Le chasseur de grand gibier se doit d'être responsable envers l'animal blessé. Cela implique d'interpréter correctement les réactions et les indices laissés par l'animal après le tir afin de prendre les décisions qui s'imposent. L'étude de ces indices permet de déterminer si le gibier est mort, vivant, ou si l'intervention d'un conducteur de chien de sang est nécessaire. Cette connaissance est indispensable tant pour le chasseur que pour le conducteur de chien de sang, pour qui les indices sont la base de chaque recherche. L'étude et l'interprétation correcte de ces indices demandent un haut niveau de connaissances.
Comportement général du gibier après le tir
Le comportement du gibier après le coup de feu, tel qu'observé par le tireur, est un premier indicateur crucial. Il est important de différencier le comportement des animaux apeurés mais indemnes lors d'une battue de celui des animaux blessés lors d'une chasse à l'approche ou à l'affût. Si le chasseur se comporte correctement, le gibier à l'affût ou à l'approche ne s'enfuit généralement pas très loin et se couche rapidement s'il n'est pas dérangé. Ceci est valable pour toutes les blessures, y compris les balles dans les pattes, à l'exception des blessures à la mâchoire ou au museau, qui semblent inciter l'animal à fuir sur de longues distances.
La distance parcourue par un gibier blessé dépend de plusieurs facteurs. Si le tir a lieu le matin, l'animal cherchera un endroit adéquat pour se reposer et n'en bougera plus, sauf en cas de danger. En revanche, si le tir a lieu le soir, l'animal peut quitter sa première remise sous le couvert de l'obscurité pour suivre ses congénères, chercher une autre remise ou un point d'eau.
Un gibier blessé au sein d'une bande ou d'une harde tend à s'en séparer rapidement. Toutefois, les faons et les marcassins suivent généralement leur mère et le reste du groupe aussi longtemps que possible. Il arrive que des sangliers blessés rejoignent leur bande peu après s'en être séparés, parfois même pour se remettre avec elle au même endroit. Il a été observé que des marcassins, et même des sangliers adultes, étaient retrouvés morts à l'endroit précis où la bande s'était baugée.
Il est important de noter que l'idée reçue selon laquelle un animal blessé se sépare toujours de son groupe ne doit pas inciter le conducteur de chien de sang à abandonner prématurément ses recherches. De même, l'affirmation selon laquelle un gibier mortellement blessé fuit toujours vers l'avant n'est pas toujours vraie. Bien que ce soit le cas dans la majorité des situations, un comportement différent ne doit pas être interprété comme un tir manqué.
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Comportements spécifiques et indices utiles
Certains comportements spécifiques du gibier blessé peuvent fournir des informations précieuses au conducteur de chien de sang, en particulier lorsqu'il ne trouve plus d'indices sur la piste.
- Blessure à un membre: L'animal empruntera de préférence des chemins ou des coulées dégagés. Il est plus facile pour un gibier blessé à une patte avant de monter que de descendre. Dans une montée, le membre antérieur blessé soutient difficilement le poids du corps, tandis que les membres postérieurs intacts poussent facilement le corps vers le haut. Blessé à une patte, il suivra toujours une coulée horizontale par rapport à une pente abrupte de manière à ce que les membres sains se trouvent du côté opposé au vide.
- Membre pendant et brisé: L'animal évitera les fourrés trop denses et les quittera rapidement pour fuir dans le clair s'il est poursuivi par un chien de sang.
- Tentatives de tromperie: Un gibier blessé cherche instinctivement à tromper et à se débarrasser d'un éventuel poursuivant en effectuant des contre-pieds et des angles, parfois sur plusieurs centaines de mètres. La fin d'un contre-pied se fait très souvent avec le vent, permettant à l'animal de détecter l'arrivée de son poursuivant.
- Coups de boutoir dans le sol: Si le conducteur de chien de sang observe qu'un sanglier blessé donne des coups de boutoir dans le sol, c'est un signe que l'animal est très malade. Si ces signes sont suivis d'un contre-pied ou d'un angle droit avec le vent dans le dos, la reposée de l'animal est probablement proche. Il est alors probable que l'animal ait déjà senti le chasseur et qu'il puisse charger à tout moment.
Il est important de noter que les sangliers gravement blessés chargent fréquemment s'ils en ont la force, quel que soit leur âge ou leur poids. Même les marcassins peuvent charger en cas de danger, tout comme les gros mâles ou les laies. Les morsures de ces dernières peuvent occasionner de vilaines blessures au conducteur et au chien. Les sangliers atteints à la mâchoire chargent rarement et tiennent difficilement le ferme. En général, les sujets âgés et forts tiennent plus rapidement le ferme, même en cas de blessures légères, que les sujets jeunes et faibles.
Marques des pas à l'impact
Lorsqu'un animal est touché par une balle, sa réaction de frayeur et de douleur se traduit par des traces plus marquées que celles d'un animal sain. Au démarrage, les sabots s'incrustent dans le sol et arrachent des bouts d'herbe, des feuilles, des pierres et de la terre. Un conducteur de chien de sang expérimenté peut facilement distinguer la voie d'un gibier blessé de celle d'un gibier sain, car l'animal blessé laisse une trace plus profonde, plus irrégulière et une empreinte plus prononcée.
Réactions spécifiques selon la zone d'impact
La réaction de l'animal au moment de l'impact est un indicateur précieux de la zone touchée. Voici quelques exemples :
- Balle de thorax haut: L'animal fléchit l'avant du corps, parfois avec une légère ruade des pattes postérieures.
- Balle de thorax bas: L'animal se cabre, les pattes avant repliées, souvent avec une ruade des pattes postérieures.
- Balle de rein: L'animal s'effondre sur place, souvent de l'arrière-train, se relève et fuit lentement, en émettant parfois des cris.
- Balle de foie:
- Basse: L'animal effectue parfois un saut sur place, mais fuit toujours la tête haute.
- Haute: L'animal se ramasse sur lui-même, le dos s'arrondit.
- Balle d'apophyse: L'animal se renverse, souvent sur le dos, reste immobilisé ou remue légèrement les pattes. Il se relève au bout de quelques minutes et fuit rapidement. Le chasseur doit tenter d'achever l'animal avant qu'il ne se relève et rester très vigilant.
- Balle de patte arrière: L'animal fléchit du côté où il a été touché.
- Balle de patte avant: L'animal fléchit du côté où il a été touché.
- Balle de mâchoire: Les cervidés secouent la tête, tandis que le sanglier tourne généralement sur lui-même et a tendance à labourer le sol avec le groin. Un sanglier tiré au galop culbute habituellement vers l'avant.
- Balle d'abdomen: L'animal courbe faiblement le dos, la réaction étant quasi imperceptible.
Devoir du chasseur après le tir
Tout chasseur a le devoir de contrôler le résultat de son tir, que le gibier soit supposé blessé ou manqué. Ce contrôle s'effectue en trois étapes :
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- Observation de la réaction du gibier au moment du tir: Tout comportement anormal au moment ou immédiatement après le coup de feu (affaissement, plainte de l'animal, dos voûté, fuite anormalement rapide ou lente, etc.).
- Recherche d'indices à ou autour de l'impact: Après l'annonce de la fin de traque, le tireur, aidé de son voisin ou du chef de ligne (armes déchargées), situe l'emplacement de l'animal au moment du tir. Ensemble, ils recherchent :
- Trace de la balle (sillon dans la terre, impact dans un arbre, branches ou herbes touchées). Attention : trouver la trace de la balle ne signifie pas forcément que l'animal a été manqué.
- Indices à l'emplacement même du gibier : empreintes anormalement marquées, présence de poils (très important), d'os, de lambeaux de chair, de contenu stomacal ou intestinal (examen approfondi des lieux), de sang (observer la couleur).
- Recherche d'indices dans la direction de fuite du gibier: Si la trace de fuite est visible, la suivre sur une centaine de mètres pour essayer de déceler des indices (sang surtout). En l'absence de traces de fuite, décrire des cercles de plus en plus grands autour de la direction de fuite pour recouper la trace et trouver d'éventuels indices.
Le contrôle du résultat du tir doit être une action normale pour tout chasseur responsable. Il est important de se rappeler que certains animaux n'accusent pas la balle et que certaines blessures ne saignent que bien après l'impact, parfois très peu.
Comportement du chasseur en cas de gibier blessé
- Ne pas piétiner les indices observés (poils, os, sang, contenu stomacal, trace de fuite), ni à l'impact, ni dans la direction de fuite.
- Ne pas éparpiller ces indices, les remettre à leur place d'origine.
- Marcher à côté de la trace du gibier ou du sang.
- Ne suivre la piste du gibier blessé que sur 100 mètres au maximum.
- Marquer :
- L'emplacement du gibier à l'impact.
- Le lieu du premier indice recueilli.
- La direction de fuite.
- Remplir la fiche de renseignements, très utile pour la recherche.
Choix de la munition et impact selon la zone atteinte
Le choix de la munition est crucial pour assurer un tir propre et stopper net l'animal. Une balle de cœur n'arrêtera pas immédiatement le sanglier, qui peut même accélérer. Un tir dans la panse n'est pas mortel instantanément. Un tir qui touche les lombaires neutralisera les membres postérieurs. Une balle tirée au groin fera culbuter le sanglier vers l'avant. Un tir dans les membres postérieurs n'arrête pas l'animal. De même, une balle qui atteint les membres antérieurs n'arrête pas la course du sanglier, mais stoppe littéralement sa progression. À l'inverse, une balle de thorax haut fera s'affaisser le cervidé. Si la balle touche un antérieur, l'animal se fléchira avant de s'enfuir.
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