Introduction
L'adoption de pistolets automatiques de 9 mm par l'armée française est une histoire complexe, marquée par des hésitations, des expérimentations et des contraintes économiques et politiques. Cet article explore les différentes étapes de cette évolution, des premiers modèles expérimentaux aux armes réglementaires qui ont équipé les forces françaises pendant des décennies.
Les premiers pas : le "Type Armée" et les tentatives de Manufrance
Au début du XXe siècle, la Manufacture Française d’Armes et de Cycles de Saint-Étienne (Manufrance) a rapidement perçu l'obsolescence des revolvers de type Bulldog et Vélodog face à l'émergence du pistolet FN Herstal 1900. En conséquence, l'entreprise stéphanoise a conçu un pistolet résolument moderne, chambré dans les calibres populaires de l'époque : le 6,35 mm (.25 ACP) et le 7,65 mm court (.32 ACP). Ces pistolets étaient robustes, bien fabriqués et fonctionnaient en double action. Le canon pivotait vers le bas et la partie supérieure de la culasse vers le haut lorsqu’on appuyait sur le bouton de libération, ce qui permettait de charger une cartouche sans avoir à manipuler la culasse. Après le tir, la culasse non calée reculait, et le ressort récupérateur ramenait la culasse vers l’avant.
Le marché de l’autodéfense était en plein essor depuis la Belle Époque. Certains officiers achetaient officieusement ce pistolet comme arme secondaire en plus de leur arme réglementaire durant la Grande Guerre. Lors de l’appel d’offres de 1921 pour un nouveau pistolet réglementaire dans l’armée française, l’entreprise avait analysé les rapports militaires sur divers pistolets, notamment les essais des pistolets Mannlicher 1901. Il s’agissait du modèle dit de « guerre » en calibre 9 mm Browning Long (9×20 mm SR), une munition jugée satisfaisante pour un usage militaire, pouvant être utilisée dans des culasses non calées. De plus, l’arme en double action fonctionnait comme un revolver.
Parmi ces tentatives, on trouve le "Type Armée", une version agrandie du modèle "de poche" commercialisé depuis 1913. Manufrance avait tenté, entre les deux guerres, de développer une version de gros calibre de son modèle de poche, tout en conservant son principe de fonctionnement à culasse non calée. Pour ce faire, elle avait choisi de chambrer l’arme pour la cartouche de 9 mm Browning long, qui permettait ce type de fonctionnement.
À une époque où l’armée française envisageait d’adopter un pistolet semi-automatique en remplacement du revolver modèle 1892 et des multiples pistolets et revolvers achetés en Espagne pendant la Grande Guerre, Manufrance avait tenté de faire adopter son pistolet "Type Armée". Malheureusement, l’armée avait décidé entre-temps d’abandonner le calibre 9 mm au profit du 7,65 mm long. Pour séduire les particuliers, désormais seuls susceptibles d’acheter son arme, la manufacture de Saint-Etienne tenta de moderniser la ligne de son pistolet en le dotant à partir de 1931 d’un canon allégé par des cannelures.
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Le PA « Le Français Type champion » représente une autre tentative de la manufacture d’arme set cycles de Saint Étienne pour élargir la gamme de ses pistolets « Le Français » avec un modèle destiné au tir de compétition, doté d’un canon allongé à 150 mm chambré en 6,35 mm ou en 22 long rifle et d’une platine permettant le tir en simple action, sous réserve d’armer le percuteur à la main. Le pistolet fonctionne comme un semi-automatique normal avec un chargeur de 8 coups dans la version en calibre 6,35. Il ne fonctionne plus que comme pistolet à un coup, lorsqu’il est monté avec le canon de calibre .22 LR. L’arme ne connut aucun succès commercial et sa fabrication, commencée en 1926, fut arrêtée très rapidement. Le « Type Armée », comme le « Type Champion » sont deux pistolets au mécanisme aujourd’hui dépassé, fabriqués en très petite quantité et dont seulement un nombre réduit a survécu jusqu’à aujourd’hui.
L'entre-deux-guerres : une période d'expérimentation
La Première Guerre mondiale a mis en évidence l'intérêt des pistolets semi-automatiques, tels que le Luger ou le 1911. Après la guerre, la France a lancé un programme visant à adopter une nouvelle arme de poing moderne. En 1922, la Commission d’Expériences de Versailles a lancé un programme pour essayer et comparer différentes armes européennes et américaines, mais sans désigner de vainqueur. La recherche d’un pistolet pour l’armée française s'est donc poursuivie.
Quelques années plus tard, l’état-major français a souhaité que le nouveau pistolet utilise la cartouche de 7,65 Long, car la France avait récupéré un important stock de cette nouvelle munition.
Les PA35A et PA35S : une solution temporaire
En 1930, la France n’avait toujours pas adopté de nouveaux pistolets. En 1935, de nouvelles armes ont été testées, dont un GP35, un pistolet Star et les prototypes des PA35A et PA35S. Finalement, ce sont ces derniers qui ont le mieux réussi les épreuves d’endurance, tirant 950 coups sans entretien et sans casse, et 4 000 cartouches avec un nettoyage et une maintenance basique. De manière surprenante, il a été décidé d’adopter les deux pistolets, peut-être pour essayer de rattraper le temps perdu et avoir le maximum d’armes.
Le MAC Modèle 1950 : l'uniformisation et le 9 mm Parabellum
Dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, l’armée française devait composer avec une multitude d’armes de poing aux calibres et mécanismes variés. Cette diversité compliquait l’instruction, la logistique et l’approvisionnement. C’est dans ce contexte qu’est né le MAC Modèle 1950, appelé aussi MAC-50, un pistolet semi-automatique en 9 mm Parabellum (9×19 mm) destiné à devenir l’arme réglementaire unique des forces françaises.
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Inspiré des modèles 1935S et 1935A, il en reprend la simplicité mécanique tout en y apportant des améliorations. Le projet est validé officiellement en 1950, d’où son nom, et la production démarre quelques années plus tard à la Manufacture d’armes de Châtellerault (MAC).
La fabrication du MAC-50 s’est déroulée en deux grandes périodes :
- 1953 - 1963 : MAC (Châtellerault), ≈ 221 900 exemplaires, marquage « MAC »
- 1963 - 1978 : MAS (Saint-Étienne), ≈ 120 000 exemplaires, marquage « MAS »
En tout, plus de 340 000 exemplaires ont été fabriqués. Ce pistolet a été massivement distribué dans toutes les branches de l’armée, de la gendarmerie et de la police française.
Le MAC Modèle 1950 est un pistolet semi‑automatique à action simple (single action) avec certaines particularités. Voici ses principales caractéristiques :
- Calibre : 9 mm Parabellum (9×19 mm)
- Capacité : 9 cartouches + 1 en chambre
- Poids : environ 860 g à vide
- Longueur : 195 mm (canon : 111 mm)
- Mode de tir : semi-automatique, simple action
- Sécurité : levier de sûreté sur la glissière, sécurité de chargeur
- Visée : hausse fixe et guidon fixe
Le fonctionnement par court recul permet une bonne fiabilité, même en conditions difficiles. Sa platine amovible facilite l’entretien, ce qui en faisait un choix logique pour l’armée.
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Le MAC-50 est resté en service pendant plusieurs décennies. Il a équipé l’armée française durant les conflits de décolonisation, la guerre d’Algérie, les opérations extérieures (OPEX) et bien d’autres missions. On le retrouvait également dans les rangs de la gendarmerie et de la police nationale.
À partir de la fin des années 1980, il est peu à peu remplacé par le PAMAS G1 (copie française du Beretta 92), puis par le Glock 17 à partir de 2020. Malgré cela, certains exemplaires sont restés en dotation jusqu’à récemment.
Le MAC Modèle 1950 n’a pas seulement été utilisé par la France. Il a été fourni à plusieurs pays alliés ou partenaires dans le cadre de coopérations militaires, principalement en Afrique francophone (Côte d’Ivoire, Gabon, Maroc, Algérie, etc.). Sa simplicité et sa robustesse en ont fait un choix durable dans des contextes logistiques parfois complexes.
L'armement de la gendarmerie : une évolution parallèle
L’armement de la gendarmerie a suivi une évolution parallèle à celle de l’armée de Terre. À la fin du XIXe siècle, la gendarmerie était équipée d’armes conçues au lendemain de la guerre de 1870-1871, notamment les revolvers 1873 et 1874, ainsi que le système Gras.
En 1892, la gendarmerie a adopté la carabine de l’Artillerie, mais l’arme la plus intéressante de cette série reste le pistolet-revolver 1892. L’attribution réelle de ce modèle a eu lieu en 1907, pour l’ensemble de l’institution.
Après la Première Guerre mondiale, certains gendarmes ont eu l’occasion d’expérimenter une arme allemande, le Mauser Bolo 1912, lors de l’occupation de la Ruhr. Le pistolet Ruby, issu de la Première Guerre mondiale, a également été utilisé par la gendarmerie.
Après la Seconde Guerre mondiale, la gendarmerie a utilisé un grand nombre d’armes alliées ou ennemies, notamment le pistolet-mitrailleur Thompson, la mitraillette Sten, le MP 38 et le MP 40. Les pistolets Luger P 08 et Walther P 38 ont également été en service de 1945 au début des années 1970.
En 1945, le PA 35 A a rejoint les rangs de la gendarmerie, suivi en 1951 par le PA 35 S. Le PM MAS 38 a également été utilisé par la gendarmerie. Dès 1953, le MAC 50 remplace le revolver modèle 92, les MAS 35, PA 35A et autres Colt 1911 dans l’Armée et la gendarmerie, et les P38 chez les CRS.
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