L'artillerie de gros calibre a joué un rôle crucial durant la Première Guerre mondiale, marquant une évolution significative dans la technologie et la stratégie militaires. Cet article explore en profondeur l'utilisation, les caractéristiques et l'impact de ces armes massives.
L'Artillerie Terrestre : Des Calibres Déterminants
Au début du XXIe siècle, les calibres de l’artillerie terrestre sont restés fidèles à ceux utilisés depuis le dernier quart du XIXe siècle. C’est en effet dès cette époque qu’apparaissent en France les calibres de Bange de 120 mm et 155 mm sous la forme d’obusiers ou de canons. Toutefois, les choix de calibres ont des conséquences directes sur la portée et la puissance de feu.
Standardisation et Diversité des Calibres
À l’aube du XXe siècle, toutes les grandes puissances s’équipent de calibres nationaux plus ou moins proches des 120 et 155 mm, ceci dans le but d’éviter que l’ennemi potentiel ne puisse utiliser des munitions de prise. Ainsi en Allemagne, si le calibre de 120 mm fait une brève apparition avant de disparaître rapidement au profit du 105 mm, le calibre des obusiers et canons lourds de campagne est fixé à 149 mm (15 cm). Ce dernier calibre, comme le 105 mm, se généralisera à l’international du fait des ventes à l’exportation réalisées par Krupp et Rheinmetall.
En Grande-Bretagne, où on n’utilise pas le système métrique, apparaissent les 4,7 pouces (120 mm) puis les 60 livres (127 mm) et les 6 livres (152 mm). En Russie où l’on compte en pouces aussi, les calibres sont respectivement de 4,8 pouces (122 mm) et de 6 pouces (152 mm). Pour les calibres supérieurs, l’artillerie britannique adopte pendant la Première Guerre mondiale un obusier de 8 pouces (203 mm) qui équipe aussi l’US Army à partir de 1917. Après le conflit, les États-Unis développent un nouvel obusier de 203 mm mais aussi un canon du même calibre.
Toujours en 1917, l’US Army adopte le système d’artillerie de campagne français à base de canons de 75, d’obusiers de 155 et de canons de 155 mm (GPF). Entre les deux guerres, ils développent un nouveau système d’artillerie avec le 105 mm HM 1 puis HM 2 qui remplacent tardivement leurs 75 mm d’origine française, mais aussi un obusier de 155 mm (M‑1) et un canon de même calibre (M‑1 Long Tom).
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Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis imposent pour l’artillerie des pays de l’OTAN leurs calibres de 105 mm et 155 mm, mais aussi de 203 mm. Pour les Français, le calibre de 155 mm n’est certes pas un inconnu, et pour cause ! Le calibre de 105 mm non plus, car ils l’avaient adopté dès 1934 (105 courts Mle 34 S et Mle 35 B). Les Soviétiques feront de même avec les pays membres du Pacte de Varsovie en imposant leurs calibres de 122 et 152 mm. Aujourd’hui, si le calibre de 105 mm OTAN a pratiquement disparu sauf dans les unités aéroportées ou héliportées et dans les unités d’artillerie de montagne, seul demeure celui de 155 mm fixé par de Bange au lendemain de la guerre franco-prussienne de 1870. De leur côté, les Russes ont conservé leurs deux calibres « historiques » de 122 et 152 mm et il existe une explication à cela.
Le Rôle Essentiel de l'Obus
L’obus est la première arme de l’artilleur. En fonction des effets recherchés, ce qui est avant tout un corps creux peut recevoir différentes charges dans la limite de son volume intérieur et de son diamètre. En général, un obus contient une charge explosive équivalente à environ un cinquième de sa masse totale. Outre l’explosif, le corps creux peut recevoir des charges toxiques, fumigènes, éclairantes ou nucléaires, mais aussi servir de cargo pour des sous-munitions antichar ou antipersonnel.
Calibres et Puissance : Une Comparaison
Le tableau suivant donne une première approche des calibres et de leurs caractéristiques :
| Calibres | Poids moyen de l’obus | Poids moyen d’explosif |
|---|---|---|
| 105 mm OTAN | 13 kg | 2,6 kg |
| 122 mm (D-30) | 22 kg | 4,4 kg |
| 152 mm (D-20) | 44 kg | 8,8 kg |
| 155 mm OTAN | 44 kg | 8,8 kg |
| 180 mm (2S7)* | 88 kg | 17,6 kg |
| 203 mm OTAN | 92 kg | 18,4 kg |
(*) Longtemps donné pour un 203 mm mais, en 1973, les experts occidentaux découvriront que le vrai calibre est de 180 mm.
Le calibre de 105 mm est abandonné par les artilleries de mêlée de l’OTAN à partir des années 1970, car il ne représente plus une puissance de destruction suffisante contre des unités mécanisées, au bénéfice du 155 mm. Pour les Soviétiques, le maintien du calibre de 122 mm d’une puissance supérieure à celle du 105 mm, s’impose de lui-même en complément du 152 mm. Malgré le développement des hélicoptères d’attaque dotés de missiles capables de percer d’importantes épaisseurs de béton, les calibres de 180 et 203 mm sont conservés pour le traitement d’objectifs durcis mais aussi pour leur grande portée (à l’époque) de 30 km, voire plus avec des projectiles à propulsion additionnelle.
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Cadence de Tir et Concentrations d'Artillerie
Avec l’apparition du canon français de 75 mm Mle 1897 à long recul et qui ne dépointe pas au tir, l’artillerie est en mesure de tirer en rafale, jusqu’à 20 coups minute soit un coup toutes les trois secondes, mais pendant de courtes périodes pour limiter l’échauffement du tube. Pour un tir prolongé, la cadence tombe à 4 coups/minute. Toutefois, il n’est pas possible de reconduire ces possibilités de tir en rafale pour des calibres supérieurs, la masse même des coups complets (obus plus gargousse) ne permettant guère de dépasser les 3 coups/minute pour un 155 mm.
Bien entendu, le tir par une pièce seule est exceptionnel sauf dans le cas d’un emploi à partir d’un poste isolé (Guerres du Rif, d’Indochine et d’Algérie) ou aujourd’hui des FOB (Forward Operating Base) en Irak et en Afghanistan. Les tirs d’emblée s’effectuent au minimum par batteries, sinon par groupes ou régiments. La quantité de canons de gros calibre supplée à leur cadence de tir relativement faible. C’est ainsi que les deux guerres mondiales ont vu des concentrations d’artillerie considérables sur l’ensemble des fronts.
L'Artillerie Pendant la Guerre Froide
Pendant la guerre froide, l’artillerie reste une arme de concentration traitant toujours ses objectifs « à l’hectare ». Pendant cette période, les calibres se stabilisent autour du 155 mm et du 203 mm ; ceux plus élevés disparaissent car ils sont inadaptés à un conflit centre-européen et leurs missions dans la profondeur sont reprises par l’aviation d’appui. L’apparition d’obus à charge nucléaire les rendra d’ailleurs totalement obsolètes, du moins dans le cadre d’un conflit de cette nature.
Toutefois, l’emploi d’obus atomiques n’est pas ressenti comme la panacée, surtout pour l’OTAN qui considère ces derniers comme faisant partie d’une réponse graduée alors que les Soviétiques en font des munitions comme les autres. Pour l’OTAN, en situation d’infériorité numérique et technique face aux matériels d’artillerie du Pacte de Varsovie, il ne peut alors être question de vouloir lutter à armes égales. La manœuvre de l’artillerie héritée d’un concept remontant à la Seconde Guerre mondiale comme l’utilisent aussi les Soviétiques, se doit d’évoluer vers plus de brutalité et de souplesse. Pour ce faire, le calibre de 155 mm devenant standard, il convient en premier lieu d’augmenter la cadence de tir des obusiers.
Ainsi, alors qu’un 155 mm « classique » ne tire que 3 coups par minute, une cadence de 6 à 8 coups par minute est réclamée, c’est-à‑dire une cadence de tir instantanée pratiquement égale à celle d’un obusier de 105 mm (10 coups/minute pour un M‑102). La puissance délivrée en une minute augmente alors d’une manière considérable comme nous l’indique le tableau suivant :
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| Calibre | PM de l’obus | Cadence de tir | Masse délivrée |
|---|---|---|---|
| 105 mm (*) | 13 kg | 10 c/min | 130 kg |
| 155 mm | 43 kg | 3 c/min | 129 kg |
| 155 mm GCT (**) | 43 kg | 8 c/min | 344 kg |
() Pour mémoire(*) Grande cadence de tir
Données que nous pouvons comparer avec les possibilités des obusiers du Pacte de Varsovie :
| Calibre | PM de l’obus | Cadence de tir | Masse délivrée |
|---|---|---|---|
| 122 mm | 22 kg | 5 c/min | 110 kg |
| 152 mm | 43 kg | 4 c/min | 172 kg |
Grâce à la grande cadence de tir, l’artillerie de l’OTAN prend, à partir des années 1970, la supériorité qualitative à défaut de quantitative sur l’artillerie du Pacte de Varsovie.
Portées et Technologies Modernes
Suivant les obus, les portées, jusqu’à l’apparition d’obus à propulsion additionnelle, base bleed et culot creux, restent sensiblement égales à l’Ouest comme à l’Est avec pour les 152/155 mm des distances de l’ordre de 15 000 à 20 000 m. C’est-à-dire des performances identiques à celles des canons de même calibre de la guerre 1914-1918 (le 155 mm GPF de 1917 avait une portée comprise entre 14 500 et 18 000 m).
Pour tirer au-delà, l’OTAN utilisera le canon de 175 mm automouvant M‑107 d’une portée de plus de 32 000 m qui tire un obus de 67 kg, puis le canon de 203 mm portant à 22 000 m (29 000 m avec propulsion additionnelle) dont l’obus pèse 92 kg. Les Soviétiques utiliseront le canon de 130 mm M‑46 d’une portée de 27 000 m et le canon S‑23 de 180 mm portant à 30 000 m. Toutefois, tous ces canons ne disposent que d’une cadence de tir faible, soit en moyenne un coup par minute. Aussi doit-on les utiliser par concentration, toujours vulnérable aux tirs de contre-batterie, pour obtenir l’effet recherché.
Temps de Mise en Batterie et Mobilité
La durée de mise en batterie et sortie de batterie devient un facteur essentiel dès l’apparition des radars de contre-batterie, particulièrement efficaces contre les canons tractés dont la mise en batterie réclame jusqu’à une heure comme pour l’obusier de 155 mm ABS Mle 50 français. D’où la généralisation au sein de l’OTAN de canons automoteurs ou automouvants (sans protection pour l’équipe de pièce) mais dont la mise en batterie ne réclame que quelques minutes.
Les Soviétiques suivront tardivement avec leur automoteurs M‑1974 de 122 mm et M‑1973 de 152 mm. Ces derniers comme le M‑109, dotés d’une tourelle, peuvent battre des objectifs à 180° dans le secteur avant et éventuellement dans le secteur arrière. Pour les matériels tractés de 155 mm plus récents, des affûts disposant d’une assistance hydraulique à partir d’un générateur de puissance font leur apparition, ce qui permet de supprimer les fameuses manœuvres de force et de réduire les temps de mise en batterie à quelques minutes mais aussi de faire passer les équipes de pièces de 10 à 4 ou 5 personnels. Le groupe de puissance alimente aussi un bras d’aide au chargement permettant d’atteindre une cadence de l’ordre de 6 coups par minute.
Le 155 mm : Un Calibre Universel
Aujourd’hui, le calibre de 155 mm est devenu le calibre standard de toutes les artilleries, ou du moins d’une majorité d’entre elles. L’allongement des tubes est également constaté. D’une longueur de 23 calibres dans les années 1950/1960, ils sont passés à 39 calibres et 45 calibres dans les années 1970/1980 puis à 52 calibres dans les années 1990. Grâce aux nouveaux obus, les portées atteignent 30 à 40 km pour des cadences de tir de l’ordre de 6 à 8 coups par minute. Avec des obus comme le Pelican de Nexter, elles peuvent être de l’ordre de 60 à 80 km contre des objectifs à haute valeur ajoutée.
Toutefois, dans le domaine des très longues portées, l’obus est concurrencé par des roquettes comme le programme LRU (Lance-Roquettes Unitaires) pour le LRM capable d’emporter une charge de 89 kg d’explosif à des distances comprises entre 15 et 70 km. Il l’est aussi, et pas d’aujourd’hui, par les missiles sol-sol pouvant atteindre avec une grande précision des cibles situées dans la profondeur. Mais l’artillerie demeure avant tout l’instrument de la permanence des feux sur le champ de bataille et tout temps. Un atout qu’elle n’est pas près de perdre.
L'Artillerie Française et les Découvertes Récentes
Le canon de 155 L, modèle 1877, est un canon lourd de forteresse et de siège, de calibre 155 mm, conçu au XIXe siècle par de Bange, il fut utilisé au front dès 1914 comme canon lourd de campagne, malgré son obsolescence. Il y restera jusqu'en 1918. Plus lourd que le 120, il était déplacé en deux parties.
Des découvertes récentes témoignent de la présence massive de ces munitions sur les anciens champs de bataille. Dans le Haut-Rhin, à Orbey, non loin de Colmar, 41 obus datant de la Première Guerre mondiale ont été découverts. Un total de 41 obus datant de la Première Guerre mondiale, pour une masse cumulée d’1,7 tonne, ont été retrouvés dans une forêt d’Orbey par les démineurs de Colmar (Haut-Rhin), prévenus par un habitant.
Danger et Précautions
Ces grosses munitions à mitraille ou explosives n’avaient pas été tirées et la moitié d’entre elles restaient prêtes à l’emploi. Elles peuvent causer des dégâts à 300 mètres à la ronde. Chaque année en France, quelque 500 tonnes d’obus sont retrouvées dans des champs, des jardins ou des zones boisées, quand ils ne sont pas transportés dans des lieux incongrus comme une déchetterie ou un collège par des particuliers imprudents.
Premier réflexe à adopter : prendre des photos, puis contacter les autorités (mairie, police ou gendarmerie) qui, elles, solliciteront une équipe de démineurs, seules personnes habilitées à les manipuler, les déplacer puis les faire exploser dans un entrepôt sécurisé.
L'Impact de la "Grosse Bertha"
En août 1914, le Fort de Loncin subit pendant plusieurs jours des bombardements incessants de l’ennemi allemand. Le fort est le théâtre d’un massacre inédit. En cause, l’utilisation des machines d’artillerie allemande de gros calibre encore méconnues, surnommées Grosses Bertha. Déjà présents lors de l’attaque du Fort de Pontisse, les obus de 42 cm caractéristiques de la Grosse Bertha font des ravages à Loncin. D’une portée maximum de 12 500 mètres, les obus déclenchent l’explosion de 12 tonnes de poudre conservées dans le cœur du fort. Le site est donc devenu une nécropole.
Pour les Français, la « Grosse Bertha » est l’engin capable de propulser des obus à plus de 100 km de distance et qui a tiré sur la capitale (engins appelés « Canons parisiens » par l’armée allemande). Ces pièces d’artillerie nécessitaient d’importants travaux de maçonnerie pour les plateformes de tir et des moyens de transport pour l’acheminement du matériel et des munitions. Pendant six mois, de mars à août 1918, les obus de la Grosse Bertha ont terrorisé Paris et ensanglanté ses rues et ses boulevards. Alors que le front se trouve à plus de 100 kilomètres, ce gigantesque canon allemand parvient à envoyer 320 projectiles sur la capitale et sa banlieue, provoquant la mort de 256 personnes et en blessant 620.
L'Obusier de 400 mm : Un Géant sur Rail
L’obusier de 400 mm est une pièce d’artillerie lourde sur voie ferrée de l’Armée française utilisée pendant la Première Guerre mondiale pour détruire les positions puissamment fortifiées. Ce fut le plus gros calibre armant l’artillerie française. L’obusier et l’affût possèdent une masse de 137 000 kg et peuvent tirer jusqu’à 16 km. Seuls 12 modèles seront produits.
Chacun des obusiers de 400 mm se déplace sous forme d’un train de 11 wagons et 260 mètres de long composé d’une locomotive, d’un affût-truck, d’un wagon aux armements, d’un wagon plateforme, d’un wagon à combustibles, de wagons à personnel et de wagons à munitions (à raison de 12 coups chacun).
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