La Première Guerre mondiale a été un catalyseur pour le développement et l'utilisation d'armes de poing, en particulier parmi les officiers, les spécialistes et les aviateurs. Parmi les nombreuses armes utilisées pendant cette période, plusieurs pistolets allemands se sont distingués. Cet article explore certains de ces pistolets, en mettant en évidence leurs caractéristiques uniques et leur importance historique.
Le Luger P08 Artillerie : Un symbole de puissance et de précision
Le Luger P08 Artillerie, équipé de plaquettes de crosse en bois, est une variante emblématique du célèbre pistolet semi-automatique conçu par Georg Luger. Ce modèle, caractérisé par son canon long de 20 cm et sa hausse réglable, était destiné aux troupes d’artillerie allemandes durant la Première Guerre mondiale. Les plaquettes de crosse en bois apportent non seulement une meilleure prise en main, mais permettent aussi de fixer une crosse amovible, transformant ainsi l’arme en une carabine de poing plus stable et précise. Chambré en calibre 9x19 mm Parabellum, le Luger Artillerie avec crosse en bois combinait puissance, précision et ergonomie, répondant aux besoins des soldats sur le champ de bataille. Cette configuration renforçait son efficacité à moyenne distance, grâce à un meilleur contrôle lors du tir.
Le Luger P08 Artillerie, également connu sous le nom de "Lange Pistole 08" (LP 08), était une arme prisée pour sa précision et sa portée accrues par rapport au Luger P08 standard. Sa capacité à être transformé en une carabine de poing le rendait particulièrement utile dans les tranchées et autres environnements de combat rapproché.
Le Luger de Marine P04 : Un mythe lié à l'histoire navale allemande
Le Luger de Marine 1904 allemand est un mythe. Au delà de sa rareté relative, c’est une arme de guerre. De guerre partout. Attachée à quelques unes des actions les plus héroïques de l’histoire militaire allemande. Sur mer d’abord. Le P04 sent la graisse des machines du SMS Emden avec ses trente adversaires coulés en moins de trois mois en 1914 dans le « lac britannique » que constituait alors l’Océan Indien au terme d’un périple fou. Ils ont rendu marteau toute la Royal Navy lâchée à leurs trousses et ridiculisée. Et les survivants, vaisseau perdu, réussiront quand même à rejoindre l’Allemagne mi-1915 au terme d’un périple encore plus dingue… Le Pacha, Von Müller, couvert d’honneurs, aura, par faveur impériale, l’autorisation de rajouter « -Emden » à son nom de famille. Il y avait très exactement 46 P04 à bord du croiseur léger Emden. Les P04 ont aussi vibré dans les airs aux bruits des machines et des hélices des Zeppelins de la Marine Impériale, en bombardement au dessus de Londres. Dans ce qui ne peut être assimilé qu’à des missions suicides. Il devra faire demi tour à 200 km de Kartoum après avoir été constamment traqué. Il reviendra à sa base. Un miracle en soi. Et près un voyage 6.800 km qui reste à ce jour le plus long voyage jamais réalisé par un dirigeable. Les P04 seront aussi sous l’eau, pour le grand carnage de la Marine à Voile mondiale (disparue en 14-18) et de tous les navires alliés croisant en Atlantique Nord et dans les Western Approaches d’Irlande. Au côté d’as de légende comme Karl Lothar Arnaud de La Perrière, un descendant de huguenots français, qui reste encore aujourd’hui le plus grand As mondial des sous-marins avec 189 navires envoyés par le fond. Il y avait une vingtaine de P04 dans chaque sous-marin de la Kaiserlische Marine. Ils ont gardé à l’œil un nombre incalculable de marins alliés frigorifiés et prisonniers. Et bien sûr, enfin, sur terre. Car le P04 équipera aussi l’Infanterie de Marine et ses « See-Batallionen » qui se distingueront particulièrement par leur bravoure durant la première guerre mondiale. Leur médaille d’association post guerre 14-18 porte une des plus fières devises qui soit sur une décoration » Zur See - Im Felde - Umbesiegt ! » ( « Sur Terre - Sur Mer - Invaincus ! »). Je pense à titre personnel que nombre des armes P04 survivantes de nos jours, et ne portant pas de marque d’attribution à un corps maritime précis ou à un navire, sont souvent passées par leur quartier général de Bruges entre 1914 et 1918. En effet, la plupart des armes P04, embarquées sur les navires de haute mer, sont aujourd’hui aussi toujours disponibles. Et dire qu’avec un tel pédigrée et une telle ligne, la Marine allemande a longtemps hésité. Hésité pour remplacer son vieux revolver 1889 à poudre noire, entre notre superbe Luger de Marine 1904 et une carabine courte à définir. Hésitations telles que l’arme n’a été « effectivement » adoptée qu’avec une certaine discrétion.
Le modèle P04 est mentionné comme arme adoptée dans un simple courrier de mai 1905 (et pas 1904). Le tout premier Luger de toute l’armée allemande jusque la seconde guerre mondiale sera en effet adopté en catimini. Sans ordre général ou décret de l’état major général de la Marine comme pour d’autres matériels. Il s’agit en l’espèce d’une simple lettre de l’état-major de la Marine à l’arsenal de Kiel. Elle fait état du « Pistolet automatique Modèle 1904 » comme adopté et leur annonce leur livraison prochaine de P04 pour mars …1906. Alors que la première commande officielle est de décembre 1904. L’histoire est compliquée. L’arme est bel et bien testée à l’été 1904 à Kiel sur la Baltique à raison de 150 armes, plutôt que 1.500 comme on l’a parfois écrit ( voir Goetz Page 336), pour une première commande en décembre. Alors une adoption précipitée ne donnant lieu à aucun retour d’expérience officiel ? A l’aveugle ? Non. La réalité est plus prosaïque: les essais furent « courts » - peut-être trop courts pour la suite industrielle - car la Marine était déjà convaincue par le résultat des essais du Luger par l’armée de terre allemande de 1902-1903 et par les tous premiers exemplaires des armes de test destinées au contrat de 1904 pour la Marine Chilienne. Cette arme chilienne est en réalité le vrai prototype le plus direct du 1904 de Marine allemand. La lettre d’appui à l’adoption de l’arme pour la Marine qui date, elle, de août 1904 est claire sur ce fait. Il y est écrit que les « capacités de combat du pistolet automatique 1904 sont déjà prouvées par les tests très étendus réalisés par l’Armée ». C’est la raison directe de la rapidité des tests par la Marine et de son adoption éclair. Et bien, tout simplement pour des raisons budgétaires. La Marine, très soutenue par l’Empereur dans son obsession de rattraper la Navy britannique, était plus « riche » sur ces chapitres d’armement individuel que les piét0ns de l’armée de terre et ses commandes plus réduites en valeur car elle avait moins d’armes à acheter. Cela est sans compter aussi sur une obsession très germanique du perfectionnement.
Lire aussi: Choisir le Meilleur Pistolet à Peinture à Batterie
La première commande est de décembre 1904 pour des armes à livrer printemps 1906. Elle portait sur 8.000 armes. Il y eu des retards. Et la Marine s’énerva pour que la commande puisse être honorée dès mars 1906 pour des raisons encore une fois de consommations budgétaires. DMW ne parvint à livrer à cette date que la moitié de la commande. C’est à dire un peu plus de 4.000 armes. Le reste fut livré début 1907. La seconde commande porta sur 6.500 armes fin 1906 à livrer en 1907. Ces armes des deux premières commandes furent essentiellement affectées au service colonial en Chine et en Afrique. En août 1914, circonstances obligent et espoirs d’une victoire rapide expliquent, une commande complémentaire - la troisième - de 2.000 armes fut ordonnée. Notez bien que ces commandes s’étiraient assez longuement dans le temps avant terminaison. Les diverses modifications étaient appliquées en cours de production ce qui donnent lieu à de nombreuses variations. Le 29 août 1916, la Marine Impériale passa sa cinquième et dernière commande avec 8.000 nouvelles armes à livrer en 1916 et 1917. Les derniers de ces P04 arrivèrent à l’Arsenal maritime de Kiel, le grand port allemand de guerre avec Hambourg et Wilhelmshaffen, en mars 1918. A la fumée des cierges. Ceux là, de cette dernière livraison de 1918 (2.431 quand même), sont néanmoins marqué « 1917 » en chambre. Une des modifications, celle de ressort principal à lame en 1906 a parfois fait parler du « Luger de Marine 1904-1906 » ou « P04/06 ». C’est néanmoins secondaire et n’a rien d’officiel. En dehors du ressort principal devenu hélicoïdal, les principales modifications de fonctionnement ont été, en fait, un inversement du sens de la sécurité vers le bas pour la rendre similaires à celle des P08 d’infanterie en 1912 et la suppression de la pédale de sécurité de poignée comme celle des Luger suisse en 1915. Ça, et un certain nombres de modifications plus mineures, sur lesquels je ne puis m’étaler ici, ont été réalisées au cours des diverses productions. En revanche, les armes ayant échappées rétrospectivement à ces deux modifications principales par mise en conformité des armes antérieures avec ces deux modifications, sont très rares.
Alors, in fine, combien de Luger de marine P04 en tout ? 31.000 aux termes des commandes. 32.000 peut être si l’on y ajoute une poignée d’armes d’achat privé par des officiers (un peu moins de 3.000 officiers de Marine seulement à l’annuaire de 1914 et très loin d’avoir tous acheté un P04 personnel!). On y ajoutera, par bonne volonté, ceux qui ont été vus, en petit nombre, sur des hommes du Régiment de Pionniers de Réserve de la Garde vers 1917 et dont on se demande comment ils ont atterri là. Mettez y en plus un saupoudrage d’une poignée de prototypes divers et d’essais. Peut être un peu plus de 34.000 en tout au grand maximum. Une arme rare donc. Ces 34, ou peut être 35.000 P04, c’est l’estimation la plus sérieuse à ce jour. Reprise dans la Somme théologique de Joachim Görtz et Goeffrey L. Au passage, c’est l’ouvrage de référence sur le thème du Luger. Plus récent - 2010 - et plus complet que le déjà remarquable ouvrage fondateur de Jan C. Still de 1994 que je recommande aussi. Son titre complet c’est « PISTOLE PARABELLUM - History of the Luger System » - 3 volumes et 1.930 pages richement illustrées chez « Collector Grade Publications ».
Le Lulu de Marine est une arme rare en soi pour une simple question d’effectifs relatifs de la Marine par rapport à l’Armée. A noter néanmoins que, et cela en surprendra sans doute certains, que, son petit frère - qui est ici - Luger de la Marine allemande pour la seconde guerre mondiale et qui n’a rien de spectaculaire (puisque c’est le même en taille et apparence que le Luger de l’armée de terre avec des marquages très différents), est encore moins courant que le P04. Pour donner une comparaison finale, il a été produit environ 190/195.000 exemplaires du déjà très recherché « Lange Pistol 1908 », Lulu 14 d’artillerie pour ses intimes, jusque 1918. Hélas, si les germains avaient sorti plus de 100.000 P04 de Marine, on en verrait quand même un peu plus souvent pour notre plus grand bonheur à tous. Hélas. Hélas. Mais le rêve c’est aussi parfois le sel de la vie. C’est donc un vrai pan de rêve que Maître Flingus est en mesure de vous proposez avec notre arme de ce jour. La chambre est marquée « 1917 » (parfois « 1916 » pour les tous premiers). Leurs prédécesseurs n’étaient pas du tout marqués en chambre à la différence de leurs confrères de la biffe eux toujours datés en chambre. Les numéro de série de cette dernière production sont compris entre le n° 1 et environ le n° 5000 en lettre suffixe « a » seulement. Les caractères sont ici de 2.4 mm pour le numéro de série complet (1.8mm pour tous leurs prédécesseurs des commandes et variantes précédentes) - Götz et Sturgess pages 364 et 365. Le notre, en numéro de série à trois chiffres, est sans doute un des premiers produits en 1917 même s’il est difficile de situer les dates de production exacte de ces arme rares. Sans doute printemps-mi 1917. Ces armes « à destination spéciale » étaient produites au compte goutte au milieu de dizaine de milliers d’autres plus ordinaires. Cette toute dernière version a aussi pour particularité unique d’être aussi datée « 1917 » en petit en carcasse devant la portière de démontage et en tout petit sur le guidon. Détail immanquable quand on en a connaissance. Ce sont les seuls P04 ainsi marqués.
Le Mauser C/96 : Une arme élégante et polyvalente
Le pistolet Mauser C/96, avec sa silhouette célèbre et élégante, a été conçu en 1890. Spécialement imaginé pour répondre aux besoins des cavaliers, il a reçu rapidement un bon accueil. Winston Churchill en fit même son pistolet personnel. Le C/96 fut tout d’abord produit en 1896 et devint immédiatement très apprécié. Sa principale attraction résidait dans son chargement automatique. Mais nombre de clients furent tout simplement séduits par des critères purement esthétiques. Le seul fait de le porter semblait conférer à son propriétaire une importance certaine.
Un Uhlan allemand était armé d’un Mauser C/96 modifié pour tirer des cartouches standards de 9 mm Parabellum au lieu des munitions de 7,63 mm. La cartouche de 7.63 mm à grande vitesse initiale tirée par le C/96 infligeait de sérieuses blessures à des portées nettement supérieures à celles des autres armes de poing de l’époque. La firme Mauser prit avantage de ce fait en commercialisant des modèles comportant des hausses graduées jusqu’à 1000 mètres, ce qui présumait grandement des qualités du tireur. Les pistolets reçurent aussi des étuis en bois qui pouvaient servir de crosse pour améliorer la précision du tir. La majorité des Mauser C/96 de l’armée allemande pouvait recevoir l’étui en bois servant aussi de crosse. Le magasin, partie intégrante de l’arme, se rechargeait par le dessus avec un chargeur de dix cartouches.
Lire aussi: Avis et Comparatif : Pistolets à Peinture Sans Fil
Autres pistolets allemands utilisés pendant la Première Guerre mondiale
Outre les modèles mentionnés ci-dessus, d'autres pistolets allemands ont été utilisés pendant la Première Guerre mondiale, notamment :
- Le RM & M Dreyse : Un des premiers pistolets civils produit en 9 mm Parabellum, construit en nombre limité, mais réquisitionné pour l’armée par la suite.
- Le Langenhan : Un pistolet de 7,65 mm, conçu pour le marché civil, il fut adopté par l’armée allemande en raison d’une pénurie d’armes.
Le Bergmann MP18/1 : L'ancêtre des pistolets mitrailleurs
Le Bergmann MP18/1 fut le premier pistolet mitrailleur allemand utilisé en grande quantité, en 1918, durant la fin de la Première Guerre mondiale. La précision de cette arme individuelle demeure valable à environ 100 mètres, avec possibilité de réaliser des tirs de saturation à 200 mètres (portée max. du projectile de 9 mm para : +/- 1.700 m).
La Première Guerre mondiale, entrée à l'automne 1914 dans une phase statique, les lignes de défense sont figées. Les assauts, brefs et violents, se concentrent sur des zones de tranchées adverses réduites. Les barrages d'artillerie étant suspendus au moment des attaques, et, les mitrailleuses trop lourdes à emporter pour suivre les troupes en mouvement afin de les couvrir, la nécessité d'une nouvelle arme à haute capacité de feu s'est très vite fait sentir, - autour d'une munition d'arme de poing qui s'est rapidement imposée face aux puissants et encombrants fusils ou mitrailleuses, mais encore au regard des pistolets ou revolvers faibles en capacité (munitions) -, pour le nettoyage de tranchée, mais aussi, lors d'autres combats rapprochés (maisons, rues…).
Le premier véritable pistolet mitrailleur est le Maschinenpistole (MP) 18 fabriqué sous la direction de son inventeur Theodor Bergmann, également fabriquant de voitures. L'arme se présente sous la forme d'une petite carabine, avec une crosse en bois à poignée semi-pistolet et un fût court. La carcasse est cylindrique et contient une culasse mobile non calée mise sous pression par un ressort hélicoïdal non guidé, avec un levier d'armement en forme de croc, placé longitudinalement sur le côté droit de l'arme. Afin de transporter la mitraillette en position de sécurité, il est possible d'engager le levier d'armement dans l'encoche prévue à cet effet, en haut et en retrait ; en butée de mortaise de glissière. Certains modèles, après guerre, comporteront en sus, une sûreté additionnelle placée à gauche, et à l'arrière du couloir d'alimentation. Un sélecteur de tir est situé à hauteur du pontet. Poussé vers la gauche, ce sélecteur (poussoir transversal) permet le tir en rafales, dirigé sur la droite, il autorise le tir au coup par coup. Le canon est entouré d'un gainage isolant (manchon) perforé. L'alimentation en munition s'effectue au moyen d'un chargeur droit ou de type "escargot" placé horizontalement sur le côté gauche de l'arme. Les organes de visée sont formés d'un guidon non protégé par un tunnel et d'un cran de mire situé dans une hausse tangentielle à curseur, réglable de 100 à 1.000 mètres.
Le MP18, surnommé "Grabenfeger", -littéralement "nettoyeur de tranchées"-, fut, pour cette raison, interdit de production par l'Allemagne, lors du Traité de Versailles (1919). La Suisse en assurera la fabrication à partir de 1920 (SIG Bergmann).
Lire aussi: PS4 & PS5 : les meilleurs jeux de tir
L'impact de la Première Guerre mondiale sur le développement des armes de poing
La Première Guerre mondiale a été un tournant dans l'histoire des armes de poing. La guerre des tranchées et les combats rapprochés ont mis en évidence la nécessité d'armes plus légères, plus maniables et offrant une plus grande puissance de feu que les fusils traditionnels. Cela a conduit au développement et à l'adoption de pistolets semi-automatiques et de pistolets mitrailleurs, qui ont révolutionné la façon dont les guerres étaient menées.
tags: #pistolet #allemand #première #guerre #mondiale
