Introduction
Le pistolet automatique Ruby est une arme qui a marqué l'histoire militaire française, en particulier durant la Première Guerre mondiale. Sa production massive et son utilisation étendue en font un sujet digne d'intérêt, notamment en ce qui concerne son rôle au sein de la gendarmerie française. Cet article vise à explorer l'histoire du Ruby, ses caractéristiques techniques, son utilisation dans différents conflits, et sa place dans l'armement de la gendarmerie française du début du 20ème siècle.
Contexte Historique et Genèse du Ruby
À la fin du XIXe siècle, la gendarmerie française était équipée d'armes datant des années 1870, conçues après la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Bien que des modèles comme les revolvers 1873 et 1874, ainsi que le système Gras, aient été adoptés, la gendarmerie devait attendre pour rivaliser avec ses homologues étrangers en termes d'armement.
La Première Guerre mondiale révéla les lacunes de l'armement français. En 1914, face à une pénurie de pistolets, l'armée française se tourna vers des fabricants espagnols, dont Gabilondo et Urresti, pour produire en masse des pistolets automatiques. C'est ainsi que le Ruby, une arme simple et facile à entretenir, fit son entrée sur la scène.
Les Origines et la Conception du Ruby
Le pistolet Ruby est né de l'ingéniosité de Bonifacio Echevarria, un armurier basque. S'inspirant des Colt Pocket et Browning 1903, avec une touche du Baby 1906, il conçut une arme pratique et efficace. Le Ruby était un pistolet semi-automatique chambré pour la munition de 7,65 mm Browning, avec un chargeur de neuf cartouches. Son mécanisme à simple action et sa culasse non verrouillée en faisaient une arme simple à utiliser et à entretenir.
Le Ruby est une copie du Browning 1906, et d'autres firmes ont reproduit le PA Ruby. Ces créations sont connues sous le nom d'Astra et d'Izarra. L'Astra est décliné en deux versions. La première dite de « troupe » est reconnaissable à un canon long et à son chargeur de neuf coups. L'autre variante, dénommée « officier », a un canon plus court et un chargeur de sept coups. Quelle que soit la finition, l'Astra est chambré en 7,65 mm.
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En 1924, une modification a été apportée à la sécurité du PA, avec l'ajout d'un rivet à tête ronde sur la face gauche de la glissière pour empêcher la sûreté de se retirer inopinément.
Production de Masse et Variantes
Pour répondre à la demande française durant la Première Guerre mondiale, pas moins de 46 entreprises différentes ont fabriqué le pistolet Ruby. Chaque modèle était unique, avec des pièces non interchangeables, y compris les chargeurs. Cette diversité de fabricants et de modèles rend l'identification précise du Ruby complexe.
Parmi les fabricants notables, on retrouve Arizmendi, Zulacia y Cia, Eibar Gloria, A. Alkartasuna, et Juan Esperanza Y Pedro Unceta (Astra). Les marquages de fabricant et les étoiles sur le talon sont des éléments d'identification importants.
Il existait des variantes du Ruby, comme le modèle à canon long fabriqué par Gaspar Arizaga, ou encore des versions en calibre 6.35, souvent considérées comme des copies du FN Baby.
Caractéristiques Techniques du Ruby
- Munition : 7,65 Browning
- Longueur : 15,2 cm
- Canon : 8,6 cm
- Masse à vide : 880 g
- Chargeur : 9 cartouches
Le Ruby dans l'Armement de la Gendarmerie Française
Après la Première Guerre mondiale, le pistolet Ruby fut massivement distribué aux corps de troupe. Il était apprécié pour sa capacité à utiliser toutes les cartouches de 7,65 mm sans difficulté. Bien que sa qualité variait d'un fabricant à l'autre, il restait une arme efficace pour le nettoyage des tranchées.
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La police nationale et la gendarmerie furent dotées du Ruby de 1920 à 1945. Il est fort possible que ce pistolet ait fait partie d'un lot chromé par un armurier en vue d'une meilleure vente. Certains policiers ont affirmé l'avoir utilisé pendant la guerre d'Algérie (avec un P38 teuton). Il a bonne résistance de qualité mais faible en capacité de tir.
Utilisation du Ruby dans Divers Conflits
Le pistolet Ruby a été utilisé dans de nombreux conflits, notamment :
- La Première Guerre mondiale (France et Italie)
- La guerre du Rif
- La répression de la Révolte druze
- La Seconde Guerre mondiale (Armée d'armistice, Milice française, FFL et FFI)
- La guerre d'Indochine
L'Armement de la Gendarmerie Française : Une Perspective Plus Large (1900-1940)
Pour comprendre pleinement la place du Ruby dans l'armement de la gendarmerie, il est essentiel de considérer l'évolution de cet armement entre 1900 et 1940.
Un Héritage des Années 1880
À la fin du XIXe siècle, la gendarmerie était équipée d'armes conçues après la guerre de 1870-1871. Les revolvers 1873 et 1874, ainsi que l'adoption du système Gras, marquèrent une amélioration, mais la gendarmerie devait encore patienter pour rivaliser avec ses homologues étrangers.
L'Adoption du Pistolet-Revolver 1892
En 1885, la section technique de l'Artillerie proposa de remplacer les revolvers 1873 et 1874. Le but était de réduire le nombre de modèles d'armes de poing en service. Dès l'adoption du revolver 1892, les premiers exemplaires furent livrés aux officiers de la gendarmerie et de l'armée de Terre. L'attribution réelle de ce modèle eut lieu en 1907 pour l'ensemble de l'institution.
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Techniquement, cette arme était révolutionnaire pour son époque. Le chien rebondissant était équipé d'un percuteur qui frappait l'amorce perpendiculairement, diminuant ainsi le nombre de ratés. La portière de chargement servait de verrou au barillet. En position ouverte, le chien se mettait automatiquement en position de sécurité.
L'Ère de l'Entre-Deux-Guerres
Après la Première Guerre mondiale, certains gendarmes eurent l'occasion d'expérimenter des armes allemandes, comme le Mauser Bolo 1912, lors de l'occupation de la Ruhr. Cependant, l'inconvénient de cette arme était son encombrement et son poids.
Le pistolet Ruby, quant à lui, devint une arme courante au sein de la gendarmerie. En parallèle, le mousqueton Berthier 1892 restait en service, mais en 1921, l'institution donna sa préférence au modèle 1916.
La Seconde Guerre Mondiale et ses Conséquences
La Seconde Guerre mondiale entraîna des bouleversements dans l'armement des unités. Durant la campagne de 1939-1940, le personnel envoyé pour encadrer des corps de troupe utilisa les armes en dotation dans l'armée française. Après la défaite, l'Occupation entraîna une restriction drastique de l'armement des unités, les gendarmes ne pouvant plus disposer que de leur pistolet individuel.
Lors de la Libération, les connaissances du personnel de l'Arme en matière d'armement furent particulièrement appréciées par les maquis. Avec la fin de la guerre, les sources d'approvisionnement en matière d'armement se multiplièrent pour la gendarmerie.
Vers une Lente Gendarmisation de l'Armement
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Gendarmerie nationale recensa sur ses râteliers, en plus des armes réglementaires, bon nombre de produits alliés ou ennemis, comme le pistolet-mitrailleur Thompson ou la mitraillette Sten. Le pistolet Luger P 08 et le Walther P 38, pris aux Allemands, furent également utilisés.
En parallèle, des armes d'origine française comme les PA 35 A et 35 S, ainsi que le PM MAS 38, furent également en service.
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