Au début du XXe siècle, l'innovation était à l'ordre du jour. En France, la Manufacture d’Armes et de Cycles de Saint-Étienne (Manufrance) a relevé le défi. En 1913, elle a conçu le pistolet « Le Français », un petit semi-automatique de poche en 6,35 mm, sans chien externe, à culasse non calée, fonctionnant uniquement en double action, à canon basculant et ne nécessitant pas d'être armé. Cette arme représentait une avancée en matière de défense individuelle vers 1910.
L'Influence de la Première Guerre Mondiale
La Première Guerre mondiale a accru la demande de pistolets semi-automatiques de poche. De nombreux soldats et officiers ont emporté un modèle en 6,35 mm ou 7,65 mm en complément de leur arme réglementaire 1892. Cette tendance était également présente chez les Allemands. Certains ont pu se défaire de leurs prisonniers grâce à cette arme de petit calibre dissimulée. Le « Le Français » était réputé pour sa précision, sa fiabilité, son originalité et sa qualité de fabrication.
L'Armée Française et le Besoin d'une Arme de Poing Moderne
La « première armée du monde », bénéficiant d'une organisation transformée par la guerre, envisageait d'équiper chaque soldat d'une arme de poing. L'arme de poing avait évolué dans ses affectations et ses missions, ne se limitant plus à l'officier ou au gendarme. Désormais, les militaires spécialisés (artillerie spéciale, aviateurs, mitrailleurs, corps francs) en seraient dotés pour le corps à corps.
En 1918, la France disposait de près d'un million huit cent mille armes de poing, principalement en calibre 8 mm d'ordonnance et en 7,65 Browning, réparties sur une dizaine de modèles différents. Après avoir testé les modèles disponibles entre 1914 et 1918, il est devenu évident en 1919 qu'un nouveau pistolet semi-automatique devait être intégré au programme d'armement de 1921.
Étienne Mimard et l'Ambition d'une Arme pour l'Armée Française
Étienne Mimard (1862-1944), co-fondateur de Manufrance, souhaitait créer l'arme de poing qui serait adoptée par l'armée française. En 1921, il proposa un modèle « Policeman », une variante à canon long de son modèle 1914 en 6,35 mm Browning, mais il fut jugé trop léger.
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Parallèlement, un modèle inédit en calibre 9 mm fut développé. Les prototypes fournis au Service Technique de l'Armement (STA) et les premiers exemplaires commercialisés de 1928 à 1931 avaient un canon extérieurement lisse (1er type). Composé de seulement 28 pièces, il s'agissait d'une prouesse d'ingénierie.
Manufrance avait conçu une arme sûre, notamment pour le cavalier, toujours prête à faire feu sans autre mouvement que de presser la détente. Un concept proche des modernes « safe action » à carcasse polymère, cinquante ans avant une certaine firme autrichienne.
Les Obstacles à l'Adoption par l'Armée
Lors du concours, l'armée française n'avait pas précisé quel calibre 9 mm était souhaité. La munition utilisée était une version raccourcie du .38 Auto, également fabriquée par PPU. De plus, les cartouches fournies lors des tests étaient volontairement sous-chargées.
Entre les commentaires sur la munition, les remarques sur la fragilité potentielle des pièces, le poids de l'arme jugé trop lourd (1 kg sans les munitions), l'attente des autres concurrents et les questions relatives à la production, les militaires ont trouvé des prétextes pour ne pas prendre de décision, même négative, jusqu'en 1933.
En 1933, Mimard abandonna le projet militaire, ne souhaitant pas investir davantage. En 1943, il demanda encore à ce que le modèle soit maintenu au catalogue.
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Un Programme d'Armement Infructueux
L'histoire du programme d'armement de 1921, qui s'étendit sur plus de 15 ans, est marquée par l'instabilité politique et l'oubli des leçons de la Grande Guerre. Rien de sérieux ne fut entrepris pendant 15 ans, à part faire languir Manufrance, boudée et critiquée sur des arguments parfois discutables.
Cette situation aboutit à l'adoption tardive du PA 35 A et du PA 35 S, pourtant un des vaincus du concours. Ces deux armes furent produites pendant l'occupation pour servir à la Wehrmacht.
"Le Français - Type Armée" : Une Alternative Civile
Parallèlement à ses tentatives militaires infructueuses, Manufrance commercialisa son modèle « Le Français - type armée » pour les civils, dans différentes finitions. En 1931, le projet fut mis à jour avec un canon cannelé, allégeant l'arme de 120 grammes (type 2). Le modèle présenté ici est un type 1, avec un canon extérieurement lisse.
Cette arme, fine et élégante, avec une ligne rappelant le P08, était fiable et précise. Elle aurait pu connaître une belle carrière, mais elle se contenta d'être une arme quasi réglementaire, testée par l'Armée et achetée à titre privé par certains officiers.
Environ 5 000 exemplaires auraient été fabriqués, en petits lots, au fur et à mesure des ventes sur une période de dix ans. La production des armes du 1er type (avant 1931) de 1928 à 1930 se limita à 453 exemplaires, une version quasi-prototypale. En incluant la production de 1931 (155 exemplaires), on aboutit à un total maximal de 608 pistolets « Le Français type Armée du 1er type » produits.
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C'était l'arme des officiers fortunés (475 francs sans le port pour la version de base) et de bon goût. Sa double action, très fluide, permet une grande maîtrise du tir. La forme de sa crosse assure une bonne prise en main. Une fois utilisée, il suffit de retirer le chargeur pour que le canon bascule automatiquement, éjectant l'étui.
Caractéristiques et Particularités
Le bronzage d'origine dit « noir de guerre » est d'une profondeur remarquable. L'arme est en parfait état, sans oxydation ni trace d'usure. Elle est accompagnée de son holster-sellier de type militaire. Le chargeur est de premier type, sans la boucle-tube de talon. Il se déverrouille en étant poussé vers l'avant.
Le canon est impeccable, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Son basculement, activé par le retrait du chargeur ou par une pédale latérale, est sûr et pratique : il n'est pas nécessaire d'armer la culasse. Ce système est plus commode que sur un JoLoAr.
Conclusion
Le pistolet « Le Français » modèle armée française 1940, est une arme rarissime, avec son étui et en état muséal. Son état de conservation témoigne du génie de cette création armurière.
Annexes: Armes de poing de l'armée Française en 1940
Outre le « Le Français », l'armée française utilisait d'autres armes de poing en 1940 :
- Révolver 1873 et 1874: Bien que remplacés par le modèle 1892, ils étaient encore utilisés pendant la Première Guerre mondiale. Le modèle 1873 était destiné aux hommes de troupe non pourvus d'un fusil, tandis que le modèle 1874 était une version allégée pour les officiers.
- Pistolet Ruby: Un pistolet automatique fabriqué pendant la Première Guerre mondiale et utilisé par l'armée française. Il était compact, maniable et puissant.
- PA 35A et PA 35S : Adoptés tardivement et produits en faible quantité avant 1940, ils furent principalement fabriqués pendant l'occupation pour la Wehrmacht.
D'autres armes furent aussi utilisées, comme des Mauser Bolo 1912, des Uniques, des Sten…
Les Programmes d'Armement et le Pistolet Mitrailleur (PM)
Le souvenir de l'efficacité des armes en combat rapproché a influencé le programme de 1921, qui définissait le futur armement français. Les caractéristiques du futur PM de l'armée française étaient inspirées du Bergmann MP18/I. Les exigences principales étaient :
- Forme d'une carabine raccourcie
- Poids entre 3 et 4 kg
- Munition identique à celle du pistolet de l'armée (en attendant, 9 mm Parabellum)
- Chargeurs de 25 cartouches minimum
- Tir en mitrailleuse (pas de tir coup par coup)
- Cadence de tir de 400 à 500 coups par minute
- Arme rustique, simple et résistante à la boue
- Principe d'une arme à culasse non verrouillée
- Précision à 100 mètres : rectangle inférieur à 70/70 cm en rafales de 5 à 6 cartouches et inférieur à 100/100 cm en chargeurs complets
- Hausse avec crans de 100 et 200 mètres
- Bipied pour faciliter le tir sur appui
En 1927, le cahier des charges fut modifié pour un pistolet plus léger et moins encombrant. En 1933, les PM devaient avoir une crosse repliable et un chargeur rabattable.
Le Choix de la Munition de 7,65 mm Long
Le choix de la munition de 7,65 mm Long fut critiqué, mais il était justifié par des performances similaires à la 9 mm Parabellum en termes de précision et de perforation jusqu'à 600 mètres, avec un poids plus faible.
L'évolution du Concept du PM
Initialement, le PM était conçu comme une arme d'assaut, mais entre les deux guerres, il fut considéré comme une arme de défense pour les cadres et les spécialistes.
Le PM ETVS
L'Établissement Technique de Versailles (ETVS) a développé un PM doté d'une crosse et d'un chargeur repliables. Des prototypes furent testés en 1937. La Manufacture Nationale d’Armes de Châtellerault (MAC) fut chargée d'en réaliser dix exemplaires de présérie, puis quarante supplémentaires. L'adoption du PM Petter en 1939 et le choix de fabriquer une version améliorée du PM modèle 1935 (le MAS 38) mirent fin à la carrière de l'ETVS.
L'Adoption Tardive du PM et les Solutions d'Urgence
Les volte-face dans les programmes d'étude et le manque de volonté ont conduit en 1939 à adopter des solutions d'urgence : fabrication accélérée du PM MAS SE-1935 (le MAS 38), commande de pistolets-mitrailleurs Thompson modèle 1921 aux États-Unis et mise en service de PM Erma-Vollmer saisis sur les troupes espagnoles.
L'Armement de la Gendarmerie entre 1900 et 1940
À la fin du XIXe siècle, la gendarmerie était équipée d'armes conçues après la guerre de 1870-1871, notamment les revolvers 1873 et 1874 et le système Gras.
En 1886, le fusil Lebel fut adopté. En 1892, la gendarmerie adopta la carabine de l'Artillerie et le pistolet-revolver 1892.
Après la Première Guerre mondiale, la gendarmerie a expérimenté le Mauser Bolo 1912. Elle a également utilisé le pistolet Ruby et ses copies (Astra et Izarra).
En 1921, la gendarmerie préféra le mousqueton Berthier 1916.
Après la défaite de 1940, l'Occupation entraîna une restriction de l'armement des unités. Les gendarmes ne pouvaient disposer que de leur pistolet individuel.
Après la Libération, les sources d'approvisionnement en armement se multiplièrent.
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