L'année 2019, marquée par le slogan « AD 2019, Néo Tokyo », a ravivé une flamme dans le cœur d'un passionné, le poussant à entreprendre une analyse approfondie du manga AKIRA de Katsuhiro Otomo. Ce projet, mûri depuis le début des années 2000, a finalement pris forme durant le mois de juillet de cette année-là. Cette analyse se veut la plus profonde et cohérente possible, fruit d'une rédaction qui s'est étendue sur près de quatre années.
La Découverte d'Akira : Un Hasard Révélateur
La rencontre avec Akira remonte à 1991, lors d'une promenade fortuite dans un kiosque à journaux toulousain. Les éditions Glénat avaient commencé à traduire et diffuser cette bande dessinée dans l'hexagone depuis à peine un an. Bien que le film, sorti au cinéma en mai de la même année, n'ait pas été visionné immédiatement, le retard éditorial fut rattrapé en acquérant tous les anciens épisodes de la BD. C'est ainsi que l'immersion dans un monde immense et vertigineux a commencé, un univers viscéral et déchaîné, une dimension éclectique et subversive.
Les mois suivants furent rythmés par la lecture d'un nouveau chapitre et l'attente du suivant. Cependant, au premier semestre de 1992, un aparté des éditions Glénat annonçait l'arrêt des parutions mensuelles en kiosque, invitant les lecteurs à suivre l'histoire dans sa publication de luxe, disponible chez tous les bouquinistes.
L'Expérience Akira en Noir et Blanc : Un Retour aux Sources
En juin 1992, après avoir passé le baccalauréat, une visite chez un libraire spécialisé dans l'import de mangas révéla les quatre premiers tomes Deluxe d'Akira, distribués par la Kodansha. L'achat et la lecture immédiate de ces volumes donnèrent l'impression de se replonger dans l'œuvre. La redécouvrir en noir et blanc, dans son sens de lecture original, baignée par les onomatopées du Soleil levant, procura une ivresse insondable, diluant l'être dans une frénésie immersive et sensorielle. Bien que la version internationale en couleurs soit de qualité, grâce au travail de Steve Oliff, elle perturbe le trait d'Otomo, estompe les jeux de trame et édulcore le récit dans son ensemble.
Quelques mois plus tard, le volume 5 fut acquis sans difficulté. L'attente du dernier tome, sorti officiellement en mars 1993, parut interminable. Chaque semaine était marquée par des interrogations sur sa date d'arrivée, chaque jour par la recherche de la moindre information à ce sujet. D'ailleurs, début mars, des visites quotidiennes à la librairie du cinquième arrondissement de Lyon (la seule vendant des mangas à l'époque) étaient sûrement nécessaires pour ne pas rater cette arrivée tant attendue.
Lire aussi: Choisir le Meilleur Pistolet à Peinture à Batterie
L'Axe Narratif : L'Amitié et le Destin de Tetsuo
Depuis le début de la lecture, l'amitié puissante et indéfectible entre Tetsuo et Kaneda était perçue comme le moteur narratif de cette épopée. La lecture du sixième volume, avec ses contorsions buccales et ses jeux de regards convulsés, ne fit que confirmer cette liaison directrice et immuable.
Cependant, Akira, dans son ensemble, raconte surtout l'histoire de Tetsuo, cet adolescent orphelin. Si Otomo est un auteur visionnaire, ce n'est pas seulement pour avoir prédit les Jeux Olympiques de 2020, réminiscence de ceux de 1964. C'est surtout parce qu'il a fait de Tetsuo la métaphore inconditionnelle d'une jeunesse abandonnée et délaissée. Avec trente années d'avance, Otomo a prédit ce qu'allait devenir la société japonaise : une société sénile et pourrissante, sans jeunesse. Katsuhiro dévoile le remède à ce problème systémique dans une double planche monumentale au doux fatalisme, qui conclut le tome 6 avec maestria et montre une bande de motards face à un Néo Tokyo en reconstruction.
Si Otomo peut être qualifié de pessimiste, ce n'est pas à cause de cette fatalité débordante d'optimisme, mais plutôt parce qu'il devait se sentir seul à percevoir son inéluctabilité. L'année 2020, difficile et incertaine, où la jeunesse a été sacrifiée pour sauver la vieillesse, permet de comprendre la solitude d'Otomo et de constater que l'Humanité n'a toujours pas saisi où se trouve réellement son futur.
Au-delà d'Akira : La Découverte de l'Œuvre de Katsuhiro Otomo
En mars 1993, le sixième et dernier tome de la saga est sorti, révélant la conclusion profondément humaine de ce chef-d'œuvre des années 80. Deux ans plus tard, en 1995, Akira Club, l'Art Book dédié à l'œuvre, avec ses extras et ses anecdotes croustillantes, a été publié.
En 1997, un premier voyage au Japon a été effectué. Bien qu'un détour par Hiroshima ait été fait, c'est essentiellement à Tokyo que l'exploration s'est concentrée, réalisant un rêve d'enfant vieux de vingt ans. L'immersion dans les boutiques de mangas, notamment celle du quartier d'Akihabara, a permis de découvrir tous les recueils d'histoires courtes de Katsuhiro, toutes ses comptines d'avant Akira : Boogie, Short Peace, Highway, Hensel, Kibun, Anthology…
Lire aussi: Avis et Comparatif : Pistolets à Peinture Sans Fil
L'œuvre majeure d'Otomo, Akira, avait déjà traumatisé jadis. Dès le retour du Japon, c'est l'ensemble de l'œuvre de Katsuhiro qui a produit cet effet. Akira n'était que la pointe de l'iceberg, une extrémité magistrale dissimulant une base tout aussi imposante.
L'Exposition Avortée : Un Hommage Rétrospectif
En 1998, une participation au sein d'Asiexpo, une association lyonnaise promouvant les cultures asiatiques, a permis de proposer une exposition sur Otomo, afin de présenter ses travaux d'avant Akira. L'exhibition, composée d'une trentaine de dessins allant de ses débuts en 1971 jusqu'à 1982, a reçu un accueil favorable. Cependant, l'autorisation de la Kodansha était nécessaire. Un fax expliquant le but de l'exposition, son contenu, les dates et les expectatives a été envoyé, mais la réponse s'est fait attendre.
Un troisième séjour au Japon, en septembre, a été l'occasion de se rendre directement chez les locaux de l'éditeur. Après une attente anxieuse, la réponse négative est parvenue : l'auteur souhaitait tirer un trait sur ses œuvres du passé. Bien que cette décision soit respectable, elle a engendré une profonde déception.
Le Site Internet : Une Référence Dédiée à Otomo
De retour d'un vagabondage d'un an en auto-stop le long de la Cordillère des Andes, l'écriture de cette aventure a pris neuf mois. La vente du livre s'est faite au travers de conférences accompagnant expositions photo et autres diaporamas. Pour clarifier tout cela et faire la promotion des futures rencontres, un site internet a été créé et mis en ligne.
Ce site, otomo.free.fr, est devenu une référence pendant plus de dix ans, mentionné, copié, falsifié, mais jamais égalé. Il contenait des illustrations scannées, des résumés de chaque comptine et une critique de chaque chapitre, classifiés selon une chronologie respectée.
Lire aussi: PS4 & PS5 : les meilleurs jeux de tir
Cependant, en 2002, une migration définitive en Amérique du Sud, en Argentine, a conduit à laisser derrière soi les archives et la collection. Le site a été maintenu dans sa forme, mais non dans son fond, afin de répondre aux normes changeantes du web. En 2005, un forum a été ajouté dans le but de mettre en relation des passionnés de manga en général et d'Otomo en particulier, mais il a été rapidement abandonné en raison des spams. En 2015, une dernière mise à jour a été effectuée afin que le site soit en Responsive Design et puisse être navigable depuis PC, téléphone ou tablette.
En 2019, pour marquer le coup et rendre hommage à Otomo, un digital Painting, une compilation de différentes planches de l'auteur, a été créé et inséré comme page introductive du site, qui a changé de direction pour des raisons de sécurité : otomo.ampprod.fr est devenue son adresse.
La Genèse de l'Analyse : Un Projet Longuement Mûri
En juillet 2019, l'idée de réaliser l'analyse d'Akira a germé. La relecture du manga a confirmé que rien n'avait changé depuis les années 90. Au début, la présentation de cette analyse sous forme de vidéos était envisagée, mais la complexité de l'œuvre et la richesse des idées à exprimer ont conduit à la rédaction d'un texte, scrutant chaque planche et tapotant au clavier l'exégèse du manga.
Pendant six mois, un dévouement total à cette tâche a été consacré : écrire, éditer, graver, monter. En parallèle, la création du PDF a été entreprise. Les textes étant sauvegardés sur support magnétique, il ne restait plus qu'à les mettre en page et les accompagner du visuel adéquat.
Une vague frénétique et déchaînée a submergé, réduisant la vie à un seul mot : AKIRA. Plus le temps passait, plus l'histoire défilait sous les yeux, et plus l'analyse devenait riche et profonde, la composition lourde et pesante, la réflexion minutieuse et harassante.
La pandémie mondiale a catapulté la chair dans l'absurde de Camus. Le grotesque a pris le dessus sur la volonté, le pathétique a conquis le contrôle de la vie, et le cirque ambiant a imposé une quarantaine de plus de sept mois. Durant tout ce temps, l'occupation intellective s'est concentrée sur Akira, mais l'incapacité d'écrire a persisté. La version HTML de l'analyse a été mise en ligne, des illustrations vectorielles et noir et blanc ont été élaborées afin d'accompagner la future conclusion de cette même analyse, mais son écriture n'a pas pu être prolongée.
En octobre, un sursaut calligraphique a donné la force de poursuivre, et l'analyse a repris, frénétiquement. L'écriture a été sans cesse plus intense, mais plus sporadique aussi, avec de longues pauses, parfois de plusieurs mois. La rédaction de la fin a été douloureuse, par peur de mal faire ou d'oublier des choses, mais surtout à cause de la phobie d'arrêter d'écrire.
Finalement, cette analyse a été achevée en novembre 2021, avec une certaine insatisfaction, comme à l'habitude.
tags: #pistolet #mitrailleur #veloce #de #casse #histoire
