L'expression "Personne ne sort les fusils" intrigue et invite à une réflexion sur la passivité face à l'injustice et à la brutalité du monde du travail. Ce titre, emprunté au roman de Sandra Lucbert, résonne comme un appel à la révolte, une invitation à ne pas rester les bras croisés face aux dérives du capitalisme et à ses conséquences humaines.
Le capitalisme mis en scène
L'œuvre de Lucbert met en lumière la brutalité de la gestion du grand capital, notamment à travers le procès France Télécom-Orange. Elle dénonce la morgue de certains managers français et les méfaits de l'entreprise, révélés au grand jour. L'auteure se positionne du côté des "fragiles, des éjectés, des suicidés", ceux qui ont subi les conséquences désastreuses des politiques de l'entreprise.
Un procès dans le procès
Le roman de Lucbert se présente comme un spectacle vibrant d'accusation, un procès dans le procès. L'auteure se fait le porte-parole de ceux "qui ne disent rien ou qui en disent peu", ceux dont la voix est étouffée par la machine capitaliste. Elle dénonce avec virulence et moquerie la logique du "cash-flow" et la transformation des salariés en "collaborateurs" jetables.
L'inspiration littéraire comme arme
Lucbert convoque de grands écrivains tels que Kafka, Melville et Rabelais pour donner plus de poids à son accusation. Elle reprend notamment la technique de la herse de La Colonie pénitentiaire de Kafka pour illustrer la souffrance infligée aux salariés. Elle s'inspire également de la célèbre formule "I would prefer not to" de Bartleby de Melville pour dénoncer l'exploitation au travail. Les "paroles gelées" de Rabelais renvoient au langage du "flow", où les mots sont agglomérés et bloquent le sens.
Une critique acerbe du management
L'œuvre de Lucbert dénonce les méthodes de management inhumaines mises en place chez France Télécom-Orange. Elle décrit comment les "affects de crainte, les blessures, les tourments" sont utilisés pour "décohérer les individus" et les pousser au suicide. Elle critique également le rôle de Muriel Pénicaud, ancienne administratrice du groupe Orange et ministre du travail, accusée d'avoir contribué au "désalariat" et à la suppression du Code du travail.
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L'importance de la révolte
Le titre du roman, "Personne ne sort les fusils", interroge sur l'absence de révolte face à ces injustices. Il invite à une prise de conscience et à une action collective pour faire face aux dérives du capitalisme. Lucbert utilise la littérature comme une arme pour dénoncer, accuser et inciter à la résistance.
L'art comme moyen d'aborder le réel
Sandra Lucbert utilise la littérature comme moyen d'aborder le réel avec un angle nouveau, une distance là où il est habituellement capté de l’intérieur. Cette sortie du réel, ou plus exactement de la langue usuelle qui le décrit, s’avère salvatrice : elle propose des manières riches, denses et originales de regarder l’horreur du management à France Telecom-Orange.
Invention linguistique
Sandra Lucbert attrape ces mots-tirets, elle les découpe, les déplie (ex : les acronymes), les colle ensemble et répétant ces gestes simples mais inventifs, parvient à ouvrir les autres lectures du réel.
Référence à Rabelais
La langue rabelaisienne vient décrire la liquéfaction tous azimuts que produit le libéralisme : sur les mots, sur le marché, l’argent, les corps enfin des salariés.
Essai politique et littérature
Sandra Lucbert accomplit un va-et-vient passionnant entre essai politique et littérature, alimentant l’un par l’autre.
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Conclusion
"Personne ne sort les fusils" est une œuvre engagée qui dénonce avec force et originalité les dérives du capitalisme et ses conséquences humaines. Elle invite à la révolte et à la résistance, en utilisant la littérature comme une arme pour dénoncer l'injustice et inciter à l'action. Le roman de Sandra Lucbert est un appel à ne pas rester passif face à la brutalité du monde du travail et à se battre pour un avenir plus juste et plus humain.
Post-vérité, mensonge en politique et complotisme
Aujourd’hui est sorti le nouvel épisode de Planète B qui parle de post-vérité, de mensonge en politique et de complotisme dans la science-fiction. Dans le viseur : l’Allemagne nazie fraîchement vaincue, le stalinisme en URSS, et le franquisme que l’auteur avait vu de près lors de la Guerre d’Espagne, où il s’était rendu vers 1936 pour écrire des articles… et combattre les fascistes armes à la main. Le but ultime n’est pas de soumettre physiquement la population, mais de la convaincre de bonne foi de n’importe quelle vérité, aussi absurde que “2 et 2 font 5”, dès lors qu’elle émane du régime. L’Angsoc comme tout régime totalitaire, s’attaque au réel pour asseoir son pouvoir. Aujourd’hui, le même principe est à l’œuvre dans le discours managérial contemporain. En tournant toujours tout au positif, les discours corporate et politique créent une “novlangue” lénifiante destinée à mater la possibilité même de la contestation. Sur un mode plus explicitement politique, Donald Trump lui-même restera probablement dans l’histoire (ça c’est sûr), notamment pour avoir créé le concept de “vérité alternative”. Pour Trump comme ceux qui s’en inspirent : l’important n’est plus le réel partagé sur lequel bâtir un projet politique, mais de servir des émotions flatteuses à un public spécifique et ciblé pour créer de l’adhésion. La manipulation de la vérité est une constante de tous les pouvoirs, à toutes les époques. Aujourd’hui dans Planète B, on parle de manipulation de la vérité en politique.
La complexité
En maths, la complexité désigne les systèmes tellement multifactoriels que personne ne peut prédire avec certitude ce que le changement d’un paramètre aura comme conséquence. « La meilleure définition de la complexité, la plus simple, c’est peut-être de dire que le tout diffère de la somme des parties. Lorsque plusieurs éléments d’un système s’associent, des phénomènes imprévus se produisent : on parle alors d’“émergence”. L’économie est un exemple parfait de ce genre de systèmes complexes : un petit changement dans les règles du jeu peut provoquer des chaînes de conséquences plus ou moins souhaitables et prévues, que les experts de différentes chapelles s’échinent à essayer de prédire avec plus ou moins de succès.
La propagande
Dans son livre Propaganda, le communicant Edward Bernays développait l’idée que dans les sociétés complexes et démocratiques, la propagande doit jouer un rôle central pour organiser le chaos de la société. Il s’agit de fabriquer le consentement de la population à sa propre domination, en uniformisant les pensées et les modes de vie.
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