Le camp de Canjuers, situé dans le Haut-Var, est le plus grand champ de tir d'Europe occidentale. Son histoire est marquée par des décisions politiques, des sacrifices territoriaux et une adaptation constante aux enjeux militaires contemporains.
Genèse du Camp de Canjuers
La décision de créer le camp remonte à octobre 1962, une période où la France, fraîchement sortie de la guerre d'Algérie, devait réorganiser son dispositif militaire. L'objectif était de désengorger les camps situés dans l'Est de la France et de profiter d'un site propice aux entraînements tout au long de l'année. Le secteur concerné s'étend sur 35 000 hectares, formant un territoire de 35 km d'est en ouest et de 10 km du nord au sud.
Les premières étapes du projet comprennent :
- 1954 : Un projet initial prévoit un polygone de tir de 25 000 hectares, empiétant sur 13 communes du Haut-Var, d'Aiguines à Comps.
- Août 1955 : Les appelés du contingent partent pour l’Algérie.
- Juillet 1962 : Avec la fin de la guerre d'Algérie, un nouveau projet émerge, portant sur 35 000 hectares et s'étendant d'Aiguines à Mons.
Brovès : Un Village Sacrifié
Au cœur du "plan" de Canjuers se trouvait le village de Brovès. La vie y était paisible, rythmée par les saisons, les travaux des champs et la transhumance, loin de l'agitation des grandes villes. Le village, peuplé dès le IXe siècle, comptait 300 âmes au XIXe siècle. Cependant, en 1974, la vie s'est arrêtée dans ce village, sacrifié au nom de la raison d'État.
Le "plan" était peu peuplé, avec seulement 270 habitants, conséquence de l'exode rural qui avait touché cette zone aride au climat rude. Quelques fermes pratiquaient encore l'élevage ovin, avec environ 20 000 têtes. Brovès, inclus dans le périmètre du camp, devait être vidé de sa population. Treize autres communes furent amputées d'une portion plus ou moins grande de leur territoire, Aiguines étant la plus touchée, perdant les trois quarts de son territoire.
Lire aussi: Histoire et événements du Polygone de Tir de Bourges
Les étapes clés de cette disparition sont :
- 4 août 1970 : Publication du décret de fusion entre Brovès et Seillans.
- 7 juin 1974 : Coupure de l'électricité, du téléphone et de l'eau courante.
Dès lors, Brovès devint un village fantôme, où seul le vent s'engouffrait dans les maisons abandonnées. Les pillards achevèrent de démanteler les bâtiments, emportant pierres de taille, ferronneries et tuiles anciennes.
Controverses et Soutiens
La création du camp de Canjuers suscita des réactions contrastées. Alors que le camp du Larzac mobilisait la contestation, Canjuers s'imposa sans provoquer de soulèvement populaire. Un consensus patriotique semblait exister entre Édouard Soldani, sénateur-maire de Draguignan et président d'un Conseil Général socialiste, et Michel Debré, ministre des Armées.
Bien que déclaré d'utilité publique en 1964, le projet rencontra peu d'opposition initiale. Des comités de défense furent créés en 1966-67, mais les manifestations de protestation les plus importantes n'eurent lieu qu'au début des années 1970, alors que le pouvoir était fragilisé par les événements de mai 68. La lutte menée au Larzac inspira certains opposants, mais il était déjà trop tard pour contrecarrer les travaux à Canjuers.
Contrairement au Larzac, où les contestataires furent apaisés par l'abandon partiel du projet, Canjuers s'installa sans encombre.
Fonctionnement et Activités du Camp
Opérationnel depuis 1971, le camp de Canjuers est devenu un centre d'entraînement majeur pour les forces armées françaises et étrangères.
- Création : Créé en 1970, le camp s'étend sur 35 000 ha, dont 14 consacrés aux infrastructures.
- Fréquentation : Il accueille chaque année 2 500 personnes en permanence et 10 000 hôtes de passage.
- Activités de tir : Les activités de tir sont intensives, avec 75 000 obus, 1 000 missiles et 1 600 000 projectiles de tous calibres tirés en 330 jours par an.
- Infrastructures : Le camp dispose de bâtiments spécialisés, de cinq aires de bivouac et de fermes aménagées, offrant une capacité de logement de 5 600 places pour 100 000 hôtes par an.
Les unités suivantes occupent actuellement le site :
- Le 1er Régiment de Chasseurs d’Afrique (1er RCA)
- Le 3e régiment d’artillerie de marine (3e RAMa)
- L’antenne du GSBDD de Draguignan
- Divers autres détachements
Le 1er RCA assure la gestion du camp depuis la dissolution du groupement de camp en 2010. De nombreux régiments de France et d'Europe viennent s'entraîner sur le camp, logeant notamment sur des aires de bivouac.
Chaque année, des milliers de soldats, français et étrangers, participent à des exercices intensifs. En 2023, le camp a accueilli 69 000 soldats, contre 75 000 l'année précédente. Les exercices comprennent le maniement de véhicules, le pilotage d'engins blindés, le tir de milliers d'explosifs et le combat au corps à corps, de jour comme de nuit. Les bombardements peuvent durer de 72 à 96 heures.
Le camp de Canjuers est également un centre de formation unique, où les blindés sont testés à la sortie d'usine dans le cadre du programme Scorpion.
Impact Environnemental et Mesures de Protection
La présence d'un camp militaire d'une telle envergure a nécessairement un impact sur l'environnement. Cependant, des mesures sont prises pour concilier les activités militaires et la préservation de la biodiversité.
Des éleveurs sont autorisés à faire paître leurs moutons sur les terrains du camp, en accord avec les militaires. Trente-trois troupeaux bénéficient de cette autorisation. Des apiculteurs installent également leurs ruches sur des zones réservées, et des concessions truffières sont exploitées à l'ouest du camp. La faune sauvage, notamment les loups, est également présente sur le site.
L'Office national des forêts gère 13 000 m3 de sylviculture par an, couvrant 15 000 hectares de bois. Le colonel Mickaël Tesson assure que "toutes les lois s'appliquent sur le camp militaire".
Des mesures de prévention des incendies sont mises en œuvre chaque été, avec une campagne de désobuage et l'aménagement de 500 km de pistes coupe-feu.
Découvertes Paléontologiques
Le camp de Canjuers est également un site d'intérêt paléontologique. En 1970, le dinosaure le plus complet de France, un Compsognathus, y a été découvert. Des paléontologues niçois ont mis la main sur ce spécimen après avoir fouillé les carrières des Bessons. D'autres fossiles, tels qu'un ptérosaure Cycnorhamphus et un crocodile Aeolodon, ont également été trouvés. Le gisement est réputé pour ses fossiles datant d'environ 135 millions d'années.
Commandants Successifs du Camp de Canjuers
Voici une liste des commandants successifs du camp :
| Période | Commandant |
|---|---|
| 1969-1973 | Col. Billon |
| 1974-1978 | Col. Sirvent |
| 1978-1981 | Col. Taithe |
| 1981-1984 | Col. Ritz |
| 1984-1987 | Col. Antoine |
| 1987-1991 | Col. Nicolaï |
| 1991-1993 | Col. André |
| 1993-1995 | Col. Mounier |
| 1995-1998 | Col. Rommelaère |
| 1998-2000 | Col. Mariotti |
| 2000-2001 | Col. Baldechi |
| 2001-2003 | Col. Barnier |
| 2003-2005 | Col. Boilletot |
| 2005-2008 | Col. Ducros |
| 2008-aujourd'hui | Col. |
tags: #polygone #de #tir #de #canjuers #histoire
