Les États-Unis sont confrontés à une crise persistante de violence armée, avec des statistiques alarmantes et des conséquences tragiques. Cet article vise à explorer l'ampleur du problème, les facteurs qui y contribuent, les mesures législatives prises et les solutions potentielles pour lutter contre cette violence.
L'ampleur du problème
La violence armée aux États-Unis a atteint des niveaux préoccupants. L’année 2023 s’est achevée avec 656 fusillades aux États-Unis, dont 40 tueries de masse, pour un total de plus de 48.000 morts selon les dernières données des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains. Juste derrière 2021 et ses 689 tueries, l’année 2023 aura été particulièrement meurtrière. Chaque mois, les États-Unis sont endeuillés par de nouvelles fusillades. Le terme de « fusillades de masse » (mass shootings en anglais) désigne des tueries faisant au moins quatre victimes, mortes ou blessées. D’après un rapport publié en septembre 2022 par Gun Violence Archive, les victimes ont atteint un total de 1 420 depuis le 1er janvier 2022, dont 293 morts et 1 127 blessés.
Bien que les fusillades de masse dans les écoles, les supermarchés et les églises attirent davantage l’attention des médias, les dégâts causés par les armes à feu sont bien plus nombreux au sein des foyers et des maisons. Les armes à feu sont donc un véritable fléau aux États-Unis, qui connaît un taux d’homicide par armes à feu en moyenne 25 fois plus élevé que celui d’un autre pays développé. Au cours des 145 premiers jours de 2022, les États-Unis ont connu 213 fusillades de masse.
En outre, le suicide représente une part importante des décès par arme à feu aux États-Unis. En 2022, il y a eu 48 183 suicides aux États-Unis dont plus de la moitié par arme à feu. Pour la première fois depuis que le CDC établit des statistiques (1968), ces suicides constituent la majorité des décès par arme à feu aux États-Unis. Après un long déclin qui s’est poursuivi jusque dans les années 1990, le taux de suicides s’est remis à augmenter sur le territoire américain. Car selon une étude de l’Université Johns-Hopkins à Baltimore aux États-Unis, le suicide est rarement un acte prémédité. Dans la plupart des cas, la durée qui s’écoule entre la décision de se donner la mort et l’acte lui-même est inférieure à cinq minutes.
Les racines du mal
De nombreux facteurs sont mis en avant pour expliquer cette augmentation de la violence armée, notamment :
Lire aussi: Comment parier sur le nombre de tirs au football
- La prévalence des armes à feu: Aux États-Unis, il y a plus d’armes en circulation que de citoyens. Le fait d’avoir accès aux armes à feu aux États-Unis triple le risque de suicide.
- La santé mentale mal prise en charge: Les experts soulignent l'importance de la santé mentale dans la prévention de la violence armée.
- Les inégalités économiques: Les inégalités économiques croissantes sont également considérées comme un facteur contributif.
- La pandémie de Covid-19: La pandémie a exacerbé les problèmes sociaux et économiques, contribuant à la hausse de la criminalité.
- Un sentiment d’anarchie/de désordre qui découle notamment de la violence policière
- Un sentiment d’isolement et de frustration, sentiment qui a été exacerbé par la pandémie. La Covid a favorisé l’isolement et la prise de position sur de nombreuses questions et a ainsi divisé les concitoyens. Or, lorsque l’empathie pour les autres citoyens décline, la criminalité augmente. Mais il y a aussi eu une certaine rupture entre les citoyens et le gouvernement. En effet, d’après Gallup, 80 % des citoyens ne sont pas satisfaits par la direction du pays pendant la pandémie.
Selon Jillian Peterson et James Densley, chercheurs et cofondateurs du Violence Project, « ces tueries ne sont pas des actes aléatoires de violence mais plutôt les symptômes d’un problème sociétal plus profond : la hausse continue des ''morts du désespoir'' ». Un terme qui inclut notamment les suicides et les overdoses de la crise des opiacés, qui touche particulièrement les hommes blancs. Et a contribué, avec les morts du Covid-19, à faire baisser l’espérance de vie des Américains de 2,7 ans entre 2019 et 2021.
Jillian Peterson, psychologue et professeure de criminologie, et James Densley, qui enseigne le droit pénal, ont examiné 50 ans de données sur les fusillades, et livrent leurs résultats dans le New York Times : « Presque tous les tueurs sont des hommes, souvent isolés socialement de leurs familles ou de leurs communautés, qui se sentent marginalisés. Une fusillade de masse est un moyen de forcer les autres à être témoin de leur douleur en essayant de mettre fin à leurs jours d’une façon qu’ils contrôlent ».
Que les assaillants soient abattus par la police, retournent leur arme contre eux ou passent la fin de leurs jours en prison, il s’agit, selon eux, « d’une forme de suicide ». S’ils militent en faveur d’une réforme globale de l’accès aux armes à feu, ces experts estiment que les élus « doivent trouver des moyens de réduire l’isolation sociale et d’améliorer la prise en charge de la santé mentale ».
Mesures législatives et réactions
Face à cette crise, plusieurs États ont pris des mesures pour renforcer la réglementation sur les armes à feu. La Californie, l’un des États ayant déjà la juridiction la plus stricte concernant l’utilisation des armes à feu, a décidé de durcir à nouveau les conditions du port d’armes. Dans l’Illinois, la fusillade de masse d’Highland Park qui avait fait sept morts et 46 blessés en 2022, a poussé son gouverneur Jay Robert Pritzker à appliquer des restrictions sur la vente d’armes à feu. Les semi-automatiques, y compris les fusils AK-47 et AR-15, et les chargeurs de plus de 10 balles pour les fusils et de plus de 15 balles pour les armes de poing sont désormais interdits. L’État du Colorado a de son côté légiféré en matière de production d’armes artisanales, les «armes fantômes» fabriquées à l’aide de kits dénués de numéro de série. Ces armes sont donc totalement en dehors de tout suivi quant à leur provenance, leur utilisation et leurs propriétaires.
Cependant, la réticence des politiques à adopter des mesures à l’échelle fédérale demeure toujours forte. En 2022, malgré une fusillade qui avait fait 21 morts dans une école primaire du Texas, la Cour suprême a consacré le droit au port d’armes hors du domicile pour les citoyens américains. Dans un pays où le lobby des armes est aussi puissant, les tueries de masse ne semblent pas faire changer l’orientation législative à l’échelle du pays.
Lire aussi: L'histoire des tirs au but
Le 24 juin 2022, Joe Biden a signé une loi qui permet enfin de renforcer le contrôle des armes à feu dans le pays. Ces mesures visent à renforcer la sécurité des écoles, à assurer un meilleur contrôle de la vente illégale d’armes, à limiter l’accès des personnes dangereuses aux armes à feu et enfin à financer des programmes de soutien psychologique.
Solutions potentielles
Plusieurs solutions sont envisagées pour lutter contre la violence armée aux États-Unis :
- Les « buyback programs »: Ces programmes consistent à racheter les armes qui sont actuellement en circulation aux États-Unis, ce qui permettrait de diminuer le nombre d’armes à feu disponibles et ainsi de faciliter leur contrôle.
- La vérification plus efficace des antécédents: Il est essentiel de résoudre la faille du système américain appelée « three-day loophole », qui permet à une personne d'acheter une arme si les services américains ne réussissent pas à traiter son dossier sous un délai de trois jours.
- Lutter contre les armes « fantômes »: Le gouvernement américain a décidé de sévir contre les fusils artisanaux achetés et vendus sans registre.
- Renforcer la sécurité des écoles
- Assurer un meilleur contrôle de la vente illégale d’armes
- Limiter l’accès des personnes dangereuses aux armes à feu
- Financer des programmes de soutien psychologique.
- Réduire l’isolation sociale et d’améliorer la prise en charge de la santé mentale
Lire aussi: Définition des Joules
tags: #nombre #de #morts #par #arme #à
