboys, des pirates et des gentilshommes. Bien qu'elle ne soit plus utilisée dans les armes modernes, les passionnés d'armes anciennes et historiques continuent de l'apprécier grâce aux fabricants qui recréent des armes mythiques à l'identique. Cet article explore l'histoire de la poudre noire, sa composition, son utilisation dans les armes à feu et sa pertinence actuelle.

L'invention et l'utilisation initiale de la poudre noire

L'invention de la poudre noire est généralement attribuée aux Chinois, qui la nommaient huoyao, signifiant « drogue à feu » ou « médicament à feu ». Le soufre et le salpêtre, composants de la poudre, étaient utilisés dans la pharmacopée chinoise et comme remèdes sous la dynastie Han. Les alchimistes chinois s'intéressaient également à la poudre noire dans leur quête de « l'élixir de vie ».

Vers 1130, des tubes de bambou remplis de poudre noire étaient utilisés comme ancêtres des lance-flammes. Plus tard, l'idée d'introduire des flèches dans ces tubes pour les propulser à l'aide de l'explosion produite par la poudre a émergé. Au XIIIe siècle, toujours en Chine, des grenades à corps de fonte ont fait leur apparition.

Initialement, la poudre noire servait à propulser des projectiles et de charge pour les fusées de guerre chinoises, ainsi que des projectiles individuels comme les grenades en céramique et en fonte.

La transmission des techniques de fabrication

Les techniques de fabrication de la poudre noire auraient été transmises au monde arabo-perse entre le VIIIe et le IXe siècle. En 1240, un ouvrage arabe de formules médicinales mentionne la poudre noire, où le salpêtre est appelé « neige de Chine ». Au XIIIe siècle, la poudre noire arrive en Europe par l'intermédiaire des Arabes.

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L'arrivée de la poudre noire en Europe

Vers 1230, Marcus Graecus publie un livre en latin intitulé Liber ignium ad comburendos hostes (Livre des feux pour brûler les ennemis). Il y décrit pour la première fois en Occident le procédé de préparation de la poudre noire et indique les précautions à prendre pour éviter les accidents. Dès 1150, des armées du Moyen-Orient intègrent les systèmes à poudre noire dans leurs armements, sous la forme d'un canon à main propulsant une flèche, appelé Madfaa, l'ancêtre des armes portatives occidentales.

C'est en France que le système d'arme à poudre noire connaît son baptême du feu en 1324 avec l'utilisation de la bombarde, le prédécesseur du canon. Bien que rudimentaire, cette arme procure un avantage significatif, notamment grâce à son effet psychologique.

Les premières pièces d'artillerie métalliques chinoises seraient apparues au XIVe siècle et auraient été en bronze. La première mention de l'utilisation de la poudre noire dans une arme à feu en Occident se trouve dans un manuscrit anglais de 1326 intitulé De Notabilitatibus, Sapientia et Prudentia Regum, écrit par Walter de Milemete.

Au XVe siècle, les premiers canons à poudre européens apparaissent. Abou-Yousouf, sultan du Maroc, aurait été le premier acteur de l'histoire occidentale à utiliser une véritable pièce d'artillerie utilisant les effets de la poudre noire lors du siège de Sijilmassa en 1274. En Europe, les premiers canons apparaissent lors du siège de Metz et de celui de La Réole en 1324. En 1342, les Arabes en utilisent pour défendre la ville d’Algésiras assiégée par les troupes d’Alphonse XI lors de la Reconquista.

Composition et fabrication de la poudre noire

La poudre noire est un mélange de deux éléments très combustibles (le soufre et le charbon) avec un corps très oxydant : le salpêtre. La qualité de la poudre est due en grande partie au charbon utilisé. Pour que la combustion se déroule efficacement, les trois composants doivent être moulus en poudres fines et mélangés de façon très homogène.

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Aux XIVe et XVe siècles, la composition était (en masses) : 6 parties de salpêtre pour une partie de soufre et une partie de charbon de bois. D'autres compositions incluent :

  • 30 % de charbon, 30 % de soufre, 40 % de salpêtre pour la poudre de mine (lente).
  • 12 % de charbon, 10 % de soufre, 78 % de salpêtre pour la poudre de chasse.
  • 12,5 % de charbon, 12,5 % de soufre, 75 % de salpêtre pour la poudre dite de guerre.
  • 15 % de charbon, 10 % de soufre, 75 % de salpêtre pour les pièces d'artifices.

Pour le charbon, on utilise du bois de peuplier, d’aulne ou de tilleul. Par distillation à 3 500 °C, on obtient du charbon noir (poudre de guerre). Par mesure de précaution, on broyait séparément le mélange de soufre et de charbon jusqu’à obtention d’une poudre homogène.

Jusqu’au XVIIe siècle, malgré les soins apportés à sa fabrication, la poudre noire n’était jamais totalement homogène, ce qui nuisait beaucoup à ses performances. Au début du XVIIIe siècle, les chimistes ont eu l’idée de produire une poudre sous forme de grains, ce qui a permis une combustion plus rapide et régulière. La taille des grains variait en fonction de l’usage prévu : plus les grains étaient petits, plus la combustion était rapide.

Le processus de fabrication comprenait les étapes suivantes :

  1. Le mélange des composants dans de gros cylindres métalliques appelés « tonnes ».
  2. Le tamisage (granulométrie) : les galettes sont envoyées dans des « grenoirs », cylindres contenant des billes de bois appelées « gobilles ».
  3. Le lissage : destiné à polir les arêtes anguleuses des grains.
  4. L’empaquetage : effectué à la main pour éviter tout incident.

Les dangers et les avantages de la poudre noire

La fabrication, le stockage, le transport et la manipulation de poudre à canon ont été source de nombreux accidents. La poudre noire est un explosif, contenant à la fois un combustible et un comburant.

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La poudre noire s’illustre également par une série d’explosions accidentelles qui se produisent au cours de sa fabrication ou lors de son stockage. Le premier accident important a lieu à Lubeck, en 1360.

Du fait de sa vitesse de combustion à l'air libre, on dit que la poudre noire « déflagre », ce qui signifie que l'onde de combustion se déplace moins vite que les gaz générés, ne produisant donc pas d'onde de choc. La température de la réaction est assez élevée (plus de 2000 K) mais reste nettement inférieure à celle obtenue avec des explosifs modernes.

Parmi les avantages de la poudre noire, notons qu'elle est peu onéreuse, stable et qu'une faible quantité d'énergie en provoque la combustion. Ainsi, peut-on l'enflammer à l'aide d'une flamme, d'un impact, d'une friction, d'une étincelle, ou même d'un laser. Il en résulte que sa manipulation est dangereuse.

La poudre noire à travers les siècles

Au début de son histoire, la fabrication de la poudre noire n’était pas une opération simple. Les produits de base contenaient de nombreuses impuretés et les mélanges étaient effectués dans des proportions arbitraires. Les Arabes furent les premiers à apporter à la poudre noire une amélioration importante en utilisant des produits purifiés, notamment le salpêtre. La transformation du salpêtre naturel en nitrate de potassium représente une amélioration considérable de la poudre noire, transformant une poudre « lente » en une poudre « vive » à la combustion plus rapide, capable de propulser des projectiles à grande vitesse.

La présence du salpêtre donne à la poudre noire un goût salé. Au XVIIIe siècle, les soldats s’en servaient pour assaisonner leurs aliments lorsque le sel venait à manquer.

Au fur et à mesure du Moyen-Âge, les bombardes et les canons ont évolué vers des armes portables individuelles, marquant le début de l’ère de l’arquebuse. Si initialement, les armes à feu s’enclenchent via une mèche, l’arrivée de la platine à silex enterrera cet ancien système de mise à feu.

En Août 1324, apparait une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde). Celle-ci est montée sur un fût en bois, et posée à même le sol. Son pointage rudimentaire, se fait à l’aide de cales de bois glissées sous le fût. La balistique de ce type d’arme est faible, mais son effet psychologique est important en raison du bruit et de l'odeur de soufre.

Vers 1370, l’hacquebute (primitive), littéralement « canon à croc », était destinée à tirer en crochetant un mur ou une palissade. Elle comportait un long fût de bois et un canon de fer de courte dimension. L'allumage se faisait au boutefeu à mèche ou par un ringard chauffé au rouge.

Vers 1460 jusqu’à 1660, l’arquebuse, ancêtre des carabines, mousquets et fusils, était tenue sous l’aisselle ou épaulée. La mise à feu était faite par un « serpentin » tenant une mèche.

Vers 1510-15, la platine à « rouet » permettait un allumage sans mèche, sur le principe d’une roue rainurée entrainée par un ressort, frottant sur une pyrite de fer. Ce mécanisme fiable mais couteux et fragile était principalement réservé aux arquebuses de chasse et aux pistolets.

Vers 1520, une forme très réduite de l’arquebuse à rouet, le pistolet, fit son apparition. Le pistolet, arme tenue à la main, était rendu possible grâce à la platine à rouet.

L’arquebuse étant assez courte, il fut décidé de rallonger l’arquebuse et d’en augmenter le calibre, donnant naissance au mousquet.

Les systèmes de mise à feu

Voici un aperçu de l'évolution des systèmes de mise à feu à travers les siècles :

  • Mèche: Système initial pour enclencher les armes à feu.
  • Platine à rouet: Inventée vers 1510-15, permet un allumage sans mèche.
  • Platine à silex: Généralisée en France en 1703, plus légère et résistante.
  • Système à percussion: Apparu au XIXe siècle, utilise des cartouches en laiton.

Le XIXe siècle et les nouvelles poudres

La poudre noire produisait d’abondants résidus solides (sulfure de potassium) qui encrassaient les armes. Au XIXe siècle, les chercheurs ont mis au point de nouvelles poudres ne présentant pas ces défauts. En 1846, le chimiste allemand Christian Schönbein découvre la nitrocellulose, également appelée coton-poudre ou fulmicoton. En 1884, Paul Vieille met au point un procédé de gélatinisation de la nitrocellulose, créant la poudre B ou poudre sans fumée. Toutes les poudres sans fumée modernes sont dérivées des poudres inventées par Paul Vieille, modifiées par Alfred Nobel.

La poudre noire aujourd'hui

Aujourd’hui, la poudre noire n’est plus utilisée que dans un but ludique ou sportif, donnant naissance à une activité appelée tir à la poudre noire ou tir à l’arme ancienne. Elle a de nombreux amateurs et fait l’objet de compétitions utilisant des armes d’origine ou des répliques d’armes anciennes.

Le calibre .31 et les revolvers à poudre noire

Parmi les armes à poudre noire, le revolver occupe une place particulière. Les revolvers à poudre noire sont des répliques de modèles anciens, utilisés à une époque où les cartouches métalliques n'existaient pas. Ils se chargent et s'utilisent comme au XIXe siècle.

Le chargement de ces revolvers est un processus lent et complexe, impliquant l'introduction de poudre noire, de balles et d'amorces dans le barillet. La cadence de tir est ralentie par une platine en simple action, nécessitant d'armer manuellement le chien avant chaque coup.

Au tir, l’arme dégage une fumée caractéristique. Ballistiquement, un revolver à poudre noire développe, à pleine charge, une puissance comprise entre celle d’un .38 Special et un .357 Magnum.

Un avantage notable de ces revolvers est leur classement législatif. En France, ils sont classés en catégorie D2, permettant à tout majeur d'en acquérir un sans formalité particulière, ainsi que de stocker jusqu'à 2 kg de poudre noire. L'absence de déclaration de l'arme aux autorités est également un avantage pour certains.

Le coût réduit de ces armes est un autre atout. Un revolver à poudre noire peut souvent être deux à trois fois moins cher qu'un revolver moderne dans le même état.

Pour choisir un revolver à poudre noire, plusieurs critères sont à considérer :

  • Le calibre : Les plus répandus sont le .31, le .36 (environ 9mm) et le .44 (environ 11mm).
  • La conception : Un revolver à carcasse ouverte est plus facile à entretenir, tandis qu'un revolver à carcasse fermée permet un retrait rapide du barillet.
  • La longueur du canon : Un canon court (5 pouces ou moins) rend l'arme plus compacte et légère.
  • La marque : Pietta est un choix économique au bon rapport qualité-prix.
  • Le type d'acier : L'acier inoxydable résiste à la corrosion causée par la poudre noire, tandis que l'acier bronzé est plus économique et discret.

Outre les revolvers classiques, il existe des versions compactes et dissimulables, comme le Remington 1863, idéales pour un port discret ou pour les petites mains féminines.

La poudre noire et l'autonomie

Étant donné que la poudre noire est composée de soufre, de salpêtre et de charbon, il est possible d'en produire soi-même avec peu de moyens. On peut également recycler du plomb pour couler ses propres balles et utiliser des poudres inertes comme bourre. Cependant, les amorces industrielles demeurent presque impossible à produire et doivent être stockées en quantité.

Dans le cadre d'une panoplie d'armes survivaliste, le revolver à poudre noire peut avoir un rôle secondaire, notamment comme première arme pour un tireur débutant ou comme arme de remplacement en cas de confiscation d'armes modernes. Il peut également être pertinent dans un mode de vie autonome, où une communauté vivant sur une propriété autonome pourrait organiser sa sécurité intérieure avec un port d'arme permanent.

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